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UN MONDE SANS REPÈRES - Pr Abdelmoughit Benmessaoud Trédano




Le monde a basculé d'un certain sens au non-sens. Le monde a perdu le sens de l'humain. Au quotidien et en direct nous assistons d'une manière quasi-passive à une destruction progressive et rampante de sa quintessence. L'image envahit. L'écologie se dégrade pour ne pas dire que le seuil de la rupture est déjà atteint. Le politique dégénère pour ne refléter qu'une image pâle de la vie en société. Le droit qui est censé établir une relative justice entre les Etats n'est désormais qu'une farce et une hypocrisie permanentes internationales. La raison des Etats prime sur les intérêts et les aspirations des peuples. Quant aux rapports entre groupes d'Etats, notamment entre le Nord et le Sud, nous ne pouvons que constater que la fracture est cyclopéenne. L'Occident et l'Orient retrouveraient leurs velléités et des relents d'antagonismes d'antan et pourraient, si ce n'est déjà fait, se remémorer leurs vieux démons. La cause de cette dérive ? On vit présentement une période de transition dira-t-on. Et le propre de toute période transitoire est le flottement et l'incertitude. Certes. Mais est-ce suffisant pour appréhender, expliquer et surtout supporter le grand gâchis qui se généralise sous nos yeux ? En fait, il s'agit d'une véritable rupture. La période 1945-89 de "paix" relative, musclée et casquée sur la toile de fond de la guerre froide n'était d'évidence que passagère. Le monde ne vit en fait qu'à coups de ruptures. Le sociologue et anthropologue français Jean DUVIGRAUD disait à ce propos : "Nous vivons une période de cassure, comme il y en eut au cours de l’histoire. Peut-être l’histoire n'est-elle, au fond, faite que de ruptures. Ce n'est pas la continuité qui compte. A mes yeux, l'essentiel réside peut-être dans des moments flous, comme celui où nous sommes" (1). Au niveau économique, notamment dans les pays développés et aussi dans les pays sous-développés à cause d'un mimétisme imposé et aveugle, on ne vit qu'au rythme de chiffres, de courbes et de graphiques ... Et on ne jure qu'en termes de concurrence, de productivité, de compétitivité et de croissance. Dans la préface de l'ouvrage .du sociologue iranien EHSAN NARAGHI, le démographe français ALFRED SAUVY disait : "En cherchant à vivre mieux, l'Européen, l’Américain ont oublié de vivre " (2). En effet, depuis 1973 (les trente glorieuses sont désormais un vieux souvenir) la crise ne cesse de s'éterniser. Les quelques embellie enregistrées, ces derniers temps, ici et là, ne devraient pas tromper. La raison en est simple ; le seuil de rupture entre les besoin de plus en plus illimités de l'homme et les possibilités et potentialité limitées de la planète est quasi-atteint. Les différentes actions, d'ordre écologique sur le plan scientifique, économique et des idées, restent en deçà de l'ampleur du désastre occasionnée par une production déchaînée. Depuis l'aube du temps, l'homme a toujours agi pour maîtrise de la nature et la réalisation du progrès. Aujourd'hui, il ne maîtrise ni l'une ni l'autre. Dans un monde devenu cité, la survie de l'économie mondiale dépendrait de l'ampleur de l'ouverture des frontières nationales et le spectre de la loi des puissants viendrait réguler les rapports de demain. L'O.M.C servirait d'arène. Les moins performants seraient sacrifiés et mis à marge de l’histoire. (1) Le Monde 18 Janvier 1994 (2) L'Orient et la Crise de l'Occident, Ed. Entente, 1977, p. 8 UN GÂCHIS ÉCOLOGIQUE ET HUMAIN Mais le tout se fait et se fera au détriment de l'homme et de son environnement. Il y a 22 ans le Club de Rome avait tiré la sonnette d'alarme. Ses membres étaient pris pour des farfelus. Qu'est ce qu'ils disaient dans leur fameux " Halte à la croissance " ? " La religion de l'Expansion doit s'effacer au profit, non d'un arrêt de la croissance, mais d'une croissance, contrôlée pour préparer de grands équilibres écologiques ... "et pour ajouter" Nous ne faisons pas de la prévision. Nous disons : Voilà ce que donnent, à telle ou telle échéance, les tendances actuelles.. Et bien, sauf renversement, elles donnent la catastrophe ". (3) L'état actuel de la planète ne peut démentir leurs appréhensions. L'environnement se dégrade sous la pression continue d'une propension à l'exploitation et l'expansion. Mais l'homme n'est pas, non plus, épargné. Pour' la première fois, le progrès n'est plus au service de l'homme. Au contraire, il le désert. Le chômage endémique en est la parfaite illustration ; les taux de croissance, somme toute relative, remarqués ces derniers temps notamment dans les économies occidentales et qui sont sans perspectives de création d'emplois, en son un des indices. Penser autrement la croissance et la chose économique est devenue, depuis quelques temps déjà, une nécessité impérative ; elle passe, entre autres, par un traitement nouveau des deux équations homme / machine et homme / environnement. Les rapports qu'ils connaissent et les tendances qui s'en dégagent doivent être repensés pour une meilleure vie pour ne pas dire toute simplement la survie de l'homme. L'homme est, en effet, au terme d'une ère civilisationnelle et au seuil d'une nouvelle. Mais pour que celle-ci soit prometteuse et porteuse d'espoir les rapports entre les pôles civilisationnels doivent changer car ils sont sur mauvaise pente. (3) Halte à la croissance, ouvrage collectif, voir p. 13 et sommaire.
Que constatons-nous depuis la chute du Mur de Berlin ? Une fracture entre le Nord et le Sud et une cassure entre l’Occident et l'Orient notamment avec sa composante arabo- musulmane. UNE COOPÉRATION ENTRE LES PÔLES CIVILISATIONNELS Faute de repères et d'ennemis, certains milieux en Occident sont enclins à ériger l'Islam, en le caricaturant et en le réduisant, l’extrémisme et au "terrorisme", comme l'épouvantail de demain et un objet et une piste expiatoires. Une "guerre sainte" médiatique sous de fausses couleurs de tolérance et de dialogue est savamment orchestrée contre une certaine conception de l'Islam; des approximations et amalgames aidant, celui-est traité comme une religion intolérante, envahissante voire excluante exclusiviste. Il va sans dire que cette voie est pétrie de dangers. Il importe de repenser .les rapports Nord / Sud en matière de coopération et de développement et ceux entre l'Occident et les contrées de l'Islam au niveau aussi spirituel que civilisationnel. Plus globalement, il est de plus en plus urgent et salutaire de substituer la coopération à la confrontation. Ce n'est pas une vue d’esprit mais c'est une nécessité pour le devenir de l'humanité. Une des préoccupations, majeures qui devrait être prise en considération est la problématique du développement. Sans cela, il est craindre que l'état du monde n'empire ; cela se traduirait par la généralisation des conflits, l'extension de la pauvreté et la famine et l'amplification du sous-développement; ce qui ne peut que compromettre davantage la stabilité et la sécurité internationales. C'est une vision nouvelle, c'est une option novatrice qu'il est question, tranchant avec les calculs d'épiciers et les intérêts nationaux égoïstes et étriqués. Cela suppose une gestion en commun du monde. Bien que paraissant immature et dont la réalisation n'est pas chose aisée ni pour demain, cette formule devrait désormais impérativement constituer une des préoccupations et un des centres d'intérêts des décideurs de par le monde. En attendant, il faudrait que le politique, au niveau de chaque nation et chaque composante des différents pôles politico-économiques et civilisationnels, connaisse de nombreuses et profondes réformes ; les dirigeants politiques devraient, en outre, se libérer .des contingences et de la pression pesante des sondages et de la recherche incessante de popularité ... DES REFORMES DU POLITIQUE ET DES MÉDIAS Au Nord, le politique, dans sa version démocratique, devrait se régénérer et au Sud s'améliorer en s'enracinant. L'image et les médias doivent accompagner les grandes réformes du politique. Les dégâts que produit ce 4° pouvoir sont énormes. Et effet, l'image envahit tous les foyers. Le citoyen du monde en consomme avec boulimie, dans sa solitude et son confort individuel, sans réagir. La petite boîte magique appauvrit l'imaginaire et abêtit à doses homéopathiques ; il est de plus en plus difficile de s'en passer. Une drogue nécessaire mais nuisible à fortes doses ... L'image a contribué, entre autres facteurs, à la déliquescence du système démocratique au Nord. Au Sud, monopole et monolithisme aidant, l'idée et la pratique démocratiques se fraient difficilement leur chemin. En somme, notre fait quotidien est et sera, de plus en plus marqué par une multiplication des conflits de toute nature, un appauvrissement et une marginalisation de nombreux pays et de grande masses de population à travers le monde ..., il s'agit là d'un tableau sombre. Sans doute. Mais c'est un constat qu'on ne peut évacuer par un haussement d'épaule, par une attitude d'indifférence ou/et de fuite en avant. Il est vrai, que les politiques et les décideurs, prisonniers qu'ils sont du taux de leur popularité ou/et de l'équilibre et de l'avenir de systèmes politiques en place, aussi bien au Nord qu'au Sud, ne peuvent ou ne veulent pas avoir le détachement et la distance nécessaires pour s'en convaincre. UNE FINALITÉ POUR L’HOMME Ce qui ne peut aider à une prise de conscience collective du danger qui guette le cheminement et le devenir du genre humain dans un monde éclaté. Mais le citoyen du monde, désarmé qu'il est, ne peut que constater mais sans avoir aucune prise sur les réalités nationales et internationales de plus en plus compliquées et complexes. La courageuse et louable action des O.N.G. demeure largement insuffisante, car elles ne peuvent répondre à tous les besoins et réparer tous les dégâts dans une situation marquée, de plus en plus, par défaillance et la déliquescence des Etats. Il semble, désormais, que la seule issue pour l'homme c'est de continuer à espérer un profond renversement de tendance. Le présent lui échappe. Et l'avenir lui fait peur. Il est vrai qu'il n'y a pas de recettes magiques pour opérer les changements nécessaires et vitaux dans un monde aussi complexe et déboussolé. Un monde de plus en plus sans repères, sans éthique et plus grave encore sans finalité. Penser l'homme, en tant qu'unité, son devenir en tant qu'universalité intégrant et conjuguant les différences et les spécificités et répondant à ses besoins réels, matériels et immatériels, et non pas suivant les caprices et les lubies du marché et des différents groupes de pression et d'intérêts, dis-je, est une piste à défricher et à creuser. C'est d'évidence, une belle mais difficile aventure ; elle ne peut être que prometteuse ouvrant des perspectives différentes de celles que connait actuellement et connaîtrait la communauté internationale si des changements d'envergure n'interviennent pas. Certes, c'est une vision féerique, platonique et idéaliste. Mais il vaudrait mieux penser, voire rêver autrement que de se soumettre à tyrannie de la médiocrité de la pensée et de l'action. Agir et faire en sorte que l'ignorance, l'indifférence et l'agressivité des attitudes et des comportements de l'ordre régnant ne soit pas la seule alternative au genre humain. *Professeur - Chef de Département de Droit Public Université Mohammed V - Souissi – RABAT Articles précédents  Charlie, Daech, l’islamisme et le reste : l’explication qui manque ; une responsabilité non-déterminée (publié in Géopolis janvier 2015 et 16 novembre 2015 sur le site de Médias24 avec actualisation)  Nous sommes Tous des Humains, Médias24 ,4 décembre 2015.  La radicalisation, qui est responsable ? Médias24, 15 décembre 2015  Un monde sans repères, Médias 24, 6 janvier 16  A la recherche d’une nouvelle gouvernance mondiale désespérément, Médias 24, janvier 2016

Auteur : Pr Abdelmoughit Benmessaoud Trédano

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{picture#http://store4.up-00.com/2017-07/149982714684611.jpg} Revue marocaine des sciences politiques et sociales, Dossier "Economie politique du Maroc", volume XIV, Hors série. Les auteurs du volume n'ont pas hésité ... {facebook#http://facebook.com} {twitter#http://twitter.com} {google#http://google.com} {pinterest#http://pinterest.com} {youtube#http://youtube.com} {instagram#http://instagram.com}

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