août 2017





أهمية التعليم في أقوال الدكتور المهدي المنجرة و مؤسس سنغفورة لي كوان



الدكتور المهدي المنجرة 


و نحن نتباكى على #فيديو_اغتصاب الفتاة المعاقة و قبلها حمارة سيدي قاسم !! والكثير من صور اغتصاب وطن مشلول!
يأتي للذهن أحد ابرز أقوال المفكر و الدكتور المهدي المنجرة رحمه الله التي بقيت عالقة في أذهان الكثيرين حيث يقول :
عندما أراد الصينيون القدامى أن يعيشوا في أمان، بنوا سور الصين العظيم واعتقدوا بأنه لا يوجد من يستطيع تسلقه لشدة علوه، ولكن !
خلال المائة سنة الأولى بعد بناء السور تعرضت الصين للغزو ثلاث مرات ! وفي كل مرة لم تكن جحافل العدو البرية في حاجة إلى اختراق السور أو تسلقه ..! بل كانوا في كل مرة يدفعون للحارس الرشوة ثم يدخلون عبر الباب.
لقد انشغل الصينيون ببناء السور ونسوا بناء الحارس .. ! فبناء الإنسان .. يأتي قبل بناء كل شيء ، وهذا ما يحتاجه شباببنا اليوم .. يقول أحد المستشرقين: إذا أردت أن تهدم حضارة أمة فهناك وسائل ثلاث هي:
1/اهدم الأسرة
2/اهدم التعليم.
3/ إسقاط القدوات والمرجعيات.
لكي تهدم اﻷسرة : عليك بتغييب دور (اﻷم) اجعلها تخجل من وصفها ب”ربة بيت
ولكي تهدم التعليم: عليك ب(المعلم) لا تجعل له أهمية في المجتمع وقلل من مكانته حتى يحتقره طلابه.
ولكي تسقط القدوات عليك ب (العلماء) اطعن فيهم ، شكك فيهم، قلل من شأنهم، حتى لا يسمع لهم ولا يقتدي بهم أحد.
فإذا اختفت (اﻷم الواعية) واختفى (المعلم المخلص) وسقطت (القدوة والمرجعية) فمن يربي النشء على القيم؟؟؟..!"


 مؤسس سنغفورة لي كوان



يقول مؤسس سنغافورة لي كوان "أنا لم أقم بمعجزة في سنغافورة، أنا فقط قمتُ بواجبي نحو وطني، فخصصت موارد الدولة للتعليم وغيرت مكانة المعلمين من طبقة بائسة إلى أرقى طبقة في سنغافورة، فالمعلم هو من صنع المعجزة، هو من أنتج جيلاً متواضعاً يحب العلم والأخلاق بعد أن كنا شعباً يبصق ويشتم بعضه في الشوارع



LE TERRORISME : LA BOITE DE PANDORE

Le terrorisme a encore frappe en Espagne et de la manière la plus brutale et la plus abjecte.
On peut multiplier les qualificatifs sans pouvoir rendre compte de l’essence même ces actes et de l’effroi qu’ils provoquent. C’est tout simplement innommable.
Pourquoi le monde connait depuis au moins deux décennies et connaîtra pour longtemps ce phénomène ?
D’évidence cela ne peut que persister tant que la communauté internationale ne cherche pas à voir et savoir ses véritables causes.
Pourquoi cela continue ?
Pourquoi la communauté internationale ne cherche pas à savoir ? et surtout pourquoi on ne revient pas à la source ?
Le rôle du wahabisme et des idéologies des frères musulmans et de leur parrain le Qatar !!
Et la permanence de la question palestinienne ? !!
En effet, explication n’est pas justification, encore moins une velléité déplacée de « comprendre » le comportement de ces illumines.
En attendant de revenir sur ces actes barbares, on peut lire utilement mon papier écrit le 11 janvier 2015, soit trois jours après les attentats de paris.
il pourrait constituer une partie de l’explication.
18 août 2017

CHARLIE, DAECH, L’ISLAMISME ET LE RESTE : L’EXPLICATION QUI MANQUE
- des responsabilités non- déterminées !? – 

Par Pr. Abdelmoughit BENMESSAOUD TREDANO

Directeur de la Revue Marocaine des Sciences Politiques et Sociales 
Président du Centre de Recherche et d’Etudes en Sciences Sociales (CRESS)
Responsable du Master Diplomatique, Université Mohammed V, Souissi, Rabat


L’élimination physique et sanguinaire des dessinateurs et des rédacteurs du journal satirique Charlie Hebdo a provoqué un choc émotionnel intense en France ainsi que dans la plupart des pays occidentaux.
Paris s’est érigée, le 11 janvier à 16 heures, en capitale du monde contre la barbarie, l’obscurantisme, la défense de la liberté et de la démocratie.
Au-delà du caractère odieux de ce massacre, et une fois passé le temps de l’émotion, il y a un temps pour la raison et la réflexion.
« Ni rire, ni pleurer, ni haïr, mais comprendre … » disait Spinoza.
En cherchant à comprendre non pas l’acte, car il est condamnable par toute personne sensée et dotée d’un minimum d’humanité, mais le pourquoi de l’acte. Il n’est nullement question de la moindre justification.
En effet, explication n’est pas justification, encore moins une velléité déplacée de « comprendre »le comportement de ces illuminés.
Malgré les zones d’ombre qui entourent la perpétration de ce crime, une mise en scène uniformément orchestrée par les medias officiels, vise à accréditer une lecture primaire qui conduit à focaliser sur l’islam, accentuant la cassure sociale et faisant basculer le monde occidental dans l’islamophobie la plus virulente.
Un droit au « Mais ».
Certains intellectuels et analystes en France nous interdisent d’avoir droit au « Mais ».
Injonction et demande d’explication et de condamnation sont faites aux musulmans de France.
D’autres vont jusqu’à leur demander de venir en masse à ladite manifestation pour montrer leur « sincérité » et marquer la différence.
L’unité nationale est ainsi évoquée et instrumentalisée pour occulter et mettre en sourdine les véritables problèmes de la société.
Des mesures sécuritaires abusives et liberticides sans précédent sont prises au nom de la lutte contre le terrorisme. Elles visent essentiellement les citoyens français de confession musulmane, réelle ou supposée. L’islam est ainsi stigmatisé et accusé d’être incompatible avec la République.
Ce « Mais » là, on ne doit pas s’interdire de le revendiquer et ce pour plusieurs raisons :
La question majeure qu’on doit se poser est non pas pourquoi ces illuminés ont fait ça mais pourquoi sont-ils devenus ce qu’ils sont pour faire ça… ?
Pourquoi certaines franges de la société française sont-elles devenues le terreau de recrutement de Djihadistes égarés, manipulés par des commanditaires occultes, aux fins d’exécuter des crimes odieux sous la fausse bannière de l’islam radical ?
On doit revendiquer ce « Mais » parce qu’en Occident en général, et en France en particulier, il y a un traitement sélectif de l’information, pour ne pas dire partiel et partial.
On doit revendiquer ce « Mais » parce que les deux mondes, occidental et arabo-musulman, vivent deux temporalités différentes. Cette différenciation, que des forces souterraines puissantes œuvrent à transformer en choc des civilisations en incitant à la haine raciale et en perpétrant des crimes odieux sous fausse bannière islamiste, exacerbe toujours plus le rejet de l’islam dans sa globalité.
Avec concision et une profonde lucidité, le grand Edgard Morin soutient : « …Il y eut problème au moment de la publication des caricatures. Faut-il laisser la liberté offenser la foi des croyants en l’Islam en dégradant l’image de son Prophète ou bien la liberté d’expression prime-t-elle sur toute autre considération ? Je manifestais alors mon sentiment d’une contradiction non surmontable, d’autant plus que je suis de ceux qui s’opposent à la profanation des lieux et d’objets sacrés ».
Tout est dit.
Par ailleurs, si on adopte la formule de Voltaire , la liberté n’aurait pas de limite. Alors que faire et que dire ? La question est une affaire d’équilibre et de contexte. Comme le stipule la Déclaration des Droits de L’Homme et du Citoyen dans son article 4, '' La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui …".
A travers ce texte on essaiera de répondre à deux questions majeures :
Pourquoi cette jeunesse européenne –très minoritaire pour le moment- de culture musulmane est-elle devenue ce qu’elle est maintenant ?
Et quelles sont les véritables responsabilités ?
Il n’est pas question de dédouaner qui que soit, notamment les dirigeants du monde arabo-musulman, et ce depuis au moins 1945. On connait suffisamment l’argumentaire qui consiste à tout mettre sur le dos des anciennes puissances coloniales pour en être abusé.
Toutefois il n’est pas des tout questions non plus de passer sous silence la responsabilité des puissances occidentales (ou des grandes puissances en général y compris l’URSS, dont le système est le produit de la pensée occidentale) dont les rapports avec ce monde étaient dictés (c’est toujours le cas) essentiellement par l’intérêt et le jeu d’influence.
Aux origines de la violence et de l’horreur islamistes… : la vraie responsabilité n’est pas déterminée
En dehors des causes internes dans chaque pays de l’Europe qui sont connues et réelles, la donne internationale, historique et géopolitique ne doit pas être évacuée.
Dans mon dernier ouvrage , on peut lire ceci : « Avec l’Afghanistan, on a eu droit aux « Afghans » et avec l’agression l’Irak en 2003 et le printemps arabe - et dans son sillage la victoire électorale des islamistes dans certains pays arabes- et sa péripétie syrienne, on a eu droit à Daech ; les apprentis sorciers, occidentaux et les pays pétroliers arabes, n’ont pas tiré les leçons de l’épisode afghan ».
I - Les facteurs et paramètres structurants
La déliquescence et, depuis trois ans, l’effondrement du monde arabe, est principalement dû à deux paramètres anciens qui sont le pétrole et la sécurité d’Israël. Viennent se greffer le jeu des puissances régionales et internationale ayant marqué fortement et tragiquement la région du Moyen-Orient à la faveur du « printemps » arabe. L’Arabie saoudite et le Qatar, munis de l’arme pétrolière et la Turquie islamiste, avec ses prétentions de puissance, conduisent aujourd’hui une sorte de croisade contre le « croissant » chiite. Sans oublier de mentionner que les différents projets des élites gouvernantes, qu’ils soient nationalistes, panarabes, socialisants voire même marxiste comme le cas du Yémen du sud, ont tous échoué.
La domination occidentale de la région a été dictée par l’existence de deux faits objectifs et majeurs. Les deux paramètres déjà cités sont la ressource pétrolière et la sécurité d’Israël, sur lesquels viennent se greffer la question palestinienne comme toile de fond, et depuis une dizaine d’années la question nucléaire iranienne qui s’est imposé dans l’agenda occidental comme un élément déstabilisant. Voici sommairement déclinés les principaux facteurs structurant la région moyen-orientale et le reste du monde notamment occidental.
Premier paramètre : le pétrole
L’accord Quincy, conclu en 1945 entre le président américain Franklin D. Roosevelt et le Roi Abdelaziz Al –Saoud , s’articulait autour du pétrole. Il a structuré, plus au moins, au niveau mondial la question de sa production, de la fixation de ses prix et la sécurité de son approvisionnement pendant plus de trois décennies. En contrepartie, ledit accord garantissait la sécurité de l’Arabie Saoudite.
Une autre donnée qui figurait au premier plan des préoccupations des Américains et des Européens concerne la garantie de la sécurité d’Israël depuis les années 1947-48.
Ces deux paramètres ont charpenté les rapports entre le Moyen-Orient et le monde occidental industrialisé, avec la question palestinienne comme question lancinante.
Nous restons convaincus que le Pétrole, entre autres facteurs, déclencha les deux guerres contre l’Irak de Saddam Hussein (1991 et de 2003) et il n’est peut-être pas inutile de rappeler quelques chiffres qui confortent cette assertion.
Le Moyen-Orient recèle en effet, 64% des réserves mondiales. Plus préoccupant encore, est que « …dans vingt ans, s’il n’y a pas de découvertes majeures, il n’y aura plus de pétrole en Amérique du Nord, ni en Europe, presque plus en Afrique, ni même en Russie. L’OCDE, comme les NOPEP (Pays exportateurs non- membres de l’OPEP) seraient à sec ». Alors que le Moyen-Orient continuera encore à produire pendant trente années supplémentaires.
L’OPEP contrôle aujourd’hui 40% de la production dans le monde, dont 60% des exportations et 75% des réserves. Les Etats Unis quant à eux, consomment 25% de la production mondiale et importaient il ya quelques temps 50% de leurs besoins. Plus inquiétant encore, au rythme de leur production et consommation actuelles, ils épuiseraient leurs réserves dans dix ans. Le taux de dépendance pétrolière des Etats-Unis croit d’une manière substantielle. Alors qu’il était de l’ordre de 35% en 1973, il est actuellement à 54.3%.Il est prévu qu’il atteigne les 67% en l’an 2020. Du Moyen-Orient, ils en importent environ 23.8% et le seul bémol reste l’exploitation du gaz de schiste qui risque de changer la donne pétrolière de l’Amérique et de sa dépendance par rapport à cette région. Certains analystes soutiennent que les USA deviendront exportateurs de pétrole sous peu. Un des nouveaux facteurs des troubles dans la région.
La Chine, quant à elle, consomme actuellement 5% de la production mondiale, et en consommera près du quart (entre 20 et 25%) dans 15 à 20 ans, soit l’équivalent de la consommation américaine actuelle. De même, le pétrole constitue 40% de la consommation mondiale d’énergie et occupe une place prépondérante dans les échanges internationaux.
Certains experts en matière de pétrole considèrent que le sol mésopotamien (Irak) pourrait receler en pétrole une quantité équivalente à celle de l’Arabie saoudite, soit environ 230 à 240 milliards barils. Il a pu ainsi susciter convoitises et appétits ;ce qui explique en partie la guerre de 2003.
A l’exception de la nouvelle donne américaine quant à l’exploitation du gaz de schiste, et si il n’y a pas de découverte majeure en dehors de la zone du Moyen-Orient et il n’y a pas de source alternative (économiquement exploitable notamment pour le transport, et propre ….) , au pétrole, le Moyen–Orient continuera à structurer pendant des décennies les rapports mondiaux entre consommateurs et producteurs .
Deuxième paramètre : La sécurité d’Israël
Le second paramètre que nous voudrions aborder, porte sur la sécurité d’Israël, avec l’affaiblissement et le « containment » en permanence des pays arabo-musulmans. Aucun de ces derniers ne saurait prétendre à un niveau de puissance militaire susceptible de mettre en péril la sécurité d’Israël, allié indéfectible dont la survie garantit l’hégémonie américaine sur l’exploitation des richesses pétrolières de la région.
Cette domination est d’hier et d’aujourd’hui. Elle est d’hier remontant à l’Iran de Mossadegh, à l’Egypte de Nasser, à l’Irak de Saddam (1980/91/ 2003) et au Pakistan et sa bombe durant les années 80/90. Elle l’est d’aujourd’hui, puisque depuis huit ans, l’Iran et ses prétentions nucléaires sont contenus. L’accord du 23 novembre 2013 entre ce dernier et les 5+1 marque un important changement dans l’attitude des deux protagonistes, mais reste malgré tout ambiguë ; l’attitude hostile d’Israël et de l’Arabie saoudite en est la parfaite illustration…
L’histoire d’une domination
La domination occidentale, et particulièrement américaine, est totale durant la période 1945 /1989 ;et pour illustrer une telle assertion nous voudrions renvoyer à l’ouvrage magistral de Robert Fisk . Les Etats-Unis deviennent prédominants durant la décennie 90. Les conflits en Somalie, en Irak et en Yougoslavie sont là pour en témoigner. Avec leur guerre anti- terroriste depuis 2001, en Afghanistan et en Irak, ils ont contribué à créer une ère de guerre permanente (la théorie du « chaos créateur ») dont la conséquence la plus visible est la balkanisation du monde arabe.
Il importe d’abord de rappeler certains faits historiques, tels la conclusion de l’accord de Quincy de 1945, les pactes militaires comme celui de Bagdad , l’agression tripartite contre l’Egypte en 1956 ayant servi à dominer l’Orient, et l’engagement de La France, tête pensante de cette agression, à prêter main forte à Israël dans la maitrise de la technologie nucléaire . Cette domination a affaibli le monde arabe. Elle a, par la même occasion, rendu permanente la centralité de la question palestinienne. Elle s’est nourrie de la Nakba, de la Naksa et des 15 conflits régionaux dont le dernier est celui mené contre Gaza en juillet 2014.Dans cette série de guerres et d’agressions, celle menée contre la Syrie depuis 2011 est la plus meurtrière, la plus scandaleuse et à la limite du crime contre l’Humanité.
Certes, explication n’est pas justification mais il serait judicieux de faire le parallèle avec l’Irak. Après la destruction d’un des deux symboles du pôle civilisationnel arabo–musulman, en l’occurrence l’Irak(le musée de Bagdad en 2003) aujourd’hui ,on vise la destruction de la Syrie
Par le passé, d’autres moyens furent utilisés pour dominer le monde arabe. Ils résident dans le soutien aux régimes autoritaires et la guerre d’Afghanistan menée contre les Soviétiques. Cette dernière contribua à l’émergence de l’Islam politique, qui, conjugué à d’autres facteurs, a empêché toute velléité d’indépendance politique et compliqué toute politique de développement et a surtout ensanglanté l’ensemble de ces pays. Le « printemps arabe » est venu pour compliquer davantage la situation dans la mesure où il a fait le lit, entre autres facteurs, du combat « Djihadiste ».
Islam politique et clivage sunnite /chiite
Parmi les facteurs ayant contribué à l’émergence et au développement de l’islam politique - qui est aujourd’hui une des causes de la dérive du printemps arabe-, on peut citer, entre autres, l’idéologie wahhabite et surtout depuis que l’Arabie saoudite s’est dotée d’une puissance financière par le biais de la rente pétrolière, le rôle, depuis 1928, des frères musulmans d’Egypte et la propagation de leur idéologie. De plus, la révolution islamiste en Iran en février 1979 et ses velléités expansionnistes au niveau religieux et idéologique a joué un rôle important dans la diffusion d’une certaine idée de l’islam politique. On peut également citer la défaite et le retrait des soviétiques en février 1989 de l’Afghanistan, et leurs conséquences sur le monde arabo- musulman (le rôle destructeur des « Afghans » après leur retour dans leurs pays respectifs) ont contribué à installer une instabilité permanente dans cet espace géoculturel.
Enfin, il est surtout important de rappeler l’échec des différents projets politiques des élites gouvernantes des pays arabo-musulmans….
Depuis 2011, la rivalité entre Russes et Américains d’où se dégage un parfum de guerre froide, avec un air de déjà vu, la situation en Ukraine, la crise en Syrie et la question nucléaire iranienne, entre autres, sont autant de conflits qui structurent désormais, aux côtés des paramètres anciens tels le pétrole et la sécurité d’Israël, les rapports entre la région du Moyen-Orient et le reste du monde.
D’autre part, le clivage chiite/sunnite, avec pour toile de fond l’émergence de la puissance iranienne, qui est venu se greffer sur les anciens paramètres n’est pas pour faciliter la compréhension des évolutions possibles.
La tutelle iranienne sur l’Irak, le renforcement de ses alliances (Syrie, Hesbollah….) et le comportement confessionnel irresponsable de l’ancien premier ministre irakien N. Al Maliki, ont renforcé ce clivage.
On assiste de surcroit à la multiplication des groupuscules terroristes, à la faveur du conflit syrien, transformant la région et bien au-delà en une poudrière avec un effet boomerang sur les pays occidentaux et les « apprentis sorciers pétroliers ».
En effet, les différents actes terroristes commis en 2014 (en Belgique, en Australie, au Canada et tout dernièrement en France) par des « loups solitaires », ou les revenants de la Syrie, de l’Irak ou du Yemen, avec le Label de Daesh ou d’Al Qaeda en poche, en constituent l’illustration la plus édifiante.
Plus grave encore, ce n’est, en fait, qu’un début ; en effet, dans une interview prémonitoire datée du 12 septembre dernier, l’ancien premier ministre Dominique De Villepin contextualise le comportement des pays occidentaux et relève leurs « erreurs » dans cet Orient compliqué tout en prédisant la multiplication de ce type d’actes. La floraison des antennes de Daesh au Yémen et au Sud de la Lybie… n’est pas pour assurer les esprits et sécuriser le monde.
En somme, le pétrole, la sécurité d’Israël, la permanence du conflit palestinien, la complicité des pays occidentaux avec des régimes arabes autoritaires, l’apparition et le développent fulgurant de l’islam politique-dont une grande composante est devenue violente-, l’émergence de puissances régionales et le retour de la Russie ... Telles sont les ingrédients de ce cocktail explosif.
La responsabilité de l’Occident
Sans aller jusqu’à rappeler tout ce qui a été dit, on se limitera à signaler ici la signification de la campagne de bombardement conduite par les pays occidentaux, USA en tête, contre Daech et montrer la duplicité de ce monde.
Ils sont intervenus parce que Daesh a commencé à empiéter sur le territoire du Kurdistan irakien où deux grosses sociétés pétrolières américaines font des affaires florissantes.
Ils sont intervenus parce que leur progéniture a commencé à s’autonomiser.
Ils sont intervenus parce que la bête immonde a commencé à tuer leurs concitoyens de façon abjecte.
Ils sont intervenus parce que l’effet boomerang a commencé à les toucher à domicile.
Mais au fait, pourquoi les Américains s’évertuent-ils à conduire une campagne de bombardements, alors qu’il suffisait et qu’il suffit encore aujourd’hui d’intimer l’ordre à leurs alliés, en l’occurrence, l’Arabie Saoudite, le Qatar, la Jordanie et la Turquie, d’arrêter le financement, l’envoi d’armements et de « combattants » à travers leurs frontières respectives ?
Netanyahou qui s’est « trouvé » à la tête du cortège de Paris, finance, héberge, soigne les combattants d’Al Nosra du côté du Golan…Sans oublier les massacres des trois guerres contre Gaza…Pendant ce temps-là, l’Occident se mure dans un silence penaud ; et dans le meilleur des cas lorsqu’il parle, il avance qu’Israël se défend contre les missiles des organisations palestiniennes ; Vraiment ? Une « légitime défense » qui a « coûté » aux Gazaouis plus de 1300 morts, 10 000 blessés et des centaines de maisons détruites !?
Il ne s’agit pas d’un scoop mais il n’est pas inutile de rappeler que les Américains sont en train de former des pilotes de l’opposition syrienne ; donc l’histoire du chaos dans la région n’a fait que commencer, sauf accord définitif avec l’Iran sur la question nucléaire et reconnaissance du statut et du rôle de chaque puissance régionale (en plus de l’Iran, la Turquie, l’Arabie Saoudite et de l’Egypte..) dans la géographie politique de la région.
Mais pourquoi cette duplicité ?
Comme souligné précédemment, trois objectifs sont intimement liés, à savoir la préservation du pétrole, la sécurité d’Israël et la liquidation définitive de la question palestinienne, constituant ainsi le triptyque prioritaire de cette duplicité.
En effet, le moyen d’y parvenir était alors de neutraliser le bloc qui résiste aux intérêts occidentaux… A la tête de ce bloc, il y a l’Iran et ses alliés, en l’occurrence la Syrie et Hezbollah. Pour atteindre le Centre, il fallait alors commencer par neutraliser la périphérie.
En effet, en juillet2006, Israël s’assignait comme objectif d’éliminer la résistance chiite de Hezbollah. Cette action s’est soldée par une défaite stratégique de Tel Aviv ; on en connait la suite. A trois reprises (2008-09 ; 2012 ; et 2014), Israël a récidivé contre le Hamas sans résultats probants.
L’ensemble de ces actions ayant été commis dans la perspective du dépeçage du Moyen-Orient et sa balkanisation en une multitude d’entités à base ethnico-religieuse peu viables.
Dans une récente allocution télévisée, le Président Obama a évoqué la stratégie de remodelage du « Moyen-Orient élargi » conçue par les stratèges américains à la suite des événements du 11 septembre 2001. Ce plan prévoit la partition des grands Etats de la région en un certain nombre de petites entités ethniquement homogènes, en micro-Etats.
II- Les deux temporalités et le schisme Orient / Occident
On reproche aux musulmans intégristes leur islam intolérant, sanguinaire, excluant…
La lapidation, la polygamie, l’enferment de la femme dans son voile ou sa burqa et la décapitation, (ce qui est vrai), provoquent l’effarement de l’Occident. Ce sentiment est exacerbé par la passivité des pays arabo-musulmans pour entreprendre les réformes nécessaires ; la coexistence de deux visions, conceptions et de perceptions de la foi, de la vie et, du monde s’explique, en partie, par un certain chevauchement entre deux temporalités.
Je reprends toujours ma formule de précaution : explication n’est pas justification.
Pourquoi un tel décalage historique ?
En plus des raisons déjà explicitées plus haut, il importe de souligner l’absence de projet de société – les dirigeants ont plutôt un projet de pouvoir -et la faillite du système éducatif dans ces pays.
Selon une étude publiée en 2013, le citoyen du monde arabe consacre à peine 6 minutes à la lecture par an !!! , quand dans le monde développé la durée est de plus de 200 heures soit 12 000 minutes !!!
Dans un documentaire fort intéressant, intitulé « lorsque le monde parlait arabe », deux Egyptiens sous pseudonyme commun Mahmoud Hussein, montrent les causes d’un tel décalage ; la matrice qui traverse ce documentaire peut être déclinée de la manière suivante : le monde arabe a entamé son déclin lorsqu’il a arrêté de philosopher, le monde occidental a commencé à émerger lorsqu’il a commencé à douter c’est-à-dire à philosopher.
Mais pourquoi les dirigeants occidentaux et leurs élites n’intègrent-ils pas intellectuellement l’existence de ce fossé culturel, cultuel (absence de séparation du religieux du politique) et politique qui explique mais ne justifie pas ces dérives, et qui par ailleurs restent encore minoritaires ? Elles risquent de prospérer si les pays occidentaux n’abordent pas leurs rapports avec ce monde avec toute l’intelligence et la clairvoyance qui s’imposent.
Dans les différents débats diffusés par les chaînes françaises, on relève que les raisons du dévoiement des islamistes et de la dérive de la jeunesse de culture musulmane évoquées portent essentiellement, pour ne pas dire exclusivement, sur la marginalisation, la ghettoïsation, la stigmatisation, l’échec scolaire, l’absence de diffusion des valeurs républicaines…Si ces facteurs existent et jouent un rôle dans ce processus de repli de cette communauté, ils ne peuvent constituer la seule explication
Il semblerait qu’on soit en train de cacher le soleil avec le tamis ; si on ne veut pas voir que la situation au Moyen-Orient, avec toutes les frustrations cumulées aidant, est transposée dans le mental et le psychique de tous les citoyens européens de culture musulmane, c’est qu’on risque de différer les échéances et perdre du temps dans le nécessaire processus d’intégration de cette partie de la population.
Les causes de ce fossé ne sont pas seulement culturelles et cultuelles mais historiques et géopolitiques. Ce schisme entre l’Occident et l’Orient trainent des blessures dans l’histoire ancienne et nouvelle.
Sans souscrire à la théorie de choc des civilisations, il serait important et urgent de procéder à une décolonisation des esprits dans les rapports entre l’Occident et l’Orient, entre le Nord et le Sud….
Il faudrait aussi faire en sorte à ce que les intérêts (pétrole et autres) ne soient pas les seuls paramètres qui président au choix des décideurs et que soient bannies toutes complicités et duplicités (Le rapport coupable entre le monde développé occidental en particulier d’une part, et les pays arabes pétroliers et les anciennes dictatures des régimes arabes d’autre part!!??)
Dans le cas contraire – et c’est malheureusement le plus probable -, l’histoire ancienne reviendra au galop avec ses cortèges de haine, de frustration, d’exaction, d’exclusion et d’horreur …. Et le dialogue entre les religions et les civilisations, tant clamé et souhaité ne se niche dans les limbes.
Rappelons par ailleurs que le registre de l’Occident n’est pas blanc comme neige…
Faire ce rappel historique n’est nullement une sorte de revanche sur l’histoire mais pour comprendre le présent, il faut connaitre le passé et surtout pour relativiser cette dérive islamiste dans l’Histoire longue …
Il importe de le faire, parce il y a une Histoire à réécrire et une autre à décoloniser …
Les guerres de religion
Les chrétiens ont au moment où la civilisation arabo-musulmane brillait de tous ses éclats sur le monde, initié les guerres de croisade pour libérer, au nom de la religion, un lieu sacré à savoir Jérusalem.
Au nom de la même la religion, on a instauré l’Inquisition en Espagne et ailleurs…
Au nom de la même religion, il y a eu des croisades contre le hérétiques, avec l’inquisition comme arme (Ex des cathares dans le Sud-ouest de la France : Bézier Carcassonne..) au début du 13ème siècle ; « « Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens! », s’exclamait un Abbé, formule qui résume bien l’ampleur des massacres.
C’est également au nom de religion et/ou de la puissance, que les Européens se sont livrés la guerre de cent ans (entre 1337 et 1453), celle de trente ans (1618 à 1648), et d’autres…
Au nom de la même la religion, il y a eu le massacre des protestants de la Saint-Barthélemy à Paris, le 24 août 1572 puis en province.
Il faut rappeler que la France a connu plus de 8 guerres de religion pendant le 16ème siècle…
Au XXème siècle, au nom de la religion (1916-1998) Irlandais et britanniques, catholiques et protestants se sont livrés une guerre sans merci, notamment à partir de 1969.
Il faut aussi rappeler :
Après et malgré les Lumières (le Siècle), on a continué l’esclavage et /ou au moins on l’a rétabli (Napoléon)
Après et malgré les Lumières, l’Europe a colonisé une grande partie de la planète, avec toutes les conséquences effroyables que cette colonisation implique,
Après et malgré les Lumières, le monde occidental a donné naissance à deux idéologies les plus totalitaires et sanguinaires :le communisme et le nazisme
Après et malgré les Lumières, l’Europe a fait les deux guerres les plus sanglantes dans l’histoire de l’humanité, avec le crime immonde : la Shoah.
Après et malgré les Lumières, les Américains avaient-ils besoin de faire autant de dégâts sur la ville allemande de Dresde ?
Après et malgré les Lumières, les Américains avaient-ils besoin de lancer la deuxième bombe sur Nagasaki ?
Après et malgré les Lumières, la décolonisation a été marquée par des massacres nombreux et sanglants ; rien que pour le cas de la France ; on peut citer, entre autres, celui du Constantinois algérien (45 000 morts en 1945) celui de Madagascar en 1947 (plus de 89 000 morts) celui du Cameroun (plus de 200 000 morts entre 1956 et 1964)
Après et malgré les Lumières, les Américains avaient-ils besoin de larguer autant de bombes sur le Vietnam ?
Après et malgré les Lumières, avait-on besoin de laisser mourir pendant l’embargo contre l’Irak (1991/2003) plus de 500 000 enfants irakiens, et considérer avec un cynisme révoltant que « ça en valait la peine » (déclaration de Madeleine Albright) !?
A ceux-là s’ajoutent les massacres perpétrés au grand jour, et dans l’indifférence générale : aussi bien au Rwanda en 1994, où 800 000 Tutsis ont péri (en 4 mois) avec une responsabilité passive avérée de l’ONU, de la France et de la Belgique, qu’à Srebrenica (en Bosnie)en juillet 1995,où 8000 musulmans ont été tués, avec passivité coupable et insouciante des casques bleus hollandais. Et la liste est longue.
Pour conclure, il n’est pas inutile de rappeler que le Moyen- Orient est l’épicentre des conflits dans le monde ; si on n'y prend pas garde une catastrophe totale n’est pas exclue.
En effet, si les 5+1 ne parviennent pas un accord définitif avec l’Iran sur la question nucléaire,
Si Israël continue de nourrir l’intention de vouloir neutraliser les capacités nucléaires de ce dernier,
Si la Turquie et l’Arabie saoudite persistent dans cette guerre implacable contre le chiisme et l’émergence de la puissance iranienne,
Si les pays occidentaux, Américains en tête, s’entêtent à vouloir la mainmise sur le pétrole de la région (15 conflits depuis 1948),
Si la question palestinienne n’est pas traitée avec l’intelligence et la perspicacité politiques nécessaires…, il faudrait s’attendre au pire.
Et la jeunesse du 93 et des quartiers similaires en France et en Europe risquent d’être tentée de voir ailleurs….

11 janvier 2015




L’Economie Marocaine en question

Pr. Abdeslam SEDDIKI

Professeur Universitaire et ancien Ministre de l’Emploi et des Affaires Sociales


Alors que le débat sur le modèle de croissance à l’œuvre au Maroc n’arrive pas encore à déboucher sur des perspectives prometteuses,  il serait utile de nous poser des questions sur l’économie marocaine afin de déceler les forces et les faiblesses qui la caractérisent.  Cette lecture de l’économique doit obéir à une règle méthodologique dont les jalons ont été jetés par les précurseurs  de l’économie politique, selon laquelle l’économique n’a de finalité que par rapport au social, c’est-à-dire par rapport à la satisfaction des besoins sociaux de la population.  En ce sens, le progrès économique n’a de sens que s’il se traduit par une amélioration du niveau de vie des populations.   Et c’est à ce niveau que se mesure le bien-être social.
Partant de ces considérations méthodologiques, on s’attachera de faire cette lecture en deux temps : relever dans un premier temps les points forts de l’économie marocaine ; déceler,  en deuxième lieu,  les faiblesses et les goulots d’étranglement qui risqueraient d’inhiber et de freiner  le processus de décollage sans lequel l’émergence tant attendue et espérée restera un vœu pieux.
       I.            Les atouts de  l’économie marocaine.
L’analyse des principaux indicateurs et de leur évolution sur les moyens et long termes nous autorise à déceler les atouts suivants. Ils nous semblent visibles et lisibles. Nous les exposons sans aucun ordre d’importance.
  1. L’économie marocaine est globalement assainie dans laquelle les équilibres macro-économiques sont assurés. Ainsi le déficit budgétaire se  situe dans une fourchette de 3,5% - 4% ; le solde du compte courant est de l’ordre de -3% ; le taux d’endettement du trésor est de 65% (l’endettement public dépasse les 80%) ; le taux d’inflation ne dépasse pas 2%.

Cette question des équilibres macro-économiques a fait couler beaucoup d’encre et n’arrête pas de susciter une controverse entre les différentes écoles de pensée. Sans revenir sur ces controverses qui relèvent des considérations académiques (qui ne sont pas du reste sans intérêt), nous pensons qu’il faille dépasser les crispations idéologiques et les fondamentalismes méthodologiques. En ce sens, les équilibres macro-économiques, en premier lieu l’équilibre budgétaire, constituent pour un pays donné un gage de confiance vis-à-vis des partenaires et un moyen de sauvegarder son indépendance. Les pays qui se sont montrés laxistes  par rapport à cette « règle d‘or » l’ont payé cher non seulement sur le plan financier mais surtout sur le plan social.
1 L’économie marocaine enregistre un taux de croissance relativement élevé bien qu’il demeure insuffisant pour relever les défis notamment en matière d’emploi. Ce taux est considéré parmi les plus forts au niveau de la région MENA ( Moyen- Orient Afrique du Nord). Qui plus est, il est relativement stable et moins erratique que par le passé en raison de l’affranchissement relatif de la croissance par rapport aux aléas climatiques. Ainsi, depuis 1999,  l’économie marocaine enregistre toujours un taux de croissance positif et ce quel que soit le niveau de la production agricole. Ce qui montre à l’évidence qu’elle devient moins dépendante des conditions climatiques.
2 - C’est une économie de plus en plus diversifiée. On est passé progressivement d’une économie primaire, basée sur les matières premières et les produits agricoles, à une économie secondaire basée sur la transformation des produits, la remontée dans la chaine de valeur et la création de valeur ajoutée. Bien sûr, l’économie n’a pas encore atteint le stade de l’industrialisation qui se traduit par une « transformation  de structure ». Le plan d’accélération industrielle à l’œuvre s’il est bien mené conformément aux objectifs  affichés pourrait nous y conduire. Mais on n’en est pas encore là. Et beaucoup d’incertitudes planent sur la réalisation de ces objectifs, dont notamment le risque de voir ce PAI se réduire à une simple sous-traitance  sans ambitions réelles en matière de transfert de technologie, condition sine qua none pour la création d’un tissu industriel national.
3 - Cette diversification  porte également sur nos échanges extérieurs. Bien que l’Union Européenne demeure notre principal partenaire commercial, force est de constater que sa place se réduit au fil des années au bénéfice de nouveaux partenaires tels que les pays émergents et le Continent Africain. Mais il faut relever, dès à présent, que le Maroc n’a pas su (ou n’a pas pu) tirer profit des opportunités que lui offre cette ouverture et son intégration dans le marché mondial. Sur une cinquantaine de pays avec lesquels il est lié par des accords de libre-échange, il enregistre un déficit commercial à l’exception de la Jordanie. Cela donne sérieusement à réfléchir sur nos capacités productives et notre potentiel compétitif.
4 - Bien que le Maroc ait abandonné la planification  cédant en cela aux effets de mode d’un certain néo-libéralisme, il a opté, en contrepartie, pour des plans sectoriels touchant pratiquement tous les secteurs d’activité : Plan Maroc Vert pour l’agriculture, Plan Halieutis pour la pêche maritime, Plan Emergence devenu Plan d’Accélération Industrielle pour l’Industrie, Vision 2010 et 2020 pour le tourisme, Maroc Numeric pour l’économie numérique etc…Malgré leurs limites et les critiques dont ils font l’objet, dont notamment le manque de convergence, ces programmes ont donné des résultats relativement satisfaisants. En tout état de cause, il vaudrait mieux avoir un programme et une vision à moyen terme que de ne pas en avoir du tout et de continuer à naviguer sans savoir le port de destination !!
5 - Le pays dispose d’une infrastructure relativement satisfaisante même si elle est mal répartie spatialement et ce grâce au lancement,  sous l’impulsion du Souverain,  de la politique des grands chantiers : qu’il s’agisse des autoroutes, des ports  ou des aéroports,  le Maroc a fait au cours des deux dernières décennies des progrès gigantesques. Des réalisations comme celle de Tanger Med suscitent l’admiration de tout un chacun et incitent tout Marocain à exprimer une certaine fierté.  N’eût été cette infrastructure les réalisations soulignées précédemment auraient été inimaginables. Mais le capital physique n’est pas à lui seul suffisant pour enclencher la dynamique de développement. Le capital immatériel (humain, social et institutionnel) est également nécessaire.
6 - Pour ce qui est du « capital humain », s’il est admis par tous que notre système éducatif souffre de plusieurs tares et dysfonctionnements, il ne faut pas non plus « jeter le bébé avec l’eau de bain ».  Là où des moyens sont mobilisés et un système de gouvernance particulier est mis en place, des résultats  tangibles se font montrer. Bien sûr ce qui est demandé aujourd’hui c’est de tirer profit de certains ilots de réussite pour propager le progrès vers d’autres secteurs restés à la marge de toute dynamique de changement. Le progrès n’est jamais linéaire et homogène. Il se fait en cascade. Le développement,  à son tour, génère forcément des contradictions.  Le rôle du politique, puissance régulatrice, consiste   à en accélérer le rythme et à en réduire les fractures.
7 - Concernant le « capital social », le pays dispose d’une bourgeoisie  plus qu’embryonnaire avec une composante « traditionnelle » encore influente sur les politiques publiques au regard de ses ramifications  dans l’administration, et une composante « moderne », voire « moderniste », en émergence. Cette dernière est constituée essentiellement de « jeunes loups » formés dans des hautes écoles de renommée et rompus aux principes  du libéralisme économique fondés sur la libre concurrence, l’Etat de droit (surtout dans les affaires).  C’est un atout réel pour le Maroc qui ambitionne de devenir un pays émergent.
8 - Le « capital institutionnel » n’est pas moins important.  C’est un facteur essentiel de développement. Malgré toutes les critiques que l’on pourrait faire et les faiblesses constatées ici et là, il faut reconnaître que les ingrédients d’un Etat de droit sont bien réunis. Nos institutions ne sont pas parfaites, mais sont acceptables  dans l’ensemble. Nous avons une constitution développée dont le contenu n’a rien à envier aux constituions des pays ancrés dans la démocratie ; les élections se déroulent à intervalles réguliers ; l’existence de partis politiques de différentes obédiences ; les syndicats dont la création remonte à des décennies…..Ce « capital institutionnel » constitue un facteur réel de stabilité politique et sociale et par conséquent un facteur d’attractivité et de compétitivité.
Ce sont des atouts de taille qui constituent la force de frappe de notre économie. Cette liste n’est sûrement pas exhaustive. Elle est exposée à titre illustratif. On peut y ajouter tous les autres facteurs non économiques dont regorge le pays : sa  diversité  culturelle, son ouverture sur les autres cultures, sa richesse gastronomique, la beauté de ses sites géographiques, la qualité de la vie de ses citoyens ….
Mais chaque médaille a son revers. Le Pays connait aussi des faiblesses et goulots d’étranglement qui freinent sa marche vers plus de progrès et se dressent sur la voie de son émergence. Ce sont autant de défis que le Maroc doit absolument relever s’il veut réaliser les ambitions qui sont aujourd’hui les siennes, à savoir intégrer le concert des pays émergents.
   II.            Les défis de l’émergence
Après avoir passé en revue précédemment   les atouts de l’économie marocaine, on se penchera à présent sur l’examen  de certains obstacles et de goulots d’étranglement. En effet, le Maroc ambitionne de devenir un pays émergent à partir de la décennie suivante. Objectif à notre portée si on parviendra d’ici là à relever les défis qui nous guettent et à surmonter les blocages qui se dressent sur notre chemin. Nous avons à relever six défis majeurs :
1 - Saisir toutes les opportunités offertes par la mondialisation. Nous avons déjà souligné le fait que le Maroc ne tire pas suffisamment profit des accords de libre-échange signés avec divers pays. Il est en ce sens plus un « losing  player » qu’un « winning player ».  Ainsi, il est grandement utile pour l’avenir de notre pays de marquer un temps d’arrêt et de procéder à  une évaluation objective de ces accords afin de rectifier le tir éventuellement. Entendons-nous bien :  il ne s’agit nullement d’un plaidoyer pour   un certain protectionnisme débridé qui risquerait de nous isoler du reste du monde combien même une telle option serait possible ! Il s’agit, à l’inverse, de minimiser les risques encourus par l’intégration au marché mondial et   de mettre de l’ordre dans l’enchevêtrement de la mondialisation, en diversifiant au maximum nos alliances stratégiques et en approfondissant plus nos relations avec le continent africain. En effet, des partenariats triangulaires offriront de grandes opportunités pour le Maroc dans les années à venir. Nos relations avec l’Afrique doivent s’inscrire dans le droit fil du Discours de SM le Roi prononcé à Abidjan le 4 février 2014 dans lequel  Le Souverain a tracé une véritable feuille de route pour le partenariat Sud-Sud.
2 - Améliorer notre compétitivité et notre offre exportable. Ce qui passe inévitablement par la poursuite,  avec audace,  des réformes de structure dont celle  de notre système de formation et de la recherche scientifique n’est pas des moindres.  Le but étant, à terme,  d’améliorer  la productivité du travail en  dotant le pays d’un  véritable écosystème de recherche et innovation.  Pouvons-nous réellement aspirer à devenir un pays émergent en consacrant seulement 0,7 % de nos  dépenses publiques  à la recherche scientifique ? D’autant plus que le niveau de formation des salariés et le taux d’encadrement des entreprises actuels ne nous permettent pas non plus de  décoller. Ce sont des problématiques qu’il convient de prendre à bras le corps et nécessitent un traitement de choc. Le pays ne peut pas vivre indéfiniment avec un déficit commercial chronique qui nous occasionne une « fuite » quotidienne vers l’extérieur de 500 millions de DH ! Ce sont des milliers d’emplois perdus.
3 - Réduire les inégalités sociales et spatiales pour assurer la cohésion nationale et résister aux chocs.  La réduction des inégalités est un impératif économique, social, politique  et humain. Dans cette optique, le développement, on ne le dira jamais assez, n’a de sens que lorsqu’il se traduit par une amélioration des conditions de vie de la population et l’éradication de la pauvreté y compris la « pauvreté  intellectuelle ».
L’on sait aujourd’hui, études empiriques à l’appui, que les pays qui résistent le mieux  à la crise et qui enregistrent de meilleurs taux de croissance sont ceux qui connaissent une répartition moins inégalitaire des revenus et des richesses.
Il faut reconnaitre que le Maroc a fait quelques efforts dans ce sens avec le lancement des politiques sociales destinées aux pauvres : INDH, ADS, Fonds dédiés…Mais force est de constater que les résultats atteints sont loin  des objectifs affichés et surtout  loin des espérances de la population. N’est-il pas temps, là aussi, de procéder à une évaluation, sans concession, de ces politiques pour y introduire les ajustements nécessaires ?
4 - Réussir le chantier de la régionalisation. La régionalisation est un grand dessein pour le Maroc. Son opérationnalisation  selon la nouvelle constitution et les modalités de la loi organique  vont introduire des changements considérables sur les plans institutionnel, politique, social et culturel. Il s’agit notamment de l’effectivité des prérogatives dévolues aux conseils régionaux et de la mise en œuvre des deux fonds publics : le fonds de solidarité (entre les régions)   et le fonds de mise à niveau des régions. Mais qu’en est-il dans la réalité? Il est navrant  de constater que ce projet d’essence mobilisatrice et à contenu révolutionnaire est entrain de végéter : faiblesse des moyens mobilisés au profit des 12 régions ( à peine 2% de l’impôt sur le revenu et de l’impôt sur les sociétés),  retard accablant dans l’adoption des textes d’application,  lenteur dans la préparation des PDR (plans de développement régionaux)…Ce sont autant de signaux  inquiétants sur le sort de ce projet, et qui nous avertissent que   l’espoir ouvert par ce chantier risquerait de s’estomper ! Il nous incombe donc de raviver cette flamme, car l’avenir du Maroc est bel et bien dans les dynamiques territoriales et régionales. Toutes les données plaident dans ce sens : l’étendue du territoire, la variété de notre relief, la diversité de notre  culture….
5 - Intégrer pleinement la femme dans la vie économique et sociale. L’inclusion des femmes est une condition essentielle pour assurer l’émergence. Avec un taux d’activité des femmes à peine supérieur à 25 %, soit la moitié de la moyenne mondiale, nous avons du plomb dans l’aile. Ce taux est d’autant  plus  incompréhensible que notre pays adhère aux valeurs de modernité et que notre constitution stipule la réalisation de la parité. Cette faible participation de la femme à la vie active est pénalisante non seulement pour la femme mais pour l’économie et la société  dans leur ensemble. D’après certaines estimations, cela  occasionnerait   un manque  à gagner de  25% de la richesse nationale. Quel gâchis !! Sans compter les frustrations ressenties par les femmes exclues de la vie active et les privations subies par cette exclusion et qui sont difficilement chiffrables. C’est dire combien il est impératif de relever ce défi dans les prochaines années et de  l’inscrire sur la liste des priorités nationales.
6 - «Last but not least », nous sommes appelés à changer notre approche du facteur « temps » pour le considérer  comme un facteur de production et de compétitivité. Notre attitude à l’égard du temps, que nous pouvons qualifier sans hésitation de rétrograde,  est lourdement coûteuse : retard dans l’exécution des projets et  non-respect des délais sont monnaie courante. L’indifférence  par rapport à  la variable temps est en passe de devenir une véritable gangrène qui risquerait  d’anéantir les efforts accomplis ici et là. Nous sommes appelés à une véritable révolution  culturelle et une modification de notre comportement pour revoir un certain nombre de stéréotypes  et de conformismes ambiants. Le monde change et évolue à vive allure, la terre tourne à une vitesse qui s’impose à tout le monde et personne ne peut mettre en veille l’horloge  de l’histoire. Rattrapons donc notre retard pour renouer avec le progrès ! Tel est  le gage de la modernité.
En somme, le  Maroc a des atouts réels et un potentiel indubitable. Mais la partie n’est pas jouée  d’avance. Cela dépendra de plusieurs paramètres à la fois internes et externes. Tâchons donc d’identifier les problèmes qui nous freinent et de poser les questions qui s’imposent, en faisant nôtre la formule    du philosophe Karl Marx : « l’humanité ne se pose jamais que des problèmes  qu’elle est capable de  résoudre ».
Ce sont justement ces problèmes que se pose la population assoiffée  (au sens vrai du terme !!) qui aspire à une vie meilleure ! A quoi sert d’ailleurs le développement  s’il n’arrive pas à couvrir les « frais de l’homme » ? A quoi sert l’émergence si le citoyen ne se voit pas impliqué dans ce projet ? Il faut une mobilisation populaire pour que tous les acteurs s’impliquent entièrement. Le peuple marocain est capable de tout. Une chose est sûre : il est indomptable.



Réduire les inégalités? Oui c’est possible!


Pr. Abdeslam SEDDIKI


Professeur Universitaire et ancien Ministre de l’Emploi et des Affaires Sociales

Les inégalités sociales  au Maroc sont d’une telle intensité qu’elles sont visibles à l’œil nu.  Dès lors, il n’est nul besoin de recourir  aux statistiques qui restent d’ailleurs biaisées et partielles, tant elles n’intègrent pas tous les paramètres  qui déterminent les inégalités. Les données en la matière se limitent aux seules enquêtes sur la consommation et fournissent très peu d’indications quant aux revenus et aux patrimoines.
Ces inégalités sociales sont dues pour l’essentiel au modèle de développement à l’œuvre depuis l’indépendance nonobstant quelques inflexions qu’il a connues au cours des dernières décennies d’une part, et aux dysfonctionnements des politiques publiques en matière de redistribution d’autre part. Par conséquent, toute politique qui vise à réduire ces inégalités  se doit d’agir sur ces deux leviers : revoir le système de répartition primaire des revenus et mettre en place une redistribution efficiente des richesses à travers des politiques sociales actives et inclusives.
Au niveau de la répartition primaire, on relève que les revenus du capital constituent la part de lion du revenu national : ils représentent plus de la moitié du « gâteau national » quand un petit tiers va aux travailleurs qui constituent la force vive du pays. Le reste, autour de 20%, constitue le revenu de l’administration sous forme de recettes fiscales.  Cette répartition primaire, on ne peut plus injuste, est doublement pénalisante : pour le pouvoir d’achat de la population et pour le développement du pays. L’objectif serait dans un premier temps de parvenir à un partage du gâteau  selon au moins la règle des trois tiers. Cela permettrait à l’Etat de disposer de plus de ressources pour conduire une politique sociale ambitieuse et corriger les imperfections nées de la répartition primaire.  Pour ce faire, il n’y a d’autre voie que celle de la fiscalité à travers une réforme fiscale basée sur les principes d’équité et  de transparence : lutter sans merci  contre la fraude et l’évasion fiscales en intégrant le secteur informel.
Comme la répartition primaire n’est jamais totalement juste, les pouvoirs publics  doivent procéder à une répartition secondaire à travers une redistribution des revenus.
 Il s’agit tout d’abord de la généralisation du système de couverture médicale et sociale en visant, à terme, la mise en place du « socle de couverture  universelle » englobant la couverture médicale, la retraite, les allocations familiales, l’assurance contre les accidents de travail et les maladies professionnelles,  l’assurance contre le chômage. C’est un vaste chantier sur lequel il faut travailler d’arrache-pied car le rythme actuel ne nous permet pas d’aller aussi vite qu’on l’aurait souhaité. En effet, le projet en cours consistant à généraliser la couverture sociale aux professions indépendantes (artisans, agriculteurs, commerçants, professions libérales) suscite quelques inquiétudes.
Il y a ensuite les services publics dont la population a besoin et qui couvrent toute une série de domaines comme l’éducation, la santé, les transports, la culture et les loisirs... Ainsi,  un enseignement public de qualité épargnerait aux ménages modestes des dépenses qui pèsent lourdement sur leur budget. Il  en est de même pour la santé et les autres secteurs.
Enfin, dans le cadre de la solidarité nationale et du raffermissement du sentiment d’appartenance à la Nation, des filets de sécurité doivent être mis en place à destination des populations vulnérables aux besoins spécifiques. Ce ciblage, par définition limité, doit concerner les personnes exclues, pour une raison ou une autre, du marché du travail. A cet égard, il faut procéder à une remise à plat des politiques sociales à l’œuvre, avec la mise en place d’une nouvelle gouvernance  assurant la convergence et l’efficience  des programmes concernés.
Pour les autres personnes, il faut  « faire feu de tout bois » en vue de leur assurer un emploi stable et rémunérateur à travers une politique visant le  plein emploi des ressources humaines disponibles. Cet objectif ne relève pas de l’utopie. Il  est à notre portée à condition de faire travailler notre intelligence collective, de mobiliser l’ensemble des acteurs autour de la lutte contre le chômage et de mettre la question de l’emploi au centre des politiques macro-économiques. La Stratégie Nationale pour l’Emploi indique les mesures précises à mettre en œuvre mais le gouvernement actuel, comme le précédent, n’y accordent que peu d’égards.  

En somme, si nouveau modèle de croissance (de développement) il y aura,  ce sont là à mon sens les leviers principaux qui devraient en constituer l’ossature de base. Les Marocains ont trop patienté, on ne peut pas leur demander plus. Ils veulent un partage équitable des fruits de la croissance. Ici et maintenant.

Cress Revue

{picture#http://store4.up-00.com/2017-07/149982714684611.jpg} Revue marocaine des sciences politiques et sociales, Dossier "Economie politique du Maroc", volume XIV, Hors série. Les auteurs du volume n'ont pas hésité ... {facebook#http://facebook.com} {twitter#http://twitter.com} {google#http://google.com} {pinterest#http://pinterest.com} {youtube#http://youtube.com} {instagram#http://instagram.com}

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