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L’emploi entre ambitions et réalités Par Pr. Ahmed AZIRAR






L’emploi entre ambitions et réalités.

Public et privé, social et économique à l’épreuve.

Ahmed AZIRAR
Economiste, Professeur à l’ISCAE





Beaucoup de choses ont dû rapidement changer dans l’économie marocaine ces derniers temps et sans que personne ne s’en aperçoive, pour que le Gouvernement annonce l’heureuse surprise de vouloir multiplier par 4 ,voire plus, le nombre d’emplois à créer annuellement d’ici 2021 ! Un plan de l’emploi des plus décidés à objectifs si ambitieux, que s’ils se réalisaient, donnerait preuve d’un changement de rythme, de méthode et d’action de la part du gouvernement !
A quels niveaux ces changements se seraient-ils alors intervenus ou devraient-ils suscités dans l’urgence ?

Le climat est clément cette année augurant de résultats agricoles positifs y compris en matière d’emploi. C’est un fait. Mais a-t-on l’assurance qu’il le restera durant les années à venir ? 
Autre signal conjoncturel positif, la demande extérieure sera certainement au beau fixe, à en croire les prévisions de croissance mondiale élevée de 3.9% en moyenne, rapportées par le FMI.

Mais, la demande et les paiements publics, qui se sont tassés ces dernières années afin de ménager les fondamentaux nationaux, changeraient-ils de tendance ? La trésorerie publique se serait-elle suffisamment renflouée, ou ira –t-on vers encore plus d’endettement public, au risque de faire déborder le vase ?
L’immobilier et le tourisme, malgré leur tendance à offrir surtout de l’emploi non décent, ont-ils repris pour de bon ? Quant au secteur secondaire, sortira-t-il dans sa globalité de son trend moyen de croissance ? Il le devrait en principe, du moins dans ses volets Plans sectoriels (Plan d’Accélération Industrielle avec 500.000 emplois à l’horizon 2020, Maroc Vert, Halieutis …).
L’investissement public, peu efficient, malgré son taux élevé, améliorera-t-il du jour au lendemain son efficacité ? A voir le lot des réformes encore exigibles aux plans financier, technique, humain, gouvernance…

Le système éducatif et de formation professionnelle «switchera-il » brutalement vers une adéquation parfaite avec les exigences du marché ? 
Les structures de ce marché du travail se métamorphoseraient-elles dans la foulée aux divers niveaux de la demande, de l’offre, des conditions légales, de l’intermédiation, des rapports sociaux, des pratiques professionnelles… ?
Et puis nos plans sectoriels et autres programmes régionaux trouveraient-ils plus d’harmonie et de gout à l’emploi ? Les régions prendraient-elles si vite la voie de la régionalisation avancée. Ont- elles les moyens financiers et humains et, surtout, les décideurs élus d’envergure ?


Last but not the least, le secteur privé actionnera-il une bague magique de l’emploi massif, lui, qui se dit enserré entre les contraintes de compétitivité et d’ouverture, et qui dès l’annonce du plan gouvernemental a aussitôt répliqué, par le biais de son représentant patronal, la CGEM, qui a publié son étude sur le secteur informel, re-pointant du doigt les « verrous tenaces » qui bloquent la compétitivité et l’emploi et appelant à plus de soutien et de concurrence loyale.

C’est vrai, un fait majeur aura changé. Après les tocsins actionnés par nombre d’organismes nationaux et internationaux (CESE, OCDE, Banque Mondiale…), le gouvernement dit avoir pris sérieusement conscience de l’urgence en la matière. Des taux de chômage des jeunes, des diplômés, des femmes ayant atteint des niveaux d’alerte, un taux d’activité bas et en baisse, une productivité endémique, des revendications économiques et sociales en exacerbation, et puis une « aubaine démographique » à exploiter, ont fini par convaincre. Et fait tirer du tiroir les Stratégies antérieures de l’emploi, activer le Comité interministériel dédié, mis sérieusement au travail des commissions sectorielles et entretenu une communication avec les parties prenantes nationales et locales.
Que ce plan soit pris en charge par le Chef du gouvernement en personne, est un autre signe de changement dans le bon sens et qui, plus est, clarifie les responsabilités. Le traditionnel « l’emploi est l’affaire de tous» n’a plus lieu de persister. Chaque partie devra rendre compte de sa part de responsabilité, clairement définie.
Mais est-ce vraiment suffisant, pour relever le défi d’objectifs aussi ambitieux et de court terme (1,2M de postes, 46% de taux d’activité, 0,5 M d’auto-emplois...).
Il est à craindre que son annonce à la veille du 1er mai ne soit un signal plutôt politicien, à un moment où le dialogue social piétine, et que les syndicats s’impatientent. Il est à craindre aussi que les rythmes intra-gouvernement et administratifs ne soient pas très synchronisés aux divers plans des secteurs, des régions, des programmes et même des compétences réciproques. Le désaccord persistant au sujet des statistiques, étant un exemple révélateur. Et surtout que l’attentisme du secteur privé ne soit durable, et que son manque d’intérêt pour les secteurs industriels pourvoyeurs de travail décent ne soit stratégique, malgré les égards et clins d’œil qui lui ont été fait dans les dernières lois de finances et autres actions publiques.
La TPME, la PME et l’informel peuvent être des clés de réussite. Mais là, c’est un véritable « Small Business act » et un travail systémique qui sont requis, à un moment où les CRI, et les mesures éparses, ont montré leur faible effet à leurs égards. 
Le gouvernement a certainement mesuré à sa juste valeur le risque de déception qui découlera d’un éventuel nouvel échec. On n’en est pas là. Rendez-vous est pris pour Avril 2019, date d’une première évaluation d’étape. Le traitement social du chômage est certes nécessaire. Mais seul, il n’est ni économiquement, ni socialement efficient.

Le 24/04/2018. 

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