CONTESTATIONS ET RÉVOLTES POPULAIRES, QUESTION DÉMOCRATIQUE ET IMPÉRATIF De DÉVELOPPEMENT Pr. Abdelmoughit B. TREDANO




Une émission de France 24 sur la contestation populaire interdite ...
CONTESTATIONS ET RÉVOLTES POPULAIRES, QUESTION DÉMOCRATIQUE ET IMPÉRATIF De DÉVELOPPEMENT
Professeur de science politique et de géopolitique
Université Mohamed V. Rabat.
Pourquoi la réforme du politique est-elle un préalable incontournable pour le développement ?
I- D’ABORD L’ACTUALITÉ L’IMPOSE
Argentine, Algérie, Bolivie, Colombie, Chili, Guinée Conakry, Congo démocratique, Equateur, Ethiopie, Érythrée, Guinée Conakry, Liban, Irak, Syrie et le Yémen (en relation avec les conséquences du printemps arabe et les ingérences étrangères), Venezuela, Soudan, Soudan du Sud,… Durant cette année 2019.
Hong-Kong, Catalogne...Aussi. Avec une motivation plus autonomiste et /ou démocratique que dictée par des besoins socio-économiques.
Partout les peuples se révoltent, y compris dans les pays développés
Ex : Même dans les pays du Nord développé : le phénomène des gilets jaunes en France
Et aussi dans d’autres contrées moins médiatisées.
Les causes de la révolte
1. Les déclencheurs
*        Autonomie ou indépendance (Catalogne, Hong-Kong…)
*        Transition : refaire des mandats en dehors de la constitution
*        Mauvaise gestion ou gestion au profit des élites et des minorités aisées (les détenteurs du pouvoir, de l’avoir et du savoir)
2. Les causes structurelles
*        La crise du politique
*        Les modèles de développement inadaptés
*        L’ingérence étrangère
II- POURQUOI DONC LE POLITIQUE D’ABORD ?
Manager, déconcentrer, décentraliser c’est nécessaire mais pas suffisant.. Ça vient après, si le cadre politique n’est pas réformé au préalable.
III. Pourquoi donc le politique d’abord ?
Trois (3) autres raisons essentielles
*        La question du politique n’est pas réglée ; en effet la crise du politique persiste aussi bien dans les pays du Nord que dans l’hémisphère Sud. Quels sont les facteurs de la crise du politique et les modalités de dépassement ?
*        La question du développement est toujours posée pour des dizaines de pays en Afrique, en Asie et en Amérique latine. Quelles sont les conditions de développement ?
Les expériences des pays émergents de l’Asie méritent d’être étudiées et peuvent constituer une source d’inspiration.
*        La manière de gérer les biens, les hommes et les finances est autant problématique que les 2 premières.
Bref, les 2 cadres et modalités du vivre ensemble sont contestés : démocratie et capitalisme ultralibéral.
Contrairement à la fameuse formule de F Fukuyama qui considérait que le capitalisme et la démocratie sont indépassables
En effet, la démocratie comme instrument et espace politique est contestée.
Et le capitalisme comme mode de production, de gestion et de distribution des richesses est de plus en plus remis en cause.
LE RETOUR DU BALANCIER
LE RÔLE DE L’IDÉOLOGIE ET LA BATAILLE DES IDÉES
Imaginez que durant 40 ans, le discours marxiste a disparu de la littérature politique et économique.
Depuis 40 ans, la structure de l'économie mondiale détermine l'idéologie et la culture dominantes.
Et ce, depuis l’arrivée au pouvoir de R. Reagan M. Thatcher. Le discours managérial, méritocratique et de l'efficacité économique a dominé et domine encore.
Mais la contestation de cette idéologie commence à prendre forme.
On est, en effet, à la veille d'un retour du balancier…
Les inégalités au sein de chaque nation et entre les nations sont devenues trop criantes, voire explosives... Ça ne peut continuer de la sorte.
LES PREMIÈRES CRITIQUES
Celles du sérail du monde capitaliste : 3 types de critiques
Il s’agit de la critique de la gestion des biens, des hommes et des finances
-        Frédéric Beigbeder dans son ouvrage "99 F ", publié en 2000 déjà, a mis à nu la cuisine interne du marketing et de la gestion des biens.
-        Jordan Belfort, quant à lui, dans son "Le loup de Wall Street" , sur la gestion des finances et des banques, s’est appliqué à dénoncer ce monde devenu fou: « Ils se croyaient devenus maîtres de l’univers » disait-i !!! (p.11)
La crise des subprimes de 2007/2008 a montré les limites du système néolibéral. Et malgré cette crise, les décideurs du monde s’entêtent à faire la même chose, sur la même voie.
Jusqu’à quand ?
-        La 3ème critique porte sur la gestion des hommes.
Une ancienne lauréate de HEC Paris, Florence Noiville a descendu en flamme le type d’enseignement dispensé dans les écoles de commerce. Elle l’a fait dans un opuscule intitulé (2009) : "J’ai fait HEC et je m’en excuse". Tout un programme ! Tout est dit.
Sa critique principale est déclinée en deux questions clefs :
1.    Quelle est la part de responsabilité des grandes écoles de commerce dans les désordres actuels de l’économie ?
2.    Comment ont-elles pu ne pas percevoir les nombreux signes annonciateurs d’un modèle capitaliste en plein déraillement ?"
Ces auteurs ne sont pas les seuls à critiquer un système devenu aveugle, mais ils ont au moins l’intérêt de l’illustration.
Il faut attendre 2018 pour que l’auteur de la « Fin de l’histoire » revienne à une position plus nuancée par rapport à son idée relative au caractère indépassable du capitalisme !! Bien plus, il a été jusqu’à dire que Marx avant raison.
La dernière critique vient d’un économiste dont les 2 derniers ouvrages ont eu une grande résonance.
THOMAS PIKETTY : LES INÉGALITÉS FONDÉES SUR L’IDÉOLOGIE
L'ouvrage de Thomas Piketty, "Capital et idéologie" tombe à point nommé
Sa recherche porte sur les inégalités dans l'histoire des sociétés et comment en sortir, et propose aussi des alternatives.
Lui aussi, même s'il critique le marxisme et le livre le capital qu'il trouve confus, remet en cause le capitalisme néolibéral.
Et cela à travers 3 idées clefs :
1.    "les inégalités ne sont pas une fatalité, elles doivent être combattues sur les plans idéologique et politique"
2.    "Les inégalités sont le fruit d’une construction idéologique qui les maintient dans la durée"
3.    Et pour réduire les inégalités, il importe, entre autres, de réformer le système éducatif.
Selon T. Piketty en effet," la variable la plus déterminante pour comprendre les écarts de prospérité entre les nations est l’égalité éducative"
Elle est le moteur du développement

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Ci-après un article publié il y a 30 ans (Le 20/12/1990) qui posait la question démocratique et son rapport avec le développement. Depuis, la situation dans les pays du Tiers monde (à l’exception de certains pays d’Asie et d’Amérique latine émergents) n’a pas changé d’une manière notable :
TIERS-MONDE : ENTRE LA NÉCESSITÉ DÉMOCRATIQUE ET L'IMPÉRATIF ÉCONOMIQUE
Depuis quelques temps, et ce, à la faveur des mutations qu'a connues l'Europe ex-socialiste, une grande partie des Etats de l'Asie et de l'Afrique commence à faire son premier baptême du feu en matière démocratique.
Ici et là, on découvre, généralement sous la pression de la rue, les vertus de la démocratisation du système politique et l'urgence d'une telle option.
Quelle démocratie ? Et quelles sont les conditions pour y parvenir… ?
Il est établi que la démocratie, telle qu’elle est vécue et pratiquée en Occident semble constituer une référence incontournable. Est-t-elle transposable et dans quelles conditions ?
L'état d'avancement que connait l'art de gouvernement en Europe occidentale est le fruit d'une longue sédimentation... Un faisceau de facteurs religieux (Réforme), culturels (Renaissance) politiques (Révolutions anglaise, américaine, française) avec son corolaire quant à la promotion du statut de l'homme, techniques (révolution agricole, industrielle...) a fait que le système de gouvernement est ce qu'il est aujourd'hui dans la partie occidentale au Vieux Continent.
Ce processus enclenché et vécu de l’intérieur n'a pas eu lieu dans la majorité des Etats du Tiers monde en raison de la parenthèse coloniale.
Au lendemain des indépendances, des régimes politiques variés y ont été pratiqués ; dans la majorité des cas, et cela aussi bien dans des Etats à coloration libérale que ceux d’obédience socialiste, l’option pour le parti unique constituait la règle quasi générale.
LA POTION DÉMOCRATIQUE
Si on pouvait comprendre les motivations faites durant les premières années des indépendances, consistant à refuser le multipartisme démocratique en raison de la nécessité de consolider des Etats fragiles (au niveau politique, historique et juridique), de créer ou de renforcer des nations en tant qu’aspiration et conscience collectives, aujourd’hui, il n'st plus possible d'en admettre le bien-fondé.
Subrepticement, une idéologie sécuritaire, s'est emparée des différentes élites au pouvoir, et l'Etat au lieu de servir, il se sert ...
Au point qu'après quelques années de gouvernement des pans entiers, des sociétés civiles se sont trouvés en marge du processus de la conception, de l'élaboration et de l'exécution de décisions les concernant, et par là, privés des bénéfices des richesses nationales ...
Cette option a connu ses limites depuis quelques années déjà. Et les changements en Europe en 1989-90 n'ont fait en réalité, que mettre à nu une impasse fortement ressentie par l'ensemble des populations ...
Dans la foulée, des reconversions successives à la potion démocratique sont relevées dans des Etats d'Afrique et d'Asie. L'Amérique latine, quant à elle, avait globalement déjà enterré d'une manière plus ou moins heureuse, l’ère des dictatures militaires.
CETTE OPTION DÉMOCRATIQUE EST-ELLE POSSIBLE ?
Se fera-t-elle sans douleurs ?
Pour réussir cet examen de passage démocratique, des réformes préalables paraissent plus qu'impératives. Et pour le garantir, il n’est plus possible d’ignorer la nécessaire liaison « démocratie – développement ».
Les ingrédients d’un système dit démocratique à l’occidentale sont suffisamment connus pour s’y attarder. En plus de la séparation des pouvoirs, l’exercice du pouvoir par le biais d’élections réellement libres et honnêtes. La possibilité d’alternance au gouvernement…, le tout pratiqué dans le cadre d’un Etat de droit.
Il est vrai que celui-ci ne décrète pas en un seul instant. En Europe occidentale il s’est imposé comme cadre de gouvernement avec des règles de jeu conçues, admises et pratiquées par et les gouvernés et les gouvernants au terme d’un long processus.
Les sociétés et les Etats du Tiers-monde ont, à ce niveau-là, accusé un retard historique constituant un handicap sérieux. Il n’empêche que l’insuffisance de la règle de droit en tant que source de légitimité et en tant que référence et sanction n'hypothèque pas pour autant leur itinéraire démocratique.
NETTOYER LES ÉCURIES D'AUGIAS
Pour ce faire, une stratégie de réformes et de changement tous azimuts devrait s'y appliquer.
Pour commencer, il faudrait que les différentes élites au pouvoir acquièrent la nécessité et la conviction d'agir dans la perspective de la mise en place au terme d'un processus de réformes d'un Etat de droit effectif.
Il est révolu le temps où les différentes classes sociales par le biais de leurs représentations politico-syndicales, se positionnaient, s'activaient pour 1e monopole du pouvoir.
Aujourd’hui, ne serait-ce qu’en raison des défis du développement posés à leurs pays, il n’est plus possible de n’exclure aucune force sociale dans tout exercice de pouvoir.
Des réformes politiques et juridiques se résument en une application sérieuse et effective des recettes d’un système dit démocratique susmentionnées.
Séparation des pouvoirs, respect des libertés publiques, élections libres… ne peuvent avoir un sens et une portée réelle dans l’édification d’un Etat de droit que si le monde rural, constituant pour le moment un tiers-monde, y est impliqué, associé…
Cela devrait se faire par la mise en place d’une décentralisation politique, administrative, financière et humaine effective, couplée d’une politique de régionalisation non pas d’inspiration sécuritaire mais fondée sur des données physiques, culturelles et économiques ayant comme objectif d’instituer une coopération interrégionale, de renforcer les complémentarités et de réussir une intégration graduelle, réelle au bénéfice des populations concernées.
Garantir la réussite d'une telle option appelle impérativement l’abandon de la politique de « médiocratie ». Associer les compétences et les intelligences dans toute politique gouvernementale est, parait-il, un gage de succès. Il n'est plus possible de continuer à n'impliquer que les cadres, les personnes ayant une certaine affinité avec l’équipe dirigeante ou ayant exprimé une allégeance politique, idéologique, syndicale ou autre surtout à une période où ces clivages cèdent le pas à des considérations de compétitivité, de compétence et d’efficacité ...
Ce choix est d'autant plus nécessaire que toute politique de développement exige plus de la matière qu’une fidélité partisane ou autre. La technologie, la recherche scientifique, bref le progrès tout court, a plus besoin de techniciens (supérieurs et moyens…) que de partisans fervents serviles mais incompétents.
En enclenchant cette série de réformes au niveau politique et juridique… on peut parier que de nombreux maux dont continuent de souffrir les sociétés et les Etats du Tiers-monde telles la corruption, la pratique de prébendes, la bureaucratie, l’incurie disparaitraient ou du moins cesseraient de constituer la règle de conduite courante dans les rapports de société.
Et ce n’est qu’à ces seules conditions qu’une politique de développement peut être menée à bien…
LA RUEE VERS L’OUEST
Le monde occidental prospère et dynamique est à l’ouest des pays ex-socialistes et au Nord des pays du Tiers-monde, mais il est pour les uns et les autres un pôle d’attraction certain…
Il constitue en quelque sorte une espèce d’oasis par rapport à un espace désertique que constituent l’Est et le Sud…
Rapportant une discussion qu’il a eue avec le président américain Kennedy, F.H Boigny disait : « Je ne voudrais pas que la Côte-d’Ivoire devienne une sorte d'oasis de prospérité et de stabilité au milieu d’un désert de pays instables, pauvres. Ce n'est pas l’oasis qui pourrait gagner, en suite, sur le désert, mais le contraire».
Ces propos illustrent la situation actuelle de l’Europe occidentale par rapport à l’Est et au Sud. Et d’ailleurs ce n’est pas un hasard si tout récemment un dirigeant soviétique dirait ouvertement aux Occidentaux: Investissez en Union Soviétique faute de quoi une vague humaine d’émigrants déferlera sur l’Occident et cela après la mise en œuvre des principes adoptés dans la Charte de Paris en matière de la liberté de circulation des personnes dans l’ensemble de l’Europe.
Le Sud, lui aussi, risque de connaitre le naufrage si des mesures urgentes ne sont pas introduites dans l’ordre économique international. L’épisode de Bruxelles dans le cadre des négociations du GATT a bien montré que les principes, notamment la sacro-sainte libéralisation du commerce international, cèdent la place aux intérêts nationaux et européens en matière de produits agricoles.
Au même temps, dans le cadre des politiques d’ajustement structurel, on demande à des économies faibles du Tiers Monde, incapables de se défendre contre la concurrence étrangère, d’ouvrir largement leur frontière. Drôle de logique.
Aujourd’hui, si l’état des rapports entre le Nord et le Sud persiste tel qu’il est, il est à craindre que toute option démocratique risque d’être compromise faute d’un développement socio-économique réel… Plus que par le passé la liaison « démocratie – développement » n’a jamais été aussi forte.
Réussir un processus démocratique ne peut se faire sans développement et celui ne peut être obtenu sans démocratie. Le sauvetage des Etats du Tiers-monde ne peut être réalisé qu’à l’aune du respect de l’équilibre entre les deux éléments de ce diptyque.
Abdelmoughit Benmessaoud TREDANO
Al Bayane , Le 20/12/1990


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