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Daech , Le Barbare et le civilisé - Pr Abdelmoughit Benmessaoud Trédano

 
Introduction
Le titre de cet ouvrage appelle une précision . Il n’est pas question de discuter de la question qui est civilisé et qui ne l’est pas mais de voir le lien entre le statut du monde dit civilisé et son comportement vis-à-vis de l’autre, pour ne pas dire du barbare, le non –civilisé ; ce à la lumière de la guerre en Syrie et en Irak et surtout des atrocités commises par tous les protagonistes. Il faut le dire, ceci rappelle, toute proportion gardée, le débat sur le rôle civilisateur de l’Europe à la fin du XIX siècle . Deuxième précision qui mérite d’être formulée parce que le contenu de ce modeste ouvrage interpelle : quel est le lien entre les thématiques qui y sont traitées ? L’idée d’en faire une publication nous a été inspirée voire dictée par les attentats perpétrés par les frères Kouachi et Coulibaly à Paris en janvier 2015, confortée par ceux commis dans la même ville en novembre de la même année. Le traitement réservé par les autorités françaises, les médias et les intellectuels à ces tragiques événements ne pouvait que nous inciter à l’écriture pour exprimer notre avis sur la question qui va au-delà de ces actes atroces ; la question de la religion, de l’Islam en Europe et de l’attitude des peuples européens vis- à- vis de cette population musulmane devenue « trop visible » voire dérangeante, seront en filigrane de l’ensemble de ces textes. Le manque de lucidité des dirigeants européens, à de rares exceptions près, et une information formatée et orientée, ont contribué à faire évacuer des débats et des esprits, la dimension géopolitique moyen-orientale dans la formation de ces groupuscules djihadistes et terroristes. Dans cette publication, on essaiera, dans la mesure du possible, de dévoiler « l’énigme » de Daech, de déceler les différentes responsabilités dans sa création et son expansion fulgurante. En effet, la guerre américaine de 2003 contre Saddam comme incubateur et le rôle de l’Occident, des pays pétroliers (Arabie Saoudite et Qatar), de la Turquie, de l’Iran (et le premier ministre Irakien, le Chiite Maliki par sa politique agressive contre les sunnites), le président Béchar Al Assad – au début de la guerre civile - et enfin le retour de la Russie, comme déclencheur et accompagnateur, constituent les composantes de ce cocktail explosif causant le chambardement actuel du Moyen-Orient. Il est question aussi d’essayer de comprendre pourquoi cette région a connu depuis 1947/48 plus d’une quinzaine de conflits. Pourquoi, l’Occident se voile-t-il la face et ne veut-il pas voir que la question palestinienne est l’épicentre des conflits dans la région du Moyen- Orient voire dans le monde ? Pourquoi, il ne parvient-il pas et /ou ne veut-il pas se convaincre de la nécessité d’abandonner la politique de deux poids deux mesures dans cette région très sensible ? Pourquoi cette duplicité et cette hypocrisie occidentales permanentes ? La fin de l’histoire ….et la gouvernance mondiale ! Quel lien existe-t-il entre un article écrit en octobre 1989 sur la fin de l’histoire et un autre, sur la gouvernance mondiale, publié en octobre 2015 ? Quel rapport y a- t- il entre ces deux textes et le phénomène de Daech ? Et avec l’idée de l’extinction de l’humain ? Et pourtant, on sera enclin à affirmer l’existence d’une filiation historique et un lien de cause à effet incontestable. Au lendemain de la chute du mur de Berlin, le monde s’attendait à ce que l’ordre international connaisse un certain apaisement dans la mesure où le facteur à l’origine des conflits a cessé d’exister à savoir la fin de la rivalité Est/Ouest, prélude à l’instauration de la démocratie et la substitution de la coopération à la confrontation. En matière démocratique, la conférence de La Baule a lieu pour servir –du moins pour le continent africain – de cadre. En matière de géopolitique internationale, la guerre contre Saddam en 1991, suite à son invasion du Koweït, allait ouvrir la voie à un nouvel ordre international où la politique de deux poids deux mesures allait céder la place à une véritable justice internationale. C’est dans ce contexte précis que l’idée d’un nouvel ordre international a été lancée par George W. Bush et c’est dans ce cadre aussi que la Conférence de Madrid sur le Moyen-Orient a été organisée en automne 1991 sur la base du principe « de la paix contre la terre ». On connait la suite. Un immense espoir vite déçu. Le même raisonnement peut être tenu par rapport à la période de George W. Bush au début de son premier mandat. En effet, depuis 2001, suite aux attentats de New York, une stratégie anti-terroriste traduite, entre autre, par la guerre contre le régime des Talibans en Afghanistan (2001) et ,encore une fois, contre le président Irakien (2003) a installé le monde dans une insécurité permanente au nom de la sécurité. Dans mon dernier ouvrage , on peut lire ceci : « Avec l’Afghanistan, on a eu droit aux « Afghans » et avec l’agression de l’Irak en 2003 et le printemps arabe - et dans son sillage la victoire électorale des islamistes dans certains pays arabes- et sa péripétie syrienne, on a eu droit à Daech ; les apprentis sorciers, occidentaux et les pays pétroliers arabes, n’ont pas tiré les leçons de l’épisode afghan ». En effet, dans un passé récent, le retour des « Afghans » n’a été pas anticipé et aujourd’hui on récidive en oubliant le retour des «Syriens »… Au lieu de traiter le problème à la source –la question du Moyen Orient - on généralise l’enferment des Européens revenant des zones de guerre du Moyen- Orient, l’adoption de législation répressive et la multiplication de centres de déradicalisation et de désendoctriment , comme si ces mesures constituaient la seule solution à un problème infiniment plus complexe et qui dépasse la dimension de la contrainte et de l’emprisonnement . La déchéance de nationalité proposée en France comme arme ultime ? Quelle aberration ? Quelle abomination ? Des citoyens de deux catégories ? Un terroriste qui s’apprête à se faire sauter penserait-il à la perte de sa nationalité ? Les attentats commis en Europe et ailleurs, dans ce contexte de terreur et de chaos généralisé, ont été mal appréhendés et insuffisamment expliqués pour ne pas dire largement instrumentalisés par plus d’un. La liberté d’expression, le terrorisme et le droit au « Mais ». Il n’est pas question de justifier ni d’excuser qui que ce soit mais essayer de comprendre ces agissements même s’il s’agit d’actes aussi inhumains que condamnables. Peut –on tout dire ? Certains disent que oui. La liberté est un absolu en démocratie auquel on ne doit pas poser de contraintes ; celle du blasphème en fait partie. A l’appui de cette thèse, on agite la formule de Voltaire .Dans le même sens, Beaumarchais dans le Mariage de Figaro, disait « …sans la liberté de blâmer, il n'est point d'éloge flatteur ». En revanche, d’autres soutiennent que la liberté ne peut être que relative. La question est une affaire d’équilibre et de contexte. Comme le stipule la Déclaration des Droits de L’Homme et du Citoyen dans son article 4 « La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui … » . En effet, avec concision et une profonde lucidité, Edgard Morin soutient : « …Il y eut problème au moment de la publication des caricatures. Faut-il laisser la liberté offenser la foi des croyants en l’Islam en dégradant l’image de son Prophète ou bien la liberté d’expression prime-t-elle sur toute autre considération ? Je manifestais alors mon sentiment d’une contradiction non surmontable, d’autant plus que je suis de ceux qui s’opposent à la profanation des lieux et d’objets sacrés » . Tout est dit. Pourquoi cet équilibre doit-il être recherché ? Par rapport aux différents attentats survenus l’année dernière notamment ceux de janvier 2015 à Paris, on avait développé l’idée d’une recherche de la véritable responsabilité ; au-delà de l’émotion, il y a une nécessité de connaitre les facteurs ayant conduit à la création de Daech et ceux ayant poussé cette jeunesse européenne de culture musulmane à commettre de tels actes ? C’est pour cela qu’on a revendiqué le droit au « Mais », après les attentats de janvier 2015 . Ce droit au « Mais » est dicté par les raisons suivantes : -La responsabilité historique de l’Occident découlant de sa domination permanente du monde arabo- musulman durant la colonisation et après les Indépendances. -L’existence de deux temporalités entre ces deux mondes et le schisme Orient / Occident subséquent à cette histoire tourmentée. -L’importance stratégique de la région du Moyen-Orient -La duplicité et l’imposture occidentales par rapport à cette région et le monde arabo-musulman
Le droit au « Mais » Oui , ce « Mais » là, on ne doit pas s’interdire de le revendiquer et ce pour d’autres raisons : La principale question n’est pas de savoir pourquoi ces illuminés ont fait ça mais pourquoi sont-ils devenus ce qu’ils sont pour faire ça… ? Pourquoi cette jeunesse européenne –très minoritaire pour le moment- de culture musulmane est-elle devenue ce qu’elle est maintenant ? Et quelles sont les véritables responsabilités ? Il n’est pas question de dédouaner qui que soit, notamment les dirigeants du monde arabo-musulman, et ce depuis au moins 1945. On connait suffisamment l’argumentaire qui consiste à tout mettre sur le dos des anciennes puissances coloniales pour en être abusé. Toutefois il n’est pas question, non plus, de passer sous silence la responsabilité des puissances occidentales (ou des grandes puissances en général y compris l’URSS, dont le système est le produit de la pensée occidentale) dont les rapports avec ce monde étaient dictés (c’est toujours le cas) essentiellement par l’intérêt et le jeu d’influence. Dans les différents débats diffusés par les chaînes françaises, aussi bien en janvier qu’en novembre 2015, on relève que les raisons du dévoiement des islamistes et de la dérive de la jeunesse de culture musulmane évoquées portent essentiellement, pour ne pas dire exclusivement, sur la marginalisation, la ghettoïsation, la stigmatisation, l’échec scolaire, l’absence de diffusion des valeurs républicaines…Si ces facteurs existent et jouent un rôle dans ce processus de repli de cette communauté, ils ne peuvent constituer la seule explication. La question géopolitique évacuée (Moyen Orient) : le vrai débat La discussion byzantine sur les différences existant entre les différents groupes terroristes - islamiste, takfiriste , Djihadiste, salafiste et piétiste sans parler du nombre de groupes militaires qui constituent la nébuleuse qui sévit, essentiellement, en Syrie par le fer et le sang - est un débat sémantique cachant la vraie et la seule question qui est de déterminer le / ou les responsable (s) d’un tel chaos. En effet, le vrai débat est ailleurs. Les deux seuls points communs entre ces groupes, pour faire court, sont la violence et l’absence de lien religieux et culturel avec ce qu’on peut appeler le véritable islam et la seule différence qui les distingue est une question de degré dans la barbarie. Au lieu de discuter comment ces gens sont devenus ce qu’ils sont pour faire ce qu’ils ont fait, on s’est évertué à pérorer sur la théorie complotiste et conspirationniste qui serait véhiculée dans l’ensemble du monde arabo- musulman … Et enfin, au lieu de poser le débat sur les véritables responsabilités et chercher l’origine du mal, on s’emploie uniquement à un traitement sécuritaire et répressif du phénomène du terrorisme. Destin du genre humain C’est par rapport à ce chaos généralisé, qu’il faudrait penser et réfléchir sur la nécessité de la paix qui sera indispensable pour l’avenir de la région et du reste du monde. Le monde allait mal, bien avant ce cataclysme Moyen- oriental ; le crime organisé, la dégradation, à vue d’œil, de l’environnement, la question de l’eau, de l’énergie fossile ou renouvelable, les limites de la planète face à la pression démographique et une production effrénée, tels sont les enjeux que l’Homme aura à affronter, si ce n’est pas déjà fait, dans un avenir proche. Certains estiment, que vu les défis posés à l’Homme, la question de son extinction est posée ; d’autres, en revanche considèrent que la mer constituerait le salut de l’humain. De la fin de l’histoire traduit tout de suite après la chute du mur de Berlin, par la perte de repères dans un monde instable, en passant quelques années plus tard, par des guerres quasi permanentes au Moyen –Orient et ailleurs, et par Daech pour arriver à l’idée de l’extinction de l’humain ou de sa survie , tels sont les ingrédients et l’articulation de ce petit essai.

Auteur : Pr Abdelmoughit Benmessaoud Trédano

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