2019


La " FIN DE L’HISTOIRE " (1) ?


LA FIN DES IDÉOLOGIES ? OU LE RETOUR DU BALANCIER


Pr. Abdelmoughit Benmessaoud Tredano
Professeur de science politique et de géopolitique

A l’occasion du 30ème anniversaire de la chute du mur de Berlin, nous publiions cet article écrit en octobre 1989. Il reste d’actualité, et ce, malgré la disparition de la littérature politique et intellectuelle de tous les concepts, notions et terminologie ayant un rapport avec le marxisme.
Avec la crise du néolibéralisme, en dépit de sa domination actuelle, il n’est pas exclu que les idées socialistes, alternatives et de partage reviennent au centre des débats.
C’est l’idée qui prévaut dans cet article.
Ce texte est précédé d’une petite introduction, intégrant quelques éléments récents allant dans le sens de la remise en cause du système ultra-libéral et ses conséquences néfastes sur les États et les sociétés, source de leur déstabilisation de plus en plus établie.
LE RETOUR DU BALANCIER
LE RÔLE DE L’IDÉOLOGIE ET LA BATAILLE DES IDÉES
Imaginez que durant 40 ans, le discours marxiste a disparu de la littérature politique et économique.
Depuis 40 ans, la structure de l'économie mondiale détermine l'idéologie et la culture dominantes.
Et ce, depuis l’arrivée au pouvoir de R. Reagan M. Thatcher.
Le discours managérial, méritocratique et de l'efficacité économique a dominé et domine encore.
Mais la contestation de cette idéologie commence à prendre forme.
On est, en effet, à la veille d'un retour du balancier…
Les inégalités au sein de chaque nation et entre les nations sont devenues trop criantes, voire explosives... Ça ne peut continuer de la sorte.
LES PREMIERES CRITIQUES
Celles du sérail du monde capitaliste : 3 types de critiques
Il s’agit de la critique de la gestion des biens, des hommes et des finances
Ø Frédéric Beigbeder dans son ouvrage "99 F ", publié en 2000 déjà, a mis à nu la cuisine interne du marketing et de la gestion des biens.
Ø Jordan Belfort, quant à lui, dans son "Le loup de Wall Street" , sur la gestion des finances et des banques, s’est appliqué à dénoncer ce monde devenu fou: « Ils se croyaient devenus maîtres de l’univers » disait-i !!! (p.11)
La crise des subprimes de 2007/2008 a montré les limites du système néolibéral. Et malgré cette crise, les décideurs du monde s’entêtent à faire la même chose, sur la même voie. Jusqu’à quand ?
Ø La 3ème critique porte sur la gestion des hommes.
Une ancienne lauréate de HEC Paris, Florence Noiville a descendu en flamme le type d’enseignement dispensé dans les écoles de commerce. Elle l’a fait dans un opuscule intitulé (2009) : "J’ai fait HEC et je m’en excuse". Tout un programme ! Tout est dit. Sa critique principale est déclinée en deux questions clefs :
"1. Quelle est la part de responsabilité des grandes écoles de commerce dans les désordres actuels de l’économie ?
2. Comment ont-elles pu ne pas percevoir les nombreux signes annonciateurs d’un modèle capitaliste en plein déraillement ?"
Ses auteurs ne sont pas les seuls à critiquer un système devenu aveugle, mais ils ont au moins l’intérêt de l’illustration.
Il faut attendre 2018 pour que l’auteur de la « Fin de l’histoire » revienne à une position plus nuancée par rapport à son idée relative au caractère indépassable du capitalisme !! Bien plus, il a été jusqu’à dire que Marx avant raison.
La dernière critique vient d’un économiste dont les 2 derniers ouvrages ont eu une grande résonnance.

THOMAS PIKETTY : LES INEGALITES FONDEES SUR DE L’IDEOLOGIE
L'ouvrage de Thomas Piketty, "Capital et idéologie" tombe à point nommé
Sa recherche porte sur les inégalités dans l'histoire des sociétés et comment en sortir, et propose aussi des alternatives
Lui aussi, même s'il critique le marxisme et le livre le capital qu'il trouve confus, remet en cause le capitalisme néolibéral.
Et cela à travers 3 idées clefs :
1. "les inégalités ne sont pas une fatalité, elles doivent être combattues sur les plans idéologique et politique"
2. "Les inégalités sont le fruit d’une construction idéologique qui les maintient dans la durée"
3. Et pour réduire les inégalités, il importe, entre autres, de réformer le système éducatif.
Selon T. Piketty en effet," la variable la plus déterminante pour comprendre les écarts de prospérité entre les nations est l’égalité éducative"
Elle est le moteur du développement.
30 octobre 2019
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Ci-après ledit article tel qu’il a été publié en octobre 1989
La " FIN DE L’HISTOIRE " (1) ? … LA FIN DES IDÉOLOGIES ?
Pr. Abdelmoughit Benmessaoud Tredano
Professeur de science politique et de géopolitique
On soutenant dans les milieux occidentaux depuis des années déjà la thèse de la fin des idéologies et cela par l’affaiblissement de celle qui en constituait l’instigatrice principale à savoir « l’idéologie socialo-communiste ».
Après la victoire fulgurante des différents mouvements de libération nationale à travers le monde et leur arrivée au pouvoir, leurs peuples n’ont pas attendu longtemps pour déchanter ; les espérances entretenues se sont, en effet, tragiquement effondrées.
Dans ce contexte précis, il a été affirmé que ces mouvements et partis d’inspiration communiste savaient faire la guerre mais étaient incapables de gérer la paix et d’initier une politique de développement socio-économique réussie.
Politiquement, cette période a correspondu à l’événement du Reaganisme (c'est-à-dire vers la fin de la décennie 70 début des années 80) :
L’état du monde était résumé par une phrase lapidaire du Président américain. Il disait, en effet, dans son discours d’adieu qu’il était venu changer les Etats-Unis, mais il s’est aperçu qu’il était en train de changer le monde !
La déconfiture de ces mouvements dans l’exercice du pouvoir, l’état de blocage des sociétés de la communauté socialiste ne pouvaient qu’enclencher un processus de désidéologisation des rapports internationaux et par conséquent de la gestion des pouvoirs nationaux. Ceci est d’autant plus probable, soutient-on, que face à la crise de ces derniers le capitalisme, malgré la persistance de la crise, s’est revigoré et aguerri.
Si cette interprétation n’est pas sans fondements, elle n’est pas toute l’explication des faits et dates ayant marqué la 2ème moitié de ce siècle.
LA FIN DU COMMUNISME
Dans une livraison récente de « l’événement du jeudi », son directeur Jean François Khan disait : objectivement, la RDA n’est pas à proprement parler un enfer. On n’y meurt pas de faim ; l’économie n’y est pas complètement en faillite : les ethnies rivales ne s’y étripent pas ; les magasins n’y sont pas totalement vides…Et cependant, même ce communisme-là ne fait décidément pas recette. Quand on peut, on le quitte… » :
Au vu de ces scènes montrant des Allemands de l’Est quittant leur pays, on serait tenté, comme le claironnent déjà les média occidentaux, d’affirmer qu’il s’agit-là d’une preuve manifeste de « l’échec du communisme» et par conséquent, du triomphe du capitalisme.
Notre propos paraitra peut être comme un combat d’arrière-garde et notre attitude comme celle d’un individu s’accrochant à un bateau en dérive, mais certaines vérités méritent d’être rappelées et explicitées, sachant pertinemment qu’explication ne veut pas justification.
Le socialisme a soixante-douze ans en URSS et une quarantaine d’années dans les pays socialistes d’Europe. Mais le plus important c’est qu’il est né dans un contexte historique foncièrement hostile. En effet, depuis 1917 une lutte politique, économique et militaire, par les Etats interposés, l’opposait aux tenants du capitalisme.
Autrement dit il a fonctionné avec une psychose de menace et d’étouffement. C’est au nom de sa sécurité et de sa défense que tout était permis. Un conservatisme et une bureaucratie s’y installent. Et, au lieu « de servir, le système se sert». L’individu apparait écrasé par une sorte d’Etat mastodonte.
Ainsi, durant cette période, on a assisté non pas à l’application du socialisme et des principes pour lesquels il est venu mais d’un système sans âme, bureaucratique et personnalisé, sans grande prise sur la société civile.
Dans ces conditions, on ne doit pas s’étonner de se trouver devant un système bloqué, entretenu et maintenu en vie d’une manière artificielle.
N’empêche, malgré cette crise de fonctionnement, le système socialiste a apporté des acquis considérables en matière de grands équipements, de besoins sociaux-culturels et sportifs. Mais l’homme ne vit pas que de cela : la question du pouvoir, c'est-à-dire le rapport gouvernant-gouvernés n’était pas traitée et résolue d’une façon satisfaisante. C’est là la grande faille du système. Il s’agit maintenant de mener une réflexion sérieuse et d’entreprendre des actions devant apporter une réponse à cette grande question.
L’état actuel des pays socialistes a fait dire a certains que la question qui se pose n’est pas celle de sa réforme, mais de sa succession.
DU CAPITALISME AU SOCIALISME.
En regardant ce qui se passe au sein du système capitaliste et des types de rapports qu’il instaure entre les Etats et les dangers qui leur sont inhérents, il parait impératif la mise en œuvre de réformes portant sur les modalités de son fonctionnement et ses finalités.
Cette appréciation n’est nullement exagérée car elle est soutenue par des idéologies patentées du capitalisme.
La terre a ses limites mais le capitalisme n’en a pas. Sa propension à l’expansion, à la domination et l’exclusion constitue le principal défi auquel l’humanité est déjà confrontée.
En examinant de près la situation au sein des sociétés capitalistes, on serait rapidement fixé sur ce que le système fait de l’homme et de l’environnement.
Dans un compte rendu portant sur l’ouvrage de Pierre Chevènement, « Le Pari sur l’intelligence», le directeur du « Monde Diplomatiques» lui reprochait d’avoir commis : « …la double erreur de tout miser sur la raison et sur l’idéal. Deux termes dévalorisés dans une société qui cultive l’hédonisme, s’entiche des modes intellectuelles les plus fugaces, professe un prétendu réalisme qui ne saurait cacher l’absence de principes et, pour tout dire, de pensée».
Si on peut s’accorder avec Claude Julien sur le diagnostic qu’il fait de la société capitaliste, on ne peut souscrire à la critique de l’approche et de l’esprit adoptés par le leader du courant « Socialisme et République». (ex CERES) au sein du PS français.
Justement parce que ces sociétés modernes, notamment capitalistes, commencent à manquer de références, de principes directeurs, il faut développer le sens de l’idéal, l’idée du bien-être collectif partagé.
DES SOCIETES DE PARTAGE
C’est l’idée que développent ces derniers temps les socialistes français : créer des sociétés de partage.
Aussi, la crise du système socialiste et l’impasse à laquelle mènerait inéluctablement le maintien du capitalisme dans sa version intégrale inciteraient l’homme à imaginer d’autres formes d’organisation et de gestion des sociétés nationales et de l’ordre international en s’accordant avec ses besoins et en tenant compte des contraintes de l’environnement et des possibilités de la planète.
Et dans ces conditions, on peut réfléchir avec l’auteur qui soutient que : « nous allons changer, non pas d’époque mais de civilisation. Nos économies ne seront plus capitalistes, socialistes, communistes, elles seront de plus en plus mixtes et intégrées dans un système mondial qui devra trouver les voies de son organisation et les moyens de son autorité ». (André Chambraud).
S’il est encore difficile d’imaginer ces formes d’organisation, une chose est certaine, c’est l’ordre international tend vers ce scénario.
Avec la détente, le désarmement, la crise des systèmes et la prise en considération d’une manière constante des besoins de l’homme, les références et les enjeux idéologiques ne seront plus ce qu’ils étaient depuis le début de ce siècle. Une ère nouvelle s’annonce. Il importe de se préparer pour la vivre autrement.
LA « FIN DE L’HISTOIRE» :
La «fin de l’histoire » : Cette expression un peu provocante est empruntée à un intellectuel américain. C’est à la lumière des événements qui continuent à intervenir dans les pays socialistes qu’un magazine parisien y revient en rendant compte d’un article fort original et qui semble avoir fait un tabac durant cet été aux Etats-Unis. Il s’agit d’un texte signé par le philosophe et l’économiste du nom de Francis FUKUYAMA.
Ce débat est nécessaire et utile parce que les changements que connait actuellement la communauté socialiste, auront sans aucun doute, des répercussions sur l’idée de l’Europe et nécessairement sur l’ordre international.
L'intellectuel américain soutient en effet : « ce que nous sommes peut-être en train de vivre ce n’est pas seulement la fin de la guerre froide, ou le passage d’une période particulière de l’histoire d’après-guerre, mais la fin de l’Histoire, comprise en ce sens particulier : le point final de l’évolution idéologique du genre humain et l’universalisation de la démocratie libérale occidentale en tant que forme ultime de gouvernement humain ».
Autrement dit, l’auteur affirme, outre l’idée développée dans les lignes qui précèdent à savoir la fin des idéologies dans un sens réduit, mais aussi que le système de gouvernement et la gestion économique pratiqués en occident sont appelés à devenir universels.
Autre idée développée par les média occidentaux et qui appelle notre réflexion est celle relative à l’avenir du communisme. On y soutient en effet que dans l’état actuel des choses, il ne s’agit pas de réformer ce système mais de lui trouver un successeur.
Le philosophe français André GLUCKSMAN va plus loin dans la condamnation du communisme. Dans un hommage rendu à l’écrivain tchécoslovaque VACLAC HAVEL, il y soutient que : « Le citoyen socialiste vit la fin de l’histoire dans tous les sens du terme. La grande histoire est close, les petites histoires forcloses. Sortir du communisme c’est rentrer dans l’histoire et non sauter d’un système à l’autre ».
C’est autour de ces idées et de ces interrogations qu’il importe d’orienter le débat.
D’abord, il n’est peut-être pas inutile de préciser davantage ce que nous entendions par la fin des idéologies. Le sens que nous lui avons accordé plus haut est précis : il ne s’agit nullement de la fin de la lutte des idées car celle-ci ne fait, peut-être, que commencer. Le sens retenu est en rapport direct avec l’histoire en particulier au moment où deux systèmes politico-économiques se disputaient la domination du monde.
Revenons donc à l’histoire.
Depuis 1917, la révolution soviétique est entrée en conflit permanent avec le capitalisme mondial. Son alliance avec les partis communistes de l’Occident et des mouvements de libération dans le Tiers-Monde n’avait comme objectif que d’en saper la base. Si celle-là a été pour quelque chose dans la décolonisation, elle n’a rien pu faire quant à la destruction inéluctable du capitalisme. La guerre froide, en fin de parcours, a montré l’impossibilité d’une telle option pour la simple raison que chaque bloc possédait sa bombe. La coexistence pacifique qui s’en suivit a permis d’éviter le conflit final mais n’a pas pour autant arrêter la lutte entre les deux systèmes qui se la livraient par Etats interposés dans le Tiers-Monde.
Aujourd’hui, même cette petite guerre est jugée couteuse et pétrie de risques et l’option est déjà faite pour pacification du monde. (Soulignons que cette voie se heurtera inexorablement aux propensions expansionnistes du capitalisme).
C’est cette lutte, à fondements historico-idéologiques qui semble, pour des raisons nombreuses et diverses, tendre vers sa fin.
Cependant, une question essentielle demeure posée. A la lumière des réformes politiques et économiques introduites dans les pays de l’Est, on soutient globalement et sont en train d’introduire le capitalisme chez eux.
LE PECHE ORIGINEL
Il importe d’abord d’apporter quelques précisions sur la démocratisation du système politiques des pays de l’Est. Y introduire la démocratie pluraliste ne contredit nullement l’idéal du socialisme. C’est la version léniniste du parti unique fondée sur certains principes (centralisme démocratique, soumission de la minorité à la majorité..), contribuant ainsi à évacuer la démocratie pour n’appliquer que le centralisme qui a été à l’origine de la version. Il est vrai que la formule était utile et efficace pendant la période de la clandestinité jusqu’ à l’accession du pouvoir et même durant son exercice pour les situations exceptionnelles (situation de guerre par exemple..). En dehors de ces cas, le parti unique tel qu’il était conçu et pratiqué ne pouvait permettre l’association de l’ensemble des citoyens à la chose publique. C’est d’ailleurs là la grande faille du système politique socialiste et qui a constitué la cause première de son blocage.
Aussi introduire la démocratie dans ces régimes ne devrai pas passer comme faisant œuvre nouvelle et encore moins constituer une contradiction avec l’idéal démocratique socialiste mais uniquement un rejet d’une forme de pouvoir qui lui est totalement étrangère.
SOCIALISME ET ECONOMIE DE MARCHE : LA RESTAURATION ?
En matière économique on soutient également que le principal reproche qu’on pouvait faire aux doctrinaires du socialisme, c’est d’avoir cru que le plan pouvait remplacer le marché.
Il est vrai que la planification aidait certaines économies retardataires à écourter certaines étapes de leur développement mais appliquée d’une manière outrancière, elle ne pouvait que conduire à des monstruosités et des inepties.
En revanche, introduire le marché dans les économies socialistes ne signifie pas automatiquement la mise en œuvre des règles du capitalisme. Affirmer cela, c’est une absurdité, car considérer que le marché est né avec le capitalisme alors que celui-là se pratiquait depuis que l’homme a commencé à accorder une certaine valeur à ses produits et les échanger pour satisfaire certains de ses besoins.
D’ailleurs, la situation contre laquelle s’est élevé le marxisme du vivant de Marx c’est l’exploitation. Le marché tel qu’il était conçu et pratiqué durant le 19ème siècle, en plus de la propriété des moyens de production et des modalités de répartition des richesses et des revenus, aidait à cette exploitation.
Aujourd’hui, il est possible d’encadrer et le marché et la répartition, ce qui ne peut que conforter une application réformée du socialisme.
LA VOIE SALVATRICE
S’il est encore difficile d’imaginer l’évolution future des Etats socialistes en matière de gestion économique, une chose est certaine, c’est qu’il serait naïf de penser un seul instant qu’ils sont en train d’instaurer le capitalisme. Nous n’apprenons rien à personne en affirmant que le capitalisme est le fruit d’une évolution historique et d’un milieu culturel bien déterminé et en tant que système d’ensemble, il ne semble pas être voué à une quelconque universalité. Si certains de ses piliers (le marché dans sa forme actuelle, la motivation matérielle…) risquant de constituer des références universelles, on ne peut soutenir valablement qu’il sera greffé dans sa version intégrale sur les sociétés socialistes. S’il advient que dans certaines parmi ces dernières, on serait tenté d’en faire une doctrine totale, le choc et le cout social ne peuvent qu’être traumatisants et donnant lieu à des situations difficilement métrisables.
Interrogé sur cette éventualité, c'est-à-dire le passage des sociétés socialistes au capitalisme, le sociologue soviétique Boris kagarlitski ne va pas par quatre chemins : « les conséquences en seraient épouvantables. Dans la meilleure des hypothèses, on connaitrait un capitalisme tiers-mondiste, corrompu, implacable et lié au pouvoir. Très vite cela se transformerait en « stalinisme de marché » de type « chinois ».
D’ailleurs, contrairement à ce que dit un proverbe arabe, on ne refait pas l’histoire deux fois de la même manière.
Ne l’oublions pas, le capitalisme dans ses différentes variantes, malgré quelques embellies ici et là, n’est pas encore sorti de sa crise. Pour ce faire, il semble qu’un vaste redéploiement planétaire est en train de s’opérer pour lui permettre, dans cette phase informatique et bureaucratique, de mieux s’adapter et se positionner. Cela nécessite de l’espace. L’Afrique, du moins pour l’Europe communautaire n’en constitue pas un de crédible et de porteur. L’Europe de l’Est, surtout son maillon faible risque, si elle ne gère pas cette période de transition d’une manière perspicace, de ne constituer pour le capitalisme ouest-européen qu’un Tiers Monde corvéable et exploitable à proximité de la porte.
LA NATURE A PEUR DU VIDE.
Au-delà des considérations théoriques, économiques et géostratégiques, il existe un aspect autrement plus déterminant dans l’évolution future des sociétés socialistes.
Depuis l’avènement, de ce système, les populations de ces pays nourrissaient un espoir dans la réalisation de l’idéal promis. Avec la période de blocage que celui-là a vécu et le démantèlement qu’il subit présentement, on serait enclin d’avancer que tout cela s’est irrémédiablement effondré. Rien n’est moins sur. La conviction en la possibilité et surtout sur les chances de réussir les réformes demeure vivace. En témoigne la situation en RDA.
En effet, malgré le départ de plusieurs dizaines de milliers, d’autres infiniment plus nombreux restent et manifestent pour prôner les réformes. Cette conviction et cet état d’esprit sont exprimés d’une manière éloquente par une militante de l’opposition constituée autour du Nouveau forum. A une question sur l’objectif de son mouvement, elle répond qu’il s’agit : « d’améliorer le socialisme en RDA parce que le spécificité de ce pays réside dans un système autre fondamentalement meilleur pour l’homme et pour la nature, que le capitalisme. Mais, ce système, aujourd’hui ne fonctionne pas. Je suis allé en Allemagne fédérale et j’en suis revenue avec la conviction que là-bas, le système social se heurte à des problèmes intrinsèques, insurmontables. Si la RDA réussit sur la voie des réformes, la vie ici sera meilleure que de l’autre coté... »
Ces propos, outre leur intérêt comparatif, renferment une profonde conviction. Celle de croire encore fermement dans l’idéal socialiste. Sans quoi, la situation serait pire que pendant la période de blocage, car la nature a peur du vide et du chaos.
COMMUNISME ET PERSPECTIVE HISTORIQUE.
Enfin, une dernière observation porte sur le communisme et l’histoire. Le philosophe A. Glucksman affirme que sortir du communisme, c’est rentrer dans l’histoire comme si celui-ci est ahistorique.
aLe socialisme n’est pas né du néant ; il est issu des entrailles du capitalisme. Il est venu pour répondre à un idéal. Il voulait faire aux peuples, l’ayant appliqué, l’économie de l’étape sanglante _qu’on oublie souvent_ qu’a connue le capitalisme durant le 19ème siècle. Mais une application dégénérée a donné un résultat peu enviable. Il s’agit aujourd’hui, d’apporter les réformes qui s’imposent. La conviction est déjà faite sur cette nécessité dans les sphères de pouvoirs dans la majorité des pays socialistes.
Les divergences portent sur le rythme à suivre entre les tenants du changement de Tous Et Maintenant et ceux qui appellent à la prudence pour éviter les dérapages.
Tout le monde doit se convaincre que les évolutions de société ne peuvent être le fait de décrets et de décisions administratives. L’envie et l’aspiration au changement ne doivent pas faire oublier le temps qu’il exige. Les impatients risquent de rater le coche et les conservateurs de regretter d’avoir ignoré une vérité universelle : on ne peut continuer à verrouiller indéfiniment des situations par la force dans un carcan supposé hermétique et indestructible. La loi de la nature est le changement ; ceux qui s’attachent aux situations acquises ne peuvent l’empêcher.
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(1) (NDRL) Nous publions dans notre «tribune de discussion» la contribution de notre camarade Abdelmoughit Benmassaoud Tredano, enseignant à la faculté de droit de Casablanca et collaborateur du journal « Al Bayane ».Le point de vue du camarade Trédano, tel qu’il est publié aujourd’hui, est en fait, la réunion de deux articles adressés au journal en octobre 1989 et dont la parution avait été différée, avec l’accord de l’auteur lui-même. Réunis, ces deux textes invitent le lecteur à réfléchir sur l’évolution qui affecte et affectera le champ des relations internationales, du fait des profondes mutations en cours dans les pays de l’Est européen.
Ecrit et envoyé au journal Al Bayane le 04/10/1989.





قراءة تفكيكية لمصطلح (المقاومة) وعلاقته بالممارسة   


د. إبراهيم أبراش 


يبدو أن الأمور تنزلق بوعي أو بدون وعي لتجريم المقاومة بشكل عام دون التمييز بين الحق بمقاومة الاحتلال كحق مقدس ما دام الاحتلال قائماً ،من جانب ،وممارسة المقاومة من طرف البعض بطريقة ملتبسة وخارج السياق الوطني العام وأحياناً لغايات حزبية ومصلحية تسيء للمقاومة وللوطن ،من جانب آخر ،وهنا لا نتحدث عن تجريم المقاومة من طرف تل أبيب وواشنطن ودول أوروبية بل أيضا انتقادها وحتى إدانتها من طرف أنظمة عربية وكُتاب ومثقفين عرب وفلسطينيين .
 ما جرى في جنوب لبنان بين حزب الله وإسرائيل من مواجهات محدودة ومضبوطة بحيث كان كلا الطرفين معني بعدم التصعيد ووصول الأمر إلى مرحلة الحرب المفتوحة ،يشبه ما يجري على حدود قطاع غزة من مواجهات محدودة بين فصائل المقاومة وجيش الاحتلال ومحاولة الطرفين أيضاً عدم الانزلاق لحرب مفتوحة ،وفي الحالتين صرحت المقاومة أنها سترد على أي عدوان إسرائيلي عليها ،والسؤال الذي يفرض نفسه وماذا لو لم تعتدي إسرائيل على لبنان وخصوصاً على حزب الله ،ولم تعتدي على قطاع غزة ومواقع المقاومة ؟ .
ردود الفعل المؤيدة والمعارضة سواء لسلوك حزب الله أو لسلوك المقاومة في قطاع غزة تستحضر موضوع المقاومة من حيث المفهوم ومن حيث الوظيفة والدور ويحتاج الأمر لتفكيك المصطلح بناء على الممارسة وليس مجرد تفكيك لغوي خالص .
فهل انتقال حركات المقاومة من استراتيجية الهجوم لتحرير الأرض المحتلة إلى استراتيجية الدفاع عن نفسها وعما بحوزتها من مناطق نفوذ يدخل في سياق مفهوم ووظيفة المقاومة كحركة تحرر وطني ؟ ،وهل إن المقاومة خرجت عن سياقها ومفهومها الأصلي وتحولت مجرد أداة لتحقيق مصالح حزبية أو أجندة خارجية ضيقة وبالتالي يجب وقفها كما يقول المنتقدون والذين وصل بهم الأمر لدرجة تجريمها ؟أم أن للمقاومة وظيفة ودور وطني وقومي وديني لمواجهة حالة الاستسلام والتطبيع وللحفاظ على إرادة الصمود والممانعة ؟.
في سياق التعريف اللغوي والاصطلاحي فإن المقاومة أو حركة المقاومة تعني حركة شعبية لمقاومة الاحتلال تهدف للحرية والاستقلال وتندرج في الفقه والشرعية الدولية في سياق حق الشعوب بتقرير مصيرها والدفاع عن نفسها ،وفي السياق التاريخي لظهور مصطلح المقاومة فإن كل جماعة حملت اسم المقاومة كانت حركة تحرر وطني في حالة اشتباك مع جيش الاحتلال ،سواء سمينا هذه الحالة بالعمل الفدائي أو حرب التحرير الشعبية أو حرب العصابات والمغاوير أو العمل الجهادي .هكذا كان الأمر بالنسبة لحركات التحرر في أوروبا في مواجهة الاحتلال النازي ،أو حركات المقاومة في بلدان العالم الثالث ضد الاستعمار كجبهة التحرير الفيتنامية وجبهة التحرير الجزائرية ،وحركة المقاومة اللبنانية عندما كانت إسرائيل تحتل مناطق في جنوب لبنان الخ .
نفس الأمر في فلسطين حيث ارتبط اسم المقاومة بداية بالعمل الفدائي أو الجهادي لتحرير فلسطين ،وكل الأحزاب الفلسطينية حملت أسماء تدل على الربط ما بين المقاومة وتحرير فلسطين ،فمنظمة التحرير الفلسطينية اسمها دال عليها كما أن ميثاقها الوطني –قبل أن يتم تعديله بعد توقيع اتفاقية أوسلو-  أكد على أن هدف العمل الفدائي أو المقاومة المسلحة هو تحرير كل فلسطين ،نفس الأمر ينطبق على الجبهة الشعبية لتحرير فلسطين ،والجبهة الديمقراطية لتحرير فلسطين ،وجبهة التحرير العربية ،وحركة التحرر الوطني الفلسطيني "فتح" الخ ،حتى الحركات الإسلامية كحركة المقاومة الإسلامية والجهاد الإسلامي فإن مواثيقها تؤكد بأن هدفها تحرير فلسطين من البحر إلى النهر .  
وعلى هذا الأساس فإن أية جماعة تحمل السلاح ولا يكون هدفها تحرير أراضيها المحتلة ولا تعبر عن إرادة الجماهير الشعبية تسقط عنها صفة (حركة مقاومة) بما يحمله المصطلح من رمزية بل وقدسية واحترام .لكن في نفس الوقت فإن مفهوم المقاومة لا يقتصر فقط على المقاومة المسلحة بل يمكن للمقاومة أن تأخذ أشكالاً أخرى لمواجهة الاحتلال أو تجمع بين أشكال متعددة كالمقاومة السلمية أو العصيان المدني أو المقاطعة أو المقاومة الثقافية والفكرية الخ ،وذلك حسب خصوصية كل مجتمع وحسب موازين القوى وبما ترتأيه القيادة الوطنية الموحدة للمقاومة .
بالإضافة إلى ما سبق فإن المقاومة لا تأخذ معناها الحقيقي إلا إذا كانت تعبر عن الإرادة الشعبية وتشتغل في إطار استراتيجية وطنية شاملة بحيث لا يجوز احتكار أو مصادرة الحق بالمقاومة من طرف حزب بعينه ،كما سيكون من الخطورة داخل البلد الواحد أن تعلن جماعة أنها حركة مقاومة مسلحة وتمارسها بالفعل بينما بقية الأحزاب وغالبية الشعب لا توافقها الرأي ،كما سيكون من الخطورة ممارسة حزب بعينه للمقاومة المسلحة دون إذن أو على الأقل تنسيق من قيادة الشعب ،سواء كانت حكومة كما هو الأمر في لبنان أو كانت سلطة وطنية وحكومة كما هو الأمر في فلسطين ،والأدهى من ذلك أن يتحول سلاح المقاومة لأداة قمع وترهيب للشعب أو لمحاربة القوى والأحزاب الأخرى .
لا نريد هنا أن نسهب في الحديث عن الحالة اللبنانية ونموذج ومفهوم حزب الله للمقاومة ولجبهة المقاومة والصمود التي يقول الحزب إنها تمتد من حزب الله إلى حماس والجهاد في فلسطين إلى إيران وسوريا والعراق واليمن ، فللمقاومة في لبنان بعض الخصوصية عن الحالة الفلسطينية لأن إسرائيل لا تحتل لبنان الآن ،وبالتالي يمكن أن تندرج المقاومة في لبنان كما يقول حزب الله في سياق المقاومة الدفاعية أو مقاومة التصدي للعدوان أو مقاومة التطبيع والاستسلام الخ ، أما في فلسطين فالأمر مختلف .
في الحالة الفلسطينية وفي قطاع غزة تحديداً لا يجوز أن تتبنى حركات المقاومة استراتيجية المقاومة الدفاعية أي أن مهمتها مقتصرة على مواجهة أي عدوان على قطاع غزة وكأن ما يجري من عدوان واحتلال شامل لكل فلسطين خارج عن صلاحيات حركات المقاومة ،ولأن هكذا قول يوحي بأن هدف حركة حماس ومن يواليها كان منذ البداية "تحرير " قطاع غزة وإقامة دولة أو إمارة فيه ،في هذه الحالة فقط يمكن للمقاومة أن تكون دفاعية ما دام تم انجاز الهدف ! .
المقاومة في قطاع غزة أصبحت حالة ملتبسة ومنفلشة ومقتصرة على مسيرات ومظاهرات وصواريخ عبثية ومسميات هزلية كوحدات الكاوشوك والإرباك الليلي الخ ،مما جعلها ممجوجة ومثيرة للسخرية عندما تضبط إيقاعها حسب زيارة السفير القطري وما يجلب معه أو يعد به من مال ، ومع ذلك لا يمكن تجريم الحق بالمقاومة لمجرد أنه يتم ممارستها بطريقة خاطئة من طرف حركات المقاومة ،كما لا يمكن وقفها أو التخلي عنها لأن حركة حماس تريد ذلك ووقعت اتفاقية هدنة مع إسرائيل .
وأخيرا فإن المطلوب التأكيد على الحق بمقاومة الاحتلال وممارسة هذا الحق في كل ربوع الوطن المحتل في إطار استراتيجية وطنية تضبط مفهوم المقاومة وشكلها ووظيفتها وخصوصاً أن كل المساعي الفلسطينية للتوصل لسلام عادل وصلت لطريق مسدود وتوقف المقاومة في هذه الحالة تعني الاستسلام لمشيئة الاحتلال أو الاعتراف بأن فلسطين ليست محتلة ،مع العمل على تصويب الممارسة الخاطئة التي تزهق أرواح الشباب وتلحق الدمار في قطاع غزة دون أي مربح وطني لا آنياً ولا مستقبلياً ،كما يجب على حركة حماس أن تتوقف عن محاولة مصادرتها لحق المقاومة أو توظيفها لأغراض ومصالح حزبية أو لخدمة أجندة غير وطنية ،وعليها أن تتذكر أنها استنكرت ورفضت مطالب السلطة الوطنية في عهدي أبو عمار وأبو مازن بهدنة مؤقتة واعتبرت المقاومة حق مقدس وممارستها لا تخضع للمساومة ،وأن أية هدنة مرفوضة لأنها تتعارض مع الحق بالمقاومة ،معتبرة الهدنة أو التهدئة قبل زوال الاحتلال خيانة وطنية الخ .    



PATRONAT, POUVOIR POLITIQUE ET AUTONOMIE
Pr.Azeddine Bennis

N’en déplaise à son président, dont les déclarations se succèdent sans convaincre, la CGEM est en crise.
En cause, de graves dissensions internes. Pour faire court, une divergence de fond oppose deux types d ' entrepreneurs : les inféodés - plus ou moins empressés - au pouvoir central d'un côté, et de l'autre les réfractaires, ceux qui luttent pour l'autonomie de la confédération patronale.

Un tel clivage est-il d’apparition récente ?

Ô que non !
Certes, les contingences liées aux faits et aux acteurs ont changé, mais pas le système. 
Autrement dit, les causes structurelles de la crise, elles, demeurent intactes.
Pour s’en persuader, il n’est que de revenir à la chronique ci - dessous.
Il y a plus de vingt ans déjà ; en effet, un certain Hassan Chami, dernier patron militant, pour ainsi dire, se faisait le champion de la cause autonomiste.
A ses risques et périls, du reste, on le sait depuis ....
Et avec un franc-parler et une audace qui paraissent aujourd'hui surréalistes.
Tant l’ancienne gauche, issue du mouvement national, a perdu de sa superbe ..,
Entrant en léthargie, pour ne pas dire dans un coma profond, depuis qu’une certaine alternance dite consensuelle a été " négociée " ...
A.   

B.    30 août 2019
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HASSAN CHAMI 
OU 
LE COURAGE POLITIQUE D’UN GRAND PATRON ?

Pr. Azeddine Bennis


Sur fond d’élections présidentielles imminentes, il y a, comme chacun sait, malaise à la CGEM. Un malaise qui va bien au-delà de considérations purement conjoncturelles, comme certains se plaisent à le souligner. Pour en mesurer l’ampleur, il suffit de rappeler qu’à l’exception d’un seul candidat restant en lice, tous les ex-prétendants, déclarés ou pressentis, ont préféré, après réflexion, déclarer forfait.


Désarroi identitaire

Tirant probablement la leçon des développements inattendus pris par ce qu’il est convenu d’appeler « l’affaire Chami », ils ont vraisemblablement été dissuadés par le coût politique exorbitant et la tourmente psychologique qui s’attachent, on le sait désormais, à la fonction présidentielle. Tout au moins lorsque le président élu – la nuance est de taille- est un homme de caractère et de conviction, au tempérament digne et fier.
En tout état de cause, ce qui est certain, c’est que l’élan qui animait les prétendants à la présidence de la CGEM a été comme brisé, l’enthousiasme ayant fait place à l’incertitude. Une incertitude qui tient au manque de visibilité affectant, dorénavant, l’avenir de la représentation patronale. De ce fait, une sorte de désarroi identitaire se serait emparé des esprits à propos du statut et de la vocation politique future de la CGEM.
C’est dire que l’institution patronale traverse en ce moment, non pas simplement un incident de parcours, mais une véritable crise existentielle. Si l’on préfère les euphémismes, on dira que la confédération est aujourd’hui à la croisée des chemins.

Une mise à niveau concertée

Ce qui signifie, en clair, que l’alternative qui conditionne l’avenir de la CGEM est sans équivoque. De deux choses l’une. Ou la représentation patronale se résigne à endosser le rôle d’une simple caisse de résonance, répercutant sans état d’âme les directives d’une politique économique unilatéralement décrétée par Rabat, pour le meilleur et pour le pire. 

Ou, au contraire, la confédération s’entête à revendiquer, dans le sillage du président sortant, un statut de partenaire exigeant et incontournable. Incontournable dans le choix des stratégies à même de favoriser une mise à niveau concertée de l’entreprise marocaine, fer de lance de notre devenir socio-économique.


En d’autres termes :

·         Ou la CGEM entend préserver les intérêts immédiats de certains de ses membres, et maintenir en l’état des pans entiers d’une économie largement dominée par la culture de la Rente. Et dans ce cas, par opportunisme ou par cynisme, le patronat ne peut que plier l’échine face à un pouvoir politique omnipotent et conservateur.
·         Ou la structure patronale se montre moins corporatiste, plus soucieuse de l’intérêt général à long terme. Et dans ce cas elle s’engage, contre vents et marrées, dans une dynamique volontariste de croissance, contribuant ainsi à jeter les bases d’une économie sans passe droits et sans privilèges, une économie compétitive et moderne
.
Un président qui ne s’en laisse pas compter

Mais dans ce dernier cas, c’est d’une CGEM résolument citoyenne qu’il s’agirait. Le bras de fer avec les pouvoirs publics deviendrait, dès lors, pratiquement inévitable. Ne serait-ce qu’en raison, répétons-le, du conservatisme rédhibitoire des cercles rapprochés du Pouvoir.
C’est à ce dilemme, très vraisemblablement, que Hassan Chami a dû être confronté, tout au long de son parcours à la tête de la CGEM. Exercer son mandat sans faire de vagues et sans prendre de risques, en feignant de croire que tout est pour le mieux dans le meilleur des gouvernances possibles… ; Ou emprunter la voie tumultueuse et semée d’embûches, celle d’un président scrupuleux, conscient de l’importance de la mission qui est la sienne, et qui ne s’en laisse pas compter.
En fin de compte, en décidant de ne pas se laisser dissoudre dans le conformisme ambiant, en prenant le parti de tenir tête, Hassan Chami aura inventé, vis à vis des pouvoirs publics, une nouvelle posture politique. Une manière d’être loyal sans être servile. L’art subtil d’être courtois sans être obséquieux, et sans renoncer à ses convictions. C’est là, soit dit en passant, une leçon édifiante pour nos ex- partis d’opposition. Lesquels donnent l’impression, depuis l’avènement de l’alternance consensuelle, d’avoir abdiqué tout esprit contestataire.
Dans la foulée de la polémique provoquée par cette affaire, ils ont manqué une précieuse opportunité, en tout cas, de renouer avec leur ardeur militante d’antan. Ils auraient pu, de la sorte, contribuer au débat de fond – n’est-ce pas leur rôle – et prendre position sur un sujet presque tabou, chez nous, puisqu’il s’agit, en l’occurrence, des interactions entre gouvernance politique et développement économique.
D’autant que la critique formulée, à cet égard, par le président de la CGEM, lors de sa fameuse « sortie médiatique », en juillet 2005, ne diffère en rien des réformes revendiquées depuis toujours par les partis démocratiques issus du mouvement national. Mais hélas ! Du côté du combat en faveur du bien public, on ne se bouscule plus au portillon. Hassan Chami s’est retrouvé seul, donc, face à l’adversité. Et il continue, du reste, de payer le prix fort de son engagement.

Seul face à l’adversité

Car les hostilités ne se sont pas fait attendre. Négligeons le coup de semonce intempestif de l’ex-ministre de l’Intérieur ; On se souviendra longtemps, en revanche, de la campagne de harcèlement médiatique, orchestrée par les adversaires de la pensée critique et de l’intelligence novatrice, c’est à dire du progrès démocratique et du développement économique.

Une expédition punitive, en somme, menée tambours battants. Et avec une hargne qui rappelle l’inquisition et les procès en sorcellerie des temps médiévaux. Mais venons-en aux faits, que reproche-t-on à Hassan Chami ? Rien, en dehors du fait qu’il a exprimé un avis. Un avis argumenté et responsable. A propos du coût, en termes économiques, des dysfonctionnements de notre Exécutif.

Et qu’il a dit tout haut ce que beaucoup de gens, et non des moindres, reprendraient à leur compte, si le courage était plus équitablement partagé entre les humains. Revenons à ses déclarations. On y chercherait en vain le moindre jugement discourtois à l’égard de quiconque. N’y figurent que des arguments objectivement tirés de la réalité, et rigoureusement articulés. Qu’a-t-il dit, en substance ?
1-    Que la lutte contre le chômage passe par une amélioration conséquente de la croissance.
2-     Que celle-ci est largement tributaire de la création d’entreprises, de leur solidité et de leur performance.
3-    Que pour y parvenir, des décisions politiques importantes doivent être prises. Mais qu’il y a des blocages et des lenteurs.
4-    Que ce qui est en cause, pour expliquer ces dysfonctionnements, ce ne sont pas tellement les équipes ministérielles en place, mais c’est notre système de gouvernance en tant que tel, qui est flou. On ne sait pas qui est responsable de quoi. Ce flou est directement générateur de la faiblesse des investissements.
5-    Conclusion : Tant que le circuit de décision n’est pas connu, on ne peut pas avancer. 

Cela dit, Hassan Chami aurait-il regretté, après coup, des déclarations aussi tonitruantes, comme certains l’ont laissé entendre, et fait, pour ainsi dire, amende honorable ? Pour lever toute ambiguïté, à cet égard, le président sortant commente, nuance, persiste et signe. (Interviews accordés à plusieurs journaux, au cours du mois de mai dernier)

Il lève les yeux au ciel …

-       « Pour moi, dit-il, la gouvernance, c’est exercer le pouvoir dont on est investi et ne pas ouvrir un parapluie chaque fois que l’on veut prendre une décision «  …. » Je crois qu’il y a un système de gouvernance oral, et non pas écrit. Quand vous vous adressez à un membre du gouvernement, que vous lui dites qu’il y a une mesure à prendre et qu’il lève les yeux au ciel, cela veut dire qu’on ne veut pas exercer ses fonctions. C’est ce que je voulais dire en parlant de gouvernance. »
-       « Si l’institution patronale ne dit que ce que le pouvoir veut entendre, elle ne serait pas crédible. Toutes les structures domestiquées finissent par ne plus rendre service. Ce sont celles qui savent dire non qui peuvent rendre service. » Et puis, pour couronner le tout, cette observation sans concession, d’une savoureuse ironie : « Moi, j’insiste qu’il est de l’intérêt du développement économique du Maroc d’avoir une CGEM forte et indépendante !.... »

Ce vœu a-t-il des chances d’être exaucé lors du prochain mandat ? A lire les déclarations récentes (au quotidien L’Economiste) du candidat unique à la présidence, on a de fortes raisons d’en douter. Jugez plutôt : « Sous quels cieux un entrepreneur gagne-t-il à être en mauvais termes avec les pouvoirs publics… » Et plus loin «  .. La CGEM doit œuvrer pour établir une relation sereine et mature avec le pouvoir ». Sans commentaire. Ou plutôt si, en deux mots. Monsieur Chami, vous nous manquerez cruellement.

Cress Revue

{picture#http://store4.up-00.com/2017-07/149982714684611.jpg} Revue marocaine des sciences politiques et sociales, Dossier "Economie politique du Maroc", volume XIV, Hors série. Les auteurs du volume n'ont pas hésité ... {facebook#http://facebook.com} {twitter#http://twitter.com} {google#http://google.com} {pinterest#http://pinterest.com} {youtube#http://youtube.com} {instagram#http://instagram.com}

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