ISREAL - EAU/ BAHREÏN : TRAITE DE PAIX ?... Pr. A. B. TREDANO





Les pays du Moyen-Orient : entre défis et opportunités – DeviceMed.fr

ISREAL - EAU/ BAHREÏN : TRAITE DE PAIX ?

Abou Dhabi, Manama, Riad…… et peut être Qatar et le Soudan…

La fin d’un monde ? le monde arabe !!

Pr. Abdeloumoughit Benmessaoud TREDANO

Professeur de science politique et de géopolitique

Université Mohamed V. Rabat

Le mardi 15 septembre 2020, Ronald Trump à l’instar d’un empereur romain triomphant, préside devant la maison Blanche une Cérémonie de signature des soi-disant traités de paix entre Israël et les Emirats arabes Unis et le royaume du Bahreïn.

Avec la présence de certaines délégations arabes "consentantes".

Traités entre des pays qui ne se sont jamais faits la guerre !

Drôle de traité et drôle de paix !!

Par contre ils feront les affaires et éventuellement la guerre contre à un ennemi qui est dans le viseur : l’Iran

La paix contre la paix et non pas la paix contre la terre comme cela a été proclamée depuis la conférence de Madrid en octobre/novembre 1991.

La paix dans une situation de rapport de force !! Ce qu’il n’a cessé de déclamer le premier ministre israélien Benyamin Netanyahou depuis un temps.

Quelle logique de paix ?

Une "paix casquée", imposée à un monde en déliquescence.

Les élites du Golfe et tous ceux et celles qui seraient tentés non pas par la normalisation mais par une capitulation doivent bien retenir deux propos :

Le secrétaire d’Etat américain John Foster Dulles disait : «Les Etats-Unis n’ont pas d’amis permanents, ni d’ennemis  permanents mais seulement des intérêts permanents" [1]  

Quant au rapport entre les peuples et l’occupation, Maximilien Robespierre, dans son discours sur la guerre (1791), disait que "les peuples n’aiment pas les missionnaires armés" [2]

La puissance de l'argent et des armes va-t-elle l'emporter sur la conviction des peuples ? 

 Rien n'est moins sûr.

 LA FIN D’UN MONDE ? LE MONDE ARABE !

 Le sous-titre de ce papier mérite d’être précisé.

Comment parler de la fin d’un monde arabe   alors que, selon certains observateurs, il n’a jamais existé ?

En fait, il a existé en tant que géographie physique, histoire, mémoire, civilisation, langue et durant le XX ème siècle il s’est imposé   en tant que combat contre une agression externe en l’occurrence la greffe d’Israël dans la région…

L’agression occidentale, la faillite des projets de sociétés arabe (d’obédience communiste, socialiste, panarabe, militaire et libérale.) la fin de la rivalité Est-Ouest et la disparition du grand frère soviétique, la fin des grandes causes et des grandes idéologies et   le rôle désastreux de l’islam politique et sa complicité avec l’Occident et Israël, tous ces facteurs conjugués, ont contribué à la déliquescence d’un monde.

 

Abou Dhabi, Manama, Riad…… et peut être Qatar

Un traité de paix entre l’entité israélienne et les Emirats Arabes Unis (EAU) a été annoncé le 13 août dernier avec un grand renfort médiatique par le président américain D. Trump.

"L'accord prévoit qu'Israël suspende l'application de sa souveraineté sur plusieurs zones de Cisjordanie dont il évoquait l'annexion. "Lors d'un appel entre le président Trump et le Premier ministre Netanyahu, un accord a été trouvé pour mettre fin à toute annexion supplémentaire de territoires palestiniens", a confirmé le prince héritier d'Abou Dhabi sur son compte Twitter" [3].

Prétention démentie illico par le premier ministre israélien.

Même pas le minium ne lui est concédé. Même pas un mensonge ne lui est  permis pour dissimiler la forfaiture !!

Le 11 septembre Bahreïn franchit le pas. La date n’est pas non plus fortuite !!

Rien d’étonnant. C’était prévisible.

Pourquoi une telle concession sans apparemment aucune contrepartie de la part de l’entité israélienne ?

On serait enclin à dire que cet acte de normalisation effectué par ces deux pays reste, en lui-même, à la limite, marginal ; il l’est en effet, dans la mesure qu’il ne fait qu’officialiser des rapports multiples, importants et symboliques déjà existants.

Mais il est important voire stratégique en raison du moment où il intervient et l’effet de boule de neige qu’il peut provoquer.

Des deux actes, c’est celui des Emirats qui revêt une certaine importance.

Les Emirats s’évertuent à se donner un certain rôle (son engagement désastreux durant le printemps arabe, en Syrie, en Libye, au Yémen. ;) dans le Golfe eu égard aux atouts dont ils disposent.

Plus qu’une normalisation, les émirats entendent conclure des accords militaires, sécuritaires et de renseignements avec l’entité israélienne.

Quant au Bahreïn, il compte peu dans la mesure où, en plus de la tutelle américaine, son régime survit grâce à l’intervention de l’Arabie Saoudite  et des Emirats.

On lui a confié un seul rôle, pas très glorieux, c’est celui de donner à l’acte de normalisation effectué par les Emirats une dimension de processus qui va avoir un effet de dominos.

1. La première question qui   vient donc à l’esprit pourquoi aujourd’hui et pourquoi les Emirats arabes Unis ?

Et demain avec le reste des   pays du Golfe ?

2. Et quel est le sens d’un traité de paix entre Israël et les EAU ?

 TRAITE DE PAIX OU "TRAITRISE" ?

D’abord ce n’est pas nouveau.

Ce processus a commencé au lendemain des accords d’Oslo de 1993 entre Israéliens et Palestiniens, suivis par les conférences sur le Moyen-Orient et le Maghreb (Casablanca : 30 octobre 1994/ 1 novembre 1994 et Amman : 28-31 octobre 1995) [4], une diplomatie discrète entre Israël et certains pays arabes avec la création de comités de liaison - une sorte d’antenne consulaire-  entre ce dernier d’une part et   la Tunisie, le Maroc et la Jordanie d’autre part. 

Ce processus de paix a été interrompu par une série d’attentats suicides perpétrés par Hamas en Israël entre 1993 et 1995, la mort Yitzhak Rabin (4 novembre 1995), l’échec des négociations de paix entre Arafat et Ehud Barak sous le patronage de Bill Clinton en 2000 et le déclenchement de l’Intifada II suite à la visite provocatrice d’Ariel Sharon de l’esplanade d’Al Aqsa en septembre de la même année.

Il importe aussi de rappeler que les dirigeants palestiniens, inscrits dans la dynamique des accords d’Oslo, ont poussé de nombreux Etats en Asie, en Afrique et en Amérique latine qui n’avaient pas de relations diplomatiques ou qui les avaient coupées, à les nouer ou les rétablir.

LES EMIRATS JOUENT AVEC LE FEU ?

Alors pourquoi les Emirats ont fait un tel choix ?

D’abord sur le plan juridique cet accord de paix n’a aucun sens dans la mesure où les Emirats n’ont jamais été en guerre avec Israël.

Il s’agit en fait sur le plan de l’opportunité politique d’un cadeau offert à deux "amis" américain et israélien (D. Trump et B. Netanyahou) en difficulté au niveau interne (scandales divers et difficultés électorales).

Ce n’est pas la seule raison.

Miser sur un cheval perdant ?  A savoir les Etats-Unis !

C’est une erreur stratégique.

Confier la sécurité et la souveraineté de son pays à une puissance étrangère est un acte suicidaire.

Les pays du Golfe ont une peur bleue de la puissance croissante de l’Iran et voit dans l’entité israélienne et son parrain américain leur planche de salut.

Est-ce une raison pour opérer ce rapprochement avec l’entité israélienne ?

Surtout que les Etats-Unis l’Amérique sont en retrait dans la région et Israël ne dispose plus de la même supériorité technologique et militaire face à un bloc d’Etats et de mouvements de résistance dirigé par l’Iran qui a le vent en poupe et ce malgré les sanctions et diverses pressions américaines.

Malgré cette nouvelle conjoncture régionale, les pays du Golfe n’ont aucune   marge de manœuvre. Ils ont une idée fixe : l’Iran est désormais l’ennemi et toutes les alliances sont envisageables même au prix d’un abandon total de la cause palestinienne.

Par ailleurs, ils n’ont pas la capacité et la latitude de tirer les leçons de l’histoire : une de ces leçons c’est que les Américains ont toujours lâché leurs "alliés", en fait leurs vassaux (L’Iran du Shah d’hier, les Kurdes au Nord de la Syrie aujourd’hui, entre autres …).  

Et pourtant, l’Iran demande depuis des années à l’Arabie Saoudite et les autres pays du Golfe de discuter du devenir de la région entre les pays concernés.

 

2. ET LES AUTRES PAYS DU GOLFE ?

 

Après les Emirats et le Royaume du Bahreïn, le Qatar, et éventuellement l’Arabie Saoudite, ne tarderont pas à leur emboiter le pas.

D’ailleurs, tous ont conclu des accords, en sous-main, organisé des visites de nature multiple avec l’entité israélienne depuis des lustres. 

Le prochain ?

Le Qatar est tiraillé entre sa crise avec les trois pays du Golfe(+l’Egypte), un refus de s’aligner sur eux et ses intérêts avec l’Iran d’une part et l’absence d’autonomie par rapport à la pression américaine (la plus grande base américaine dans la région s’y retrouve).

L’Arabie saoudite va conclure éventuellement le bal. La normalisation se fera, sans grand risque, surtout si Trump est reconduit.

Mais apparemment pas avant les élections présidentielles américaines.

Certains observateurs estiment, dans le cercle des décideurs saoudiens il y a deux postions ; celle du prince Ben Salman qui estime qu’une normalisation rapide peut lui assurer un soutien décisif de l’administration américaine d’abord puis lui assurer la succession et ensuite l’aider, d’une manière déterminante, dans ses différents conflits et tensions dans la région (Yémen, Irak, Liban et Iran).

En revanche le roi, plus circonspect, calcule surtout les risques qu’il peut courir et les pertes qu’il peut subir surtout dans le monde musulman en tant que gardien des lieux saints parce qu’il serait ainsi accusé d’abandonner Al Qods.

Le Koweït ?

Il ne le   fera pas pour deux raisons : 

Il s’agit d’un pays, contrairement aux autres monarchies du Golfe, où il y a une sorte de démocratie parlementaire plus ou moins bien installée.

Il n’est pas inutile de rappeler que le parlement koweitien est anti-israélien ; une prouesse a été réalisé par son président dans une réunion internationale des parlements nationaux ; en effet « M.  Marzouk Ali Al Ghanem, président du parlement Koweitien a contraint la délégation israélienne de prendre la porte, lors de la 137e session de l’Union interparlementaire, dont les travaux ont été organisés (NDLR) à Saint-Pétersbourg, en présence de 2.000 délégués, et de 80 présidents de parlements et assemblées nationales des pays membres de l’UIP »[5]

Et le sultanat d’Oman ?

 Apparemment Non !! Du moins pour le moment.

Le Sultanat d’Oman joue le rôle de médiateur entre tous les pays du Moyen-Orient entre les pays de la région et les autres puissances.

Pour le moment, il est plus utile pour les Américains avec ce rôle discret   qu’en officialisant des rapports multiples qui ont été conclus au fil du temps avec Israël. Mais il n’est pas exclu qu’il s’inscrive dans ce sillage. C’est une question de temps.

D’ailleurs c’est le seul pays où le premier ministre israélien s’est rendu en octobre 2018 officiellement.

Le pays qui a connu des mouvements révolutionnaires à l’Amérique latine et dont le ministre actuel était un des dirigeants !!

Autant dire que le passage de la révolution à la concussion et la traitrise politiques   peut se   faire sans transition. 

Peut-être si le besoin électoral de Trump l’exige, on passera outre les susceptibilités et t les petits calculs !!

 En dehors du Golfe il n’y a pas grand monde, pour le moment susceptible de suivre.

L’Egypte (1977-1979) et la Jordanie (1994) l’ont déjà fait.
La Syrie, l’Irak et le Liban font partie de " l’axe du mal "  ou du front du refus.

Il reste un pays candidat à savoir le Soudan.

Le Soudan est aussi cité, suite à la visite de Mike Pompeo, secrétaire d’État américain effectuée durant la dernière semaine du mois d’août. Etonnant d’un pays qui vient de connaitre une révolution contre un pouvoir islamiste et qui a été conclue par la chute du Général Omar El Bachir responsable du dépeçage de son pays   !!

Rappelons que son vol a été un direct de Tel Aviv à Khartoum alors que les deux pays n’ont aucune relation entre eux !!

Ironie de l’histoire : le pays qui avait abrité le sommet arabe au lendemain de la Naksa en juin 1967, marqué par les trois NONS :   NON à la négociation NON à la paix, NON à la reconnaissance d’Israël, et qui est porteur de cette révolution exemplaire, se bouscule au portillon pour la normalisation. 

 

Dans les médias, on avance souvent le cas du Maroc sur lequel l’Amérique fait pression  et ce depuis la préparation du sommet économique  de Manama (2019)- et son échec-  avec la carte du Sahara[6].

J’imagine mal une telle initiative, et ce   malgré la pression insistante américaine car au Maroc la question palestinienne est érigée comme une cause nationale[7]

 UN ACCORD HAUTEMENT STRATEGIQUE

 L'acte des Émirats n'est pas nouveau, n'est pas unique et il est plus grave qu'il ne le paraît.

 Il n’est pas nouveau parce qu’il ne fait qu’officialiser des rapports déjà existants

 Il n’est pas unique, parce que comme on l’a déjà soutenu d’autres pays du Golfe vont suivre. Le cas du Bahreïn vient de confirmer qu’il s’agit là d’un plan préétabli et concerté entre certains pays du golfe et Israël et son parrain américain.

Dans les deux cas de normalisation, le président américain, prend la parole pour s’arroger le mérite d’une telle prouesse. L’objectif recherché : instrumentaliser un succès diplomatique pour l’échéance électorale interne.

 Cette normalisation revêt surtout une importance stratégique au-delà d'une réponse à une conjoncture. À savoir aider "deux amis" en difficulté au niveau interne.

 En effet, cette dimension apparait dans les accords militaires et sécuritaires déjà conclus ou en voie de finalisation une fois la normalisation consolidée.

 L’occupation récente de l’Ile de Socotra par les forces du  Conseil de transition du Sud (STC) [8], composante yéménite alliée des Emirat dans le Sud du Yémen,  et son utilisation éventuelle comme une  tête de pont dans une coopération sécuritaire, militaire et de renseignement  avec Israël  , pourrait changer la donne dans la région .

Israël serait désormais sur le plan territorial, avec de bases militaires aux Emirats face à l’Iran ; ce dernier ne peut rester indiffèrent à ce changement de géographie et donc géopolitique.

 

L’Iran qui contrôlait dans une certaine mesure le détroit d’Ormuz et grâce à leurs liés Houtis avait un droit de regard sur un autre détroit celui de Bab el-mandeb , voit dans le rapprochement des Emirats avec Israël comme une provocation

 La boite de pandore est ouverte !!

 Normalisation, OLP bis, et la défaite du bloc iranien ?

 En parallèle pour réussir le processus de la normalisation, on prépare une alternative à la direction officielle de L'OLP qui avait refusé le deal du siècle au sommet économique de Manama (2019). Un plan qui se prépare, semble-t-il sous l'égide des Américains et des Israéliens, c'est normal. Mais avec la complicité des Emirats et de L'Égypte ; cela devrait poser plus de questions sur le devenir de ce monde.

Le personnage pressenti pour diriger cette nouvelle direction palestinienne c’est Mohammad Yusuf Dahlan comme fer de lance.

 Ce qui explique que Mahmoud Abbas, président de l’autorité palestinienne, ait accepté la tenue d’une réunion extraordinaire, organisée début septembre, entre TOUS les mouvements de la résistance palestinienne simultanément à Beyrouth et Ram Allah. 

 A cette double action, à savoir le processus de normalisation et une alternative à la direction actuelle palestinienne, le bloc otanien cherche à affaiblir voire détruire   le front de la résistance sous la direction de l’Iran et ce pour qu’il ne sorte pas gagnant au Liban, en Syrie, en Irak et au Yémen.

 C’est donc plus qu'une normalisation mais la constitution d'alliances nouvelles. Depuis 2011, deux blocs se sont constitués, l’un pro-occidental et l’autre pro-iranien, et se sont faits la guerre   en Syrie. Aujourd’hui, l’alliance occidentale (USA en tête et les pays du Golfe) s’organise pour en finir avec la question palestinienne.

TROIS PUISSANCES SE "PARTAGERAIENT" LES DÉBRIS DU MONDE ARABE 

Ce sous-titre peut paraitre provocant voire iconoclaste [9]

Il mérite précision et démonstration.

 Au processus de colonisation, d'endiguement et enfin de destruction du monde arabe entamé depuis les accords de Sykes-Picot (1916) et la déclaration de Balfour (1917) en passant par la création d'entité israélienne (1947 /48) et la guerre contre l'Irak, en 2 temps (1991et 2003) le printemps arabe, avec dans son sillage la guerre contre la Syrie, viennent se greffer des ambitions de puissances régionales en l'occurrence israélienne, turque et iranienne. 

L’action de ces trois pays n’est pas concertée, elle est le résultat d'une politique et une logique propres à chacun des trois États. 

Elle n’est donc qu’une conséquence.

Elle se réalise sous l’œil vigilant des deux grandes puissances (Etats-Unis et la Russie) avec les limites que ces dernières seraient amenées à leur imposer. 

Cette domination ne sera pas une occupation territoriale mais seulement économique et sécuritaire, incarnée et défendue par des vassaux locaux.  

On n'a plus besoin d'occuper des territoires mais dominer les esprits, pénétrer les couloirs et les recoins du pouvoir et des structures sécuritaires et imposer la volonté politique aux décideurs... 

 La grande différence entre les trois puissances, c'est leur finalité dans cette projection à l’international. 

Israël veut effacer définitivement la cause Palestinienne en gagnant des appuis parmi les pays arabes. 

Normaliser avec le maximum d'entre eux, le processus entamé avec les entités du Golfe n’est qu’un début. 

L'Iran, en revanche, veut, s'imposer en tant que puissance, en soutenant justement cette même cause palestinienne.

La Turquie veut rétablir la gloire de l'empire ottoman, en cherchant une place privilégiée en Méditerranée et dans l'ensemble de son entourage immédiat asiatique et méditerranéen.

Cette triple entreprise s’effectue au détriment d’un monde moribond : le monde arabe

 UN LONG PROCESSUS

 Après l'élimination de L'Égypte du champ de bataille (processus de camp David, 1977/1979), la destruction de l'armée irakienne et syrienne passait pour une priorité pour éliminer toute puissance arabe qui résisterait au projet d'expansion de l'entité israélienne.

 Déjà en 2012, quelques mois après le déclenchement du printemps arabe, dans une communication à Tunis (intitulée le printemps arabe contre les peuples arabes) [10] je tirais un certain nombre de conclusions liées à ce processus désastreux pour les peuples arabes à partir de la nouvelle géopolitique qui en est la résultante.

 Comment se présentait et se présente celle nouvelle géopolitique ?

 Avant d'en exposer les manifestations les plus édifiantes, il importe de faire une observation préalable. 

Chaque fois qu'on essaie de parler de l'agression occidentale séculaire contre le monde arabe, on nous agite la théorie du complot [11].

 Précision : l'état actuel désastreux de ce monde est imputable à la politique impérialiste de l'Occident mais aussi à la faillite des élites arabes. Certains dirigeants arabes ont essayé de s'y opposer comme le président Jamal Abdennasser mais comme le chemin était semé d’embûches, il ne pouvait réussir (la guerre tripartite de 1956, entre autres). 

De la Nakba à la Nakssa , ce monde n’a pas pu se relever. Et en fin, de parcours, le printemps arabe qui était vu comme une sortie salutaire d’une dégénérescence, n’a fait en fait que l’enfoncer dans les trahisons, les guerres confessionnelles et le chaos.         

 Quel est donc cette nouvelle géopolitique du monde arabe ?

Elle est née du printemps arabe.

 Mais pas seulement. Les causes se trouvent dans l’histoire ancienne et nouvelle, dans le rôle négatif d’une certaine interprétation de l’islam et de l’agression occidentale contre les peuples de ces Etats.

Pour faire court, on se contentera de donner quelques idées clés développées dans cette communication[12].

 LES TROIS PUISSANCES ET LEURS STRATEGIES RESPECTIVES

 La nature a peur du vide, et le vide que représente le monde arabe attise tous les appétits ce qui explique l’appétence de certaines puissances régionales.

 En effet, aujourd'hui, d'autres acteurs se sont ajoutés à ce dépeçage du monde arabe.

En l'occurrence, Israël, l'Iran et la Turquie, avec des finalités variant d’une puissance à une autre. 

 Parmi les trois   pays, seul Israël avait un projet expansionniste ancien datant du congrès de Bâle 1897.

Il a conduit, avec l'appui occidental depuis au moins 1948, un processus d’endiguement et de destruction de l'ensemble de l'entourage arabe ; en effet, le grand journaliste britannique Robert Fisk, fin connaisseur de la région moyen-orientale, a parlé d’une guerre de civilisation[13]

 Les soutiens actuels, en plus du bloc occidental, les pays du golfe, sont les plus visibles !! 

 La Turquie, quant à elle, partie d'une expansion économique, avec un relais très puissant dans le monde arabe en  l’occurrence   les frères musulmans, s'est donnée, son progrès économique aidant, une mission nouvelle la restauration d'une partie de l'empire Ottoman...

 En effet, elle est présente au Nord de la Syrie, de l'Irak, du Liban (Tripoli) en Libye au Qatar, à Djibouti et en Somalie, elle est   en guerre avec la Grèce depuis 1974 (Chypre) elle est, actuellement en concurrence avec la France en Libye, au Liban, et dans l’ensemble de la Méditerranée. 

 Enfin, l'Iran, avait depuis 1979 un plan plus religieux que géopolitique.

Il l'est devenu depuis son option qui lui est d’ailleurs reprochée, pour le statut d’une puissance nucléaire. 

 En outre, l’Iran, contrairement aux deux premiers se présente comme défenseur de la question palestinienne, de la ville sainte d’Al Qods et des mouvements de résistance à travers le monde (Venezuela, Bolivie d’Evon Morales avant son éviction.) et propose une autre alternative , celle de confier la sécurité de la région aux pays locaux en dehors de toute ingérence étrangère notamment occidentale.

 Il n’est pas inutile de rappeler qu’en 1979, au lendemain de la révolution islamiste, l’ambassade israélienne a été remise à l’OLP. En outre, les nouvelles autorités iraniennes ont institué une journée internationale d’Al Qods qui sert d’instrument de mobilisation dans le monde musulman.

 Certains analystes seraient enclins plutôt à constater que l’Iran occupe quatre capitales arabes, alors que d’autres estiment qu’il s’agit d’un bloc composé d’alliés ayant une stratégie commune, celle de la défense de la cause palestinienne ; laquelle stratégie passe par l’éviction de puissances occidentales de la région et l’organisation de la sécurité collective par les pays du Moyen-Orient.  

Par rapport au soutien à la cause palestinienne, d’aucuns diront que la Turquie soutient, elle aussi, ladite cause ; loin s’en faut.

A titre d’argument, ils agitent deux épisodes où   Recep Tayyip Erdoğan a montré d’une manière fracassante son soutien à ladite cause.

Le premier acte c’est celui effectué par le dirigeant turc en interpelant d’une manière abrupte le président israélien Simon Peres lors d’un échange tendu à Davos en 2009.

Le deuxième acte est relatif à l’envoi par la Turquie du bateau Marmara destiné à briser  le blocus de Gaza [14]. Et qui s’est terminé par la mort de pas moins d’une dizaine de ses membres.

Suite à ces deux scènes bien gérées, sa popularité est montée en flèche dans le monde arabe.

 En 1998, déjà, j’ai essayé dans une étude[15]   de montrer la proximité avec Israël  et le nombre d’accords, y compris militaires,  conclus entre la  Turquie et  ce dernier.   Son soutien apparent à la cause arabe n’est, en fait, qu’un paravent devant dissimuler le véritable rôle du personnage dans la région ; en fait, il agit plus dans l’intérêt de la Turquie, de son parti voire de sa personne ; tout le reste relève de la démagogie et de la tromperie. Son action en Irak et surtout en Syrie et son positionnement vis-à-vis du bloc dirigé par l’Iran sont largement édifiants. 

 Ses relations avec Israël ont repris leur cours normal depuis 2016 et se sont consolidées.

Bref,  les objectifs de la Turquie : effacer les dispositions du traité de Sèvre [16], devenir le leader du monde sunnite en le disputant à l'Arabie Saoudite, et pour faire diversion, elle agite son soutien à la question palestinienne tout en essayant de traiter, en adoptant un sens opportun des affaires, avec les puissances qui comptent dans la région ! Avec les Américains, malgré les apparences (Achat du système de défense S-400 de la Russie), avec cette dernière, et ce en dépit de son non-respect du processus d’Astana., avec l'Iran et ce malgré son agressivité contre les alliés de ce dernier.

Quel avenir ?

Que deviendrait donc le monde arabe face à cette triple expansion ?

 Pas grande chose ; il restera une géographie !!

Et encore. Un nouveau plan de dépeçage, à l’instar de celui effectué à la veille et au lendemain du premier conflit mondial, serait commis ; les tentatives opérées en Irak depuis 1991, celui de la Syrie et de la Lybie depuis 2011 en constituent des exemples édifiants. En effet, leur sort ainsi que celui du reste du monde arabe se décident plus dans les chancelleries étrangères que le résultat de la volonté politique des différentes composantes de ce monde.   

 Ils peuvent, peut-être, survivre géographiquement avec leur intégrité physique, mais sans représenter aucune volonté et souveraineté politiques.

Toutefois, on peut mettre une nuance à cette perspective catastrophique, si certaines conditions sont remplies et si certaines opportunités sont exploitées.

 La survie de ce monde, dans des conditions de viabilité de leurs entités et une meilleure cohésion de leurs sociétés, se ferait dans certaines circonstances. 

La première condition et la plus importante est entre les mains des Palestiniens ; en effet, tout dépend comment vont- ils concrétiser sur le terrain les propositions   retenues lors de la conférence extraordinaire conjointe Ramallah / Beyrouth ayant réuni TOUS les mouvements palestiniens début septembre 2020.

  Cela passe nécessairement par la sortie définitive et totale des accords d’Oslo et l’arrêt de la coordination sécuritaire avec les Israéliens ; la direction officielle de l’OLP doit remettre les clés de la Cisjordanie Al-Qods à l’occupant.

Serait-elle capable de franchir ce pas ?

Toute la question est là.

 Dans ce cas-là les peuples arabes endormis, presque 30 ans durant, par l’illusion d’une paix avec les Israéliens et conditionnés par la culture de soumission véhiculée par les médias du Golfe., retrouveront la voie de la solidarité et d’adhésion à la cause palestinienne, sentiment émoussé par tant de concessions et de trahisons.

  En fait, c’était   est une véritable arnaque. Une arlésienne. 

Il y a moyen d’espérer si d’autres conditions sont réunies.

Si le bloc iranien sorte vainqueur de la guerre conduite l’ensemble des pays otaniens et pétroliers.

Et si les objectifs de l’Iran, en plus de sa volonté de puissance, de défendre la cause palestinienne, d’expulser les Américains de la région et d’organiser sa sécurité et son développement par les pays de cette aire géographique, se révèlent fondés, réels et crédibles.

 D’autre part, une partie de ce monde, notamment celle du Moyen-Orient, justement visée par la désagrégation et la marginalité, peut présenter une certaine utilité avec le méga projet chinois de la route de la soie.

Enfin, un cas d'espérance ultime, c’est la situation où un véritable déclic s’opère au niveau des élites dirigeantes.

 En dehors de ces hypothèses optimistes, on risque de vivre la fin d’un monde et la fin d’une idée à savoir l’unité du monde arabe.

 C'est la règle de l'histoire, la loi de la puissance a toujours prévalu sur la puissance de la loi.

 13 septembre 2020

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