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Article du Pr Abdelmoughit TREDANO... Les élections législatives du 7 octobre 2016 : une certaine impasse politique ?



Provocant ? Iconoclaste ? Irréaliste ? Rien de tout cela .Cette appréciation est dictée par les résultats et l’état actuel du champ politique.
Le chef de gouvernement qui sera désigné, choisi au sein du PJD, pourrait-il constituer un gouvernement homogène, efficace et réellement représentatif. Rien n’est moins sûr.
Et à quel prix ?
Avant d’y répondre, essayons de voir rapidement ce qui a caractérisé ce scrutin.
Une abstention relativement importante soit 57 % des inscrits ; ce qui rend ce chiffre inquiétant c’est qu’il y a plus de 10 millions de non-inscrits. Cumulés, non-inscrits et abstentionnistes, on atteint le chiffre de 19 millions sans parler des bulletins blancs. Autrement dit, moins d’un Marocain sur quatre s’est senti concerné par l’acte électoral.
Quelle légitimité ?
D’aucuns, parmi ceux qui polluent le débat à l’occasion de chaque scrutin, soutiennent que l’abstention est devenue une manifestation quasi générale même dans les pays à fort ancrage démocratique ; ils oublient ou feignent d’oublier que ces pays n’ont vu l’abstention se généraliser et perdurer qu’après l’âge d’or démocratique. On n’est pas encore là.
Deuxième caractéristique : une bipolarité partisane aux forceps !! Autres faits nouveaux, les partis du mouvement national réunis (Istiqlal ; USFP, PPS, La fédération de Gauche démocratique) dépassent de quelques sièges la moitié du premier parti !! ;autrement dit, l’avenir de l’ancienne gauche est réellement posé.
Tous les partis, sauf le PJD et le PAM, régressent au niveau de leurs résultats par rapport à 2011 !! Il reste l’énigme. Les résultats du PAM.
Comment peut-on progresser de plus 100% en cinq ans ?! Sociologiquement, politiquement (la percée du PJD en 2011), rien ne le prédisposait à obtenir un tel score. Il n’y a rien d’étonnant selon certains dans la mesure où ce parti a présenté un programme novateur et réalisable. Avec les moyens colossaux mobilisés, le PAM ne pouvait que réaliser une telle prouesse.
Peut-être que son slogan de campagne l’a aidé : « le changement c’est maintenant » !
Quant au PJD, une question mérite d’être posée.
Comment peut-on expliquer la bonne performance du PJD au vu du bilan en demi-teinte du quinquennat ? Le PJD n’est-il pas une formation politique d’un genre particulier ? Un PJD banalisé, c’est à dire coupé de ses racines (MUR), désacralisé, aurait-il pu obtenir des résultats pareils ? A cause de cette anomalie qui avantage le PJD et désavantage les autres partis, le jeu démocratique est faussé. Il va donc falloir régler ce problème, remettre les pendules à l’heure, afin de garantir l’égalité des chances à tous les acteurs de la vie politique. D’ailleurs, pendant la campagne électorale, le PJD a totalement évacué son bilan pour se focaliser sur Attahakoum.
Les résultats de ce scrutin, risquent de bloquer toute évolution du système politique. En effet on ne peut que constater :
·         La confiance est laminée (le nombre de non- inscrits et le taux d’abstention) et la désaffection du politique ne fait que s’aggraver.
·         Le face à face forcé entre le PJD et le PAM fait plus de dégâts qu’il ne fait avancer l’idée démocratique.
·         Un système politique, sans oxygène, peut à court terme se bloquer.
Dans ces conditions, comment un gouvernement dirigé par un dirigeant du PJD peut-il être constitué ?
Numériquement, et eu égard à l’absence d’autonomie chez certains partis notamment chez ceux dits administratifs, il serait difficile pour lui d’y parvenir.
Quant à l’Istiqlal, parti susceptible d’être approché par le PJD pour une éventuelle coalition, il ne brille pas par sa constance.
D’abord membre du gouvernement Benkirane I, l’Istiqlal se rapproche du PAM en 2013… puis bénéficie en 2015 du soutien des partis de la majorité -notamment le PJD et le PPS- pour regagner 5 sièges sur 7 invalidés par le Conseil Constitutionnel. Il se rebelle contre le PAM -la fameuse sortie de Chabat contre ce dernier durant cet été- pour finir dans une position d’expectative à la veille des élections. En attendant des heures et des jours meilleurs !!
L’intégration de l’Istiqlal devrait coûter cher au PJD en matière d’exigences.
Le RIN dans la future coalition ? Rien n’est moins sûr. Intégré au milieu de la législature à cause d’une sortie insolite de l’Istiqlal, le parti « centriste » n’a pas été un allié facile.
Difficile politiquement, parce que le PJD pour y arriver doit intégrer beaucoup de partis à petits résultats avec le risque d’une hétérogénéité inextricable et une inefficacité gouvernementale.
Tous les scenarios concoctés par les uns et les autres ne règlent pas le problème de légitimité, de crédibilité et d’efficacité vu l’effritement du champ politique et l’opposition frontale entre les 2 premiers partis.
Un gouvernement de coalition nationale ? Peut-être, histoire de diluer l’antagonisme existant entre les le PJD et le PAM.
Mais à quoi servent les élections si c’est pour que tout le monde gouverne ?
C’est une hypothèse d’école qui pourrait être envisagée dans le cas le PJD serait « empêché » de réunir une majorité.
Que faire ?
Il ne faut surtout pas mettre le citoyen devant ce choix cornélien : entre le conservatisme et le néo-conservatisme ; les oripeaux de la modernité ne doivent tromper personne.
Il y a une piste. Elle peut paraître idéaliste mais c’est la seule qui est à même de faire évoluer le politique pour une perspective sans heurts.
Une telle perspective suppose impérativement l’existence d’une volonté de changement réel. Personne ne peut prétendre que la démocratie à l’occidental sera appliquée demain au Maroc.
Mais le cap de la vraie réforme est-il pris ? Toute la question est là.
En effet, on a pu remarquer, surtout depuis 2002, un stock électoral variant entre 11 et 19 millions - entre non-inscrits et abstentionnistes- qui est potentiellement mobilisable qui peut changer la donne et faire disparaitre ce choix qui, en fait, n’en est pas un.
Avec des signaux forts, ces citoyens « en jachère » peuvent retrouver le chemin des urnes pourvu que l’offre politique soit attractive.
Travailler sur ce socle nous parait une hypothèse intéressante. Le résultat obtenu par la Fédération de la Gauche Démocratique lors des élections locales et régionales du 7 septembre 2015, certes très marginal sur le plan quantitatif mais très édifiant et significatif sur le plan politique, invite tout observateur à la réflexion.
Cette offre politique à elle seule n’est pas évidemment suffisante ; une véritable stratégie de développent global et un système éducatif performant sont plus qu’impératifs.
Mais l’option politique de réforme est nécessaire parce que le politico-religieux et culturel est, en dernière instance, déterminant dans le contexte actuel.
La leçon qu’on peut tirer de cette expérience malgré ses limites, c’est d’abord et surtout, lorsqu’il y a une offre politique sérieuse et crédible les citoyens peuvent se mobiliser.
Cette option pourrait contribuer à une nouvelle configuration du champ politique, situation susceptible de doter le Maroc d’un appareil juridique et institutionnel moderne devant l’aider à relever les défis du développement et du vivre-ensemble.
Le politique a, en plus de sa fonction pacificatrice - en permettant à une communauté humaine de vivre en harmonie-, de réaliser un projet de société. Comme le religieux, le politique donne à rêver (Michel Hasting, Aborder la science politique, Ed. Seuil, Col. Memo, 1996, 96 p., p.14). Un peuple n’est pas une simple juxtaposition d’individus, il faut qu’un sentiment d’appartenance partagé, d’un destin commun convenu… constituent le carburant de la vie, de l’évolution et de la pérennité de ses différentes composantes. Le politique crédible et donc attractif peut contribuer à la réalisation de ces finalités….
Discuter uniquement de ce qui existe (champ politique acteurs et culture politiques dans leur conformisme ambiant ) comme ils se présentent -sous prétexte d’un académisme ,parfois insipide , incolore et inodore en évacuant l’idée même de l’évolution des choses- c’est le conforter ; en revanche le remettre en question c’est préparer les conditions de sa réforme.
Les différentes politiques politiciennes « font gagner du temps » pour les partisans du statu quo mais ne préparent pas l’avenir du pays.
Sinon, l’espoir de la réforme risque de se nicher, pour des années encore, dans les limbes.

Le 8 octobre 2016
Abdelmoughit BENMESSAOUD TREDANO
Pr. Universitaire

Directeur de la Revue Marocaine des Sciences Politiques et Sociales 

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