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Le boycott et la « vacance politique » par Pr. Abdelmoughit BENMESSAOUD TREDANO








Le boycott et la « vacance politique »

par Abdelmoughit Benmessaoud Trédano

Pr. de science politique, Université Mohamed V - Rabat

Depuis bientôt un mois, sur la toile, un mouvement de boycott a été initié. Il a pris de l’ampleur et interpelle plus d’un sauf les politiques.
Cette action concerne une société de distribution de carburant (Ifriqiya), une société de lait (Centrale) et une holding d’eau (Sidi Ali).
Deux questions se posent : qui est derrière et pourquoi précisément ces trois cibles et pas d’autres qui sont aussi responsables d’abus en matière de prix.
Si la question de l’initiateur du mouvement peut, dans une certaine mesure, ne pas nous intéresser, le ciblage sélectif doit nous interpeller.
L’élément nouveau c'est une certaine originalité dans cette approche de contestation ; elle redonne confiance, même par procuration, à tous ceux qui ne se sentent pas pris en considération, au sens plein du terme, par les instances représentatives.
C’est là où réside le vrai problème. La question de l’intermédiation sociale et politique se pose avec acuité ; en effet, avec la crise du politique (1) , tout le monde se considère comme orphelin en matière de représentation.
Qu’est-ce que c’est que cet État où personne ne répond, 
comme si rien ne se passait dans le pays ?

Qu’est-ce que c’est que cet État où les rares politiques qui réagissent bricolent des réponses aussi maladroites qu’inopportunes ?
Qu’est-ce que c’est que cet État où le vide sidéral domine toutes les sphères de la société et de l’Etat ?
Depuis une vingtaine d’années, les mouvements sociaux ont pris plusieurs formes ; malgré des résultats limités, il n’en demeure pas moins qu’ils ont contribué à la maturation de l’esprit combatif et d’une certaine conscience socio-politique.
Des mouvements de Tansikyat portant sur des domaines divers, en passant par les sit-in devant les instances représentatives (le parlement) ou gouvernementales et les manifestations dans les villes (petites et moyennes) pour cause marginalisation (Sefrou , Ifni , Hoceima , Jerrada…), les mouvements sociaux ont épuisé toutes les formes de lutte, mais sans résultats tangibles au point où ils sont tombés dans l’abattement le plus total à cause d’une stratégie d’épuisement conduite par le pouvoir politique.
L’oubli aidant, les causes ne sont plus entendues par personne.
Par abus de langage, certains considèrent que le "peuple du net" a pris le pouvoir et rien ne l’arrêtera. Si le mouvement garde une certaine rationalité, il peut durer et produire des transformations dans la gestion du politique…
Autrement, il connaîtra des déviations et des dérapages qui le décrédibiliseront comme le politique classique qui ne mobilise plus personne depuis des lustres.
Ciblage sélectif, esprit de règlement de compte et de revanche sociale, anarchie dans le nombre d’initiatives, tous ces facteurs pourraient dévaloriser ledit mouvement et conduire de façon globale à une perception négative des mobilisations sociales qui ne semblent donner de résultats concrets.
L’idée d’un pouvoir Irréformable s’installerait pour longtemps encore. 
.......................
(1) Voir infra


LA CRISE DU POLITIQUE

Il s’agit d’une réflexion initiée il y a vingt ans (- Elections législatives du 7 septembre 2007 ; jeux et enjeux d’un scrutin (sous la direction de A. Benmessaoud Trédano), février 2008 ) et reprise et développée dans d’autres études et ouvrages (Les élections au Maroc -2007 et 2015- ébauche d’une sociologie électorale, Collection Cahiers Libres, N° 5, Septembre 2016. ;La question démocratique et politique ….ou comment faire et défaire le politique au Maroc. Ed. La Croisée des chemins, avril 2017, 187 pages).

LA CRISE DU POLITIQUE : de la défiance au rejet

Depuis un certain nombre d’années, on constate de plus en plus une désaffection des citoyens vis- à- vis de la chose politique et publique et ce même dans les pays démocratiques.
Les manifestations de cette désaffection peuvent être résumées provisoirement dans les traits suivants:
  • Une abstention de plus en plus croissante
  • Une régression du civisme
  • Des majorités politiques de plus en plus réduites
  • Une désocialisation importante d’une grande partie de la population (Les jeunes, les personnes âgées, les marginaux, les chômeurs….)
  • Des sociétés de plus en plus éclatées
  • L’absence, de plus en plus fréquente, de ce qu’on peut appeler « la pédagogie de l’exemple »
LES FACTEURS DE LA DELIQUESCENCE

AU NIVEAU GENERAL
Le constat :
La défiance via- à -vis du politique en général (« Tous pourris », ou bonnet blanc, blanc bonnet)
Les causes :
  • La complexité de plus en plus croissante de la vie en société
  • L’ingouvernabilité des Etats
  • La crise de la démocratie : elle a perdu les deux supports qui l’ont porté depuis son affirmation en Occident au XIXème siècle à savoir la nation et le peuple
  • La nation avec le développement de la supranationalité (Ex : UE)
  • Le peuple : développement d’un trop plein de protection de l’individu au détriment du collectif, de l’intérêt général
  • Le désengagement des Etats des services publics (L’Etat providence contesté et remis en cause sous la pression de la vague libérale depuis les années Reagan et Thatcher et confortée durant la décennie 90 jusqu’à la crise de septembre 2008 et ses prolongements en 2009)
  • Les effets déstructurants d’une mondialisation non -régulée
  • La déliquescence des acteurs de la socialisation (La famille, l’école et l’espace public : Associations, syndicats, partis politiques)
  • Les effets pervers de l’image et de communication notamment en matière de consommation et de besoins ; une pression de plus en plus importante au niveau de la demande globale face à la faiblesse de la création de richesses : « Tout le monde veut Tout et Tout de suite ».
  • La disparition des grands projets mobilisateurs et l’absence des personnages charismatiques
  • La banalisation du politique et des responsables politiques : une sorte de «désacralisation» de l’homme politique avec le processus de «peopolisation»


AU NIVEAU DU MAROC

En plus des raisons explicitées plus haut, il y a des causes spécifiques au Maroc :
  • Affrontement historique entre deux légitimités avec toutes les conséquences sur les partis politiques dits d’opposition. 
  • Les limites du système politique face à l’évolution historique et sociologique
  • Des gouvernements pléthoriques et hétéroclites sans cohérence politique
  • Ministères de souveraineté
  • Marge de manœuvre limitée du gouvernement et effritement de ses compétences au profit d’organismes extra-gouvernementaux (commissions et fondations)
  • La faiblesse de l’institution du chef de gouvernement et ce malgré les réforme de 2011.
  • Dysfonctionnement entre les différents gouvernements et l’administration centrale et territoriale (à cause de l’omniprésence du ministère de l’intérieur). 
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