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LE MAROC OU LES MAROCAINS? Réda Dalil







LE MAROC OU LES MAROCAINS ?

Par Réda Dalil




Le Maroc ne nécessite pas de sauvetage express, les Marocains si. Le soft Power et les  Infrastructures somptuaires, les « éléphants blancs », le TGV, les stations balnéaires, la libéralisation et le respect scrupuleux du consensus de Washington, les paillettes éparpillées sous les pas des usines étrangères et l’islam modéré, la lutte acharnée contre le radicalisme violent et les tropismes africains, ont fait du Maroc un sémaphore continental, un pays respecté dont on admire la gouvernance sérieuse. Vu de loin, c’est effectivement le cas.

Mais qu’on se rapproche un tantinet, qu’on lève le couvercle sur un plat dont les effluves savoureux nous font miroiter le festin absolu et on découvre les Marocains : fragiles, apeurés, négligés, dickensiens, victimes d’un modèle social à l’agonie. Inutile de rappeler la litanie des manques, la taxinomie des privations et les crises qui n’en finissent pas. Cela est bien connu et sans doute même admis en haut lieu. Si l’on décrypte bien l’air empreint de solidarité qui résonne dans les antichambres de l’Olympe depuis quelques jours, on ose comprendre que le consensus semble s’être formé autour d’un virage social, autour d’une vraie réforme à venir. Soit.

Mais il faut comprendre que la refonte urgente, péremptoire, radicale du modèle social n'attendra pas un mandat ou deux, une commission ou deux. Son urgence n'évolue pas au rythme soporifique d'un chef du gouvernement amolli par les vertus anesthésiantes d’un cachet de lexomil. Elle doit être fortement poussée, impulsée un cran au-dessus. Car, à moins d'un tournant du « care », ce château de cartes qui est le nôtre, fait de bric et de broc, d'improvisation et de rafistolage, volera en éclat.


Les révoltes des marginaux marqués dans leur chair au fer rouge des négligences, souffrant de ne pouvoir se projeter dans l'avenir, il faut le redouter, toucheront à leur pinacle. Les dégâts en seraient inimaginables. L'onde de choc ravagerait sans distinction aucune riches, pauvres, moyens, rentiers, Malinocrates et honnêtes hommes, patriotes « show-off » comme fieffés « nihilistes ». L'édifice se consumerait dans les affres d'un incendie tant redouté. La réforme salvatrice, celle qui possède en soi la capacité de désamorcer, ici et maintenant, ce scénario catastrophe impliquera une augmentation sans précèdent de la dépense publique, le redéploiement de la ressource vers la maladie, la vieillesse, l’invalidité, le chômage, l’école et l’hôpital, le revenu minimum revalorisé. Mais ce changement fondamental de paradigme ne pourra être le seul fait de l'Etat. Le patronat devra y prendre ses responsabilités.

Sérieusement.

Pendant des années, celui-ci a bénéficié d'un cadre d'enrichissement idéal : main-d'œuvre bon marché, stabilité politique, exonérations fiscales importantes, contrats Anapec, emplois aidés précaires, statut de l’exportateur, IS progressif, détricotage programmé du Code du travail, déréglementation tous azimuts, affaiblissement des centrales syndicales, fin du socialisme, disparition graduelle de toute régulation, commande publique homérique… A l’entreprise, on a déroulé le tapis rouge moyennant une condition une seule : l’emploi. Il lui fallait se rendre vigoureuse, compétitive en investissant dans son appareil productif et, partant, assurer les conditions d'un décollage économique, d'une croissance forte et pérenne. L’Etat s’est damné pour faire naître cette proverbiale « confiance » de l’investisseur, y éclusant l’essentiel des marges budgétaires.

Or, depuis 2012 seulement 204.000 emplois sont nés, aux forceps. Rapporté à l’investissement public et aux niches fiscales, chacun de ces emplois aura coûté 2,6 millions de dirhams au contribuable. L’Etat, que cela soit dit, subventionne une sphère privée apathique. Toutes ne sont pas à mettre à l’index, mais les entreprises ont failli à leur mission. Par opportunisme, par médiocrité stratégique, par amour du gain rapide, elles ont engrangé les profits sur le dos brisé du labeur quasi gratuit, oubliant de sophistiquer leurs produits, oubliant de rémunérer correctement leurs armées de salariés sous-smicards, oubliant de remporter le défi de la mondialisation.

Les conséquences sont brutales : un taux d'emploi de 42 % , un chômage rampant, des jeunes livrés à eux-mêmes, oscillant entre larcins et psychotropes. Beaucoup de capitaines d’industrie, héritiers, grâce à la Marocanisation, de grands groupes datant du protectorat ont usé le filon jusqu’à la lie pour, en bout de course, brader leurs actifs, vider leur personnel (des familles entières comptant sur la prescience du PDG-stratège pour subsister) spéculer sur leur foncier et couler des jours heureux, mais forcément coupables, à Marbella, leur butin accumulant de l’intérêt dans un compte numéroté à l’île de Jersey. Honte !

Dans le même temps, fanatisé par son classement « Doing Business », magnétisé par le « rayonnement » du Maroc en dehors des frontières, pensant peut-être attirer une avalanche de Multinationales, l'Etat a joué le jeu, dérégulant des pans entiers de l'économie, misant ses recettes fiscales dans la baisse des charges pour les entreprises et boulonnant le SMIG à 2500 dirhams pour accommoder l’investisseur à la chevelure blonde flamboyante. Mais de l’autre côté qu’a-t-on fait, qu’a-t-on osé ? Un Ramed tuberculeux dont à peine 25 % des bénéficiaires renouvellent leur carte, un Tayssir aux crédits bloqués depuis deux ans, et, bien entendu, une décompensation tueuse qui a engraissé dix pétroliers au détriment d’une nation au ventre creusé par le vers parasitaire du manque.

La confluence de la faiblesse de l'Etat devant la sphère privée et la gloutonnerie sans fond de celle-ci nous amène à la situation suivante, à l’oxymore qui tue : Un Maroc perçu comme fort, mais des Marocains appauvris, englués dans le sous-développement, déprimés, et dont le seul crédo est désormais : rien à perdre.

(Ma Tal3ach Ma Tal3ach)

C’est non point d’un pacte social dont ce pays a besoin, c’est d’une promesse solennelle, d’un redressement humain de grande envergure, d’un New Deal de la dignité recouvrée.
Faute de quoi, une sombre déconfiture poindra à l’horizon.
Si le Maroc des apparences est sauf, les Marocains, eux, ont besoin d’aide
Non d’une commission ou d’un plan sur la comète
Mais d’aide

Et vite.

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