L’intervention Russe de 2015 en Syrie : Les 5 raisons ? Par Abdelouahad GHAYATE


L’intervention Russe de 2015 en Syrie : Les 5 raisons ?
Par Abdelouahad GHAYATE
Doctorant, Etudes internationales et diplomatiques 
Université Mohamed V, Rabat

     La guerre civile syrienne dite aussi « le soulèvement populaire », est un conflit armé enclenché en mars 2011. Elle a débuté dans le sillage du Printemps arabe par des manifestations majoritairement pacifiques en faveur de la démocratie contre le régime baasiste qui n’a pas hésité à les réprimer brutalement. Le mouvement de contestation se transforme peu à peu en une rébellion armée.


Deux blocs se disputent dans ce conflit, les occidentaux, d’une part, constitués des États-Unis, de la Grande Bretagne, de la France, de la Turquie et de leurs alliés arabes tels que (l'Arabie saoudite, le Qatar, la Jordanie et l’EAU ), qui appuient la majeure partie des insurgés ; on peut en citer ,entre autres , l'Armée syrienne libre (ASL), le Conseil national syrien (CNS) et la Coalition nationale des forces de l'opposition et de la révolution (CNFOR, en leur accordant financements et armes.


D’autres part, le régime syrien qui, quant à lui, est soutenu indéfectiblement par l'Iran, qui lui fournit des financements pour contourner les sanctions internationales. Comme il lui a dépêché des officiers du Corps « des Gardiens de la révolution islamique » et des dizaines de « milices islamistes chiites » venues du Liban comme le Hezbollah, d'Irak ou d'Afghanistan. A ce deuxième groupe d’Etats et de mouvements, s’ajoute la Russie qui intervient plus tard dans le conflit comme alliée du Régime Assad.


Mais pourquoi la Russie a-elle attendu le 30 septembre 2015 pour intervenir, directement et subitement dans le conflit, sans aucune phase déclaratoire à l’instar des interventions de la coalition US ? L’on serait tenté de citer probablement deux raisons principales :


        Primo, c’est celle liée à la préparation en matière d’armement ; en effet, la Russie s’est considérée, comme prête pour intervenir ; les stratèges à Moscou considéraient qu’il fallait que l’intervention de la Russe soit efficace et efficiente.


        Secundo, l’intervention Russe cherche à éviter la chute du régime syrien car il est considéré comme le garant de la préservation de ses intérêts au Moyen-Orient.


A vrai dire, la Russie a soutenu le président Assad, mais ce n’était pas en raison d’une obligation envers lui ou vis-à-vis de son pays mais parce que les Russes ont toujours insisté sur le fait qu’il est le président légitime de la Syrie et que seul le peuple syrien a le droit de le remplacer (ou de le garder).
Cette position a aussi l’avantage de mettre en évidence que la Russie soutient ses alliés contrairement aux États-Unis.


A cet effet, Vladimir Poutine aurait donc décidé d’intervenir militairement en Syrie, fin septembre 2015, et en réaction, la coalition dite internationale a envoyé une armada de soldats, d’avions et de navires et a laissé les pays voisins agir en soutenant les groupements armés avec une débauche de moyens.


Quel est l’intérêt pour Poutine aussi bien niveau national qu’international d’intervenir en Syrie ?
Le Kremlin entend atteindre plusieurs objectifs,

Au niveau national
     Essayer de fixer ses propres djihadistes, originaires de la Communauté des Etats Indépendants (CEI), hors de la Russie et de ses frontières et les obliger donc de rester en Syrie et en Irak pour qu’ils ne reviennent pas dans leurs pays d’origines ;
        Dévoiler au grand jour ses compétences militaires et politiques pour se (ré)imposer comme puissance internationale tout en prouvant que le pays peut participer à résoudre une crise internationale et déployer ses forces loin de ses frontières (rétablir la Russie d’avant) ;
        Chercher à consolider le pouvoir en place et à souder la population autour de l’exécutif ;
        Empêcher l’initiative du gazoduc Qatar/Turquie, ralliant l’Europe en passant par la Syrie, et qui vise à affaiblir les exportations du gaz Russe.

Au niveau international :
        La Russie n’a voulu intervenir en Syrie que lorsqu’elle a su que sa puissance militaire aurait un impact significatif sur le terrain et sur la scène internationale et éviter une autre défaite à l’instar de son intervention en Afghanistan ;
        En même temps, la Russie ne cherchera pas arrêter les agressions sionistes en Syrie et faire la guerre contre Israël, parce que la relation entre elle (Russie) et Israël est très complexe et se situe à des niveaux multiples et rien entre ces deux pays n’est vraiment noir ou blanc.

Il n’est pas inutile de rappeler qu’il il existe un lobby pro-Israël puissant en Russie, que Poutine essaie d’affaiblir au fil des années, mais seulement par petites étapes. La clé pour Poutine est de faire ce qui doit être fait pour faire avancer les intérêts Russes mais sans provoquer une crise politique interne ou externe majeure. C’est pourquoi les Russes font certaines choses, mais plutôt tranquillement.



Pour étoffer cette analyse nous allons passer en revue une série de raisons probables pour lesquelles Vladimir Poutine aurait décidé d’intervenir militairement en Syrie.


1) Se protéger d’une attaque salafiste et accroître sa popularité


À la fin du mois d’aout 2015, Vladimir Poutine a affirmé qu’il fallait « détruire les combattants sur les territoires qu’ils contrôlent et ne pas attendre qu’ils arrivent » ; en effet, il a été très clair sur la raison pour laquelle il ordonnait une intervention militaire Russe (très limitée) en Syrie et ce notamment pour protéger les intérêts Russes en asphyxiant, par exemple , différents groupent armés sur le terrain syrien afin de ne pas devoir les combattre ensuite dans le Caucase et/ou dans le reste de la Russie.


C’est dans cette optique que l’intervention militaire Russe en Syrie, participe au renforcement du sentiment national et fait office d’outil politique à l’intérieur comme à l’extérieur du pays.


2) Neutraliser les opposants « modérés » pour renforcer Bachar Al-Assad


À la tribune des Nations-Unies, le président Russe l’a promis, juré, craché : les frappes aériennes ne concerneront que des « terroristes ». Brouillerait-il les cartes pour cacher ses intentions réelles et ne pas désigner son ennemi ? Car en vérité, l’armée Russe ne compte pas s’en prendre uniquement aux « combattants » de l’Etat islamique, mais aussi à ce qu’il reste de l’opposition dite « modérée ». Et ce, pour que Bachar al-Assad demeure le seul interlocuteur crédible en Syrie.


3) Conserver la base navale de Tartous, la seule porte d’entrée Russe au Moyen-Orient


La Russie dispose depuis 1971 d’une installation navale à Tartous, second port syrien situé sur la côte méditerranéenne à environ 160 kilomètres au nord-ouest de la capitale Damas et à 30 kilomètres au nord de la frontière libanaise. Le personnel militaire Russe l’a évacué en 2013 pour des raisons de sécurité mais depuis le printemps 2015, cette base navale a repris une importance stratégique.


L’armée syrienne a connu de sérieux revers face aux assauts de l’Etat islamique entre mars et avril 2015 et n’était plus en capacité d’assurer la sûreté de Lattaquié. Cette ville abrite le plus important port syrien et une base aérienne permettant aux Russes d’acheminer du matériel militaire. A cet effet, si Bachar al-Assad perd le contrôle de Lattaquié, Vladimir Poutine perdrait par conséquent celui de Tartous. Ce port est le seul point de ravitaillement de la marine Russe en mer Méditerranée et l’unique porte d’entrée militaire vers le Moyen-Orient. Moscou n’abandonnerait pour rien au monde cette forteresse et c’est pour éviter ce scénario catastrophe que la présence militaire Russe y a été renforcée et que l’intervention a eu lieu.


4) S’imposer comme une puissance incontournable au Moyen-Orient


Après avoir déstabilisé l’Afghanistan, pillé l’Irak et détruit la Libye - ces guerres étant largement responsables des conflits actuels – l’armée américaine pensait sûrement pouvoir transformer l’essai en Syrie et s’accaparer les multiples ressources de la région. C’était sans compter sur l’authentique soutien populaire envers Bachar al-Assad et la fidélité de ses alliés Russes et iraniens.


La réaction virulente de Vladimir Poutine (coup d’état pro-occidental en Ukraine 2013) était une manière d’avertir l’administration américaine et ses alliés que le temps de la passivité est fini. Désormais, la Russie répondra à chacun des coups de pression occidentaux exercée contre ses intérêts en « faisant monter la tension sécuritaire d’un cran sur le terrain, contraignant les Etats-Unis à mesurer les risques d’un choc frontal, associé à ses manœuvres. En somme, ce que Vladimir Poutine veut faire comprendre au monde entier par son intervention armée, c’est que le Moyen-Orient n’est plus la chasse gardée de l’Amérique et de ses alliés.


5) Profiter des ressources gazières de la région


Les grandes puissances n’ont pas de principes, elles n’ont que des intérêts. Il y a fort à parier que Vladimir Poutine se laisse, lui aussi, tenter par les impressionnantes réserves gazières de la Méditerranée orientale. « Les enjeux énergétiques en arrière-plan de ces grandes manœuvres ne doivent pas être oubliés car, comme toujours, les grilles de lecture économiques du conflit, soigneusement éludées par les acteurs, sont en fait premières ».


Les Occidentaux rêvent de construire un pipeline permettant d’acheminer le gaz qatari et israélien vers le Vieux continent pour contrecarrer le monopole gazier Russe en Europe et libérer la Turquie de sa dépendance au gaz iranien. De son côté, Téhéran, Bagdad et Damas envisagent de faire traverser un gazoduc iranien à travers l’Irak pour déboucher en Syrie.


Le Kremlin a donc tout intérêt à soutenir Bachar al-Assad, le seul à même, de lui garantir la préservation de ses intérêts économiques, le maintien et la consolidation de ses positions stratégiques et géopolitiques dans cette région éminemment sensible et importante.


En guise de conclusion, au terme de cinq ans de son intervention, quel bilan peut-on établir ?
        Premier résultat concret : c’est la défaite territoriale nette de Daech et Al Qaida et les autres groupements en Syrie et aussi en Irak.
        Le bloc occidental, avec ses alliés arabes et turcs, ne peut que constater l’échec de son plan de renversement du pouvoir syrien et ses premières prédispositions à un retrait de la région Moyenne-Orientale.
        C’est ce constat d’échec qui explique en partie, la persistance du conflit en Syrie du moins au Nord (la région d’Idlib et le Nord-est de l’Euphrate).
        Une nouvelle configuration géopolitique régionale voire mondiale est en train de s’installer …Ses contours se préciseraient à l’aune des compromis que les deux puissances mondiales et les puissances régionales seraient enclines à conclure entre elles.

Faute d’une volonté au niveau international, la région risque de ne connaitre ni stabilité ni processus de reconstruction. Et suite au premier dérapage et à des faux calculs, la région s’enliserait dans des guerres sans fin.




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