Cher(e) lecteur(trice), merci de vous intéresser à notre Site web, nous espérons que le contenu convient à vos recherches et intérêts. N'oubliez pas de vous inscrire pour être informé(e) de nos nouvelles publications. Merci et bonne visite.

Economie politique, et politiques économiques au Maroc Par : Najib Akesbi

Economie politique,
et politiques économiques au Maroc

Par : Najib Akesbi, économiste, professeur à l’Institut Agronomique et Vétérinaire Hassan II, Rabat.

«L’exception marocaine», mythe ou réalité? Une question qui revient souvent dans le débat public depuis le «printemps arabe». Si elle a pu faire débat, voire controverse   ces dernières années, force est de constater, avec l’historien, que six décennies plus tôt, les conditions dans lesquelles le pays avait entamé l’ère de son indépendance politique comportait une assez forte dose d’exceptions. Au moins trois faits marquants peuvent illustrer cette «exception marocaine».

Le premier est politique. Le Maroc est en effet un des très rares pays où le mouvement de résistance puis de libération nationale, une fois l’indépendance acquise, ne s’était guère installé au pouvoir. Après avoir impliqué la monarchie régnante dans le mouvement national, les dirigeants de celui-ci avaient été jusqu’à conditionner l’obtention de l’indépendance par le retour d’exil de Mohammed V. Mais une fois l’indépendance obtenue, le rapport de force allait peu à peu évoluer en faveur de l’Institution monarchique, et les principales forces du mouvement national, associées pendant quelques années à quelques gouvernements précaires, seront renvoyées dans l’opposition dès le début des années 60, avant de subir une répression féroce. Hassan II, qui prendra les rênes du pouvoir, va s’atteler à jeter les bases d’un régime autoritaire, une «monarchie exécutive» où le roi gouverne, en alliance avec d’autres forces, intérieures et extérieures.

Le deuxième fait est territorial. Alors qu’il avait été occupé par deux puissances coloniales, le Maroc ne recouvre que progressivement et partiellement sa souveraineté territoriale : le Centre «français», puis le Nord «espagnol» et la «Tanger internationale» successivement en mars, avril et octobre 1956, Tarfaya en 1957, Sidi Ifni en 1969, Saguiat El Hamra en 1975, Oued Eddahab en 1979… Aujourd’hui, et alors que la récupération de ces deux dernières parties du territoire national n’est encore guère reconnue au niveau international, il existe des «bouts de territoire» toujours occupés : Sebta, Melilla, divers îlots sur la rive méditerranéenne. Encore que, si le territoire c’est la terre, la décolonisation est d’abord la récupération de celle-ci. Or, le Maroc va là aussi se distinguer par le fait que sa décolonisation ne changera rien à la situation de ses colons, qui pourront rester sur les terres qu’ils avaient occupées pendant plus d’une quinzaine d’années encore… La terre, dont les «statuts» resteront à ce jour largement «ouverts», constituera un champ privilégié d’articulation de nouvelles alliances et du nouveau pouvoir qui s’installe et perdure.

Le troisième fait est sectoriel, et renvoie à des choix de développement. Alors que dans les années 60, la plupart des pays nouvellement indépendants ne juraient que par l’industrialisation, assimilée au développement, le Maroc opte plutôt pour l’agriculture dont il fait la priorité de son «modèle de développement». Certes, il ne s’agira que d’une certaine agriculture (limitée aux zones irriguées et orientée vers les exportations), mais il apparaitra clairement que ce choix sera d’abord commandé par des considérations sociopolitiques, précisément par la volonté de l’Etat central d’asseoir les bases de son pouvoir sur le relais des notables ruraux, et y constituer, selon l’expression de Rémy Leveau, «le centre de gravité du système politique au profit de la monarchie». Comme l’explique l’auteur du «Fellah marocain, défenseur du trône», ce choix va en conditionner bien d’autres : hégémonie des propriétaires fonciers, impossibilité de réforme agraire, défiscalisation agricole interdisant le financement par l’agriculture de l’industrialisation du pays, alliances internationales permettant le financement par l’étranger des investissements projetés… Ce faisant, ce choix a également conduit tout droit à cette accablante réalité d’aujourd’hui : Six décennies après son indépendance, l’économie du pays reste tributaire des résultats des campagnes agricoles, elles-mêmes étroitement dépendantes des aléas climatiques. On en est encore à ressasser la formule du commissaire résident général Théodore Steeg  (1925-1928) : Au Maroc, gouverner c’est pleuvoir…

Un pouvoir politique qui se hâte de se débarrasser du mouvement national du pays, un territoire à l’intégrité encore inachevée et aux nombreux «espaces» maintenus dans le flou et l’indétermination, une économie dont le principal ressort tombe du ciel… Si l’on ajoute que l’ensemble reste articulé autour d’Institutions dont le rôle a souvent été déterminant, on comprend qu’il soit difficile d’avoir aujourd’hui une compréhension à peu près correcte de l’économie marocaine sans recourir à une approche et une grille d’analyse en termes d’économie politique. Cette dernière n’est toutefois pas celle des premiers «classiques» (Smith, Ricardo…), mais de Marx et de ses disciples qui en ont fait la «critique», mettant en évidence sa fonction première : «expliquer les lois de la formation, du développement et de l’expansion du mode de production capitaliste». Comment analyser «les lois de formation» de l’économie marocaine tout au long du dernier demi-siècle? Quels en ont été les fondements et les choix structurants? Comment les politiques économiques ont-elles façonné l’économie politique du Maroc? Par quelles méthodes et quels mécanismes ont été tissés les fils conducteurs à la situation actuelle? Comment les mêmes causes ont-elles obstinément produit les mêmes effets? Comment l’économique s’est-il articulé au politique (et inversement) pour aboutir à un état de fait d’une économie dont même «l’émergence» semble encore lointaine? Et pour tout dire, quelle est la responsabilité du système politique dans le mal-développement du pays?

Nous essaierons de répondre à certaines de ces questions en commençant par rappeler les choix fondateurs effectués il y a un demi-siècle. Il faudra ensuite s’attacher à exposer les «moyens» mis en œuvre au service des options et des objectifs retenus, c’est-à-dire s’appliquer à relater les faits et restituer les politiques publiques, économiques, sociales et financières conduites tout au long des dernières décennies. Nous pourrons enfin tenter d’en tirer les conséquences majeures et suggérer de repenser l’ensemble de l’expérience à l’aune des réalités politiques du pays.


Libellés :

Enregistrer un commentaire

[blogger][facebook][disqus]

Cress Revue

{picture#http://store4.up-00.com/2017-07/149982714684611.jpg} Revue marocaine des sciences politiques et sociales, Dossier "Economie politique du Maroc", volume XIV, Hors série. Les auteurs du volume n'ont pas hésité ... {facebook#http://facebook.com} {twitter#http://twitter.com} {google#http://google.com} {pinterest#http://pinterest.com} {youtube#http://youtube.com} {instagram#http://instagram.com}

Formulaire de contact

Nom

E-mail *

Message *

Fourni par Blogger.