Réflexion à propos du monde arabe :..... Pr. Med RAMI
















Mohammed Rami

 Docteur d’Etat ès-sciences économiques, ancien haut cadre de la CDG.


Réflexion à propos du monde arabe :

Les leçons à tirer du miracle arabe lointain et des modèles de développement asiatiques d’aujourd’hui

 

Cette brève réflexion qui mérite d’être approfondie dans le cadre d’un ouvrage plus consistant porte sur les principaux problèmes structurels qui affectent le monde arabe dans la phase contemporaine et qui le confinent dans une position périphérique par rapport au système économique mondial hiérarchisé où dominent jusqu’à une date récente les pays de la triade (USA, Europe occidentale et Japon). L’avènement des puissances émergentes avec la Chine en tête est en train de donner forme à un nouvel ordre mondial. Toutefois, un grand nombre de pays continuent de se cantonner dans leur rôle de sociétés périphériques subissant la loi de la valeur mondialisée sous l’effet de l’interaction des monopoles qui étendent leur contrôle à l’échelle mondiale sur les technologies et les sciences, les flux financiers, les ressources naturelles de la planète, la communication et les médias et enfin les armes de destruction massive. Pour sortir de cet état de crise structurelle, le monde arabe a intérêt à tirer les leçons de son passé qui n’est autre que le miracle arabe prodigieux réalisé du temps de l’empire abbasside à Bagdad et de l’empire omeyyade en Andalousie entre le 8ème et le 13ème siècle[1]. Il a aussi intérêt à décortiquer les expériences des pays émergents notamment ceux du sud-est asiatique qui a constitué un modèle de référence de toute la région asiatique y compris la Chine elle-même.

 

Les problèmes structurels du monde arabe

 

Certes, les expériences menées dans les divers pays arabes ne sont pas dépourvues de tout progrès. Toutefois, les avancées réalisées en termes économiques et technologiques ne leur ont pas permis de franchir le seuil de l’émergence. Elles restent modestes comparées à titre d’exemple avec celles des nouveaux tigres régionaux qui sont le Vietnam, l’Indonésie, les Philippines et la Thaïlande et qui connaissent aujourd’hui un degré de développement rapide. Avec la Malaisie, ces quatre pays forment un marché attractif et relativement homogène en matière de pouvoir d’achat et de consolidation de classes moyennes.

Plusieurs facteurs expliquent la montée en puissance de ces pays du sud-est asiatique :

-Partage d’une même culture fondée sur le confucianisme ;

- une dynamique d’intégration régionale propice au développement notamment au sein de l’ASEAN et son forum. Cette intégration favorise une « interpénétration croissante de l’ensemble des économies de la région » donnant « à celle-ci une autonomie relative par rapport au reste du monde qui constitue un atout favorable à la poursuite du « miracle asiatique » »[2] ;

- la priorité donnée aux questions économiques, sous l’angle industriel d’abord et commercial ensuite ;

-  Une forte tentation de développer des modèles authentiquement asiatiques inspirés notamment par le modèle japonais fondé sur la dialectique de la dépendance et une maîtrise technologique. C’est cette voie qui a été empruntée par le Premier ministre malais Mohamed Mahathir, fervent défenseur des valeurs asiatiques et par son homologue Lee Kwan-Yew de la ville-État de Singapour ;

- Le rôle développeur de l’Etat ;

- L’existence d’un secteur privé dynamique, patriotique, industrieux et non seulement industriel et qui s’explique par la présence de l'esprit d'entreprise grâce notamment à une longue tradition de commerce, caractéristique des sociétés sinisées (Madesclaire, 1994, p. 892)[3] ;

- Un système d’enseignement très performant permettant la formation d’une jeunesse technophile et anglophone ;

- Un écosystème fondé sur l’interaction entre le monde universitaire, les centres de recherche et le monde des affaires ;

  

Ces modèles nouveaux qui connaissent un fort succès ont fait l’objet d’une étude systématique en Chine et méritent une attention particulière de la part des élites dirigeantes arabes.        

La question pertinente qui se pose est de savoir pourquoi le monde arabe n’arrive pas à se libérer de sa position périphérique. 

Dans son article sur « Le « plan de relance »: une feuille de route qui crée plus de problèmes qu’elle n’en résout » concernant le Maroc[4], le professeur Abdelkader Berrada nous livre une analyse qui fait ressortir les principaux mécanismes sous-jacents aux chiffres que comporte ledit plan et qui participent à la reproduction du capitalisme périphérique dans sa forme actuelle. Très brièvement, ces mécanismes peuvent être résumés comme suit :

- L’existence d’un secteur privé frileux qui continue de fuir les branches d’activités à forte valeur ajoutée et à fort potentiel inventif. A ce propos, nous tenons à souligner que la bourgeoisie industrielle au Maroc comme dans l’ensemble du monde arabe manque de l’esprit industrieux, c’est-à-dire qui innove en investissant dans les industries de pointe et les nouvelles industries ;       

- Une tendance « à une privatisation massive »[5] des entreprises que laisse présager la réforme du secteur public « semblable à celle de 1993-2007 »[6].  Dans cette logique néolibérale de moins d’Etat, des pans entiers seraient sacrifiés à la faveur du secteur privé tels que « l’ONICL et des sociétés apparentées qui opèrent dans un secteur économique vital »[7]. « La privatisation en préparation des 13 polycliniques de la CNSS », souligne le même auteur, verse dans cette même logique néolibérale et se trouve en contradiction même avec les « velléités de réforme du système de protection sociale dont les objectifs, faussement ambitieux, semblent difficilement atteignables d’ici 2025, voire au-delà » ;

- La dépendance affichée par les pouvoirs publics à travers l’adoption de politiques anti-crises qui soient conformes à bon nombre de « recommandations de la BIRD contenues, entre autres, dans le « Cadre de Partenariat stratégique proposé par » ce groupe (janvier 2019) »[8] ;

- Le gel de la réforme agraire à la veille des années quatre-vingt ;

- L’exode des jeunes cerveaux qui fuient le pays vers les pays occidentaux. Cette caractéristique est un point commun de tous les pays arabes et de l’ensemble des  pays sous-développés, signe de l’incapacité d’absorption des jeunes diplômés par les modèles de développement en cours dans ces pays.  

 

Dans ce sens, le plan de relance au Maroc ne serait qu’une modalité de perpétuer le sous-développement tout en préservant et en renforçant encore davantage les intérêts minoritaires et égoïstes de la classe–Etat, d’une ploutocratie qui a la mainmise sur les moyens de production et d’échange du pays. 

Cette caractéristique se retrouve dans l’ensemble des pays arabes où la ploutocratie instrumentalisme l’intégrisme religieux à son profit et résiste à toute tentative de changement suite notamment aux révoltes de 2011 perpétuant ainsi le déclin du monde arabe amorcé depuis pratiquement le 13ème siècle. La prétendue lutte contre le terrorisme religieux n’est qu’un leurre étant donné que le capitalisme périphérique, dont l’une des caractéristiques réside dans la marginalisation, la relégation et la stigmatisation des couches populaires et notamment la jeunesse qui en est issue, est la pépinière par excellence du radicalisme religieux.

La décadence du monde arabe qui prend aujourd’hui la forme du capitalisme périphérique ressort bien de l’analyse faite par l’historien et professeur au collège de France Henry Laurens, spécialiste du monde arabe : « Les arabes sont les prédécesseurs immédiats des européens dans la voie des sciences. Ce sont des quasi-européens qui ont fait la même chose que ce que les européens sont en train de faire maintenant. Malheureusement ils ont perdu. Et ils ont perdu parce qu’ils ont été victimes de la coalition du despotisme et du fanatisme »[9] .  

Il en découle que la sortie de cet état léthargique demeure conditionnée par une double désaliénation :

- celle de l’autoritarisme que je qualifie personnellement d’obscurantiste par opposition au despotisme éclairé comme celui en œuvre en Chine depuis notamment les « Quatre Modernisations » lancées par Deng Xiaoping en 1978 à savoir l’agriculture (pour nourrir tout le monde), l’industrie (pour créer de l’emploi et tirer de la valeur), la science et les technologies (pour apprendre, améliorer, revenir dans le jeu de l’économie mondiale tout en restant autonomes) et la défense nationale (pour s’assurer que le pays restera en paix à l’intérieur comme à l’extérieur de ses frontières)[10];

- celle du fanatisme religieux.

 

Sans cette double libération, comme le souligne pertinemment l’économiste et historien libanais Georges Corm dans son livre publié en 2015[11] , le monde arabe contemporain continuera de cheminer dans un « tunnel obscur ». Celui-ci fait remarquer à juste titre que les révoltes de 2011 menées par les peuples arabes qui ont tenté de se libérer de l’autoritarisme, ont ouvert la voie aux forces du « maccarthysme religieux » dénoncé déjà en 1965 par le syrien et fondateur du Parti ouvrier arabe révolutionnaire Yacine El-Hafez (1930-1978). Ces forces obscurantistes sont la négation de la diversité ethnique et religieuse de ce qui constitue le monde arabe. La solution réside dans la rupture avec « l’instrumentalisation des trois religions monothéistes qui a fait le malheur de tant de peuples » (p. 322). Il appartient à la jeune génération d’opérer cette double désaliénation politique et religieuse via une solide assise de la société civile, qui, seule, pourra rétablir l’unité de la conscience arabe. C’est à ce prix seulement que la désaliénation économique du monde arabe deviendra possible via le renversement de la situation actuelle caractérisée par le fait que les pays arabes soient riches en ressources minières et autres mais pauvres en sciences[12]. S’il advient que Haroun Errachid soit ressuscité de nos jours, certainement il aurait honte de voir ce monde arabe qui a tant fondé sa civilisation sur la maison de la sagesse (Bayt El Hikma), c’est-à-dire sur les sciences soit aujourd’hui un monde qui vit à la périphérie de l’histoire contemporaine.  

Or, ces deux phénomènes ne font que se renforcer notamment avec la régression des forces progressistes et la montée de la pensée unique dominante fondée sur l’expansion des marchés et le libre-échange.

Le monde arabe reste en dehors du processus de l’émergence que connaissent beaucoup de pays à travers le monde. Sans révolution politique et culturelle, il ne peut y avoir d’émergence arabe.  Le monde arabe continue à subir les lois de la reproduction du capitalisme périphérique et sombre dans un ordre néocolonial fondé sur sa division. A ce propos, l’analyse de Samir Amin dans son ouvrage sur la nation arabe reste pertinente[13]et qu’une note de présentation résume en ces termes : « Le monde arabe précolonial n'était pas féodal, mais constituait une constellation de formations sociales articulées autour d'un mode de production tributaire complétée par le rôle prédominant des relations marchandes externes et internes. L'unité arabe a été le produit historique de son intégration marchande, la classe sociale qui a assumé cette unification est celle des marchands-guerriers. Les classes dominantes successives de l'ère impérialiste (bourgeoisie compradore et latifundiaire, puis bourgeoisie d'État) ne sont pas capables de faire l'unité arabe : la petite bourgeoisie, loin de se  suicider  en tant que classe, engendre en son sein une bourgeoisie d'État dépendante chaque fois qu'elle assume la direction du mouvement anti-impérialiste ».

Il est intéressant de rappeler comment et pourquoi le monde arabe est entré dans la phase actuelle caractérisée par une grave crise qui est à la fois économique, politique et sociale et qui a été renforcée par l’invasion de l’Iraq par l’impérialisme américain en 2003 dans le cadre de son projet du Grand Moyen-Orient” qui fut entrepris au nom de diffusion des valeurs démocratiques et la promotion d’une région de libre-échange[14].

Comme le souligne l’économiste tunisien Hakim Ben Hammouda[15], la crise économique est le produit de l’essoufflement des différentes dynamiques de croissance mises en œuvre par les Etats-nations arabes à la fin des années 1970 et la fin des années 1980. Conjuguée à l’érosion de la rente pétrolière, cette crise réduit les capacités distributives de ces Etats qui rencontrent plus de difficultés pour intégrer les jeunes générations entamant ainsi la légitimité des élites dirigeantes. La crise économique entraine la crise politique s’exprimant entre autres par l’apparition du mouvement contestataire intégriste. Celui-ci est alimenté par le wahhabisme dont s’est servi le pouvoir saoudien comme fondement de sa légitimité. Ce qui a donné lieu dans certains pays comme l’Algérie à une guerre civile qui a duré plus d’une décennie. Les bases d’un Etat moderne fondé sur la séparation entre le temporel et le spirituel s’en trouvent ébranlées. La croissance démographique mal maîtrisée et l’absence d’une véritable réforme agraire l’exode rural. Les faibles capacités d’absorption des flux migratoires par les industries existantes elles-mêmes insuffisamment développées et non intégrées expliquent l’hypertrophie du secteur informel et la paupérisation des couches populaires conduisant à une crise sociale. Les tentatives d’émergence de certains pays arabes à travers notamment certaines réformes tels que l’adoption de plans sectoriels pour accélérer le processus d’industrialisation via les technos parcs ou la promotion des activités agricoles etc. n’arrivent pas à surmonter les problèmes liées au chômage des jeunes y compris les jeunes diplômés et ce, en dépit de l’ampleur prise par les émigrés vers les pays européens et autres destinations.

Cette crise multiple engendre les révoltes qui ont éclatés depuis 2011. Le monde arabe entre ainsi dans une nouvelle phase chaotique qui dure jusqu’à nos jours. Les obstacles à franchir s’avèrent de plus en plus difficiles dans la mesure où les forces contrerévolutionnaires représentées à la fois par les mouvements rétrogrades internes et les puissances régionales et internationales à la fois arabes et étrangères s’opposent à toute dynamique de changement favorable à la demande sociale des peuples révoltés.

Dans certains pays, l’autoritarisme prend des formes inédites au nom de la lutte antiterroriste. L’affaiblissement des Etats arabes conduit certains pays à des accords de normalisation avec l’Etat d’Israël conférant à ce dernier de légitimer ses actions sionistes contre les palestiniens sans aucun engagement permettant la création d’un Etat palestinien dans les frontières de 1967.

Toutefois, pour ne pas sombrer dans le fatalisme pessimiste, on ne peut que souscrire à une perspective de changement qui selon les lois historiques mises en lumière par l’apport philosophique notamment marxiste, est inéluctable. Le changement est lié à la dialectique qui oppose les forces progressistes aux forces régressives. La loi historique mise en lumière par Marx et qui réside dans la dialectique contradictoire entre les rapports sociaux et les forces productives trouvera inéluctablement sa résolution dans la transition vers un modèle de développement supérieur au capitalisme périphérique rétrograde. Cette transition a déjà commencé depuis belle lurette dans le monde arabe notamment depuis 2011. Ces révoltes ne seront pas cause perdue. Les lois de développement social peuvent donner lieu à des vagues de régression suivies tôt ou tard par des vagues de progrès. Hier c’était les pays occidentaux qui ont pu réaliser leur développement à travers les révolutions bourgeoises successives suivies des révolutions socialistes en Russie et en Chine. Aujourd’hui les pays émergents font leurs révolutions chacun à sa manière, ils seront suivis certainement par le reste du monde durant d’autres stades de développement de l’histoire.

Il reste acquis que le développement lui-même est un processus illimité et demeure toujours perfectible à travers la lutte des classes qui en constitue le moteur de l’histoire même au sein d’une formation sociale communiste étant donné que la bureaucratie qui y émerge aurait tendance à se constituer en une classe sociale dont les intérêts pourraient être contradictoires par rapport au reste de la population comme il s’est produit dans l’ex-URSS avec la nomenclature soviétique[16].  

 

Les leçons à tirer des modèles de développement des pays asiatiques fondés sur la dialectique de la dépendance[17]

 

Il est intéressant de constater aujourd’hui que la Chine populaire qui sera fort probablement la plus grande puissance mondiale dans quelques décennies nous donne à réfléchir sur la trajectoire évolutive des pays futurs dans le monde. En effet, face à la crise des modèles de développement capitalistes occidentaux, la Chine emprunte une autre voie. Comme le font remarquer Denis Jacquet et Homérique De Sarthe, « la Chine n’a pas voulu suivre le chemin pris par les occidentaux. Elle a pris à contrepied nos nations qui ont glissé chaque jour vers l’individualisme et le capitalisme boursier, pour s’inspirer d’une culture plus proche de la sienne et de celle de son voisin russe. Le choix du communautarisme et du communisme (le double C) plus proche d’une culture que les chinois ne pouvaient (ni ne voulaient) sacrifier, quitte à la maintenir par la force mais aussi par l’intelligence. En échange de promesses d’ascension sociale. Des promesses fortes qui ont fait le succès de nos économies occidentales et en fondent désormais l’amertume. L’individualisme confine à la solitude sur les réseaux sociaux. La sédentarité nous rend obèses, physiquement et intellectuellement gras. Le capitalisme boursier a ruiné la beauté originelle de ce système. Les chinois ont vite compris que les pays victorieux seraient ceux qui obtiendraient la réussite, sans sacrifier à leurs valeurs »[18] .   Et plus loin, les deux auteurs font constater que contrairement à la démocratie à l’occidentale en crise aujourd’hui, la Chine adopte un régime politique orienté vers l’efficacité. Ce régime qui veille au règne de la paix sociale considère celle-ci comme un facteur de développement et d’innovation. « La Chine pratique l’innovation incrémentale » (p.18) dont le fondement est la « culture de l’amélioration, qui passe par la copie et la recopie » (p.18). « Grâce à l’économie numérique, les chinois peuvent tout surveiller. Ils peuvent récolter en temps réel les données sur toutes les populations présentes sur leur territoire et intervenir si nécessaire pour résoudre tout problème. (…)

Une économie dont les modes de fonctionnement sont clairement capitalistes, précisons : « capitalistes digitaux ». Et dans le même temps « un régime non démocratique » selon nos critères, une chape de plomb sur la liberté de la presse, un contrôle absolu de son territoire de sa population et même de ses entreprises. Lorsque l’Etat décide de prendre 10% de parts d’un Jack Ma, aussi puissant et vénéré soit-il dans le monde entier, ce dernier s’exécute en bon soldat. Leur travail doit servir le modèle politique, le plan, le destin chinois. Sinon, à la japonaise, c’est harakiri ! ». (p.20) 

Un autre facteur important dans l’émergence de la Chine réside dans son système de protectionnisme. Celui-ci ne se limite pas à l’application du principe de l’économiste allemand Friedrich List consistant à protéger les industries naissantes mais s’étend à l’ensemble de la société pour la préserver de tout risque d’influence étrangère nuisible aux chinois tirant ainsi la leçon des invasions européennes du 19ème siècle notamment des ravages subis à cause des guerres d’opium (1842 et 1858).

Ce protectionnisme ne signifie pas autarcie mais une ouverture maîtrisée fondée sur le principe de la dialectique de la dépendance déjà mise en œuvre par le Japon de l’ère Meiji. Dans cet objectif, la propagande est utilisée pour faire adhérer la population à ce projet de modernisation sans employer la force comme du temps de Mao.

Le mot d’ordre servant ce projet est le pragmatisme. Deng Xiaoping s’adresse aux chinois en leur disant en 1992 « Enrichissez-vous » contrairement aux dirigeants arabes qui favorisent l’enrichissement des minorités. Ce pragmatisme a donné lieu à la naissance d’un secteur privé très dynamique mais patriotique qui doit se conformer aux objectifs du parti comme il a été dit par le cas du groupe Ali Baba de Jack Ma. Il n’est pas rare que les hommes d’affaires soient membres du parti communiste chinois. 

Dans ce cadre, le gouvernement chinois a permis de créer des leaders dans tous les secteurs comme Huawei qui fut fondé par Ren Zhengfei en 1987. Ce dernier applique le principe de l’ingénierie inversée (reverse engineering) toujours selon la dialectique de la dépendance. Entouré de bonnes équipes chinoises, Il importe les technologies étrangères en vue de les décortiquer et d’en maîtriser les mécanismes pour créer ses propres modèles plus sophistiqués. Même dans le secteur vinicole, grâce au soutien apporté au secteur privé, la Chine est devenue en quelques années le deuxième producteur et exportateur du bon vin dans le monde. Le même procédé est utilisé. On se sert des technologies étrangères pour les mettre en œuvre dans le pays selon des modèles nationaux plus créatifs en faisant cultiver la vigne même des terres presque désertiques. (Voir l’excellent reportage de la chaine TV ARTE disponible sur Google : https://www.arte.tv/fr/videos/060182-020-A/des-vignes-et-des-hommes/ Des vignes et des hommes - Chine : révolution dans le vignoble... - Arte).

La Chine est ainsi passée du communisme autoritaire au système socialiste de marché à propos duquel nous pouvons avancer que la démocratie repose sur le concept de « la socialisation » dans le sens de la gestion collective des moyens de production et d’échange. Certes, ce système démocratique n’a pas encore atteint l’idéal souligné par Samir AMIR à savoir une « gestion collective réelle de tous les aspects de la vie sociale, y compris bien entendu économique » tout en précisant que « cette gestion doit être prise en main par les citoyens, de vrais citoyens, les producteurs si l’on veut. Tout plutôt que les citoyens d’aujourd’hui » sous-entendu dans les pays capitalistes développés, ce qui vaut d’ailleurs pour les pays capitalistes périphériques, « qu’on formate pour qu’ils soient des consommateurs et des spectateurs et non pas des acteurs. C’est ainsi que, au-delà même du néolibéralisme, la démocratie est vidée de tout son contenu »[19] ».  

Certes le secteur privé est appelé à s’enrichir mais aussi et surtout à créer de la valeur pour la collectivité en vue de hisser le niveau de vie et du bien-être de l’ensemble de la population dont une bonne partie aujourd’hui se voit exclure à la pauvreté. A ce propos peut-on lire dans un article du grand média sud-africain « Independent Online », « Depuis la mise en œuvre de la réforme et de l'ouverture, la grande majorité des Chinois sont sortis de la pauvreté et la Chine est devenue le premier pays en développement au monde à atteindre les objectifs du Millénaire pour le développement des Nations unies ». Le même article ajoute que L'éradication de l'extrême pauvreté devrait être la priorité absolue des gouvernements africains. À cet égard, l'expérience de la Chine peut servir de référence. La Chine a fait de grands pas dans la lutte contre la pauvreté car ses dirigeants ont mobilisé la nation autour de politiques claires, de ressources, d'objectifs réalistes et d'une discipline stricte »[20].  Le pays a vu le nombre d'habitants ruraux démunis passer de près de 770 millions fin 1978 à 5,51 millions fin 2019, comme le montrent les données du Bureau national des statistiques de Chine. Et la proportion de personnes pauvres est passée de 97,5 % à 0,6 % au cours de cette période[21].

C’est ainsi que la Chine a réussi à réaliser un saut qualitativement supérieur par rapport aux autres pays émergents notamment entre 2014 et 2019. Non seulement elle est devenue la seconde puissance économique mondiale après les Etats-Unis d’Amérique en termes de Produit Intérieur Brut (PIB), elle est en train de passer d’un statut d’une puissance émergente à une forte puissance technologique[22]et une puissance géopolitique incontestable si l’on considère les perspectives de son développement à travers son projet colossal lancée en 2013 dit la nouvelle route de la soie ou la Ceinture et la Route (stratégie aussi appelée OBOR (one belt one road)) aujourd’hui connu sous le vocable  Initiative route et ceinture (Belt and Road Initiative, BRI selon l'acronyme anglais).   

Ce sont là quelques traits des facteurs qui font le succès du miracle chinois. Le Maroc a tout intérêt à tirer les leçons de cette expérience qui est toujours en cours comme a fait la Chine elle-même en érigeant le modèle sud-est asiatique en véritable modèle de développement. L’élite dirigeante a pour devoir d’étudier ce cas d’école d’une manière approfondie. Pour ce faire, elle doit associer à cette œuvre les intellectuels marocains de tout bord et pourquoi pas mettre en place des structures spécifiques pour se pencher sur le miracle chinois mais aussi sur les expériences des autres pays émergents.

 

Les leçons à tirer du « miracle arabe » des empires abbasside et omeyyade de l’Andalousie

 

Haroun al Rachid  s’est entouré des grands érudits de son époque pour tirer profit des savoirs grecs et les dépasser en voulant faire de l’empire abbasside un monde plus civilisé et plus puissant que la Grèce et l’empire romain. Son fils Mamoun en poursuivant l’œuvre de son père s’est donné pour objectif non seulement le dépassement des grecs et des romains en tant que sociétés mais de faire du peuple arabe un peuple plus civilisé et plus instruit en généralisant l’accès au savoir à toute la population. C’est ce qui a fait de la civilisation arabe une source de propagation scientifique et culturelle à l’échelle du monde de son époque. A ce propos, Gustave Le Bon, médecin et sociologue français du 19ème siècle écrit : « La barbarie de l'Europe fut pendant longtemps trop grande pour qu'elle s'aperçût de sa barbarie. Ce n'est guère qu'au onzième et surtout au douzième siècle que quelques aspirations scientifiques se produisirent. Lorsque quelques esprits un peu éclairés sentirent le besoin de secouer le linceul de lourde ignorance qui pesait sur eux, c'est aux Arabes, les seuls maîtres existant alors, qu'ils s'adressèrent »[23].   Et l’auteur d’ajouter un peu plus loin « « Effacez les Arabes de l'histoire, écrit M. Libri, et la renaissance des lettres sera retardée de plusieurs siècles en Europe »[24] .

 

Les exigences du moment et le rôle des forces progressistes dans le monde arabe

La crise à multiples facettes qui frappe le monde arabe rend urgent l’entreprise de vastes réformes qui doivent s’inscrire dans un projet sociétal d’indépendance. Ces réformes devraient être le produit d’une large participation de l’ensemble des forces progressistes et dans le cadre d’une vision globale à la fois inter et intra-disciplinaire. Des ateliers de réflexion devraient être conduits par des spécialistes qui disposent des compétences requises pour mener les débats en faisant participer l’ensemble des représentants des différentes couches sociales. Néanmoins, sans prétendre détenir les solutions géniales, nous donnons quelques indications générales pour une alternative de grande transformation des sociétés arabes tout en soutenant l’idée de Lénine qui dit, avec une humilité qui l’honore, que « l’Histoire a infiniment plus d’imagination que nous ».       

 

La première est celle d’ordre politique

 

L’Etat devrait être reconstruit sur le principe de la séparation du temporel et du spirituel. Il faudrait débarrasser l’Etat de son caractère néo-patrimonial qui est la source première de l’autoritarisme irrationnel. Le pouvoir devrait être fondé sur des bases objectives lui donnant une légitimité fondée sur la capacité de l’élite dirigeante à répondre aux besoins de la population à travers l’adoption de politiques internes et externes mues par l’indépendance économique et la démocratie telle que définie ci-dessus.

 

La deuxième réforme est d’ordre culturel.

 

Il est important que la jeunesse se penche sur l’étude du miracle arabe qui  a donné un sens à l’histoire. C’est celui rétabli par le siècle des lumières en Europe aux 17ème et 18ème siècles à savoir que la raison de l’histoire réside dans l’art et les sciences (Friedrich Hegel). Comme le souligne Henry Laurens dans sa conférence précitée, le savoir issu du monde arabe au moyen-âge se traduisant par l’intégration des sources arabes au savoir européen a constitué dit-il ce que Levy Strauss a appelé le second humanisme. « Le but est d’aboutir à une littérature universelle unifiant tous les flux (sous-entendu du savoir) venant des différents « espace-temps ». C’est grâce à la place centrale occupée par la science que les pays capitalistes développés et certains pays émergents comme la Chine un haut niveau de développement des forces productives leur permettant d’accéder au statut de sociétés de savoir. Le monde arabe ne peut se développer et se libérer de sa position périphérique et marginale qu’en renouant avec son passé glorieux caractérise par la diffusion des sciences et des arts. Pour ce faire, il faudrait réorganiser l’enseignement sur de nouvelles bases à commencer par le maternel et le primaire jusqu’au supérieur. Dès le primaire, il serait nécessaire d’adopter l’esprit de l’éducation intégrale expérimentée en France au 19ème siècle. « Elle répond à des préoccupations différentes. (…). Elle procède aussi de considérations d'ordre social : en supprimant la distinction entre travail manuel et travail intellectuel, l'éducation intégrale, polyvalente, devient facteur d'égalité. Elle répond enfin aux nécessités du progrès technique en préparant l'adaptation du travailleur aux tâches variées et changeantes de l'industrie moderne.

Les universités et les écoles supérieures devraient être conçues suivant le modèle prévalant dans un certain nombre de pays développés en ce sens que les étudiants encadrés par leurs professeurs participent activement à la conception de projets innovateurs destinés au système productif (industrie, agriculture, services…) moyennant le cas échéant des rétributions au profit de ces institutions.  

D’un autre côté, il faudrait donner un nouveau souffle à l’esprit institué par Al Mamoun, fils de Haroun Al Rachid en favorisant la diffusion de la culture dans toute la société. Pour ce faire, il faudrait que chaque commune à travers le monde arabe mette à la disposition des citoyens des bibliothèques et des centres d’art comme c’est le cas aujourd’hui dans les pays européens à titre d’exemple.        

          

La troisième réforme concerne l’économie

 

L’objectif principal qui devrait guider la réforme économique réside dans l’indépendance économique et qui passe nécessairement par le lancement d’un vaste projet d’industrialisation. Comme le précise le grand économiste François Perroux « vouloir l’industrialisation moderne, c’est vouloir trois choses » : « l’entrainement de l’agriculture par l’industrie »[25], « l’entrainement des industries  par les industries de pointe »[26], « l’évaluation raisonnée du secteur dit tertiaire »[27]. Ace propos, F. Perroux insiste sur le fait que « la propagation de l’innovation se fait dans les firmes, mais aussi dans et par les ensembles industriels structurés » que l’on appelle aujourd’hui les écosystèmes avant d’ajouter que « le rythme de renouvellement de  de l’économie nationale, condition décisive de l’indépendance et de la politique d’indépendance, est fonction du renouvellement de l’appareil de production et du renouvellement de l’esprit des agents (connaissances positives et cadres de pensée) »[28] ; 

 

La quatrième réforme concerne les sciences et la technologie

 

Le processus d’industrialisation tel que défini dans le point précédent demeure tributaire de trois conditions vitales à savoir l’existence d’une infrastructure scientifique et technologique comme source d’innovation, le renouvellement du tissu productif via les industries motrices et les nouvelles industries, et enfin une politique d’exportation offensive[29]. 

Il va sans dire que ce processus n’est pas dénué de difficultés et d’obstacles et devrait s’étendre sur une certaine durée. Pour raccourcir ce processus, il faudrait tirer profit des pays émergents qui ont usé de la dialectique de la dépendance et de l’indépendance. André Tiano nous donne les indications d’une politique de réduction de la dépendance qui peut se résumer dans les points suivants :

- Une réduction de la dépendance technologique : pour mieux maîtriser le transfert de technologie auprès des multinationales et des transféreurs de technologie, les pays dépendants devraient jouer sur les rivalités entre ces unités via la mise en place des institutions de contrôle technologique  à l’instar des pays comme la Corée du Sud ou le Mexique  se traduisant par le refus des  transferts de techniques, ayant des substituts dans le pays, l’élimination des clauses par trop défavorables et des surfacturations, l’obligation pour le fournisseur de communiquer au récepteur les perfectionnements apportés pendant la durée du contrat [30].  « Mais il est clair que la capacité de négociation technologique des pays sous-développés sera avant tout améliorée par l'existence d'un tissu industriel et d'une ingénierie nationale »[31]. Nous ajoutons à cela que la compensation industrielle peut être aussi un moyen efficace pour la maîtrise de la technologie ;

- Une réduction de la dépendance dans le domaine financier : interdire la fuite des capitaux, augmenter le volume des exportations via par exemple les progrès dans l’agriculture et dans les industries orientées vers l’exportation, la mobilisation des capitaux nationaux disponibles notamment en décourageant les placements spéculatifs ou somptuaires, le recours aux sources de financement externes tels que les aides multilatérales et bilatérales, les emprunts sur les marchés financiers, les crédits d’exportation et les investissements étrangers[32] ;

- Une réduction de la dépendance dans le domaine décisionnel : la souveraineté devrait se traduire par le contrôle du comportement des unités économiques et financières étrangères via un contrôle extérieur par la législation et les contrats » « et un contrôle intérieur par la présence de cadres nationaux militants »[33]      

 

 

 La cinquième réforme a trait aux politiques d’intégration régionale

 

 Les élites dirigeantes des pays arabes ont pour devoir de mettre en place les structures adéquates pour l’intégration de leurs économies. Ce type de réforme n’est pas facile à mener au cas où les mêmes élites dirigeantes actuelles conservent le pouvoir. En effet, celles-ci ont jusqu’ici fait preuve de démarches qui, comme le précise Mustapha Benchenane, « s'expliquent par le processus de constitution des classes dominantes locales qui ont besoin, pour se consolider, d'insérer l'économie de leur pays dans le système international dominé par les multinationales étrangères. L'emprise de ces multinationales sur les pays arabes est facilitée par les divisions du monde arabe. Chaque Etat nourrit l'illusion qu'il peut mener seul la lutte pour le développement. Or, aucun pays arabe pris isolément ne possède les dimensions qui lui permettraient un développement autonome et endogène. Les stratégies de « développement » des pays arabes, loin de miser sur l'approfondissement et l'accroissement des échanges interarabes, relèvent toutes de modèles extravertis, ce qui provoque une dépendance encore plus grave vis-à-vis des pays développés »[34].

C’est dire que la réussite du plan d’intégration économique arabe qui vient d’être adopté le 4 mars 2020 par le Parlement arabe en tant que chambre internationale formée par les pays membres de la Ligue arabe demeure tributaire de l’existence d’une volonté politique œuvrant dans le sens de l’unité arabe.  

A ce propos, on ne peut que se réjouir de l’adoption le 4 mars 2020 par le Parlement arabe, une chambre internationale formée par les pays membres de la Ligue arabe, d’un plan d’intégration économique de la région arabe[35].

 

 

 

Conclusion

 

Il va sans dire que sans une grande transformation des structures du pouvoir devant se traduire par l’avènement de nouvelles élites dirigeantes, sans changement de dynamiques de croissance au profit de nouveaux modèles de développement portés par l’idéal de l’indépendance économique, sans intégration économique et culturelle des pays arabes, sans l’édification d’une infrastructure scientifique et technologique alimentant le processus d’industrialisation et le développement agricole, le monde arabe ne saurait faire partie du club des pays émergents et continuerait de vivre en marge de l’histoire.

Nous concluons avec cette idée pertinente de F. Perroux que « La souveraineté nationale, qui implique en principe l’indépendance, s’évanouit si, économiquement, les gouvernants ne peuvent pas choisir une fonction d’objectif et favoriser, pour la mettre en œuvre, un agencement de moyens à la disposition des nationaux et de l’Etat ». C’est à cette condition seulement que le monde arabe uni et souverain puisse défendre la cause principale de l’ensemble des arabes et des humanistes dans le monde, celle de la Palestine libre et épanouie.           



[1] On peut être tenté de qualifier ce retour au miracle arabe comme une forme de repliement passéiste qui glorifie un passé révolu et tout à fait incompatible avec le contexte actuel. Nous tenons à souligner notre réfutation de toutes les idéologies passéistes qui comme le souligne pertinemment Samir Amin « nient le caractère irréversible de l’évolution parcourue » et qui « sont nécessairement appelées à fonctionner comme des fascismes, c’est-à-dire en fait à se soumettre aux exigences des conditions nouvelles imposées par la mondialisation tandis qu’on prétend s’en libérer. Elles sont donc fondées sur la tromperie et le mensonge et c’est pourquoi elles ne peuvent fonctionner que par la négation de la démocratie. Elles sont donc contraintes à mobiliser la société sur des problèmes faux – le chauvinisme, la pureté ethnique, la soumission à des lois prétendues religieuses – et à instrumentaliser ces méthodes pour imposer leurs dictatures par la terreur ».  In Samir Amin, Hakim Ben Hammouda et Bernard Founou Tchuigoua « Afrique et monde arabe – Echec de l’insertion internationale » Edition L’Harmatan 1995 p. 37 

[2] Sami Amin in op. cité  p.24

[3] Madesclaire, Y., 1994. Au-delà des apparences : un autre regard sur le Vietnam des années 1990.

Tiers Monde, 35 (140), p. 891-906. [en ligne] Disponible sur :

<http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/tiers_0040- 7356_1994_num_35_140_4927> [

[4] Article destiné à être publié dans le prochain numéro de la Revue Marocaine des Sciences Politiques et Sociales (RMSPS). 

[5] Abdelkader Berrada op. Cité p.2

[6] Ibid.

[7] Ibid.

[8] Idem p.3

[9] Conférence donnée par Henri Laurens « Le tournant des lumières et l’Islam » IREMMO (Institut de Recherche et d’Etudes Méditerranée et Moyen Orient)  2014

[10] Ce mouvement de modernisation s’étend à bon nombre de pays du sud-est-asiatique dont notamment le Vietnam où le parti communiste a été amené à adopter en 1986 une politique plus pragmatique et moins idéologique, appelée dôi moi (« réforme »), visant la libéralisation de l'économie et l'ouverture aux marchés internationaux. Dès la fin des années 1980, cette politique porta ses fruits : augmentation de la production agricole, développement des exportations, contrôle de l'inflation, croissance du PIB.  Au cours de la période allant de 2000 à 2010, la croissance du PIB a été rapide : 7 % par an en moyenne.  Les résultats du dôi moi ont donc été rapides. (Cf. à ce sujet Bertrand Tiberghien « Le Viêt Nam, une puissance émergente face à la Chine » Questions spéciales de relations internationales SPHM22MS/G (Sciences politiques 120) Janvier 2013 document PDF

[11] Georges Corm, Pensée et politique dans le monde arabe. Contextes historiques et problématiques, XIXe-XXIe siècle, La découverte, Paris, 2015, 345 pages.

[12] Yves Gingras « Ernest Renan, l’Islam et les sciences. Galilée n’a pas été mieux traité par le catholicisme que ne l’a été Averroès par l’islamisme, disait l’écrivain » Article du journal LE DEVOIR, Montréal, 27/09/2008 p.B6.  A ce propos, l’auteur fait remarquer que « Dans le monde arabo-musulman aussi, l’opposition entre une interprétation littérale du coran et le développement scientifique pose aujourd’hui problème. Depuis quelques années, de nombreux observateurs déplorent le fait que certains pays musulmans soient « riches en pétrole mais pauvres en sciences ». Ils dénoncent une lecture du coran selon laquelle toute la science y serait déjà inscrite, ce qui empêcherait la recherche scientifique indépendante ». 

[13] Samir Amin « La Nation arabe Nationalisme et lutte de classes » 1976 Collection Grands documents  

[14] Cf. à ce sujet l’article de Gilbert Achcar « Le nouveau masque de la politique américaine au Proche-Orient » paru dans le Monde diplomatique d’avril 2004 p-p 14-15 

[15] Op. Cité p-p 45-137

[16] A ce propos, souligne le philosophe et sociologue grec Cornelius Castoriadis « La nouvelle conception de la bureaucratie et du régime russe permettait de déchirer le voile mystificateur de la « nationalisation » et de la « planification » et de retrouver, au-delà des formes juridiques de la propriété, comme des méthodes de gestion de l’économie globale adoptées par la classe exploiteuse (« marché » ou « plan »), les rapports effectifs de production comme fondement de la division de la société en classes. Ce n’était là, évidemment, que retourner au véritable esprit des analyses de Marx. Si la propriété privée classique est éliminée cependant que les travailleurs continuent d’être exploités, dépossédés et séparés des moyens de production, la division sociale devient division entre dirigeants et exécutants dans le procès de production, la couche dominante assurant sa stabilité et, le cas échéant, la transmission de ses privilèges à ses descendants par d’autres mécanismes sociologiques, qui ne présentent du reste aucun mystère » in Cornelius Castoriadis « Introduction à « La société bureaucratique » », 1973, ed. 10 / 18, 1973, rééd. Christian Bourgeois, 1990 « De la dissidence marxiste au projet d’autonomie Un parcours intellectuel et politique »  Cornelius Castoriadis (1922 - 1997) p.9 document PDF

[17] Il est à souligner que le premier économiste ayant théorisé ce concept, à notre connaissance, fut André Tiano cf. à ce sujet son article « La dialectique de la dépendance et de l'indépendance » Revue économique  Année 1982  33-3  pp. 476-496 L’idée de base de cette thèse est « sans vouloir supprimer la dépendance par une illusoire rupture avec le marché mondial, il est possible aux pays dépendants de la diminuer en exploitant les faiblesses des forts » op. Cité p.477.

 

 

[18]  Denis Jacquet et Homérique De Sarthe « Pourquoi votre prochain patron sera chinois – Peut-on renverser la vapeur avant qu’il ne soit trop tard » Editions Eyrolles 2019 p.p. 11-12

 

[19] Samir Amin « La dernière grande leçon de Samir Amin L'une des plus grandes figures du marxisme du XXe siècle revient sur son œuvre et sur son parcours dans un dernier grand entretien. Entretien dirigé par Ulysse Lojkine 13 août 2018 p.22 in Le grand continent Revue numérique Entretiens Doctrines Économiehttps://legrandcontinent.eu/fr/2018/08/13/nous-avons-rencontre-samir-amin/

 

[20] La lutte contre la pauvreté en Chine a grandement contribué à la réduction de la pauvreté dans le monde 

Français  NEWS PROVIDED BY Science and Technology Daily May 26, 2020,  PÉKIN, 26 mai 2020 /PRNewswire/ 

[21] Ibid.

[22] A ce propos, on peut lire dans l’édition électronique de la revue Capital « Si vous vous êtes arrêté à l’épisode où l’empire du Milieu était une simple nation tournevis inondant la planète de gadgets en plastique et dupliquant à l’infini les inventions issues des laboratoires de recherche occidentaux, vous allez être surpris. Car Alibaba est loin d’être la seule firme chinoise à faire des étincelles avec ses scientifiques. Des milliers d’autres entreprises locales se sont lancées dans une course folle à la technologie. Et, comme toujours dans ce pays hors normes, elles voient les choses en grand. Drones, ordinateurs, véhicules électriques, robots, applis de smartphones, avions, satellites… leurs bureaux d’études labourent tous les terrains. Avis à ceux qui pensent qu’il en faudrait plus pour ébranler nos totems Airbus et Boeing : "D’ici quelques années, la Chine sera en mesure de commercialiser son premier avion", prévient Capucine Fargier, spécialiste de l’aérospatial au sein du cabinet Inter Action Consultants ».  ECONOMIE ET POLITIQUE  « CHINE : SON INCROYABLE PERCÉE DANS LES TECHNOLOGIES D'AVENIR » PHILIPPINE ROBERT  PUBLIÉ LE 25/06/2018 À 17H21 consulté le 30/07/2019

[23] Gustave Le Bon (1884), La civilisation des Arabes. Livres V et VI. p-p. 138-139 téléchargeable sur le site web : Les Classiques des sciences sociales, section Auteurs classiques 

[24] Ibid.    

 

[25] François Perroux « Indépendance de la nation » Editions Aubier Montaigne, 1969 p.214 

[26] Idem p.215

[27] Idem p.216

[28] Idem p.215 souligné par nous

[29] Idem p-p 221-265

[30] André Tiano op. Cité p.488

[31] Idem p.489

[32] Idem p-p 490-492

[33] Idem p.492

[34] Benchenane Mustapha. L'intégration économique arabe. In: Tiers-Monde, tome 24, n°96, 1983. La coopération Sud-Sud. Etat et perspectives. pp.905-906 https://www.persee.fr/doc/tiers_0040-7356_1983_num_24_96_4351

[35] L'objectif est de faire du bloc arabe un acteur économique pertinent vis-à-vis de l'Union européenne, des États-Unis et de la Chine.  Dans ce cadre, un système législatif et cinq projets de loi ont été approuvés, dont une loi sur les investissements arabes, un règlement pour atteindre la sécurité alimentaire, une nouvelle loi sur l'économie numérique, une loi sur la qualité pour faciliter le commerce arabe et une loi sur le transport dans le monde arabe. Deux visions sur l'activation du marché commun arabe et un projet d'interconnexion électrique entre les pays arabes ont également été adoptées.

 


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