Latest Post








 

 

 

 


La reconnaissance de la marocanité du Sahara :

un tournant qui promet

CHIGUER Mohammed

Président du centre d’Etudes et de Recherches Aziz Belal (CERAB)

 

 

La reconnaissance par l’administration américaine de la marocanité du Sahara et la décision de l’Etat marocain de reprendre les relations avec l’Etat d’Israël, interrompues au début de ce millénaire, ont fait couler beaucoup d’encre. Globalement, les réactions ont oscillé entre l’approbation et la réprobation.

Ceux qui ont approuvé font valoir l’importance que revêt la reconnaissance de la marocanité du Sahara par un pays aussi important que les Etats Unis qui, non seulement, est la première puissance mondiale, mais aussi et surtout membre du conseil de sécurité. Ceux qui ont désapprouvé, voient dans la normalisation des relations du Maroc avec Israël, une déviation de la ligne de conduite qui a toujours été celle du Maroc depuis qu’il a rompu ses relations avec l’Etat d’Israël.

Cette controverse est improductive et ne fait que nourrir les malentendus, entretenir les hostilités et générer du ressentiment. Son caractère récurrent (Camp David, Oslo, etc.) s’explique par l’absence du débat démocratique. Ce n’est pas par hasard si le monde arabe se démarque par son despotisme oriental, son absolutisme et son autoritarisme. Il a tourné le dos à la Raison et s’est détourné de la modernité. De fait, malgré ses atouts qui le prédisposent à jouer dans la cour des grands et à agir en tant que faiseur de l’histoire, il sombre dans une inquiétante léthargie.

Que traduit cette controverse si ce n’est l’incapacité de ce monde arabe à transcender le catégoriel. D’ailleurs, il est condamné à subir l’humiliation et à supporter les caprices de ses soi-disant protecteurs, tant qu’il ne repense pas son rapport au temps et n’arrive pas à se remettre en question. La Palestine de 1948 n’est plus la Palestine de 2021. Que d’échecs ! Le boycott d’Israël, comme la normalisation initiée très tôt par la Turquie et suivie par l’Egypte et la Jordanie, n’ont pas empêché cet Etat spoliateur à faire valoir « la légitime défense » pour poursuivre sa politique expansionniste et justifier ses actes barbares et sa politique d’apartheid. Ce qui importe pour lui est de mettre à contribution le temps pour faire avaler aux palestiniens des couleuvres. Sans le renversement, ou du moins, un rééquilibrage des rapports de force, Gaza restera une prison à ciel ouvert et la Cisjordanie disparaitra sous le poids des colonies.

Il va sans dire que ce renversement restera un vœu pieux tant que les régimes arabes conçoivent l’adversaire horizontalement et s’opposent, ainsi, mutuellement. A dire vrai, cette manière de concevoir l’horizontalité a fait de ces régimes une nouvelle version de « Moulouk tawaif ».

Force est de constater que cette conception de l’horizontalité fragilise le monde arabe et l’empêche d’évoluer vers une intégration régionale. Le dossier du Sahara est un exemple édifiant de la manière dont l’horizontalité est perçue. Au lieu de constituer une force, en favorisant l’édification du grand Maghreb, elle est source de divergence et de tentions.

Le conflit du Sahara a trop duré. Toutes les tentatives du Maroc pour ramener le régime algérien à de meilleurs sentiments se sont heurtées à l’intransigeance de ce dernier (l’appel à l’ouverture des frontières, la main tendue, l’autonomie pour les provinces du sud). En s’accrochant au référendum, que l’ONU a abandonné, le régime algérien cherche à éterniser le conflit et fait preuve de son incapacité à renouveler son logiciel pour se mettre au diapason avec le monde d’aujourd’hui.

Faut-il rappeler que le conflit du Sahara est le produit d’une époque révolue où le monde arabe était divisé en deux blocs opposés : les panarabistes, constitués de régimes militaires qui se sont alliés au bloc de l’Est, et les « islamistes », constitués, essentiellement, de régimes monarchiques d’obédience occidentale. Le panarabisme, comme l’islamisme, sont deux « idéologies locales » conçues pour se prémunir contre l’universalisme.

Les régimes militaires qui se voulaient progressistes et à coloration soi-disant socialiste, se sont constitués en front de refus non pour faire triompher la cause palestinienne, mais pour s’en servir en vue de consacrer leur autoritarisme voire leur despotisme, légitimer leur animosité vis-à-vis des régimes dits islamiques qui leur faisaient de la résistance ou qui leur disputaient le leadership et justifier, en conséquence, leur hégémonisme et les manœuvres qu’ils entreprenaient pour  les déstabiliser.

 Le régime militaire égyptien a mené une guerre au Yémen et s’est allié au régime militaire algérien lors de la guerre des sables. Ce dernier s’est associé au régime de Kadhafi, pour récupérer le POLISARIO et en faire un « caillou dans les souliers du Maroc ». Le régime de Saddam s’est lancé dans une guerre par procuration, contre les Ayatollahs qui venaient juste de destituer le Chah, considéré comme gendarme de l’impérialisme. Al Assad a mobilisé ses troupes pour mettre le Liban sous protectorat syrienne.

Ces agissements qui se sont révélé un gouffre financier, ont eu des effets désastreux sur les peuples de ces pays, en particulier, et sur la région en général. L’Irak a été détruit, la Syrie a été mise à genoux, la Libye fait l’objet d’une guerre fratricide et le Soudan a été amputé de son sud et s’est trouvé au banc des nations. Seuls les régimes militaires égyptien et algérien ont pu survivre. Le premier parce qu’il est entré dans les rangs très tôt, en signant les accords de Camp David, et en s’alignant sur les positions anti-démocratiques des monarchies du Golfe suite au printemps arabe. Le régime militaire algérien semble bénéficier d’une certaine bienveillance après avoir interrompu le processus démocratique et écarté, en conséquence, l’épouvantail islamiste que craignait l’Europe en particulier. Néanmoins, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts depuis la fin de la décennie noire.

Ainsi, le Hirak qui a été contraint au confinement suite à la COVID19, a été un avertissement à la junte militaire pour qu’elle se retire dans ses casernes avec les honneurs. D’ailleurs, le taux d’abstention lors du référendum sur la nouvelle constitution, ne lui a laissé qu’une seule et unique légitimité, à savoir la légitimité des armes. Or, la reconnaissance par les Etats-Unis de la marocanité du Sahara, est à même de remettre en cause cette légitimité en réduisant davantage sa marge de manœuvre pour se maintenir au pouvoir.

Les régimes autoritaires et despotiques sont inéluctablement voués à l’échec. La quasi-totalité des régimes militaires arabes ont disparu. En Afrique, la légitimité par les armes est bannie. Les régimes des généraux en Grèce, en Turquie et en Espagne ne sont plus que de mauvais souvenirs. Le régime algérien doit tirer les leçons de l’histoire et se retirer avec les honneurs en rétrocédant le pouvoir aux civils. Il devrait suivre l’exemple des militaires portugais (la révolution des œillets) et sud-coréens, et méditer le comportement de l’armée tunisienne lors du printemps arabe.

Avec la reconnaissance par les USA, de la marocanité du Sahara, qui est en fait une opération de recadrage, le double discours ne serait plus de mise. L’Algérie des généraux ne peut plus se cacher derrière un principe aussi noble que le droit des peuples à disposer d’eux –mêmes qu’elle veut, par ailleurs, sélectif. Elle l’exige pour le Sahara marocain, mais refuse de l’accorder à la Kabylie qui n’a cessé de réclamer son droit à l’autodétermination. Les puissances, notamment celles qui ont un passé colonial dans la région qui auraient dû témoigner et rétablir le Maroc dans ses droits, devraient sortir du bois.

 Cette reconnaissance profite, objectivement, à l’ensemble des pays du Maghreb et par ricochet à la cause palestinienne. Elle peut contribuer à l ’accélération du règlement du conflit du Sahara ; règlement qui est de nature à ouvrir de nouvelles perspectives pour reprendre la construction du Grand Maghreb ; prélude à un rééquilibrage des rapports de force dans la région de l’Afrique du Nord et du Moyen Orient.

La position américaine interpelle le régime militaire algérien pour reconsidérer son objectif d’encercler le Maroc et le couper du reste de l’Afrique, son prolongement naturel et profondeur stratégique. Elle l’incite, implicitement, à s’engager dans   une solution négociée qui préserve l’avenir.

En fait, les deux Etats voisins sont condamnés à s’entendre. Ils finiront par se mettre autour d’une table de négociation tôt ou tard, en vue de dissiper les équivoques et les malentendus et régler ainsi, tous les litiges et les problèmes qui les opposent.  Le Maroc s’est déclaré disposé à aller dans ce sens (discours royal ;2018) en tendant la main que le régime militaire algérien ne s’est pas empressé à prendre. Ce dernier doit donc, assumer les conséquences de son obstination et reconnaitre sa responsabilité pleine et entière de l’état où se trouve actuellement la région. Le Maroc n’a fait jouer la carte des Etats-Unis et d’Israël qu’après avoir épuisé tous les recours dont il disposait pour régler le conflit du Sahara. Reste à se demander si la position des Etats-Unis va amener le régime militaire algérien à changer son fusil d’épaule.

Il est peu probable que ce régime aille contre sa nature et accepte de faire son mea -culpa. Il serait plus enclin à une fuite en avant dans une tentative désespérée pour se faire une nouvelle légitimité. Cependant, là où croît le péril croît ce qui sauve. C’est pourquoi, il faut garder l’espoir tant que l’imprévisible relève du possible.

Rabat le 4/1/2021

 





TOURISME ET INVESTISSEMENT …. RACONTES…. PAR SI ALLAL

Pr. NOURREDINE BERRECHID

 

L’HISTOIRE DE SI ALLAL

Il était une fois un beau pays à qui la nature avait tout donné : un soleil rayonnant, des plages au sable d’or, des forêts, des montagnes aux sommets enneigés et plein d’autres richesses naturelles. Les ancêtres de ce beau pays avaient légué  à leur descendance des trésors inestimables : des monuments prestigieux comptant entre autres des palais dignes des mille et mille nuits, des mosquées  qui rivalisent avec la Giralda, des madrasas, des médinas qui font perpétuer des traditions millénaires, une gastronomie des plus raffinée, une musique riche et variée, un artisanat entretenu par de véritables artistes, pour ne citer que ces quelque exemples  la liste des composantes de son patrimoine étant tellement longue.

Les responsables de ce beau pays décidèrent un jour de faire en sorte de  tirer meilleur profit de ce riche patrimoine. C’était tout au début des années soixante. Ils décidèrent alors de faire du tourisme une activité prioritaire. A l’époque le tourisme était embryonnaire  comptant quelques milliers de lits hôteliers et peu de professionnels du secteur toutes branches confondues. On entama alors de gros chantiers : l’aménagement de zones touristiques au niveau des destinations jugées prioritaires, la promulgation de codes pour les investissements touristiques, histoire d’inciter les promoteurs  à développer le secteur, des écoles hôtelières furent créées afin de former employés et cadres pour les différents métiers du tourisme ; et puisque le nerf de la guerre c’est l’argent un organisme financier était déjà là pour accompagner nos investisseurs. Le tout était supervisé par un Ministère du Tourisme comptant plusieurs directions et départements dédiés à l’organisation des différentes activités touristiques. Sans oublier toute une structure chargée de la promotion de nos produits plus particulièrement au niveau des principaux marchés émetteurs.

Depuis lors l’activité touristique ne cessa d’évoluer, de se professionnaliser. Il est difficile de souligner tous les aspects de cette évolution, aussi nous allons nous limiter à quelques exemples  que nous estimons significatifs : La capacité d’hébergement touristique homologuée  a connu une croissance continue, proposant une offre variée qui répond au mieux à l’attente des clients, de nouvelles zones touristiques ont vu le jour répondant à une meilleures segmentation de la clientèle, les métiers du tourisme se sont organisés en associations et fédérations, chaque profession essayant de présenter sa vision sans négliger la défense de ses intérêts propres, le transport aérien a connu une évolution plus ou moins proportionnelle à l’évolution de l’activité touristique, les codes des investissements ont été actualisés, les recettes  touristiques en devises ont connu une augmentation substantielle dépassant parfois les devises qui nous viennent d’ailleurs.

Je ne tiens pas à vous embêter, en encombrant mon récit par les chiffres et les termes techniques. J’essaierai de faire dans le simple. Après cette introduction qui ressemblerait bien à un tableau élogieux je vous propose plutôt de parler des entraves, mettre la lumières sur certains aspects qui expliqueraient peut être en partie les problèmes dont a souffert  le secteur touristique de ce beau pays. Ceci sans prétention de ma part de détenir la vérité par les deux bouts, et sans parti pris. Une observation de taille me semble nécessaire de prime abord : il s’agit d’évoquer des situations et non des personnes. Ainsi est-il nécessaire de souligner la fameuse citation : toute personne se reconnaissant dans mon récit devrait se dire qu’il d’agit d’une simple coïncidence. Le personnage que vous allez découvrir n’a jamais existé. Il s’agit d’un personnage imaginaire comme on en trouve dans nos contes populaires

Je me propose de  vous raconter l’histoire de Si Allal, un promoteur pas comme les autres. C’est quelqu’un qui a du flair. Il sait saisir les opportunités qui se présentent et qui ne sort pratiquement jamais bredouille des «  affaires » quel que soit le niveau de son implication. Il a entendu parler du tourisme, de son attractivité ; et l’intérêt qui lui est porté par « Dawla ». Si Allal est une touche à tout. Il a été dans l’immobilier, l’agriculture, les lotissements etc…Le tourisme ? Il n’a jamais eu l’occasion d’approcher ce secteur. Non parce que cette activité aurait un côté « hram » comme se plaisait à lui répéter son  ami Hmidou, une personne très spéciale qui est impliqué dans de nombreuses affaires louches, mais qui ne rate jamais ses cinq prières et surtout pas celle du Vendredi. Non non ce n’est pas une question de « hlal » ou « hram », c’est seulement que  l’occasion ne s’était pas encore présentée. Depuis des années Il voit se construire des hôtels un peu partout , s’ouvrir des restaurants, des agences de voyages qui s’installent à chaque coin de rue et des boutiques d’artisanat qui poussent comme des champignons dans plusieurs villes du pays. Il se dit que tout ce monde ça ne peut signifier qu’une seule chose : il y a certainement beaucoup d’argent à gagner dans ce secteur. De l’argent, beaucoup d’argent même et pour une bonne partie en devises ! Et Si Allal commence à rêver de cette fortune à portée de main. Il faut dire que l’argent c’est son dada. Et puis quand on est dans  tourisme on baigne dans un monde class, on rencontre des gens intéressants, on côtoie des personnalités de haut rang et ceci ne peut être que bénéfique pour les affaires. Le problème c’est que Si Allal n’est  pas de la profession. Il se dit qu’il pourrait toujours trouver une solution. Je pourrais  par exemple m’associer avec un professionnel confia-t-il à son ami Hmidou. Ce dernier se résigna à accompagner son ami mais en tant que « conseiller » seulement, n’ayant pas encore abandonné ses « convictions religieuses ». Si Allal a une grande expérience dans le domaine des sociétés. Généralement quand il lui arrive de s’associer il fait en sorte d’apporter ses idées et s’arrange pour que son associé apporte l’argent. Quand il y a problème il s’arrange plutôt à  empocher l’argent et laisser les idées à son associé ! Si cette option ne s’avère pas possible il pourrait trouver un professionnel en tant que gérant mais pour longtemps. Juste le temps de maitriser les rouages de la profession. Mais tout ça c’est encore prématuré. Chaque chose en son temps. Il faut tout d’abord commencer par s’informer

1/ Si Allal s’informe

Si Allal sait de par sa longue expérience que la première chose à se procurer c’est l’information. Il la cherche souvent auprès des personnes qui pourraient la lui fournir,  mais surtout lui expliquer à qui s’adresser, comment avoir la bonne information le plus vite possible et au moindre coût. Si Allal est une personne joviale, au contact facile et qui en plus se croit avoir la « baraka », lui fils et petit-fils d’un « Chrif ». D’ailleurs  il ne met jamais les pieds dans une ville sans aller se recueillir au préalable sur le tombeau du Wali, pas le Wali de nos provinces mais plutôt le saint de la région, vénéré par la population locale et dont le mausolée est un sanctuaire sacré. Il s’adresse aux administrations, aux professionnels, mais aussi aux différents intermédiaires dont certains lui promettent monts et merveilles. Si Allal a  lui aussi la promesse facile, une générosité du verbe extraordinaire. Il veille toujours à donner bonne impression, je dirai même à impressionner son interlocuteur. Il parle de son expérience, de ses réussites tout en prenant garde que son exagération ne soit pas flagrante. Quand il est question de ressources financières c’est en milliards de centimes qu’il présente sa surface financière. En somme l’argent ne semble jamais lui poser problème. L’argent des autres. C’est ce qu’il laisse entendre. Il arrive en fin de parcours à recueillir des informations, beaucoup d’informations, dont la fiabilité n’est pas toujours la première caractéristique. Il se rend compte que l’affaire est loin d’être aisée, mais ce n’est pourtant pour le décourager. Il sait maintenant qu’un dossier est nécessaire avec ses volets technique, juridique et financier, des agréments, des autorisations, etc…. Mais pour lui le plus important c’est d’amorcer le processus. Toute son énergie est orientée vers son premier objectif : rencontrer les personnes appropriées au moment de ses premières démarches. Des personnes « bien placées » qu’il pourrait convaincre de l’importance de son projet. Pour ça il est prêt à utiliser tous les moyens y compris ceux que lui a conseillés son ami Hmidou. Il arrive à la fin de décrocher quelques promesses, certaines moins sérieuses que d’autres. Si Allal commence alors à « tracer » son plan .Sa feuille de route. Sa première préoccupation est certes le montage financier de son programme d’investissement. Pour cet aspect il ne manque pas d’idées. Chaque chose à son temps se plait il à répéter. Réglons tout d’abord la question importante du terrain et son lieu d’implantation.

Si Allal entame son étude du marché à sa manière. Il se renseigne sur  le coût d’investissement. Mais il n’est pas toujours  convaincu par les chiffres qu’on lui communique. Il pense réaliser son hôtel avec une enveloppe moins importante que celle qui lui a été communiquée. Il faut dire que lui il a ses méthodes et ses secrets. Ce qui lui importe le plus c’est le plan de financement du projet car il ne compte certainement pas se ruiner. Il se fixe un seuil maximum tout en se disant qu’il pourrait dépenser moins que ce seuil envisagé. Si Allal sait bien travailler avec l’argent des autres. C’est moins risqué ! Côté paramètres d’exploitation il ne va pas de main morte, surestimant ses recettes prévisionnelles et minimisant les structures des dépenses d’exploitation. Il se plait à se comparer aux autres. Il faut dire que la concurrence ne l’impressionne guère. Si les autres l’ont fait pourquoi pas lui. C’est ce qu’il ne cesse de répéter à qui veut l’entendre. La gestion d’un hôtel ne doit pas être plus compliquée que n’importe quel autre commerce en fin de compte ! C’est ce que Si Allal explique à son ami Hmidou quand ce dernier lui pose la question. Il fait ses propres calculs, projetant toujours des chiffres qui affichent un niveau de rentabilité des plus satisfaisants, ce qui le rassure d’avantage. Quand on lui suggère de se rapprocher d’un professionnel pour élaborer une étude de faisabilité, il ne trouve pas l’idée intéressante. C’est une perte d’argent et de temps. Pour lui les chiffres sont clairs. Les siens. Il se consacre plutôt à dresser une liste des entrepreneurs susceptibles de réaliser son projet. Il retient les noms de ceux qu’il estime être les moins chers, mais surtout ceux qui ne sont pas pressées pour être payées. Il n’oublie pas aussi de dresser une liste des administrations qui supervisent ce secteur. Devant chaque administration il note les noms des responsables qu’il connait personnellement,  et ceux qui seraient connus par ses amis, ou même les amis de ses propres amis. Si Allal n’aime pas mettre les pieds dans une administration sans préparer le terrain au préalable, c’est du moins ce qu’il ne cesse de dire.

Estimant que l’essentiel des informations sont actuellement en sa possession, il se dit qu’il est grand temps de prendre sa décision. Il ne choisira pas les destinations très prisées, là  où l’offre est abondante et les grandes signatures ont  déjà élu domicile. Il leur préfère plutôt une région dont l’activité touristique est à ses débuts. Une région désignée comme une zone  à promouvoir. C’est ce que lui dicte son instinct de commerçant qui est toujours à la recherche des « occasions », des opportunités et autres «  coups de fusil ». Il se dit que dans ces régions les problèmes sont moindres, les facilités plus nombreuses, les incitations plus intéressantes ; et surtout le financement est plus accessible. Il  lui reste maintenant de choisir parmi les régions favorisées. . Après avoir passé en revue les points forts et points faibles de chaque région il finit par faire son choix. Il ira là où il pourrait disposer d’un terrain, bien situé, d’une superficie respectable, rapidement et avec des conditions  qui ne soient nullement contraignantes.







La puissance impériale américaine est-elle en déclin ?

Partie 4/5

   Pr. Abdeloumoughit Benmessaoud TREDANO

Professeur de science politique et de géopolitique

Université Mohamed V. Rabat


Parallèlement, face   à l’émergence et au renforcement récents des mouvements libanais et palestiniens grâce au soutien iranien, avec le complexe de Massada aidant, la perspective de paix est devenue une arlésienne !!

Ne voulant rien céder, Israël serait enclin à une fuite en avant.

Les hommes politiques israéliens, Netanyahou en tête, étaient déjà fortement tentés par une aventure militaire contre l’Iran s’ils n’y avaient pas, semble-t-il, l’opposition du président américain Barak Obama et des responsables militaires et des services secrets israéliens.

Cette option aventureuse voire apocalyptique n’est pas exclue surtout que l’Amérique se "retire" progressivement du Moyen-Orient et se refuse à s’engager dans de nouvelles guerres sauf si l’existence même d’Israël est en cause.

Cette option hasardeuse voire apocalyptique n’est pas à écarter aussi, eu égard au supposé déclin de la puissance impériale.

DECLIN AMERICAIN, ENTRE REALITE ET FANTASME ?

D’aucuns s’empresseraient à fustiger la fameuse logorrhée sur le soi-disant déclin de l’Amérique.

D’autres vont agiter les 21 000 milliards de $ du PIB américain ;

Comme certains peuvent soutenir qu’avec le GAFAM, l’Amérique continue à contrôler l’image, la communication et le net …

Avec le système ESPION (NSA), l’Etat profond américain dispose d’un outil d’écoute hallucinant !!

Avec un arsenal militaire impressionnant et des bases disséminées un peu partout à travers le monde, l’ONCLE Sam peut intervenir à tout moment avec une efficacité déconcertante du moins au début de l’opération !

Alors pourquoi donc soutenons-nous une telle hypothèse ?

D’abord c’est une règle de l’histoire. Il est vrai ça ne sera pas à la soviétique : rapide et brutale. Ça sera plutôt un processus long et compliqué qui sera marqué par des irruptions incontrôlées et incontrôlables à cause, en partie, du refus du déclin. 

Par ailleurs, Il n’est pas inintéressant de rappeler que trois écrivains émérites[1]avaient prédit la fin de l’URSS même si leurs explications et les modalités ne sont pas les mêmes.

Parmi ces trois, il y a Emanuel Todd qui récidive pour les Etats-Unis ;

Le supposé déclin américain n’est pas isolé, il s’inscrit dans un processus global qui concerne l’ensemble de l’Occident qui voit sa domination du monde se réduire ;   le philosophe et compagnon du Che Guevara, Régis Debray a commis un texte lumineux sur ledit déclin [2] ; tout en soulignant les atouts dont dispose cet Occident dominateur, il en décline les signaux et les indices précurseurs[3]

 Un autre auteur, dans un autre esprit, en traitant de la crise interne de l’Occident, parle de requiem de ce monde[4].

Les causes de ce déclin sont d’ordre structurel, comme il y a quelques indices de conjecture qui confortent cette idée.

 E. Todd, Régis Debray et la fin de quatre siècles de domination occidentale …

Quelques signes liés à la conjoncture notamment suite à leur implication dans deux conflits récents et particulièrement meurtriers et conduits presque au même temps   à savoir l’Afghanistan (octobre 2001) et l’Irak (mars / avril 2003)

Ces deux conflits ont constitué une sorte d’un deuxième Vietnam pour les Américains, notamment en Irak dans la mesure où en moins de trois ans ils ont plus de quatre mille morts et des centaines de blessé sans parler des conséquences psychologiques inhérentes à ce conflit.

Au fait, comment se présente cette perception du déclin de l’Amérique ; selon Emanuel Todd, et sur la base des écrits d’une littérature politique et géopolitique diversifiée.

La théorie du déclin de l’Amérique [5]

Cette tension permanente qu’entretient l’Amérique dans le monde est le produit d’une angoisse, d’un sentiment de son inutilité … Cette thèse est magistralement développée par Emmanuel Todd [6]..

Elle est fondée sur les écrits d’une pléiade d’auteurs et d’hommes politiques américains, il s’agit, entre autres, de Paul kennedy, Samuel Huntington, Zbigniew Brzezinski, Henri Kissinger et Robert Gilpin   [7]..

Tous, avec quelques nuances, partagent « la même vision mesurée d’une Amérique qui, loin d’être invincible, doit gérer l’inexorable réduction de sa puissance relative dans un monde de plus un plus peuplé et développé »[8]..

Avec le changement du centre du monde en faveur de l’Eurasie (Z. Brzeziwski), la généralisation de la démocratie dans le monde (F. Fukuyama) et l’impossibilité d’une guerre entre les démocraties (Michael Doyle), E. Todd construit sa théorie sur l’inéluctabilité du déclin américain ; il commence par mettre en exergue l’idée générale de Brzezinski. Sa représentation d’une population et d’une économie mondiale concentrée en Eurasie, une Eurasie réunifiée par l’effondrement du communisme et oubliant les Etats-Unis, isolés dans leur nouveau monde, est quelque chose de fondamental, une intuition fulgurante de la véritable menace qui plane sur le système américain » [9].

Cette situation inquiète l’Amérique et surtout les stratégies de la nouvelle administration américaine. Cette angoisse est déclinée par E. Todd en ces termes : « Si la démocratie triomphe partout, nous aboutissons à ce paradoxe que les Etats-Unis deviennent, en tant que puissance militaire, inutiles au monde et vont devoir se résigner à n’être qu’une démocratie parmi les autres ». Et pour éviter cette échéance ou du moins la retarder le plus longtemps possible et comme elle ne peut s’affronter aux véritables acteurs stratégiques de l’ordre mondial de demain, l’Amérique s’essaie à une stratégie réduite à un « militarisme théâtral comprenant trois éléments essentiels … ».

« - Ne jamais résoudre définitivement un problème, pour justifier l’action militaire indéfinie de l’unique superpuissance » à l’échelle planétaire.

- Se fixer sur des micro puissances – Irak, Iran, Corée du Nord, Cuba, etc. La seule façon de rester politiquement au cœur du monde est d’« affronter » des acteurs mineurs, valorisant pour la puissance américaine, afin d’empêcher, ou du moins de retarder la prise de conscience des puissances majeures appelées à partager avec les Etats-Unis le contrôle de la planète : l’Europe, le Japon et la Russie à moyen terme, la Chine à plus long terme….

- Développer des armes nouvelles supposées mettre les Etats-Unis « loin devant », dans une course aux armements qui ne doit jamais cesser.

Cette stratégie fait certes de l’Amérique un obstacle nouveau et inattendu à la paix du monde, mais elle n’est pas d’une ampleur menaçante. La liste et la taille des pays cibles définit objectivement la puissance de l’Amérique, capable au plus d’affronter l’Irak, l’Iran, la Corée du Nord ou Cuba. Il n’y a aucune raison de s’affoler et de dénoncer l’émergence d’un empire américain qui est en réalité en cours de décomposition, une décennie après l’empire soviétique.

Une telle représentation des rapports de force planétaires conduira naturellement à quelques propositions d’ordre stratégique, dont le but ne sera pas d’accroître les gains de telle ou telle nation, mais de gérer au mieux pour tout le déclin de l’Amérique.

Cette stratégie de tension permanente s’articule donc, dans les faits, autour de la lutte contre le terrorisme, la maîtrise politique des ressources mondiales et un développement effréné de l’armement américain et sa nécessaire modernisation et adaptation aux « menaces nouvelles ».

 Pour résumer sur cette question de déclin, au-delà des causes de faiblesse internes, il y a trois facteurs, au niveau externe qui expliquent l’inutilité de cette puissance qui est devenue plus prédatrice que productrice !!

1.L’émergence d’une puissance mondiale en l’occurrence la Chine, le retour de la Russie, la prépondérance de l’Asie et l’apparition de puissance régionales telles que la Turquie et l‘Iran et tout cela conjugué conduit à une sorte de régionalisation du monde[10].

2.La dépendance accrue des Etats-Unis du reste du monde

3.La multiplication des démocraties

En effet, « si la démocratie triomphe partout, nous aboutissons à ce paradoxe terminal que les Etat- Unis deviennent, entant que puissance militaire, inutiles au monde et vont devoir se résigner à n’être qu’une démocratie parmi les autres »[11]

Plus largement, Régis Debray, quant à lui parle d’un déclin de l’ensemble de l’Occident mais sans pour autant trancher, d’une manière définitive, sur l’inéluctabilité de ce déclin ; en effet, en rappelant les atouts dont dispose encore ledit Occident[12], l’Amérique en tête, ses faiblesses intrinsèques ne conduisent pas à sceller son sort.

Il n’empêche, avec une phrase sibylline résume bien l’état des rapports de force entre les puissances : « l’Amérique s’ausculte, l’Europe s’égare, la chine se retrouve ».[13]

La Chine, Carter et Trump

A propos de la Chine, dans un échange entre l’ancien président américain, Jimmy Carter et l’actuel président Donald Trump, on relève la réflexion suivante ; en effet, ce dernier faisait part au président Carter   de son inquiétude par rapport à l’émergence de la Chine et sa menace pour l’Amérique.

Le président Jimmy Carter a eu cette réponse cinglante « …les Etats-Unis sont «la nation la plus belliqueuse de l'histoire du monde » et que par ailleurs «la Chine n'a jamais perdu un seul centime sur la guerre ». Voilà pourquoi, explique Jimmy Carter «la Chine nous devance aujourd’hui »[14] .

Un chiffre est largement édifiant par rapport à la nature guerrière de cet empire :

Plus de 220 années de guerre

 « Les Etats-Unis ont été en guerre 93% du temps de leur vie  depuis leur création en 1776 ; c’est à dire 222 des 239 années de leur existence…» en tant qu’Etat[15].

L’humoriste et scénariste américain George Carlin résumait la politique impériale de son pays en ces termes :

"Nous sommes un peuple de la guerre. Nous aimons la guerre parce que nous sommes très bons à la faire. En fait, c’est la seule chose que nous savons faire dans ce putain de pays : faire la guerre, on a eu beaucoup de temps de pratique et aussi parce que c’est sûr que nous ne sommes plus capables de construire une machine à laver ou une voiture qui vaille un pet de lapin…" [16]

 Dans une autre occasion le même président Carter appelle à une coopération entre les Etats-Unis et la Chine, notamment pour le développement de l’Afrique  [17].

 Quelques signes conjoncturels précurseurs du déclin ?

Les Etats- Unis ont connu, durant le mandat de Donald Trump    un véritable paradoxe ; autant le 45ème président des Etats-Unis   s’est employé à durcir sa diplomatie, y compris avec ses alliés, au même moment les signes de faiblesse n’ont pas cessé de se multiplier ..

Le 18 décembre 2017, au sein du Conseil de Sécurité de l’ONU 14 Etats, y compris les plus proches alliés des USA à savoir la France et le Royaume Uni, ont condamné la décision du président américain de changer le statut de Jérusalem ; grâce à leur véto la résolution n’a pas été adoptée[18].

Quelques jours plus tard, au sein de l’Assemblée générale de l’ONU, le désaveu a été sans nuances : 128 pays ont voté la résolution, 35 se sont abstenus et à peine 9 ont voté contre ; on y relève quelques îles et des petits Etats en plus d’Israël et des Etats Unis. La plus grande puissance au monde est désavouée par la majorité de la communauté internationale et ce malgré les menaces proférées, sans vergognes, par la représentante américaine à l’ONU contre tous ceux qui voteraient pour la résolution condamnant la position américaine.

Par ailleurs avec le leader de la Corée du Nord, le président américain a essayé d’arracher un gain diplomatique en lui imposant une dénucléarisation forcée sans succès.

Il a tout fait, vainement, pour terrasser la puissance iranienne, malgré les sanctions diverses, renouvelées et puissamment contraignantes.

Retrait américain progressif du Moyen-Orient

Les faiblesses des Etats-Unis remarquées ces derniers temps et leur retrait de la région qui s’ensuivit ne sont pas une vue d’esprit mais une réalité plus ou moins bien établie.

 Quelques faits confortent, si besoin, cette perception des choses 

En plus des faiblesses intrinsèques de l’Amérique et quelques signes montrant les limites de sa puissance, il n’est pas inutile de rappeler certains faits plus convaincants.

En juin 2019, l’Iran a abattu un drone américain très sophistiqué (appartient à la famille des Global Hawk,)[19] !!.

Le fait que les dirigeants iraniens décident de l’abattre traduit l’assurance qu’ils ont de leur puissance ; les Etats-Unis n’ont pas pu répliquer ; ils se sont rétractés à la dernière minute sous prétexte que leur action allait tuer des victimes civiles !! L’Oncle Sam qui s’est érigé en bon samaritain ! Alors que l’histoire américaine est chargée de massacres commis par eux :les bombardements anglo-américains sur le la ville de Dresde, ceux des Etats-Unis de nature nucléaires de Hiroshima et Nagasaki, ceux de l’Indochine ; ceux de l’Irak en février 1991, entre autres et la liste est longue …

L’assassinat de deux   dirigeants iranien et irakien en janvier 2020, le général Qassem Soleimani, un personnage charismatique   et  Abou Mehdi al-Mouhandis, le commandant du Hachd al-Chaabi, une coalition rassemblant des dizaines de milliers de paramilitaires pro-Iran en Irak, a poussé à une riposte iranienne  mesurée mais combien symbolique (Frapper la première puissance du monde ) ; elle s’est traduite par une frappe chirurgicale  des bases d'Aïn al-Assad et d'Erbil [20].

Le bombardement des installations pétrolières saoudiennes (l’Aramco), en plein cœur de l’Arabie par les Houtis censés être des alliés de l’Iran, l’arraisonnement d’un bateau britannique (certes après que les Britanniques ait fait pareil dans le détroit de Gibraltar), sont autant de signes du renforcement du statut de l’Iran et en parallèle, le début de l’effritement de la puissance américaine !! 

Il importe aussi de souligner que malgré l’importance du pétrole, de la région du   Moyen-Orient, de la sécurité d’Israël et la découverte récente de réserves importantes de gaz en Méditerranée Orientale, les nouveaux enjeux entre les puissances se déroulent désormais ailleurs ; c’est à dire au pacifique en raison de l’émergence et les ambitions de la Chine et les conflits éventuel qui pourrait les opposer.

 Autres signes de faiblesse des Américains, c’est que leurs bâtiments et leurs bases militaires sont à la portée des missiles iraniens.

Les Etats-Unis se retirent partiellement du Moyen-Orient, parce que le contrôle direct de la région commence à coûte cher !! Une "gestion déléguée" assurée par des alliés locaux telles que la Turquie et l’Arabie saoudite est une formule qui est déjà à l’œuvre !!

Bref, des indices de faiblesse américaine de plus en plus visibles, une impasse politique et militaires israéliennes et une émergence du bloc iranien préfigurent, sans conteste, une nouvelle configuration de la région du Moyen- Orient.

 

  



[1] André Amalrik, L’Union soviétique survivra-t-elle en 1984 ? Fayard, (1970), 118 pages ; Emmanuel Todd, La chute finale. Essai sur la décomposition de la sphère soviétique, Rober Laffont, 1976, 371 p. ; Carrère D’Encausse, Hélène, L’Empire éclaté : la révolte des nations en URSS, Paris, Flammarion, 1978, 318 p.

[2] Régis Debray 

[3] Les pages correspondantes.

[4] Pascal Boniface, Requiem pour le monde occidental : Relever le défi Trump , Eyrolles;  2019 ,145 p.

[5] Cet extrait est reproduit de mon ouvrage sur l’Irak publié en 2003. Il garde toute son actualité et sa pertinence ; L’ONU-Etats-Unis -Irak : de la mère des batailles à la guerre des faucons, Ed. Confluences, Rabat, 2003,188 p.

[6] On lira avec intérêt soutenu son ouvrage sur le déclin de l’empire américain. Après l’empire. Essai sur la décomposition du système américain. Ed. Gallimard, 2002, 233 p.Et surtout le premier  chapitre du livre appelé ouverture :pp.9-33.

[7] - Sur cet aspect on peut consulter certaines références citées par Bernard Cassen, L’Europe est malade de l’atlantisme, Le Monde diplomatique, mai 2003 ; l’ensemble de ces analyses a mis mal le mythe de la super puissance américaine.

[8] - Emmanuel Todd, op.cit., p. 16.

[9] - E. Todd, op.cit., pp. 20-21.

[10] E. Todd ; op.cit. p. 17

[11] Op. cit. p. 21.

[12] Les pages correspondantes

[13] R. Debray, op.cit. 10

[14] http://french.cri.cn/commentaire/2495/20190417/277110.html

[15] https://eljadidascoop.com/les-etats-unis-ont-ete-en-guerre-222-des-239-annees-de-son-existence/

[16] Idem.

[17] https://www.francetvinfo.fr/monde/afrique/politique-africaine/lancien-president-americain-jimmy-carter-appelle-washington-et-pekin-a-cooperer-davantage-en-afrique_3126571.html

 

[18]https://www.un.org/press/fr/2017/cs13125.doc.htm

[19] https://www.france24.com/fr/20190621-global-hawk-rq4a-drone-americain-iran-espionnage

[20] https://www.europe1.fr/international/liran-frappe-une-base-americaine-en-irak-avec-plus-dune-douzaine-de-missiles-3941690










.








Pr. Lotfi ELMRINI
 

INTRODUCTION

 

C

e livre a pour ambition de participer à la réflexion sur la politique publique de la culture. C’est un travail de décryptage de la réalité qui s’intéresse au factuel, qui dresse des constats, qui fait appel abondamment aux chiffres et qui s’arrête aux points d’inflexion. C’est également un travail d’analyse qui questionne la pertinence des concepts et des approches, et qui propose des pistes pour aller de l’avant.

C’est un ouvrage qui aspire à faire changer les mentalités, à faire bouger les lignes, non seulement en répétant des vérités, voire des lapalissades, mais également en convoquant, par provocation, des expériences et des avenues empruntées par des pays et des territoires dans les autres régions du monde, qui sont justement révélatrices d’une dynamique que je nous souhaite inspirante.

C’est également un livre pour plaider la cause de la culture. Les acteurs culturels considèrent, souvent et à juste titre, que la culture n’est pas dans le radar du gouvernement, que la politique culturelle n’est pas perçue comme un enjeu politique, économique et social majeur, qu’elle n’a pas de place dans le modèle de développement, mais qu’elle est paradoxalement très présente dans le discours roboratif et dans la rhétorique fournie en envolées lyriques des acteurs de la scène politique, par ailleurs, parfaitement inaudibles. 

Cette absence de curseur est une véritable aberration, eu égard à la richesse patrimoniale du pays, à la diversité de ses expressions culturelles, aux rôles que joue la culture pour forger la personnalité, renforcer le lien social, ouvrir les yeux et l’esprit à la beauté, adoucir les mœurs, combattre les radicalités, et à son potentiel pour créer la valeur, les postes d’emploi, contribuer au rayonnement du pays, etc.

L’indicateur le plus parlant, le plus révélateur de la position de hors-jeu de la culture sur le terrain gouvernemental est l’absence de données ou de séries statistiques sur la culture. Hormis le secteur du cinéma et les résultats des enquêtes sur la consommation des ménages, aucune information statistique n’a été publiée par le département mère ou par le Haut-Commissariat au Plan sur l’état de la culture ou sur les biens culturels avant 2013. Or, l’absence de mesure induit l’invisibilité et favorise la marginalisation, tant il est vrai que « ce qui n’est pas compté ne compte pas » et « qu’à l’inverse, mesurer, c’est gouverner »[i] !

Certes, la culture a rejoint le champ des politiques publiques beaucoup plus tard que les secteurs non économiques tels que l’éducation ou la santé, traduisant une prise de conscience relative et tardive de ses rôles et de son potentiel. Cependant, sa mise à la marge sur une longue durée et l’absence de toute stratégie nationale après 70 ans d’indépendance est un motif de découragement. 
 
Ce manque de volonté politique trouve sa source dans la quasi-vacuité  des programmes partisans de toute référence à la culture en tant que domaine prioritaire ou stratégique[ii]. Or, l’histoire récente nous apprend que les expériences gouvernementales qui ont infléchi les politiques culturelles ont été bâties sur un engagement politique fort. Trois exemples à cet effet des mondes anglo-saxon, germanique et francophone. 
 

D’abord, l’exemple anglais, porté par le manifeste électoral du parti travailliste et de son livre blanc, A Policy for the Arts, publié en 1965, où il affirmait que « la place qui revient aux lettres et aux arts dans la vie de la nation est en grande partie fonction du temps et des efforts qui leur sont consacrés dans les écoles et les universités », et qu’il y avait une « urgente nécessité d’accorder aux arts une aide plus généreuse et plus judicieuse, au triple échelon local, régional et national ». Politique mise en œuvre par le secrétaire d’Etat qui va rapatrier le financement de la culture du Tresor (ministère des Finances), reprendre les musées auparavant confiés au ministère de l’Equipement, et qui opérera une progression remarquable des subventions culturelles  accordées à l’Arts Council qui passeront de 3.2 millions £ en 1964 à 8.2 millions £ en 1969.

Ensuite, l’exemple autrichien avec le chancelier Bruno Kreisky, chef du Parti socialiste d'Autriche (SPÖ), qui entreprit à partir du début des années 1970 une vaste réforme pour démocratiser et moderniser son pays dans laquelle la culture et les arts étaient mis en avant. Cette réforme s’inscrivait dans le contexte de la société autrichienne, demeurée depuis  la Deuxième guerre mondiale drapée dans ses oripeaux passéistes et rébarbative à toute nouvelle création dans les domaines de la littérature  et des arts plastiques, et où l’action de l’Etat, peu tolérant, se tenait à une politique culturelle élitiste et de « répartition proportionnelle »  entre les anciens et les nouveaux penseurs et créateurs. Le chancelier fédéral imposa d’emblée une nouvelle vision qui considérait que  « l’art libre, non l’art de commande, les activités artistiques critiques, non l’hagiographie, irriguent la société de vie, d’intelligence, d’imagination ; qu’une société ainsi animée, est aussi une société plus tolérante, plus libre, plus riche »[iii]. Il subventionna les intellectuels, les artistes et les écrivains de tout style, y compris les créateurs novateurs non compris et non reconnus, admit aux artistes le droit au discours radical et respecta leur liberté de création inscrite dans la Constitution. Il s’impliqua même personnellement pour soutenir certaines idées comme la vision d’architecture écologique d’avant-garde de Friendensreich Hundertwasser qui finit par se concrétiser par la construction dans les années 80 à Vienne d’un bâtiment, devenu, depuis, un immeuble HLM célèbre[iv].

Enfin, l’exemple français avec l’avènement du parti socialiste au pouvoir en 1981 et la nomination de Jacques Lang au ministère de la Culture, qui va annoncer le doublement du budget de ce département qui passe de 0,48 % à 0,76 % du budget global de l’Etat et fixer l’objectif d’atteindre le seuil de 1% en 1983. Dans son discours à l’Assemblée nationale,  il considère que son ministère conduira :    « une politique nouvelle pour l'art et la création », affirme que « tout est culture » et place la culture au centre de l’action du gouvernement, considérant « qu’il y a, non pas un seul, mais quarante-quatre ministres de la culture dans le gouvernement»[v].

Au Maroc, en l’absence d’un pareil portage politique fort, la culture est demeurée longtemps un secteur gouvernemental et un domaine transversal, en attente, en stand-by, sans stratégie, sans charpente, sans grille de lecture de ses programmes et sans évaluation de ses performances. D’ailleurs, la relégation de son budget au fond du classement des budgets sectoriels et le rang protocolaire qu’occupe le détenteur de son portefeuille sont révélateurs de la vraie place qu’elle occupe dans la vie politique. Dans ce contexte, les ministres qui se sont succédé à la tête du département, indépendamment de la volonté et du charisme des uns et des autres, ont fonctionné dans un cadre brouillon et contraint,  et leur action ne pouvait se solder que par des bilans mitigés.

Aujourd’hui, à l’approche de la fin du mandat de l’actuel gouvernement qui a inscrit dans son programme l’élaboration d’une stratégie nationale de la culture, aucune démarche méthodologique n’a été arrêtée à ce propos, aucune cellule ad hoc pour encadrer la réflexion et la rédaction du document de référence n’a été désignée, aucune étude n’a été lancée. Cette inaction manifeste traduit une crise profonde de gouvernance au sein du gouvernement qui continue de conduire le domaine culturel à l’aveugle, ignorant sa propre feuille de route et tournant le dos à la sagesse des anciens pour qui  « il n'est pas de vent favorable pour celui qui ne sait où il va[vi]»

 

Le lancement de la cogitation collective sur la nouvelle vision du développement intégré et durable du Maroc pour les décennies à venir ouvre une fenêtre d’espoir pour enfin positionner la culture dans le modèle de développement en gestation. Les esprits brillants qui constituent la commission en charge de ce modèle héritent de la lourde tâche d’aborder une question éminemment idéologique, celle du logiciel marocain, des valeurs, croyances et comportements qui structurent son ingénierie, et qui commandent en dernière analyse, la réussite ou l’échec de tout projet de développement : rationalité vs irrationalité, travail et compétition loyale vs rente, libertés vs contraintes, réalités vs mythes, richesse vs solidarité, droits vs abus, clientélisme et népotisme, ouverture sur le monde vs clôture identitaire, etc. C’est là une question idéologique parce qu’il s’agit d’opérer un basculement, un reformatage partiel mais sérieux de nos structures mentales pour, comme dirait Victor Hugo, « allumer des flambeaux dans les esprits »[vii]. Sous cet angle, l’élimination des facteurs non économiques du sous-développement apparaît, sinon comme un prérequis indispensable, du moins comme un levier aussi important que celui des facteurs économiques.   Ce livre porte un éclairage et, parfois, une réflexion sur certains de ces aspects qui viennent d’être évoqués, en toute modestie et sans prétention.

Le choix des thèmes développés dans cet ouvrage s’inscrit dans un effort de présentation pédagogique de repères et d’analyse de problématiques nouvelles et structurelles, qui se trouvent au cœur de toute stratégie nationale et n’ont pas ou été peu traitées par la recherche. Ce choix s’inscrit dans l’effort collectif entrepris ces dernières années pour enrichir la bibliographie limitée dans ce domaine[viii]. Les cinq problématiques retenues sont : la liberté de création, la culture et le développement, la culture et le territoire, le financement de la culture et le soft power .

Sur le plan méthodologique, un pari a été pris pour investir ces thématiques sur la base d’une approche éclectique qui fait appel tantôt au droit, tantôt à l’économie, la sociologie, l’anthropologie ou les relations internationales. C’est un pari risqué car il suppose une maîtrise de champs disciplinaires divers qui peut s’avérer des fois imparfaite. Néanmoins, ce pari était incontournable face à la complexité des questions culturelles dont l’analyse exige le recours aux outils adéquats pour la compréhension et le traitement, justement, de cette complexité.



[i] Eloi Laurent et Jacques Le Cacheux, Un nouveau monde économique, Mesurer le bien-être et la soutenabilité au 21è siècle, Odile Jacob, 2015.

[ii] Le parti du progrès et du socialisme s’est positionné dernièrement en faveur de relever  la culture au rang de secteur stratégique, Voir, PPS, Thèses politiques, 2018.

[iii] K.-M. Gausz, Bruno Kreisky. L’homme politique et les arts, Austriaca, n° 40, juin 1995, p. 77-80.

[iv] Sylvie Freytag, Art et politique en Autriche, L’impact des œuvres d’Alfred Hrdlicka, de Friendensreich Hundertwasser, de Günter Brus et Valie Export sur l’Autriche de la seconde république, Thèse de doctorat en études germaniques, Université de Strasbourg, 2017, p. 207-208.

[v] Assemblée Nationale, Jack Lang : « Un ministère de la culture, pour quoi faire ? », 17 novembre 1981.

[vi] Sénèque, Lettres à Lucilius, LXXI.

[vii] Victor Hugo, Discours à l’Assemblée nationale, 1848.

[viii] Voir, notamment, les travaux de Mohamed Bahdod, Nabil Bayahya, Driss Jaydane,  Hassan Aourid, Abdelkader Fassi Fihri, Ahmed Boukkous, Amina Touzani, Ahmed Aydoun, Farid Britel et Ahmed Massaia.

Cress Revue

{picture#http://store4.up-00.com/2017-07/149982714684611.jpg} Revue marocaine des sciences politiques et sociales, Dossier "Economie politique du Maroc", volume XIV, Hors série. Les auteurs du volume n'ont pas hésité ... {facebook#http://facebook.com} {twitter#http://twitter.com} {google#http://google.com} {pinterest#http://pinterest.com} {youtube#http://youtube.com} {instagram#http://instagram.com}

Formulaire de contact

Nom

Adresse e-mail *

Message *

Fourni par Blogger.