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2016

     
     Cette chronique est instituée à l’occasion de notre symposium international qui sera organisé en nov. 2017 après 100 ans (2 novembre 1017) de la déclaration d’Arthur James Balfour et 70 ans après le partage de la Palestine (29 novembre 1947).

        Elle comporte, pour cette année de commémoration, des écrits   anciens et déjà publiés   (en attendant des contributions extérieures ), mais qui gardent une grande actualité ; leur intérêt c’est de rappeler l’entêtement israélien, l’aveuglement de la communauté internationale notamment occidentale et la complicité et la duplicité du monde arabe.
     Le chaos actuel au Moyen-Orient  montre ,si besoin est, que  les mêmes comportements continuent à prévaloir ;les perdants , à ne pas douter , c’est d’abord le peuple palestinien mais aussi  tous les peuples  la région   et ,avec les métastases du terrorisme islamiste , toute la communauté internationale risque  également  d’en souffrir si ce n’est déjà fait .
       En effet , les différents attentats commis un  peu partout à travers le monde   depuis 2001  et surtout depuis  le printemps arabe  constituent les signes précurseurs  d’un chaos  généralisé si le monde ne prenne pas conscience que la résolution de la question palestinienne  est la condition sine qua none de la paix dans la région et dans le monde.

                                                  28décembre2016   

Cette réflexion concise du Pr Abdelmoughit Benmessoud Trédano a été publiée dans le quotidien Akhbar-Alyoum le 29-30/10/2016; il s'agit d’un spécial où il a été demandé à 24 hommes politiques, intellectuels, acteurs économiques et de la société civile de préciser ce qu’ils considèrent comme la priorité du prochain gouvernement Benkirane.
Il est évident que quelle que soit la nature du prochain gouvernement, s’il ne dispose pas de la cohérence programmatique , de l’autonomie et des moyens nécessaires pour l’application de son programme , la proposition de priorité n’ aurait ni sens ni utilité .
Le constat
Tout le monde s’accorde à dire que le système éducatif est dans une situation catastrophique Et pourtant il n’y a pas de prise de conscience collective pour apporter la vraie solution La création d’u organe comme le CSE n’est pas la bonne solution ; la question n’est pas technique mais politique Pourquoi la nécessité de résoudre la question d l’école ? Tout dépend d’elle On dit souvent que lorsque l’agriculture va, tout va ; je dirais lorsque l’école fonctionne tout le reste suivra …
Que procure l’école ? que permet –elle ?
· La transmission du savoir · La mobilité sociale · La cohésion sociale · La communicabilité entre les composantes de la société · La réduction de la violence sociale · Enfin le développement.
. Un des facteurs (en plus de l’épargne, d’une bonne administration et d’une bonne justice et de la culture du travail et de la volonté politique des dirigeants) qui ont permis le développement des 4 dragons puis des pays nouvellement industrialisés et ce qu’on appelle aujourd’hui les pays émergents c’est un système éducatif performant.
Le prix Nobel de l’économie l’Américain THEODORE SCHULTZ(après jean Bodin ) a considéré “qu’il n’est de richesse que d’homme” en parlant de la formation que permet l’école.
Dans son dernier ouvrage , le philosophe Michel Serre considère “que l’enseignement est la pierre philosophale qui transforme tout en or…” (Du bonheur aujourd’hui, édition le Pommier, page 45)



La dette publique du Maroc: 

Lecture critique d’écrits académiques

Par : Pr. Abdelkader Berrada 


Revisiter des écrits académiques portant sur la dette publique au Maroc dans le but d’y voir clair, tel est l’objectif premier de cette chronique. Quelle que soit la forme qu’elles revêtent (articles publiés dans des revues à comité de lecture, ouvrages collectifs, mémoires de Masters, etc.), les recherches sur cette question capitale durant les deux dernières décennies laissent perplexes et suscitent de graves interrogations. Le périmètre autant que les composantes et le chiffrage de la dette publique ne ressortent pas clairement des textes étudiés, ce qui fausse la compréhension d’une problématique aussi importante qui interpelle les économistes et les politiques. On comprend par là que les fondamentaux de la recherche scientifique ne sont pas toujours respectés. Trois principales raisons intimement liées semblent être à l’origine de ce problème:
1.   Les auteurs de ces travaux présentés dans l’ordre chronologique n’ont pas toujours cherché à se documenter correctement, d’autant plus qu’au Maroc l’accès à des informations en nombre suffisant et fiables n’est pas chose aisée.
2.  La soumission des écrits publiés à l’appréciation de lecteurs peu versés dans le domaine ou plus ou moins complaisants.
3. L’encadrement de recherches par des professeurs peu soucieux de s’acquitter correctement de leur fonction.
Qu’est ce que la dette publique?
Une lecture attentive des articles publiés durant les deux dernières décennies par des universitaires marocains ne permet pas d’y apporter une réponse claire et pertinente. Dans ces conditions, donner un coup de pied dans la fourmilière s’impose comme un impératif scientifique.
I.  Mohamed Boussetta, économiste
Mohamed Boussetta, professeur universitaire, s’est livré à une analyse de la dette publique au Maroc en rapport avec le déficit budgétaire sur les périodes 1970-1992 (premier article[1]) et 1983-1999 (deuxième article[2]). L’idée centrale qui ressort de ses deux articles qui se chevauchent en grande partie est que «l’accumulation de la dette publique» s’explique par «la persistance de déficits budgétaires considérables». A partir du moment où il a fait largement appel à des données chiffrées «labélisées» (Bank Al Maghrib, Ministère de l’économie et des finances) et pris soin d’indiquer les sources bibliographiques sur lesquelles il s’est appuyé pour argumenter ses propos, il semble difficile de balayer d’un revers de la main le lien établi par l’auteur entre le déficit budgétaire et la dette publique. Cela étant, il reste cependant à préciser ce qu’on entend par dette publique. Dans le corpus de l’économie et des finances publiques, la dette qui se nourrit des déficits budgétaires successifs porte un nom, la dette intérieure et extérieure du Trésor ou publique directe. Est-ce bien le cas? La réponse est non. Plusieurs dérapages méthodologiques sont à relever.
1.      Mis à part de nombreuses erreurs de chiffrage de la dette en valeur absolue ou relative, l’auteur confond dette publique et dette extérieure publique. Dans les deux articles cités, au Maroc l’encours de la dette publique rapporté au PIB s’élève à 14% en 1974 (1995, p.74), 97% en 1983 et 59,4% en 1999 (2000, p.75). En réalité il s’agit plutôt de la dette extérieure dont la composition diffère d’un tableau statistique à l’autre sans la moindre indication. La «dette externe» présentée dans le tableau 3 (p. 74, 1995) correspond à la dette extérieure du Trésor. Par contre, «l’encours de la dette extérieure» présenté dans les tableaux 5 (p.76, 1995 et 2000) et 8 (p. 81, 1995) englobe la dette directe (Trésor) et garantie (établissements et entreprises publics notamment).
2.    Une lecture erronée du tableau n°3 (p. 74, 1995), qui retrace l’ «évolution de la dette publique au Maroc» durant le quinquennat 1970-1974 est aussi source de confusion. Les indications chiffrées ou non qui s’y rapportent proviennent du bulletin «Etudes et Statistiques » publiés par la Banque du Maroc (n°75, mars 1979, tableau IV-2, p.64). Fondamentalement, il s’agit de la dette intérieure et extérieure du Trésor, c’est-à-dire publique directe. Les commentaires associés à ce tableau statistique nous permettent toutefois de conclure que M. Boussetta s’est fait une fausse idée du type de dette publique dont il est question (cf. 1). Cet auteur ne s’est pas rendu compte que le montant exprimé en dollars US de la dette extérieure publique en 1974 auquel il a fait référence (1.218 millions$) diffère de celui mentionné dans le tableau n° 3 et exprimé en dirhams (4.340 millions DH). Ce montant regroupe non seulement la dette du Trésor (tableau n°3) mais aussi la dette garantie par l’Etat au profit des établissements et entreprises publics (EEP).
3.   L’auteur de ces deux articles persiste à croire que tout comme la dette intérieure du Trésor, la dette extérieure est la conséquence directe d’une accumulation de déficits budgétaires sans cesse renouvelés. Ceci revient à forcer l’interprétation puisqu’en réalité l’encours de la dette extérieure publique qui se dégage des tableaux statistiques 5 et 8 porte aussi bien sur la dette du Trésor que sur celle garantie par l’Etat. On en déduit donc que le déficit budgétaire n’est pas, en dépit de son importance, le seul facteur explicatif de l’accumulation de la dette publique; les besoins de financement du secteur des EEP, totalement ignorés par M. Boussetta, sont eux aussi à l’origine d’un endettement en constante progression. Il faudrait toutefois souligner qu’il existe deux types de dette garantie: extérieure et intérieure. Les tableaux statistiques mentionnés auparavant ne comportent pas de données relatives à la dette intérieure garantie, ce qui conduit à sous-évaluer la dette publique. Le taux de sous-estimation de cette dernière est en réalité plus prononcé  puisque la dette non garantie des EEP est elle aussi laissée de côté.    
II.  Mohamed Bouslikhane, économiste
L’article publié en 2012 par Mohamed Bouslikhane[3], professeur universitaire, permet-il de se faire une idée claire et précise de la dette publique au Maroc?  Là encore, la réponse est non.
Dans cet article abondamment «chiffré» d’une vingtaine de pages, M. Bouslikhane propose une analyse rétrospective de la dette publique sur une période de plus d’un demi-siècle  (1956-2010), ce qui constitue une première. Ce texte comprend toutefois des erreurs diverses (définition, chiffrage, etc.).
1.  On note, à une exception près (rapport 2010 du Trésor et des finances extérieures, signalé dans le corps du texte, page 73), l’absence de sources bibliographiques. Citer ses sources, faut-il le rappeler, est à la fois une nécessité impérative et une marque de rigueur intellectuelle. Par ailleurs, l’absence de tableaux statistiques n’arrange pas les choses.
2.  Définition à géométrie variable de la dette (1956-2010) et appellations multiples et variées qui déroutent le lecteur non averti.
L’auteur parle indistinctement «d’encours de la dette publique», p.62 (2001, 2004),  «d’encours global de la dette», p.63 (2005,2006), de «dette publique globale » (200), p. 68, de «dette publique», p. 69 (2007,2008), de «dette publique totale» (2009), p.71. La question se pose de savoir si ces dénominations recouvrent la même signification. Apparemment oui. Le montant de 386 milliards de dirhams (MMDH) mentionné à deux reprises  (pp. 68,-69) et qui se rapporte à l’année 2007 indique en effet que «dette publique globale» (p.68) et «dette publique» (p.69) veulent dire la même chose. Mais, qu’en est-il des autres années?
M. Bouslikhane ne précise ce qu’il entend par dette publique que vers la fin de l’article (pp.71, 73, 75[4]). Deux observations s’imposent à cet égard :
a. A la différence de M. Boussetta, M. Bouslikhane soutient que  l’accumulation de la dette publique s’explique par les besoins de  financement du Trésor et des autres entités du secteur public (EEP, collectivités locales), ce qui contient une large part de vérité.
b.  Il faut par contre signaler que la dette des EEP et des collectivités locales ne se réduit pas à la dette extérieure garantie comme il ressort de l’approche de M. Bouslikhane mais s’étend également à la dette intérieure garantie, voire au-delà (dette non garantie).
3.     Défaut de cohérence interne et historique :
Ce défaut se remarque s’agissant de la dette publique aussi bien extérieure qu’intérieure et globale.
D’entrée de jeu (p. 58), M. Bouslikhane fournit une multitude de données statistiques sur la dette extérieure publique (dette du Trésor + dette garantie). Comme il le souligne, «la dette extérieure est passée de 750 millions de dollars en 1970 à 17,24 milliards de dollars en 1986, soit une progression globale de 230%. Elle a atteint les 18 milliards de dollars en 1987, faisant du Maroc l’un des pays les plus endettés du monde. Le service de la dette qui absorbe 1,6 milliard de dollars en 1987, devait en absorber 3 milliards en 1990. Durant cette période, le stock de la dette a atteint le seuil de  25 milliards de dollars». Ces statistiques appellent néanmoins plusieurs observations critiques basées sur des documents de première main:
a.  L’encours de la dette extérieure publique en 1970 s’élève à 747,2 millions$ dont 531, 5 M$ exigibles en devises et 215,7 M$ en dirhams. Outre cette précision qui n’est pas sans intérêt, il ne s’agit que de la dette du Trésor ou directe, c’est-à-dire exclusion faite des crédits fournisseurs inférieurs à cinq ans et de la dette garantie par l’Etat au profit des établissements et entreprises publics[5]. M. Bouslikhane est resté muet sur cette question.
b.     Les montant relatifs à 1986, 1987 et 1990 s’appliquent en revanche à la dette extérieure aussi bien du Trésor (ou directe) que garantie.
On en conclut donc que la structure de la dette extérieure publique en 1970 diffère de celle des autres années, ce qui fausse la comparaison. Ce manque d’homogénéité a échappé à l’auteur de l’article.
c.      Qui plus est, les montants de la dette extérieure publique se rapportant aux années 1987 et 1990 ne sont pas exacts.
1987=19,915 MM$ (Direction du Trésor et des Finances Extérieures: DTFE), voire 20, 973 MM$ (BIRD) au lieu de 18 milliards$ (MM$).
       1990= 23,258 MM$ (DTFE) = 23,523 MM$ (BIRD) au lieu de 25 MM$.
d.  Les chiffres avancés par l’auteur concernant le service de la dette extérieure publique (intérêts* + amortissement**) sont également incorrects (1,6 MM$ en 1987 et 3 MM$ environ en 1990). Comme on peut le constater     ci-dessous, les chiffres puisés à la source[6] y sont nettement plus élevés (à noter que l’opération de rééchelonnement ne porte pas sur la dette extérieure publique dans son intégralité: 1983-1991):
          Avant rééchelonnement (y compris rachat FMI):
                                                1987 = 3,759 MM$ (1,241*+2,518**), 
                                                1990 = 3,929 MM$ (1,511+2,418)
           Après rééchelonnement (y compris rachat FMI):
                                                1987 = 2,016 MM$ (0,853+1,163),
                                                 1990= 2,096 MM$ (1,075+1,021)
Le défaut de cohérence interne et historique caractérise également la dette publique intérieure. Les montants mentionnés par M. Bouslikhane, s’agissant des années 1999 (157,6 MMDH) et 2000  (171,9 MMDH), sont conformes à l’approche non pas du Trésor (136,668 et 149,388 MMDH) mais de l’Institut d’Emission (rapport 2000, p.77). Dans ce dernier cas, le stock de la dette intérieure comprend aussi «les créances directes de Bank Al Maghrib». C’est bien d’aligner des statistiques, mais encore faut-il s’assurer que les grandeurs y afférentes présentent une structure homogène durant la période étudiée (1956-2010).
La dette publique appréhendée dans son ensemble est elle aussi sujette à de nombreuses incohérences. Le chiffrage relatif aux années 2000 (242 MMDH, p.75), 2001 (367,5, p.62), 2004 (377,5 MMDH, p.62), 2009 (419,3-416,3 MMDH, p.71) et  2010 (455,7 MMDH, pp.73, 75) prête à discussion. Ceci amène à se demander d’où M. Bouslikhane tient-il ces chiffres.
4.     Le poids relatif de la dette publique évalué dans la durée souffre également d’un manque d’homogénéité.
Le fait d’avoir pratiquement ignoré les séries statistiques actualisées de la dette publique compte tenu des changements de base du PIB (1980, 1998, 2007) débouche sur des contradictions. Après vérification, les chiffres de la dette publique contenus dans cet article sont exprimés en pourcentage du PIB base 1980 jusqu’en 2004 et base 1998 depuis 2005-2006. Les séries actualisées de la dette publique et de ses différentes composantes sont pourtant disponibles pour les périodes 1998-2014 (PIB base 1998) et 2007-2015 (PIB base 2007).
L’année de base ou de référence du PIB n’a été mentionnée qu’une seule fois dans l’article à propos de la dette intérieure (années 2005-2006, PIB base 1998, page 64). Ceci conduit à fausser la comparaison dans le temps de la dette exprimée en pourcentage du PIB (1956-2010). S’agissant par exemple d’une même année (2005), l’encours de la dette intérieure du Trésor rapporté au PIB diffère d’une page à l’autre, soit 51,6% (page 63) et 49,5% (page 64). Ces proportions divergentes qui ont échappé à M. Bouslikhane s’expliquent tout simplement par le changement de base du PIB: 51,6 % (base 1980), 49,5% (base 1998). Il faut savoir que le passage d’une base à l’autre se traduit par une baisse de la dette publique rapportée au PIB. A titre d’illustration, entre  2007 et 2010 le taux de contraction oscille entre 0,8 et 2,6 points de pourcentage de PIB à la faveur de l’application de la nouvelle année de base (2007 au lieu de 1998).
III.  Salma Tber, économiste
Selon S. Tber[7], «la dette publique marocaine» «renvoie aux crédits contractés par le Trésor, les collectivités territoriales et les entreprises et établissements publics» (p.3). Son volume global «grimpe de près d’un milliard de dirhams en 1963 à plus de 743 milliards de  dirhams en 2014» (p.1). Il faut toutefois se demander si la définition et la quantification de la dette publique dans la durée sont appropriées (1963-2014). Autrement dit, «la dette publique marocaine» revêt-elle la même signification en 1963 qu’en 2014, et son stock est-il correctement évalué? Ceci ne semble pas être le cas.
1. En 2014, l’encours de la dette publique atteint effectivement 743,997MMDH, soit presque 81% du PIB. Cependant, pour lever toute ambiguïté, il convient de préciser que ce montant englobe la dette intérieure et extérieure aussi bien du Trésor que «garantie». En 1963, par contre, le montant pris pour argent comptant par S. Tber («près d’un milliard de dirhams») est erroné. Il suffit de noter qu’en 1963 la dette publique du Trésor (ou directe), c’est-à-dire abstraction faite de la dette garantie, atteignait à elle seule 2,386 milliards de dirhams ainsi répartis: dette intérieure: 784 MDH; dette extérieure: 1,602 MMDH. On s’en aperçoit aisément: ce montant représente plus du double de celui indiqué par l’auteur. Il est tout aussi important de savoir qu’au moment de l’indépendance du Maroc (1956), l’encours de la dette publique directe s’élevait déjà à 1,321 MMDH. La dette extérieure, principalement héritée du Protectorat, en constitue la plus grosse part, soit 1,084 MMDH (82,1%). On est en droit de se demander pourquoi les «négociateurs indigènes» à la conférence d’Aix-les-Bains n’avaient-ils pas exigé l’effacement de cette dette illégitime?
2.     L’évaluation de l’ampleur de la dette extérieure ainsi que la délimitation de son périmètre posent quelques problèmes. Plusieurs exemples en témoignent :
2.1.         En citant un article coécrit par les professeurs A. Agourram et A. Belal,         S. Tber nous apprend que « …l’encours de la dette extérieure passe de 256 millions de dollars en 1963 à 566 millions à la fin de 1968 pour doubler en 1975» (p.9). Or, comme il est écrit dans cet article publié, pour la première fois, en 1970 dans l’Annuaire de l’Afrique du Nord (1969) sous le titre «L’économie marocaine depuis l’indépendance» (p. 166), «l’encours de la dette extérieure s’est accru rapidement, passant de 256 millions de dollars en 1963 à 566 millions à la fin de 1968. De 1968 à 1975, l’encours de la dette atteindrait plus du double et le service de la dette dépasserait les 100 millions de dollars». Ces fragments appellent trois remarques éclairantes:
- Larticle collectif cité a été publié à deux reprises au Bulletin économique et social du Maroc sous un nouveau titre: «Bilan de l’économie marocaine depuis l’indépendance» (BESM, 1970, volume XXXII, n°16, pages 1-27; 1984, pp.73-99).
- La source n’est pas correctement citée : Aziz et non Abdelaziz Belal, noms de la publication et de l’éditeur (Annuaire de l’Afrique du Nord, CRESM-CNRS), erreur sur le numéro de page (165 à la place de 166). D’autres sources bibliographiques ont subi le même sort (notes 3&4, pp.6-7, etc.).
- L’article collectif mentionné date de 1970. S.Tber aurait pu se documenter à la source pour éviter tout malentendu sur les statistiques de la dette extérieure. En 1975, l’encours de la dette extérieure, mis à part la dette militaire, se monte à 1,753 MM$, soit plus du triple de celui de 1968. Quant au service de la dette extérieure, il totalise 145 M$ dont 50 M$ au titre des intérêts et 95 M$ au titre du principal (129 M$ en se basant sur les données de la balance des paiements: 55+74 M$)[8].
2.2.         D’après S. Tber, «la dette extérieure grimpe … à 3 milliards et demi de dollars en 1982, pour atteindre 88% du PIB» (p.10).  Or ces données s’avèrent  manifestement inexactes.
La Banque Mondiale estime plutôt la dette extérieure  publique du Royaume à 10,965 MM$ en 1982 (dette militaire non comprise). En y incluant la dette militaire, ce montant grimpe à 12,517 MM$.
Ahmed Zoubaine[9], quant à lui, avance un chiffre proche: 12,039 MM$ (72,511 MMDH), ce qui équivaut à 78% du PIB base 1980 (92, 898 MMDH).
2.3.    L’auteur de cet article affirme par ailleurs que «le Maroc a bénéficié du rééchelonnement de sa dette extérieure portant sur 2,4 milliards de dollars et s’est engagé, à partir de 1983, à… » (p.10). Deux précisions s’imposent à ce propos :
- Ce montant ne porte réellement que sur les deux premiers accords de rééchelonnement conclus avec le club de Paris en 1983 et 1985.  Jusqu’à preuve du contraire, durant la période couverte par le programme d’ajustement structurel (1983-1992), le Maroc a conclu 9 accords de rééchelonnement, dont 6 avec le club de Paris pour un montant total de 6,9 MM$ entre 1983 et 1991 et 3 avec le Club de Londres pour une somme globale de 6,15 MM$ entre 1986 et 1990 (6,7MM$ selon le FMI, January 1995, pp. 9, 51), soit 13,05 MM$ en tout (ou 13,6 MM$ d’après le FMI)[10].
- Le rééchelonnement n’englobe pas l’encours de la dette extérieure publique dans son ensemble mais seulement les emprunts éligibles à cette opération.
IV. Badr Mandri
Badr Mandri, fonctionnaire à la Direction de la prévision et des études économiques (DPEE), s’est limité à analyser la dette du Trésor[11] au motif que les statistiques relatives à la dette garantie par l’Etat «ne sont pas disponibles pour toute la période» (p.215) «de 34 ans allant de 1980 jusqu’à 2013» (p.192). A bien y réfléchir, ce genre d’argument n’est qu’un prétexte. Autant reconnaître qu’il tenait sciemment à se conformer scrupuleusement à l’approche politico-administrative de la dette publique telle qu’elle ressort du rapport économique et financier accompagnant le projet de loi de finances. Sauf qu’il est communément admis qu’apprendre à se documenter, voire oser se documenter est une condition sine qua non de la démarche scientifique. Au Maroc, l’importance prise par la dette des autres entités du secteur public (établissements et entreprises publics, collectivités locales) est telle qu’on ne peut pas ne pas s’y intéresser. Il n’est sans doute pas inutile de rappeler à l’auteur de cet article que des statistiques suffisamment fiables sur la dette publique garantie existent depuis 1972 au moins. A titre d’exemple, la dette extérieure publique directe rapportée au PIB base 1969 atteignait 18,7% en 1972 et 24,4% en 1977. En y incluant la dette garantie, ces proportions s’élèvent respectivement à 22,90% et 36,5%. Il s’ensuit donc une forte hausse de la part de la dette garantie dans la dette publique extérieure. De 18,3% en 1972, celle-ci est passée à 33,1% en 1977, soit presque le double. A noter toutefois que la prise en compte de la dette intérieure et extérieure garantie ne suffit pas à définir avec suffisamment de précision la structure de la dette publique. Les autres entités du secteur public recourent par ailleurs à des emprunts non garantis qui devront eux aussi en faire partie. L’encours de la dette extérieure publique enregistre de ce fait un bond pour atteindre 20,9% du PIB base 1980 en 1972 et 44,9% en 1977.
L’intégration de ces deux catégories d’emprunts dans le périmètre de la dette publique s’avère nécessaire pour deux  raisons au moins :
-          Primo, le poids du service de la dette. Sur la période 2005-2015, l’amortissement de la dette extérieure des autres entités du secteur public  représente 40% de celui de la dette extérieure publique. Cette proportion est encore plus prononcée s’agissant des intérêts et commissions (46,7%). C’est la preuve que les conditions d’octroi des crédits de cette nature sont loin d’être avantageux.
-         Secundo, les risques potentiels ou réels de déstabilisation des finances publiques qui y sont associés. La production s’en ressent également, de même que la croissance de l’économie. Le coût exorbitant de sauvetage du CIH et de la CNCA ou de liquidation de la BNDE est encore présent dans les mémoires. De nos jours, l’endettement excessif de l’ONEE, l’ONCF et l’ADM, pour ne citer que ceux-là, est une bombe à retardement qui risque d’aggraver les déséquilibres structurels des finances publiques. Le processus de restructuration de la dette de l’ADM est déjà lancé et il n’est pas exclu qu’il fasse tâche d’huile.
V. In fine, au Maroc, de quoi la dette publique est-elle le nom?
Compte tenu de cet ensemble d’observations, il devient clair qu’une analyse des liens étroits et complexes entre dette publique et croissance reste à mener au Maroc. Il faudrait pour cela opter pour une approche à la fois micro et macroéconomique de la dette publique. Concernant ce dernier volet, le périmètre de la dette publique doit être redéfini. Plus précisément, la dette publique regroupe, d’une part, la dette intérieure et extérieure du Trésor et, d’autre part, la dette intérieure et extérieure des autres entités du secteur public (établissements et entreprises publiques + collectivités locales). S’agissant en particulier de la dette du «reste du secteur public», celle-ci correspond à la dette aussi bien garantie que non garantie. Cette définition est plus large que celle retenue par la direction du Trésor et des finances extérieures (DTFE). Outre le flou qui entoure la dette extérieure des autres entités publiques, la dette intérieure non garantie est totalement mise de côté par la DTFE. Ceci explique pourquoi la dette publique version DTFE, rapportée au PIB, se situe constamment en deçà de la dette version corrigée, c’est-à-dire minorée. La lecture du tableau ci-après, qui porte sur la période 2007-2015, nous permet d’observer un différentiel en points de pourcentage de PIB appréciable. A une année près (2007), celui-ci oscille entre 6,2% (2014) et 7,3% (2013). Ainsi, en 2008, la dette publique représentait respectivement l’équivalent de 62,3 et 55,8% du PIB. En 2015, ces grandeurs atteignent 88,8 et 82,5%. En laissant de côté la question épineuse des dettes implicites, il n’en demeure pas moins que ces proportions sont à réviser à la hausse à concurrence de 5 à 7% du PIB. Il ne faut surtout pas omettre que l’Etat accumule en permanence des arriérés de dépenses d’un niveau élevé (3 à 4%) et que l’encours de la dette des collectivités locales n’a pas été encore correctement appréhendé (2 à 3%).
Evolution de la Dette Publique 2007-2015 (en pourcentage du PIB, base 2007)

Dette DTFE*
(%)
Dette Corrigée**
       (%)
Ecart
(%)
2007
61,0
65,5
4,5
2008
55,8
62,3
6,5
2009
57,5
64,2
6,7
2010
61,1
68,1
7,0
2011
65,4
71,9
6,5
2012
71,6
78,8
7,2
2013
75,5
82,8
7,3
2014
80,5
86,7
6,2
2015
82,5
88,8
6,3



[1] Boussetta, M. (1995), «Financement public, déséquilibres budgétaires et accumulation de la dette publique au Maroc», Annales Marocaines d’Economie, revue de l’Association des économistes marocains, n°11, troisième année, pp.71-82. (Voir notamment le tableau 3 : «Evolution de l’encours de la dette publique au Maroc 1970-1974», p.74. Source: rapports de Bank Al Maghrib ; et le tableau 5 : « Evolution des encours de la dette extérieure 1975-1982», p.76. Source : Ministère des finances).
[2] Boussetta, M. (2000), «La dette publique au Maroc: évolution, contraintes et perspectives», Critique économique, n°2, pp.71-80 (Voir notamment le tableau 8 : «Evolution de l’encours de la dette extérieure 1983-1993», p.81. Source: Ministère des finances).
[3] Bouslikhane, M. (2012), «La dette publique», questions d’économie marocaine, association marocaine de sciences économiques, Presse universitaire du Maroc, pp. 57-76.
[4] P. 71: «toutes les composantes de la dette publique-dette du Trésor (intérieure  et extérieure) + dette extérieure garantie»; «l’encours de la dette  (intérieure, extérieure et garantie)» p.73; «la dette publique (intérieure, extérieure et garantie)» p.75).
[5] Source: Royaume du Maroc, Ministère des Finances, Division du Trésor et des Assurances, Service du Trésor, Mission FMI, octobre 1972, tableau XXXIV.
[6] Source: Royaume du Maroc, Ministère des Finances, Direction du Trésor et des Finances Extérieures,  Division de la gestion de la dette, service de la centralisation statistiques et de l’informatisation de la dette tableaux relatifs à l’évolution de la dette extérieure du Maroc de 1985 à 1990, C.S.I.D., (21/06/1991): Evolution de l’encours de la dette extérieure (1985-1990)- 28/05/1991- et de sa répartition -30/05/1991.
[7] Tber, S. (2015), «Impact économique de la dette publique au Maroc: entre aspirations et réalités», Cahier des jeunes chercheurs, faculté des sciences juridiques, économiques et sociales de Meknès. Article tiré d’un mémoire de Master nominé pour le prix du quotidien l’Economiste 2016.
[8] Source: Banque Mondiale (1981), Maroc, Rapport sur le développement économique et social, encours du service de la dette extérieure (millions de dirhams, prix courants), 1972-1978, p.42.
[9] Zoubaine, A. (1998), «L’expérience du Royaume du Maroc en matière d’administration et de gestion de la dette» (en arabe classique), FMA, Institut des politiques économiques, politique et gestion de la dette dans les pays arabes, Emirats Arabes Unies, pp.226-227, tableaux 5 & 6. Que «Monsieur Dette publique du Ministère des finances» pendant de longues années soit ici remercié pour sa serviabilité, son honnêteté et son professionnalisme.
[10] Zoubaine, A. (1998), «L’expérience du Maroc….», opt. cit, p. 235, tableau 11.
[11] Mandri, B. (2015), «Effet de seuil de la dette publique sur la croissance économique», cas du Maroc, in politique budgétaire et activité économique au Maroc: une analyse quantitative, sous la direction de K. El Mokri-A. Ragbi -S. Tounsi, Faculté des sciences juridiques, économiques et sociales de Rabat-Agdal-OCP Policy Center.


رشيد مشقاقة جريدة أخبار اليوم
لم يعد الأمر باختيارك، فدولة الإمارات العربية المتحدة سنت قانونا جديدا اقترب من تصنيف من لا يقرأ في خانة الجانحين الذين يجوز فيهم العقاب. تعالى معي إلى هذا البلد العجيب الغريب، إلى البطون المتقدمة وعقول العصافير والأجساد المترهلة وأنصار حركة (يكفوني)، التي تتصدر المشهد وتُعادي الثقافة وتزدري المثقفين وتُعجل بإقصائهم. معظمنا لا يحتفظ في منزله سوى بأواني الطبخ وأجهزة الترفيه والراحة ومستلزمات النوم. وقد ضاقت زوجة صديقي بكتب زوجها فبدأت تنقلها من غرفة إلى أخرى، ثُم إلى النافذة ليخبرني في ما بعد أنه وهب الخزانة برمتها إلى المكتبة الصبيحية بسلا. وفي إداراتنا يحتل مكتب المسؤولين ثلاثة أرباع المرفق العمومي، وقد أثث بما لذ وطاب من المجلدات المزركشة الألوان لتسر الناظرين لا ليقرؤوها. وقد عجب الكُتبي من مشتر يرغب في اقتناء جناح كامل من المجلدات الزاهية الألوان قائلا للبائع: “سأردها إذا لم تناسب مساحة بهو منزلي”. في بلادي: المدن جرداء من صور المفكرين والعلماء والنابهين. والمكتبات العامة إلى زوال، والمثقف أشبه ما يكون بحي بن يقظان أو إنسان العصر الحجري القديم: منبوذ مُهان مشفق عليه. في بلادي: الذين يتهجون الحروف بالمجالس التمثيلية، والأميون الذين لا يملكون سوى محفظات الأموال ويستخدمون القراء والباحثين والمثقفين في دواوينهم يكتبون خطبهم ويؤلفون ــ نيابة عنهم ـ كتبا يشتريها من لا يقرؤها تزلفا وتملقا واستجداء، هم ذوو الزيادة والكلمة الفصل. في بلادي أيضا، تظهر الخزانات العلمية والمكتبات كباقي الوشم في ظاهر اليد، ويصح فيها قول الشاعر عنترة بن شداد: هل غادر الشعراء من متردم *** أم هل عرفت الدار بعد توهم وهو نذير مرعب بأننا متخلفون بلا حياء. خلت نشرات تنقيط الموظفين والمستخدمين من خانة تُولي للقراءة اهتماما، واستغربت دولة من بعثة لنا تركت دفاترها وكتبها بعد انتهاء فترة التدريب وعادت خاوية الوفاض، فما كان من دولة التدريب إلا أن تبعثها للوزارة المغربية لاحقا. وفي منظر مؤسف ألقى موظفون متدربون من نافذة الحافلة التي تُقلهم إلى منازلهم دفاترهم، فقد انتهت فترة التدريب، فحيا على الفساد. اسمعوا جيدا لا يصح إلا الصحيح، تزدهر الدول بالاستثمار في المواطن، فإن عاش بها جاهلا لا يفرق بين العصا والألف قضى على نفسه وعليها، فلا يغرنك المال والعتاد إذا كان حاملهما أميا جاهلا. الإمارات العربية المتحدة دولة ذات مال، اقرأ معي ماذا فعلت: * سنت إطارا تشريعيا لترسيخ القراءة بشكل مستدام. * ألزمت الحكومة بتوفير الحقيبة المعرفية. * حوّلت القراءة إلى مشروع حكومي متكامل. * أنشأت وحدة متكاملة بين قانون التعليم والملكية الفكرية والنشر والمطبوعات. * سنت قانون التطوع المعرفي من خلال إلزام أفراد المجتمع بتخصيص جزء من وقتها للقراءة لكبار السن والمرضى والأطفال. * ألزمت المقاهي في المراكز التجارية بتوفير مواد القراءة لمن يرتادها. * ربطت بين المنظومة التعليمية والقراءة التثقيفية. * ألزمت منح الموظف الحق في القراءة المتخصصة ضمن ساعات العمل الرسمية أو ما يسمى بالثقافة المهنية. * شجعت القطاع الخاص على الاستثمار في المكتبات العامة. * أعادت تصميم المكتبات العامة والخزانات العلمية بشكل جذاب. * تعاملت مع مواد القراءة كسلعة رئيسية معفاة من الرسوم والضرائب. * اعتبرت الإعلام بجميع مكوناته من أهم الأنظمة الداعمة للقراءة في الدولة، وألزمته بتخصيص مساحات واسعة للتشجيع على القراءة مع استعمال القطاع الخاص كشريك استراتيجي من أجل الترويج للقراءة. * أنشأت الصندوق الوطني للقراءة. هذه دولة منّ الله عليها بموفور الرزق، أخذت طريقها الصحيح، فلندع تفاهتنا وجهلنا جانبا ونقتدي بها.


N°5 - Septembre / Octobre 2016
Cahiers Libres
Les Elections au Maroc - 2007 et 2015 -
Ebauche d'une sociologie électorale

Une sociologie électorale est-elle possible au Maroc? l'élaboration d'une sociologie électorale se heurte à plusieurs difficultés:
D'abord la non-publication complète, précise et détaillée des résultats des scrutins électoraux à la suite de leur déroulement, limite toute ambition d'un projet de construction de sociologie électorale.
Ensuite, l'installation d'une tradition de vote est une condition sine qua non et un préalable pour ladite construction. En effet, la non-inscription sur les listes électorales d'un nombre important de citoyens et une forte abstention, devenues presque habituelles, empêchent toute accumulation de la connaissance électorale nécessaire à la réalisation d'une véritable sociologie des élections.
l'encadrement politique des citoyens, par les notables et l'administration, n'autorise pas une autonomie réelle de l'électeur et rend difficile toute appréhension de sa véritable intention de vote.
La crise du politique et ses conséquences, notamment la désaffection du citoyen par rapport à la chose publique - remarquée depuis plus de 20 ans - ne permettent pas une meilleure compréhension du choix de l'électeur marocain.
La perte de confiance, élément déterminant dans tout système politique et par conséquent tout processus électoral, ne contribue pas à une meilleure connaissance du comportement électoral des Marocains.
Le fait que la majorité issue des urnes ne conduise pas à l'autonomie de l'exécutif, dans la mesure où le Premier ministre ou le Chef du gouvernement admet sa dépendance organique et surtout politique au pouvoir royal. Avant 2011, le Premier ministre Abbas Fassi, disait qu'il exerçait sa fonction selon les instructions royales et que son programme était les discours du Roi .De même, depuis la Constitution de 2011, le Chef du gouvernement, Abdelillah Benkirane, considère et reconnaît dans toutes ses déclarations la prééminence de l'institution monarchique et ce malgré ses nouvelles prérogatives. Tactique ou compromis? Enfin, la question et la manière de la répartition du pouvoir et de la nomination aux hautes fonctions de l'Etat sont largement édifiantes.
Ainsi, les citoyens, aussi bien ceux qui votent que ceux qui ne votent pas, peuvent légitimement douter de l'intérêt et de la pertinence des élections.
Par conséquent, un regain de confiance vis-à-vis du politique, ainsi des politiques et des citoyens envers la gestion de la chose publique et les élections, n'est pas tout à fait acquis pour le moment.
Le politique crédible, et donc attractif, peut contribuer à recréer la confiance. Les différentes politiques politiciennes « font gagner du temps » pour les partisans du statu quo mais ne préparent pas l'avenir du pays.
Des élections entourées de toutes les garanties de transparence et de liberté font partie du nécessaire processus de réforme; dans ces conditions, et grâce à une accumulation d'expériences et de pratiques électorales suivies, une sociologie électorale fiable, crédible et utile serait possible.

Dépassionner et Dépolitiser l'école
Pr Abdelmoughit Benmessoud Trédano
Publié  le 16 mars 1999 / le Quotidien
Généralisation, arabisation, unicité et marocanisation : tels étaient le credo et les principes sur la base desquels le mouvement national voulait fonder notre système éducatif. C'était le péché originel, c'était là aussi une des causes du gâchis que nous connaissons aujourd'hui.
Il est vrai que ces principes répondaient aux préoccupations et à la culture des nationalistes d'alors. C'était une réponse historique à un contexte historique.
Il est vrai aussi que le système éducatif mis en place, fondé sur le bilinguistisme, a formé des cadres compétents, entreprenants et il faut dire également patriotiques et imbus d'un civisme élevé pour toutes les sphères de la société et de l'Etat. Il faudrait, reconnaitre, qu'il a permis une mobilité sociale incontestable.

Trois décennies après, le système éducatif atteint ses limites.
L'arabisation telle qu'elle a été pratiquée depuis la fin des années 70 et les effets pervers du programme d'ajustement structurel entamé depuis le début de décennie 80, lui ont donné le coup de grâce. Depuis, on n'a pas cessé parler de sa réforme.
De nombreuses études et expertises ont rempli les tiroirs des départements concernés et des projets ont été initiés sans suite et cohérence d'ensemble. Et pourtant le diagnostic était unanimement établi et admis.
Aujourd'hui, personne ne conteste l'urgence et le caractère impératif de la réforme. La lettre royale a donné le ton, le cadre général et l'orientation d'ensemble.
A la commission qui sera créée à cet effet, d'assumer son rôle et de répondre aux multiples attentes : un enseignement de qualité, ciblé, bien orienté et répondant aux besoins, non seulement de l’économie, mais aussi de la société dans son ensemble et aux défis de mondialisation et de la compétition internationale. Il faudrait le reconnaitre, il ne s'agit là que de principes généraux et généreux et sur lesquels l'accord des composantes sociopolitiques est déjà acquis.
Mais là où il risque de se poser de véritables blocages, c'est sur des questions sensibles en l'occurrence l'arabisation, la gratuité et la sélection. Il faut le dire, sans ambages, que sur ces questions il n'y a de place à l'analyse, à la conceptualisation encore moins à la rhétorique.
Il faut une bonne dose de volontarisme politique, de l'audace et de la clarté, rien que cela ! Ce n'est qu'à ces conditions que la reforme tant attendue et toujours différée peut donner les résultats escomptés.
Personne ne peut contester le caractère sensible de ces trois questions. Est-ce que cela constitue une raison suffisamment valable et défendable pour ne pas les aborder avec toute la franchise et l'audace nécessaire.

- Les trois préalables
La problématique de l'arabisation a fait couler beaucoup d'encre mais elle a fait aussi d'énormes dégâts, telle qu'elle a été conçue et pratiquée, elle ne pouvait pas faire mieux.
Aujourd'hui personne ne peut oser encore contester ce fait établi. Le temps de la réforme est finalement venu, celui de l'audace aussi. Le temps de la démagogie et du populisme est désormais révolu.
En quels termes se pose réellement la question de l’arabisation ? Le principe de l'arabisation ne pose théoriquement pas de problèmes sérieux, c'est l'improvisation, l'incohérence et l'absence de projet d'ensemble qui constituaient la pomme de discorde entre les différents protagonistes.
Par ailleurs, c'est la politisation excessive de cette question qui a fait capoter toutes les initiatives de réforme.
Rien que le gâchis occasionné par cette opération devait normalement faire réfléchir tout récalcitrant à toute autre option.
Et si on prenait l'exemple d'autres peuples et pays : le peuple néerlandais a adopté, en effet, l'anglais comme langue de travail et d'enseignement. D'aucuns peuvent nous rétorquer que les peuples israéliens et japonais, entre autre, ont accédé au développement et à la modernité dans leur langue nationale respective. Soit.
Toutefois, il n'est pas du tout inutile de rappeler une disposition de notre constitution.
On peut, en effet, lire dans le préambule de la constitution de 1996 la disposition suivante :" le royaume du Maroc, Etat musulman souverain, dont la langue officielle est l’arabe, constitue une partie du Grand Maghreb arabe".
Le terme officiel prévu par les rédacteurs de la charte suprême n'est pas du tout fortuit. Sans doute, il a été inséré à dessein et ce, pour laisser des portes entrouvertes.
En tout cas, il est grand temps que la question de l'arabisation soit posée avec clarté et sans dérobade, confusion et démagogie. Notre système d'enseignement est général et gratuit, avec toutes les conséquences que l'on sait comme nombres d'exclus, de marginaux et d’analphabètes : c'est là où résident ces deux autres tares. Deux termes clefs de tabous que personne n'a osé toucher.
Et pourtant, il est temps de s'y atteler avec audace et esprit de suite.
C'est au nom d'une soit disant égalité que l'on continue de dispenser un enseignement au rabais. On soutient, en effet, dans certains milieux politiques que l'enseignement devrait demeurer gratuit et général et sans aucune possibilité de sélection.
Une telle attitude est plus dictée par démagogie et populisme que par une volonté de bien faire, c'est d'ailleurs une position confortable à défendre. Le réalisme et le bon sens appellent à adopter une approche hardie, claire te innovante ; il est vrai, c'est plus facile à dire qu'à faire et pourtant il est désormais impératif d'agir dans ce sens.
Il y va de l'avenir du pays, comme il est nécessaire, voire urgent, d'inverser l'argumentation. C'est justement cet enseignement général et gratuit, tel qu'il est pratiqué, qui est à la source de l'inégalité et de la sélection dans la mesure où on dispense un enseignement médiocre à l'école publique et parallèlement, un enseignement de qualité est assuré par une certaine école privée marocaine, celle des missions et des universités étrangères.
Il se trouve, comme par hasard, que ceux qui ont fait l'arabisation et d'autres qui continuent à vouloir la généraliser sans aucun projet social et sans perspective historique.
 Il faut le dire, c'est plus par démagogie et calculs politiques que par attachement viscéral et atavique à la langue. En témoigne la présence massive de leurs progénitures et celles d'autres couches sociales dans ces écoles et universités étrangères. Assez de démagogie ! Assez d’hypocrisie !
L'enseignement devrait être un instrument d'instruction, de promotion, d'implication dans la vie active, dans la vie en société et aussi source d'épanouissement et non pas un moyen d'abêtissent, de marginalisation et, en définitive, de la reproduction de la même élite.
Il est vrai que cela peut se faire par d'autres moyens comme la filiation, les réseaux et les rentes de situation... Mais l'école permet justement une mobilité sociale plus large.
Il est grand temps de changer de vision et de cap.

________________________________________________________________________


L’école, d’abord
Interview de L'académicien et intellectuel Mohamed Chafik à la revue Economia


Extraits

·        Je voudrais vous parler d’abord de l’enseignement, le sujet qui vous tient le plus à cœur. Historiquement, votre expérience personnelle vous fait dire que l’élite dirigeante et l’intelligentsia ont manqué de courage sur le dossier de l’éducation. Pourquoi à votre avis ?
De prime abord, on est tenté de ne juger personne. Parce que tout compte fait, notre retard culturel est tel qu’il ne peut être imputé à un responsable ou un autre. Or, j’estime qu’en matière d’éducation, il y a eu une véritable trahison de la part d’une frange de la classe politique. Je veux parler des défenseurs acharnés de l’arabisation de la masse d’élèves marocains, qui ont mis leurs propres enfants dans les systèmes étrangers. Ce n’est pas tant une erreur d’appréciation, ni une faute involontaire, comme veulent bien nous le faire comprendre certains. Non, c’est vraiment un acte de trahison. C’est justement le pourquoi qui pose problème. On est tenté de croire que, comme dans Le meilleur des mondes d’Aldous Huxley, ils ont voulu créer une classe sociale Béta appauvrie parmi la masse et une classe Alpha privilégiée pour eux et leurs enfants. Ce n’est qu’une supposition, bien sûr. Ceci dit, les faits sont têtus. Aujourd’hui, leurs enfants appartiennent réellement à la classe Alpha et ceux du peuple majoritairement à la classe Béta. Cela me fait mal au cœur parce qu’à la fin des années 60, nous étions un groupe d’enseignants à proposer une arabisation différée, plus rationnelle, aux côtés du ministre Mohamed Benhima, mais nous nous sommes heurtés à des intellectuels et militants dits du mouvement national (Istiqlal et UNFP), qui ne voulaient rien entendre et qui, dans un deuxième temps (1970), ont émis une pétition pour freiner notre réforme. Le roi Hassan II était, au départ, contre une arabisation hâtive mais, ne pouvant soutenir son ministre, il a fini par le lâcher, avant de revenir à la charge des années plus tard pour mettre en place, avec le ministre de l’éducation nationale Azeddine Laraqi, une arabisation forcenée et plus dangereuse. Autrement dit, les calculs politiques l’ont largement emporté sur la rationalité pédagogique.
·        Justement en parlant de monarchie, ne pensez-vous pas que, sur le dossier de l’éducation, il y a eu un déficit de leadership défendant réellement et jusqu’au bout un projet d’école moderne ?
En 1968, le directeur général du cabinet royal, M. M’hamdi, me reçoit et m’apprend que le roi  fait appel à moi en tant qu’inspecteur de l’Education Nationale, pour rejoindre le cabinet et les aider à mieux comprendre l’état d’esprit des enseignants et des étudiants. Je rappelle que la France était alors embrasée et que ces jeunes qui se rebellaient contre De Gaulle était une source d’inquiétude, même à Rabat. Je lui ai alors demandé , de m’accorder un temps de réflexion (ce fut fait), après quoi je l’ai prié d’informer au préalable le Roi qu’on disait de moi que j’avais mauvais caractère et des idées de gauche. Puis j’ai ajouté, «je crains, au cas où je viendrais, de ne pas servir à grand-chose et de me causer du tort à moi-même». Après consultation, il me fit savoir qu’on m’autorisait à garder mon caractère tel qu’il était et mes idées telles qu’elles étaient, et de venir au cabinet produire, à la demande, des études sur l’enseignement. J’ai fait un premier rapport sur l’état général de l’enseignement, pour lequel on m’a félicité. Et deux mois plus tard, on m’a demandé de préparer un rapport plus technique sur la valeur pédagogique de l’enseignement coranique dans les m’sids. Si je me souviens bien, la phrase qui concluait mon rapport, disait à peu près ceci[1] : « l’enseignement dans les m’sids est l’une des causes principales de notre retard civilisationnel ». M. M’hamdi a été surpris à la lecture de ma copie. Il m’a demandé si je concevais de remettre un tel rapport avec de telles assertions à Amir Al Mouminine. J’ai répondu par l’affirmative. Il m’a alors proposé qu’on relise ensemble le texte, phrase par phrase. Au bout de trois heures, il me demanda si je maintenais tout ce que je disais. « Oui, je persiste et signe ». Il m’apprit alors, honnêtement, qu’il voulait juste tester mon degré de résistance. Après quoi, il l’a remis au Roi.
Une semaine plus tard, il me rappelle. Une fois dans son bureau, il éclate de rire et m’annonce qu’on m’ordonne d’envoyer une lettre au ministre de l’Education Nationale pour lui demander de généraliser l’usage des m’sids et de les répandre sur le territoire. C’est l’année où on est allé créer des écoles coraniques dans tous les coins de quartier. Plus tard, une fois membre de l’Académie Royale, j’ai fait un exposé sur les m’sids en m’appuyant sur les témoignages de deux intellectuels égyptiens notoires, Taha Hussein et Mohamed Hassan Ziat, et d’un alem marocain, Thami El Ouazzani, qui expliquent comment cet enseignement écrase la personnalité. En fait, c’est le m’sid, avec ce qu’il inculque comme culture de soumission et manque de courage intellectuel, qui a fourni au Makhzen ses meilleurs serviteurs. En d’autres termes, la philosophie du pouvoir makhzénien historique est en parfaite adéquation avec la philosophie pédagogique du m’sid. Celle-ci se concrétise entre autres par la nécessité d’avoir les yeux baissés une fois devant le chef pour lui parler ou l’écouter. Ceci vous montre culturellement ce que l’enseignement traditionnel a fait comme dégâts.
·        L’école moderne, elle, est aujourd’hui victime d’années de laisser-aller. Si vous étiez appelé à la rescousse (scénario fictif), que préconiseriez-vous ? A quel aspect donneriez-vous la priorité, les programmes, les méthodes d’enseignement ou la formation des enseignants ?
Bien sûr, je n’accepterais pas. Mais étant donné qu’on est dans la fiction, je dirais bien évidemment qu’il faut commencer par la formation des enseignants. Il faut reprendre les choses à la base. L’un des premiers préalables, sur lequel je ne conçois pas de concession, est un concours d’entrée dans les écoles de formation et les instituts supérieurs pour s’assurer que l’esprit des futurs enseignants a bien été formé aux exigences de la modernité. Sachant qu’il n’y a pas de révolution dans ce domaine, juste des évolutions, il faudrait petit à petit remplacer les enseignants existants par d’autres ouverts à la rationalité. Il faudra être patient dans ce processus et tenir tête aux corporatismes et à l’opinion publique. Je ne nie pas, bien sûr, l’existence dans le corps enseignant actuel d’éléments brillants ou prometteurs mais ils sont tout simplement noyés dans la masse de médiocrité ambiante. Vous savez, au bout de 25 à 30 ans, où le degré de vigilance a été réduit à zéro, les dégâts sont énormes.
·        La question de l’éducation est très liée à la question linguistique. L’un des constats majeurs du Conseil supérieur de l’enseignement est qu’en dépit d’un nombre d’heures colossal d’apprentissage des langues accumulé par les apprenants, leur niveau demeure rudimentaire et peu satisfaisant. Quel est à votre avis la raison de cette grosse défaillance ?
Toujours la faiblesse des enseignants. Pour remonter la pente, il faut insister sur les méthodes d’enseignement et renforcer la capacité des enseignants à former des esprits clairs et bien structurés. Je tiens à rappeler qu’à l’époque coloniale, les lycées les plus en vue à Rabat et à Fès ne prodiguaient que 7h d’arabe par semaine, alors que tout le reste de l’enseignement se faisait en français, pourtant le résultat était probant. A la sortie, la plupart avait un bon niveau en arabe, à l’écrit comme à l’oral.


Cress Revue

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