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juin 2018

Halte à la traîtrise et à l'ignominie !!

Abdelmoughit Benmessaoud Tredano
Professeur de science politique et de géopolitique. Université Mohamed V. Rabat.


Encore une fois, un groupe de Marocains se rend en Israël !
Au nom de quoi, ce groupe de Marocains peut se permettre de banaliser la "normalisation" avec l’entité israélienne ?
La liberté de mouvement et de circulation ?
La liberté des uns s’arrête lorsque commence la liberté des autres. Notre liberté est atteinte par un acte irréfléchi, voire irresponsable et opportuniste pour certains en mal de reconnaissance.
Surtout qu’il intervient au moment fort d’une répression commise par l’entité israélienne à l’encontre des Palestiniens à l’occasion des manifestations de RETOUR organisées à Gaza.
D’aucuns peuvent prétendre qu’ils ne sont ni arabes ni musulmans ?
Jusqu’à preuve du contraire, ils appartiennent à un pays qui de par son histoire et sa constitution est arabe et musulman.
Ils n’ont pas le droit d’heurter le sentiment général des Marocains par rapport à la question palestinienne et la dimension sacrée de la ville d’Al Qods.
Ça fait plus de 70 ans que le peuple palestinien souffre de l’occupation de son territoire par une population venant d’ailleurs !
Tous ceux qui n’hésitent pas à offenser des millions d’arabes et de musulmans, sont conviés à effectuer un voyage entre deux villages de la Cisjordanie pour réaliser ce qu’est une occupation coloniale.
Que leurs hôtes daignent leur montrer la souffrance des Palestiniens entre deux checkpoint.
Un véritable calvaire !
Que les occupants israéliens leur racontent l’histoire de la destruction systématique, sans raison valable, des maisons des Palestiniens. Un déni de justice !!
Que les sionistes leur rapportent la vie des prisonniers palestiniens notamment les enfants dans les geôles israéliennes. Inhumain.
Que les néonazis, avec l’étoile de David, osent leur raconter les différentes péripéties des massacres (Kafer Qasim Deir Yassine, Sabra et Chatila et Jenine ...) commis contre la population palestinienne. Génocide !!
Comment ils ont détruit leurs villages pour les faire partir en masse (800 000 sont partis après la Nakba de 1948). Usurpation historique !!
Comment ils ont changé le nom arabe de leurs villages pour effacer leur mémoire. Un viol et un vol de mémoire !!
En revanche les Palestiniens retrouvent compassion, solidarité et reconnaissance de leur cause ailleurs que dans ce monde dit arabe et musulman
SOLIDARITÉ DES ÉTRANGERS ET TRAÎTRISE DES ARABES
Des pays étrangers à la cause se sont montrés plus solidaires et ont exprimé plus de sympathie et de compassion que les Etats de cette Omma arabe!! 

L’Afrique du Sud, la Belgique et l’Irlande, entre autres, ont rappelé leurs ambassadeurs ou convoqué le représentant israélien chez eux.

La Suède rend les Américains responsables des massacres en s’entêtant à transférer leur ambassade de Tel-Aviv à Jérusalem.
Il y a quelque temps, deux villes écossaises, Glasgow et Edinburg, ont exprimé leur solidarité vis-à-vis du peuple palestinien de la manière la plus éclatante ; à l’occasion de la journée internationale de la Palestine (organisée par l’ONU tous les 29 novembre), la population d’Édimbourg a organisé un sit-in de 12 heures pour la Palestine (https://www.youtube.com/watch?v=-AO-r6wCZVA).

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Pour la même cause, les fans du club du Celtic Glasgow ont rendu un hommage retentissant à la Palestine, durant un match contre un club israélien. Et cela en se parant des couleurs du drapeau de la Palestine (https://www.youtube.com/watch?v=Hp1hmsmTpoM).

De même, la ville de Dublin a décidé de hisser le Drapeau palestinien durant tout ce mois de mai.

Aux Pays-Bas ils ont ouvert des rues qui portent le nom d’Ahed Tamimi !!

Au sein même de l'entité israélienne, on a dénoncé les exactions et les massacres commis par les militaires Israéliens à l’encontre des Palestiniens, même si la manifestation était modeste.
Parallèlement, les Saoudiens et les Bahreïnis considèrent respectivement que les Palestiniens doivent accepter n’importe quelle proposition de « paix », et en même temps, que les Israéliens ont le droit de se défendre contre les menaces qui pèsent sur leur sécurité.
Ces propos préfigurent le "plan de paix " qui est en préparation !!
Une normalisation en branle ?
Israël n’est plus l’ennemi mais l’Iran !!
L’occupation est oubliée.
Les massacres sont ignorés.
L’entité israélienne est banalisée.
Erreur monumentale. Et ignorance totale de l’histoire.
« Les peuples n’aiment pas les missionnaires armés… » disait Maximilien Robespierre.
Ceux qui feignent de l’ignorer l’apprendront à leur dépend.



MOYEN ORIENT :AL NAKSA, PLUS DE 50 ANS APRES
OCCIDENT/ ORIENT : UNE GUERRE DE CIVILISATION

Abdelmoughit Benmessaoud Tredano
Professeur de science politique et de géopolitique. Université Mohamed V. Rabat.


Comme je l’ai déjà souligné dans mes différents écrits sur la Palestine [1], l’Occident a conduit une véritable guerre de civilisation [2] contre le monde arabe. Ce n’est nullement un slogan, c’est une réalité objective depuis les accords de Sykes-Picot (1916) et surtout depuis 1945.
En effet, durant la première étape, c’était les puissances européennes notamment française et anglaise et après le deuxième conflit mondial les Américains ont pris le relais.
On ne fera pas l’histoire de ce conflit [3], mais on signalera quelques faits émanant du plus important allié d’Israël à savoir la puissance américaine.
Ce rôle n’a jamais a été aussi fort que depuis l’arrivée de Trump aux affaires ; l’épisode de la reconnaissance par l’Oncle Sam en novembre 2017 de Jérusalem comme capitale d’Israël et son transfert le 14 mai 2018 ont été les actes à la fois les provocateurs et les plus dramatiques de l’Histoire récente de la Palestine.
La réaction des Palestiniens ne s’est fait pas attendre ; la mobilisation des Palestiniens sans précédent à Gaza est à la hauteur du défi .Mais le prix est très élevé. A ce jour plus de 100 morts et de milliers de blessés dont la majorité resterait handicapés à vie [4]. 
Et tout cela dans une indifférence occidentale officielle et une complicité arabe et musulmane aussi affligeantes que condamnables !!

Dans ce papier, on se contentera de citer les faits les plus significatifs commis par la puissance américaine notamment depuis la Guerre contre l’Irak de Saddam en 1991.
LES DEUX RÉSOLUTIONS DE 1975 ET 1991 : LA RÉSOLUTION LA PLUS COURTE
Le 10 novembre 1975, l’Assemblée générale de l’ONU adopta la résolution 3379 [5], assimilant le sionisme à une forme de racisme.
Depuis , il semble que la mission permanente américaine auprès de l’ONU a fait de son abrogation un objectif prioritaire, dans la mesure où elle a systématiquement procédé au dépôt de projets de résolution devant l’instance onusienne.
Elle a pu le faire en 1991 par le biais de la résolution 4686 ; il s’agit "de l’une des résolutions les plus courtes de l’histoire de l’ONU" [6] Elle a été libellée en ces termes « L’assemblée générale décide de révoquer les dispositions contenues dans sa résolution 3379 du 10 novembre 1975 ».
Le contexte de la fin de la guerre froide, le début de processus de solution au Moyen-Orient (la conférence de Madrid, la victoire sur le président irakien Saddam Hussein) et les perspectives du nouvel ordre international ont facilité, dans une certaine mesure, l’adoption d’une telle résolution.
Parallèlement , des déclarations et des actes des dirigeants américains, souvent excessifs voire démesurés et agressifs à l’encontre du monde arabe et de la question palestinienne ne se comptent plus ; on peut en citer quelques-uns :
* À une question relative à la mort de 500 000 enfants irakiens à la suite de l’embargo contre l’Irak décidé depuis 1991, Madeleine Albright avait affirmé : « ça valait la peine » !! [7].
*Le secrétaire d’État à la défense, Donald Henry Rumsfeld dans une réunion avec ses collaborateurs avait parlé « de territoires prétendument occupés » [8] en désignant les territoires palestiniens.
Le très "controversé" [9] ambassadeur américain en Israël, David Friedman, a considéré que les « colonies font partie d’Israël » [10] !!
Les présidents américains ne sortent pas du lot ; malgré son discours du Caire (2009), le président Obama ne fait pas exception avec sa promesse faite devant l’Assemblée générale de l’ONU en 2010 [19] de la création d’un Etat palestinien dans un délai d’un an. En effet, un an après, cette promesse s’est vite évaporée dans son discours fait dans la même enceinte. [11]
Les plans de partage concoctés par " l’historien" Bernard Lewis et la secrétaire d’État américain Condoleezza Rice s’inscrivent dans la même stratégie d’endiguement de toute velléité de révolte et d’émancipation des peuples arabes et palestiniens.
Enfin, et non la moindre, la décision du président américain Trump sur Jérusalem vient de confirmer l'alignement total des Etats Unis sur Israël . En effet, il s’agit d’une demande lancinante du Congrès américain visant à soutenir le transfert de l'ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem, et ce depuis 1995 [12].


TRUMP « SE TROMPE » D'EPOQUE

La permanence du soutien américain à Israël vient d’être rappelée à ceux qui en doutent encore ou s’apprêtent à pactiser avec Tel-Aviv !!
Le président américain Trump, dans une déclaration le 6 décembre 2017, a reconnu que Jérusalem est la capitale d’Israël et qu’il compte transférer son ambassade dans la ville sainte.
Pourquoi la décision du président américain intervient aujourd’hui ; Quelles en sont les raisons ?
Les raisons sont nombreuses, mais on peut en citer quelques-unes .
Sans revenir à la longue histoire de ce conflit depuis 1917, on pourrait se contenter de celles liées à l’actualité récente :
 Depuis le printemps arabe, la question palestinienne a presque disparu des agendas internationaux
 Le monde arabe est dans un état plus que piteux et désastreux ; il ne peut rien dans la mesure où une partie a montré sa prédisposition à la traîtrise. L’Arabie Saoudite, Qatar et EAU… en tête et d’autres.
 Les victoires des Iraniens, Irakiens, Syriens et du Hezbollah avec le soutien des Russes contre le groupe occidental, les pays du Golfe et la Turquie ne sont pas étrangères à une telle décision ; elle revêt à la fois un aspect de diversion (fragilité interne du président) et de détermination, et ce pour essayer de peser sur les acteurs victorieux dans la région ; Daech a été créé pour détruire la région. L’objectif n’est pas totalement atteint. Sykes-Picot II n’est pas encore, du moins pour le moment, pour demain.
La reconnaissance américaine n’est pas seulement formelle (n’est pas un simple changement d’adresse), mais revêt un aspect quasi-civilisationnel sans être religieux. L’Occident, ou du moins certains milieux belliqueux, voire criminels, veut en faire un conflit religieux et ce pour couvrir ses appétits, ses ambitions et ses manœuvres.
Cette stratégie de containment occidental, américano-israélien s’assignait comme objectif d’éliminer toute velléité de libération et d’émancipation des peuples de la région.
D’aucuns parleraient de la théorie du complot que clament les Arabes chaque fois qu’ils sont défaits ; la géopolitique régionale et la réalité objective ancienne et actuelle l’emportent sur les dénégations hypocrites du monde occidental.
L’épisode de Daech en est la dernière illustration et la position de Trump sur Jérusalem ne trompe personne.

L’ONU, TRUMP ET JÉRUSALEM : LES DÉBOIRES D’UN PRÉSIDENT
Le 18 décembre 2017, au sein du Conseil de Sécurité, quatorze États y compris les plus proches alliés des États-Unis à savoir la France et le Royaume-Uni ont condamné la décision du président américain ; mais grâce au véto américain, la résolution n’a pas été adoptée.
Quelques jours plus tard, au sein de l’Assemblée générale de l’ONU le désaveu a été sans nuance : 128 pays ont voté une résolution condamnant la reconnaissance par Washington de Jérusalem comme capitale d’Israël, 35 se sont abstenus et à peine 9 ont voté contre ; on y relève quelques îles et des petits États en plus d’Israël et des États-Unis. La plus grande puissance au monde est désavouée par la majorité de la communauté internationale et ce, malgré les menaces proférées, sans vergogne, par la représentante américaine à l’ONU contre tous ceux qui voteraient pour cette résolution. 
Pour résumer, une stratégie antiterroriste adoptée depuis 2001 par G. Bush Junior, la guerre contre l’Irak en 2003, Islam assimilé à l’islamisme voire au terrorisme … tout est fait pour détruire le monde arabo-musulman, protéger Israël et liquider la question palestinienne.

POUR LES OCCIDENTAUX : DES VERITES A SAVOIR ET SURTOUT A NE PAS EVACUER
À l’aune de la situation actuelle au Moyen-Orient et de ce conflit centenaire, il est plus qu’impératif que certaines vérités et faits soient rappelés :
 Les musulmans ne doivent pas être assimilés allègrement à des terroristes ou l’islam au terrorisme ;
 La quasi-totalité des musulmans vivant en Occident pratique normalement leur culte ;
 Les terroristes n’ont rien avoir avec l’Islam ;
 La majorité des terroristes viennent des milieux de la délinquance et ignorent tout de l’islam :
 Les conditions socio-économiques de cette minorité ne peuvent pas, à elles seules, expliquer leur comportement innommable.
 La situation au Moyen-Orient (le sort réservé au peuple palestinien depuis au moins 70 ans) peut expliquer ou du moins être utilisée par la propagande "djihadiste" comme prétexte et support de mobilisation. Ce qui complique la situation de la cause palestinienne. Il n’en demeure pas moins, que la permanence de ce conflit a contribué largement à créer un ressentiment très fort des peuples du monde arabo-musulman à l’encontre de l’Occident.
 Et en dépit de tout, la géopolitique moyen-orientale ne doit donc pas être évacuée (pétrole et sécurité d’Israël…).
Le dérapage de cette minorité peut aussi s’expliquer par l’absence de la mutation de l’islam.
 Rappelons que l’Europe a eu ses guerres de religion il y a à peine 2 siècles et demi.
 Le monde musulman vit deux temporalités ; il faudrait qu’il ajuste l’Islam rêvé et idéalisé aux exigences du temps moderne.
 Rappeler et expliquer n’est pas justifier.
Les puissances occidentales, les pays pétroliers (l’Arabie et le Qatar et les EAU,) et les frères musulmans d’Égypte, du Qatar et de la Turquie créateurs et "sponsor" de Daech doivent rendre des comptes à la communauté internationale et s’expliquer devant l’histoire.
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Notes
[1] La Palestine : De l’usurpation d’une terre …… ..A la mort lente d’une cause, Collection Confluences, novembre 2017,221 pages.
[2] Robert Fisk, « La Grande Guerre pour la civilisation. L’Occident à la conquête du Moyen-Orient », La découverte, 2007, 956 pages.
[3]Voir les actes du symposium international organisé le 2 , 3 et le 4 novembre 2017 voir aussi la chronologie mise en annexe de cet ouvrage .
[4]. Les Israéliens utilisent des balles "spéciales" dont la première caractéristique est de faire le maximum de dégâts. Ajouter à cela ; la volonté des snipers israéliens de viser les endroits les plus sensibles du corps de leurs victimes !!


[5] http://www.akadem.org/…/--3-résolution-de-l-ONU-assimilant-…. pdf

[8] Eric Laurent "Les Guerres des Bush", op.cit., p. 135
[11] « Le conflit entre Israéliens et Arabes est aussi vieux que cette institution, a-t-il rappelé. Et nous pouvons revenir l’an prochain, comme nous le faisons depuis soixante ans, et faire de longs discours […] Quand nous reviendrons l’an prochain, nous aurons un accord qui nous amènera à accueillir un nouveau membre des Nations unies : l’État souverain de Palestine vivant en paix avec Israël »,En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/…/barack-obama-espere-une-palestine-a…http://tempsreel.nouvelobs.com/…/palestine-les-contradictio….



Centre d’Etudes et de Recherches - Aziz BELAL
(CERAB)

La Banque Mondiale
et le syndrome de la tutelle:
Cas du Maroc


Créé en 1989,le Centre d’Etudes et de Recherches Aziz BELAL (CERAB) est une institution scientifique pluridisciplinaire d’études, de recherches, de formation, de conseil et d’accompagnement. C’est aussi un think-thank indépendant.

C’est un centre autonome qui se veut un espace de libre pensée, de débat et de réflexion au service de la science. Le CERAB s’attache au nom d’Aziz BELAL pour ce qu’il représente en tant qu’intellectuel engagé et chercheur qui a contribué au développement de la pensée socio-économique au Maroc. 
De prime abord, le choix du titre de cet ouvrage mérite d’être justifié pour couper court à toute interprétation malveillante. Nous avons constaté que les pays qui ont été amenés à se mettre sous la tutelle du Fonds Monétaire International(FMI) et à assumer, en conséquence, le statut de mineur en acceptant le remède de cheval qui leur a été prescrit sous le label: «Programme /politique d’Ajustement Structurel» (PAS) pour conjurer la malédiction du surendettement et desserrer l’étau de la crise des finances publiques, ont vécu, tout le long de la mise en œuvre de ce programme, un véritable traumatisme qui les a fortement marqués.

Le syndrome de tutelle, nous semble, donc, plus approprié pour caractériser les relations qu’entretiennent les pays qui ont subi les affres du Programme d’Ajustement Structurel (PAS) et qui ont été, et le sont toujours, otages du «Consensus de Washington» en continuant, à l'instar du Maroc, à solliciter l’assistance financière et technico-idéologique du groupe de La Banque mondiale (BM) et du Fonds Monétaire International (FMI) et à renforcer, en conséquence, les relations qui les lient à ces institutions.


Hommage à un grand INTELLECTUEL

36 ème Anniversaire de la disparition du Pr. Abdel Aziz Belal :

Une pensée toujours vivante


Abdeslam Seddiki, Professeur de l’Enseignement Supérieur


Ce fut un 23 mai 1982 lorsque nous apprenions le décès tragique de notre camarade Aziz Belal survenu à la suite d'un incendie qui s'est produit à l'hôtel «Conrad Hilton» de Chicago. Le regretté camarade s'y est rendu dans le cadre de ses fonctions, en tant que vice-président de la commune d'Ain Diab de Casablanca, pour participer aux cérémonies de jumelage entre Chicago et Casablanca. Ce fut son premier et dernier voyage aux Etats-Unis ! Pour les nouvelles générations qui n'ont pas connu Aziz Belal et qui n'ont pas vécu son époque, rappelons brièvement l'itinéraire de l'homme avant de parler de son œuvre et de son apport tant à la recherche scientifique qu'au mouvement social dans lequel il s'était engagé dès sa jeunesse.
Aziz Belal est né à Taza le 23 mai 1932. Issu d'une famille modeste, il perdit son père à l'âge de huit ans, ce qui l'amena à affronter très tôt les difficultés de la vie. Il poursuivit ses études primaires à Oujda où il fut un élève brillant. Après avoir obtenu son baccalauréat, il regagna Rabat pour y préparer sa licence en sciences économiques de 1951 à 1953. Par la suite, il se rendit à Toulouse où il obtint son diplôme d'études supérieures (1956).
Le contexte national dans lequel si Aziz a vécu et grandi l'a amené très vite à choisir son clan et à faire son choix : celui de la lutte pour l'indépendance du pays et pour l'émancipation des peuples opprimés. Ainsi à 19 ans, il adhéra au parti communiste marocain, alors clandestin, (devenu successivement parti de libération et du socialisme, puis parti du progrès et du socialisme) pour devenir l'un de ses illustres dirigeants en tant que membre du bureau politique. Depuis, Aziz Belal n'a jamais dissocié son activité politique de son activité scientifique : pour lui les deux vont de pair et s'enrichissent mutuellement, restant en cela fidèle à la définition donnée par Aristote à l'homme en tant «qu'animal politique» après l'indépendance du pays, il fut chargé de mission au plan où il participa à l'élaboration du premier plan quinquennal (1960-1964). en 1959, il accéda - dans le cadre d'un gouvernement de coalition nationale présidé par Abdellah Ibrahim - au poste de secrétaire général du ministère du Travail. Et c'est grâce en grande partie à lui que la législation du travail, datant de la colonisation, fut révisée et améliorée à la demande de son parti, il démissionna de son poste pour ne pas cautionner les déviations du gouvernement par rapport aux orientations de départ.
En 1960, il intégra la faculté de droit de Rabat, la seule à l'époque, où il enseigna l'économie tout en œuvrant à la mise en place de la section de langue arabe et à la création du syndicat national de l'enseignement supérieur. Parallèlement à son activité en tant qu'enseignant et son engagement politique sur tous les fronts, il s'est mis à préparer une thèse d'Etat en sciences économiques sur «l'investissement au Maroc 1912-1964, et ses enseignements en matière de développement économique ». Cette thèse soutenue brillamment à l'université de Grenoble en 1965, fit date dans la recherche socio-économique du pays faisant de Aziz Belal le premier économiste marocain titulaire d'une thèse d'Etat. Nommé professeur d'université, il poursuivait inlassablement son activité académique et politique : présent dans tous les débats scientifiques et politiques aussi bien au Maroc qu'à l'étranger; partisan acharné du travail organisé; ardent défenseur de la cause des déshérités.
Grâce à ses qualités d'intellectuel talentueux, d'humaniste sans faille et d'orateur hors pair, il a acquis une facilité à argumenter et à convaincre à lui seul, il constituait une école : l'école Aziz Belal à laquelle ses anciens étudiants et ses nombreux amis s'identifient spontanément. Il a vécu modestement bien qu'il disposât de tous les atouts pour s'enrichir et accumuler la fortune dans la légalité. Il symbolisait cet «intellectuel organique » au sens gramscien du terme. Il n'a eu de cesse de professer que la culture et l'argent font rarement bon ménage ! Tel est brièvement si Aziz en tant qu'homme. Qu'en est-il de son apport scientifique ? Cet apport est riche et diversifié. Il touche des champs de connaissance variés, par conséquent, il serait hasardeux de le résumer en quelques pages, voire en quelques lignes. Nous retiendrons ici les aspects qui nous paraissent toujours d'actualité
1- Le bilan de la colonisation :
le travail de Belal sur la période coloniale constitue, avec celui réalisé par Albert Ayache, une référence incontournable pour connaitre les effets de la colonisation française sur l'économie et la société marocaines. le bilan que dresse l'auteur est implacable et nous donne une image nette sur les 50 années de colonisation. au cours de cette période, l'économie marocaine a connu la croissance sans connaitre le développement. c'est une croissance «déformée», écrit Aziz Belal, croissance dont l'objectif est de servir les intérêts de l'économie métropolitaine dominante et dont la progression se trouvait conditionnée par l'accentuation du «satellitisme» économique et monétaire du pays dominé (le Maroc) par rapport à l'économie de la métropole. Il y a besoin aujourd'hui d'entreprendre le même travail sur la colonisation espagnole au Maroc pour dresser le bilan de cette présence qui était plus préjudiciable et plus «paupérisatrice» que la colonisation française.
2- L'économie de développement :
une lecture attentive des travaux de Belal et un examen du contenu des cours qu'il a dispensés à l'université nous autorisent à le considérer comme un véritable théoricien du développement et l'un des fondateurs de «l'économie de développement». La stratégie de développement qu'il a préconisée pour le Maroc au milieu des années 60 du siècle dernier n'a rien perdu de sa pertinence et de son actualité : un investissement efficace aux effets multiplicatifs élevés; un rôle dominant du secteur public ; des institutions démocratiques, décentralisées et dotées de larges attributions en matière économique et sociale ; la conciliation des impératifs d'efficacité économique et de justice sociale ; l'importance décisive de l'encadrement politique et de la participation active des masses… «la responsabilité principale de développement économique, écrit-il, est mise à la charge de l'Etat, celui-ci ne pourrait l'assumer pleinement et efficacement que dans la mesure où il représente réellement les intérêts de la majorité de la population, notamment de ses couches les plus déshéritées, et non pas les intérêts d'une minorité privilégiée qui craindrait de mettre en mouvement des forces sociales qu'elle ne pourrait plus contrôler, ou de procéder aux changements qui porteraient atteinte à ses privilèges» (l'investissement au Maroc…p.398).
3- Les facteurs non-économiques de développement :
Cette question centrale a été déjà esquissée par l'auteur dans sa thèse en donnant une place de choix aux facteurs culturels et idéologiques dans l'enclenchement du processus de développement économique. et ce fut en 1980 qu'il présenta une construction théorique élaborée sur cette problématique dans un ouvrage intitulé justement : «développement et facteurs non économiques». après avoir critiqué les théories dominantes de développement fondées sur le «rattrapage» (version rostow) et montré les limites de l'idéologie de la «troisième voie» prônée en Afrique et dont on voit aujourd'hui les déboires et les dégâts, Aziz Belal a opté pour une conception large du concept de développement intégrant l'ensemble des facteurs : économiques, culturels, idéologiques voire civilisationnels. Il s'agit pour lui de s'attaquer aux quatre problèmes fondamentaux intimement liés : libération nationale, révolution sociale, développement et civilisation. et partant, il définit le développement comme étant «un processus cumulatif socialement maîtrisé et continu de croissance des forces productives, englobant l'ensemble de l'économie et de la population, à la suite de mutations structurelles profondes permettant la mise à jour de forces et de mécanismes internes d'accumulation et de progrès ». tel qu'il est défini, un tel développement «n'est pas possible sans l'élimination des blocages sociaux, politiques et idéologiques qui l'entravent, c'est-à-dire de la domination externe-interne qui ronge et inhibe les formations sociales périphériques. ce qui signifie, en bref, la réalisation d'un processus de libération nationale authentique et de révolution sociale profonde - dans les structures socio-économiques, les rapports sociaux et les valeurs idéologiques et culturelles - et sa consolidation persévérante dans le temps». Vaste projet !
4- Questions diverses : d'autres questions ont retenu l'attention de Aziz Belal dans ses écrits dont notamment :
L'unité maghrébine, les relations entre le Maroc et la CEE (devenue union européenne).
Ainsi, a-t-il pensé les blocages à l'intégration maghrébine en se fondant sur les tendances lourdes et les raisons structurelles auxquelles viennent se greffer les raisons contingentaires. D'abord, les forces socio- politiques qui avaient dirigé la lutte pour l'indépendance des trois pays et la façon dont elles l'imposèrent n'étaient pas les mêmes. Ensuite, certaines différences dans l'évolution socio-historique antérieure à la colonisation européenne ont également joué Ln rôle négatif dans l'unité maghrébine. Enfin, la découverte et l'exploitation de gisements de pétrole et de gaz en Algérie jouent un facteur «déséquilibrant» dans les relations intermaghrébines en donnant à ce pays un sentiment de supériorité voire d'hégémonie. Ces facteurs continuent de faire obstacle à l'édification du grand Maghreb.
Par ailleurs, Aziz Belal a consacré une large littérature aux relations Maroc/Maghreb-CEE en considérant celles-ci comme une nouvelle forme de domination «néo- coloniale» qui s'est substituée à la domination directe. Il était favorable à une autre forme de relations fondées plutôt sur la coopération et le partenariat dans une optique «gagnant-gagnant». Et l'histoire a fini par lui donner raison.
On le voit, la vie de si Aziz fut dense et productive. Il nous a légué un trésor de connaissances et un patrimoine scientifique immortel. Et c'est avec une profonde émotion et une reconnaissance sincère que nous nous inclinons devant sa mémoire et lui rendons ce modeste hommage.

Pour en savoir plus :
- L'investissement au Maroc 1912-1964, et ses enseignements en matière de développement économique, 1ère édition mouton, Paris - la Haye, 1968, 2éme et 3ème éd. Casablanca, éditions maghrébines 1978 et 1980.
- Sur la pensée économique d'Ibn Khaldoun, in bulletin économique et social du Maroc, n°108 janvier-mars 1968.
- Quelques aspects nouveaux de la domination impérialiste, in l'impérialisme, édition Sned, Alger juin 1970.
- L'économie marocaine depuis l'indépendance, in les économies maghrébines à l'épreuve de développement économique, CRESM/CNRS paris 1971
- Renaissance du monde arabe, colloque interarabe de louvain sous la direction de Anouar Abdelmalek, éd. Duclot, Gembloux 1972.
- Mettre en œuvre l'expérience collective de chaque peuple, in économie et humanisme, n°216 mars-avril.
- Les perspectives de l'association Maghreb-CEE dans le développement économique du Maroc, publié dans les actes du colloque par l'université libre de Bruxelles mai 1976.
- Evolution comparée des politiques économiques maghrébines in les temps modernes, n° spécial sur le Maghreb, octobre 1977.
- Les relations entre le Maroc et la CEE et leurs perspectives d'avenir, in la crise, l'alternative, éd. Al Bayane, Casablanca 1980.
- Développement et facteurs non-économiques, éd. SMER, rabat 1980.
- Aziz Belal, l'homme et l'œuvre, colloque international en hommage à Belal publié dans un n° spécial de la revue marocaine de droit et d'économie de développement, de la faculté de droit de Casablanca.

Cress Revue

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