avril 2020



AUX ORIGINES DE LA MONDIALISATION: LE CONTENEUR ?


Professeur de science politique et de géopolitique

Université Mohamed V. Rabat.


A la faveur de la pandémie COVID19, ils sont nombreux ceux qui  commencent  à remettre en cause la mondialisation. 

Ce n’est pas nouveau. Mais le nombre de contestations se multiplie et se généralise  dans le monde ; en témoignent  les révoltes que connaissent plus de 25 pays dans trois continents.

Au fait, d’où vient-elle ? 

COMMENT S’EST-ELLE IMPOSEE A NOUS ? 

Voilà 30 ans déjà que le phénomène de la mondialisation a commencé à poindre dans les différents espaces d’échanges.

Les facteurs  favorisant  cette mondialisation sont relativement connus.

En effet,  il fallait un pays pour être l’atelier du monde, la Chine l’a assuré.
Il fallait aussi une  ferme mondiale ; les puissances agricoles, les USA, Australie, l'union européenne, le  canada.., le Brésil et d'autres, ont répondu aux besoins de la planète.

Il fallait enfin, la mobilité des finances, des hommes  (pour certains avec visa) et de l'information .Les satellites et surtout  des autoroutes de câbles  sous-marins  ont rempli la tâche.


Néanmoins, tous ces facteurs réunis ne pouvaient, à eux seuls, faire la mondialisation. C’est bien un  " machin", une "boîte métallique" : le Conteneur C’est lui qui en fût le catalyseur.

Peut-être qu'on pourrait rajouter le rôle d'un réseau de câbles enfouis dans  les mers et les océans ; en effet ,  grâce à un million de km de câbles sous-marins qui assurent 99%des télécommunications intercontinentales [1], la mondialisation s’est progressivement imposée .

Mais L'INTENSIFICATION des réseaux de câbles  est relativement récente comparée au conteneur qui est un peu plus ancien. 

Il remonte à 1956. Cette innovation revient à l’américain Malcolm  Maclean.
Cette boite métallique  a bouleversé toute  la logistique mondiale ; quelques  chiffres édifiants :

« La flotte mondiale conteneurisée est passée du simple au double de l'année 2000 à 2018. Elle s'élevait il y a dix-huit ans à 2.617 navires. En 2018, en répertorie 5.192 aujourd'hui» [2]
Un gros porte-conteneurs peut transporter  jusqu’à 18 000 boites (chiffres 2016) [3].  On relève aussi  que   le transport maritime  c’est 90.000 navires (dont plus de 5000 porte –conteurs)  et 10 milliards de tonnes par an[4].

Les porte-conteneurs sont passés, au niveau de leur capacité, de  10 000 EVP [5] en 2000 à 20 000 EVP  en 2015 (chiffres 2015). [6]

Alors qu’en 1956, le premier bateau de   l’américain Malcolm  Maclean ne dépassait pas 58 boites[7] !!


CE QU'IL A APPORTE.. CE QU'IL A PERMIS

Grâce à sa commodité- on peut  le placer  sur un bateau, un camion et sur un train- ;  le conteneur  fait gagner aux exportateurs et aux importateurs un temps précieux.   

Il a réduit le temps et l’espace et les coûts ; ainsi,  il a mis à la disposition de tout le monde tous les produits du monde.

Ce machin ne pouvait à lui seul   renforcer  le processus de mondialisation.

Pour élargir la mondialisation qui existait déjà - mais seulement entre pays capitalistes - il fallait d'autres facteurs. 

Il fallait en effet la survenance de  l'effondrement de l'Est (1989, 1990,1990) qui a fait que la mondialisation qui  était cantonnée dans une aire géographique limitée est devenue mondiale (si on peut se permettre un tel pléonasme) .

La mise en place de l’OMC en 1995.., a constitué l'arène  pour cette compétition internationale et le cadre régulateur pour ces échanges. 

Tout cela a  permis de réduire le temps, l'espace et les coûts  et sortir des millions  d’humains de la pauvreté... 

Mais à quel coût ? 

Revers de la médaille : détérioration de l’environnement, extinction de plusieurs espèces et à moyen terme, un risque majeure quant à l’avenir de l’espèce humaine.

En effet, si  cette tendance continue, le destin de l'humain serait posé. 

Face à cette menace qui pèse sur lui  comme une épée de Damoclès, certains  estiment que les mers et les océans pourraient constituer la planche de salut !! 

27 mars 2020


Prochaine livraison. 

L’humain : entre extinction et survie

****************

Notes :  

1* Cyrille O. Coutansais  (sous la direction de) « La terre est bleus .Atlas de la mer au XXI ème  », p .42.
5* « EVP : Abréviation française pour Équivalent Vingt Pieds (TEU en anglais : Twenty-Foot Equivalent Unit). Unité de mesure pour exprimer une capacité de transport en multiple du volume standard occupé par un conteneur 20 pieds (6 m). Par exemple, un PC de 1500 EVP désigne un navire porte-conteneurs d’une capacité équivalente à 1500 conteneurs de 20 pieds ».http://geoconfluences.ens-lyon.fr/glossaire/evp
6*Op.Cit.







                             





L'Etat, le Rif et le reste Pr. Abdelmoughit B. TREDANO | la revue ...


LES PREMIERES LEÇONS DE LA CRISE : UN AUTRE MONDE A IMAGINER ET A CONSTRUIRE
  
Professeur de science politique et de géopolitique
Université Mohamed V. Rabat



Albert Camus, prix Nobel de littérature (1957) disait dans son discours à l’occasion de la  réception qui lui était dédiée :   
"Chaque génération, sans doute, se croit vouée à refaire le monde. La mienne sait pourtant qu’elle ne le refera pas. Mais sa tâche est peut-être plus grande. Elle consiste à empêcher que le monde se défasse"  
La tâche des jeunes générations, présentes ou futures, consiste à faire tout ce qui est possible pour éviter le chaos ; il est pour demain !!  Sans jouer  aux  Cassandre, cette situation relève d’une   réalité  plus que probable.
La réflexion doit  se focaliser, entre autres,  autour des préoccupations suivantes : (approche sous l'angle de la géopolitique mondiale) 
Dire que la situation du monde ne serait plus  comme  avant le coronavirus  est une lapalissade.

UNE NOUVELLE ORGANISATION DU MONDE
1.      Au niveau individuel, du groupe et de la nation, l'individualisme est censé s'émousser et la solidarité gagner en profondeur... 
2.      La notion de l'unicité de l'humain et de son destin commun doivent interpeller l'insouciance d’avant …
3.      L'organisation du monde sur tous les plans, doit être repensée dans le sens de moins de mondialisation, plus d'Etat-nation et surtout la réhabilitation de l'Etat providence.

 Et moins d'idéologie productiviste, ultra libérale initiée depuis début des années 80 (Margaret Thatcher et Ronald Reagan) ;  L'ère du monde fini a  déjà commencé, suivant la fameuse  phrase  de Paul Valéry  (1930..).

*         L'idée de la gestion commune du monde s'impose plus que jamais, tout en évitant la formule de Jacques Attali d’un gouvernement mondial dont la finalité n’est pas au-dessus de tout soupçon.
*         Les rapports entre les Etats doivent connaître plus de coopération et moins de confrontation (Gorbatchev dès 1986 : la fameuse maison commune).  
*         L'organisation du monde en plusieurs puissances mondiales avec coexistence de puissances régionales chargées concomitamment d'assurer la sécurité et la coopération dans leurs régions respectives…  
*         Un monde à la Georges Orwell (sous sa forme chinoise ou nord-coréenne) doit faire l’objet d’un débat (entre efficacité des régimes autoritaires et la fragilité des régimes démocratiques face aux crises) et céder, peut-être, le pas à un monde où la confiance et la sérénité doivent prévaloir.

LE TEMPS DE RÉFLEXION


*Le temps de réflexion est venu pour penser le destin de l'homme en dehors de l'idée du progrès, du moins tel qu’il est conçu et perçu présentement, en rapport avec la Modernité contemporaine.

En dehors de l'idéologie productiviste…

En dehors de la compétition internationale effrénée et sans limites.

 A  TOUTE CHOSE MALHEUR EST BON !!

 Si la crise  peut avoir une vertu   c’est celle de permettre à la planète une certaine pause.

Ce que le GIEC (Le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat,) et   les écologistes n’ont pas pu imposer aux décideurs politiques économiques et financiers, la crise liée à cette pandémie est en train, en partie, de le réaliser !!!.

Apparemment, l’air de la ville de Wuhan commence à être respirable ; et l’eau des canaux   de Venise est ; semble-t- il, plus transparente !!

Toutefois, la crise ne fait que commencer ; l’effondrement des bourses, la chute du prix du pétrole, sur un fond de guerre entre les puissances, et d’autres signaux plus ou moins graves …  ne sont que la partie  visible de l'iceberg.

Une nouvelle organisation du monde doit être envisagée et  de nouveaux modes de production  et de répartition de richesses   doivent être recherchés  et appliqués.

Ce n’est pas un luxe mais  un choix incontournable  et peut-être  salvateur.

Le choix entre l’extinction de l’humain  et sa survie  est désormais posé.

Ça peut paraître  anxiogène et excessif, mais le chaos est là. 

Les membres du club de Rome l’avaient prédit il y a de cela  50  ans   ; ils étaient pris pour des farfelus. La réalité du monde aujourd’hui leur donne raison.

Le temps de la sagesse de l'homme est désormais venu. Ce n'est pas une utopie mais une nécessité impérative.

Le philosophe français d’origine roumaine   Emil Cioran disait : "un monde sans  utopie devient à la  longue irrespirable

En guise de synthèse 

 Une lapalissade : l’organisation du monde ne sera plus comme avant

Ce que cette pandémie pose comme défis et ce qu'on peut tirer comme leçons, à la lumière de ce qui  précède :

1. Différence d'efficacité face au virus qu’on soit dans un pays démocratique ou autoritaire ; le choix est cornélien !!
Un peuple habitué à la pratique" démocratique" n'est pas préparé pour se priver facilement de ses libertés..

2. Le mode économique, production et de distribution des richesses, doit être totalement revu.
Une remise en cause de la mondialisation est plus qu'impérative voire salutaire.
Les politiques, les décideurs économiques et financiers vont-ils se convaincre de cette nécessité?
Il y a fort à parier que l'amnésie soit, après la fin de pandémie, de mise.
Ils oublient que les réserves stratégiques en équipements sanitaires (masques et appareils respiratoires, en molécules disponibles..) aussi importantes que celles pétrolières ou de tout autre.
L'Europe et le monde découvrent qu'ils dépendent, tous, de la chine
La souveraineté économique ou souveraineté tout court est en cause...

3. Remise en cause de la mondialisation suppose un début de relocalisation et de réindustrialisassions ; une économie circulaire, écologique solidaire, coopérative (SICOP) et de proximité, doit être réhabilitée...

4. L’organisation du monde par groupes régionaux doit être adoptée parce que aucun état ne peut se suffire à lui seul sauf les Etats continents et encore...

5. La solidarité entre les peuples et les Etats, dans des moments de crise planétaires, est un impératif catégorique.
L'Italie a plus trouvé du soutien chez les Chinois, les Russes et les Cubains que parmi ses partenaires européens !!!

6. La configuration géopolitique mondiale va complètement être chamboulé .Les signaux relevés depuis, au moins 2003, se précisent ; L’EUROPE S’EFFRITE, L’ AMERIQUE PATAUGE ET L’’ASIE S’AFFIRME
L’alliance atlantique connaîtra un certain effritement pour ne pas dire plus ; ça a déjà commencé en 2003 par le refus de l’Europe (sauf RU et l’Espagne d’Aznar) de s’aligner sur les USA ça s’est manifesté encore une fois à l’occasion du retrait américain de l’accord nucléaire avec l’Iran.

 L’absence de solidarité avec l’Italie  et l’engagement chinois, russe et cubain …auprès de Rome  (Il est vrai  que les Allemands et surtout  Français étaient dans  la même galère avec  des degrés différents)  va  interpeller tous les dirigeants européens
En effet, cet épisode va laisser des traces indélébiles.  

L’Europe sera  obligée  de s’organiser(en dehors de l’alliance qui est en fait une véritable  tutelle américaine  sur le continent)  ou de périr.
Contrairement à l’alliance atlantique, le regroupement  asiatique (surtout  entre Chinois, Russes et Iraniens…) va sortir  consolidé  avec tout le processus  entamé depuis plus de 10 ans entre eux et d’autres   sur le $ , le instituions financières et bancaires…

.8. Sur les critères de puissances : le développement global et  les moyens militaires ne suffisent plus pour assurer la souveraineté et  la sécurité d’une  puissance si elles ne sont  pas confortées  par une AUTOSUFFISANCE  DANS LES PRODUITS STRATÉGIQUES   ( l’équipement sanitaire  est apparu plus  déterminant  que des missiles ou  les blindés et autres ..) La relocalisation et une nouvelle économie  solidaire, circulaire, et écologique  vont surement s’imposer aux décideurs  après la crise.

9. A la suite de chaque cataclysme géopolitique mondial, il y a nécessité de construire un ordre international nouveau.
Ça été le cas après 1945 et 1989..
Avant, c'était un monde des vainqueurs pour les deux situations.
Aujourd'hui, il faut le faire ensemble;  l’idée de la coexistence des puissances régionales et internationales est une piste et un gage de garantie devant éviter la domination des puissants.
10. La coopération internationale doit être effective et non pas seulement comme un slogan qu'on agite dans tous les forums internationaux et ce pour pouvoir affronter efficacement des situations de crise telle que celle que nous vivons actuellement. Désormais, tout est mondial ! En attendant une "démondialisation "
11. La culture de la paix et de tolérance doit s'installer ; ce n'est pas pour sacrifier à une mode mais elle doit relever des conditions fondamentales et incontournables de vie collective des peuples et des États dans monde difficile et complexe.
Tout cela suppose une nouvelle organisation du monde.

Cress Revue

{picture#http://store4.up-00.com/2017-07/149982714684611.jpg} Revue marocaine des sciences politiques et sociales, Dossier "Economie politique du Maroc", volume XIV, Hors série. Les auteurs du volume n'ont pas hésité ... {facebook#http://facebook.com} {twitter#http://twitter.com} {google#http://google.com} {pinterest#http://pinterest.com} {youtube#http://youtube.com} {instagram#http://instagram.com}

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