SAHARA/ PALESTINE : ENTRE REALPOLITIK (2/5)... Pr. A.B.TREDANO




















Pr. Abdeloumoughit Benmessaoud TREDANO

 Professeur de science politique et de géopolitique

Université Mohamed V. Rabat


SAHARA/ PALESTINE : ENTRE REALPOLITIK, INTERETS NATIONAUX ET UNE NOUVELLE GEOPLITIQUE REGIONALE ET INTERNATIONALE ? 

2/5

 

II –  Difficultés et impasse israéliennes et déclin américain ?


Pourquoi le Maroc a-t-il procédé à une telle reconnaissance dans un contexte géopolitique mouvant et pas du tout favorable à une autonomie   par rapport au   maintien de son arrimage au bloc occidental ?

Il semble outre la reconnaissance américaine de la marocanité du Sahara, dans le deal, qu’il y a   une promesse de vente de quatre drones sophistiqués et d’un investissement de quatre milliards de $ !!

Le Maroc devait il conclure un tel deal ?

Avec la nouvelle configuration de la géopolitique moyen-orientale et mondiale en cours, je dirais que le Maroc aurait dû rejeter, sans hésitation aucune, cette proposition "alléchante" surtout qu’elle sous-tend un renoncement aux principes de justice internationale et des droits des peuples à disposer d’eux-mêmes.

 

  L’EXISTENCE MEME D’ISRAËL ET LE DEPART DES AMERICAINS DE LA REGION DU MOYEN- ORIENT SONT POSES ?

 

Peut-on prétendre avoir une certaine crédibilité en posant de telles hypothèses ?

A première vue non.

Israël domine encore la région et les Etats-Unis sont loin de connaitre le sort qu’on leur prédit.

 

ISRAËL : DEBUT DE LA FIN ET LE SCENARIO DE L’APOCALYPSE ?

 

Au Moyen-Orient, le rapport de forces commence à changer depuis au moins une quinzaine d’années (la guerre du Liban de juillet /août 2006) en faveur du bloc dirigé par l’Iran et ce malgré la déliquescence du monde arabe ou plutôt grâce à cette clarification géopolitique. 

Comme je l’ai déjà dit, si le bloc iranien n’a pas encore totalement gagné, la partie occidentale avec la complicité des pays du Golfe et de la Turquie n’ont pas, en revanche, réussi à imposer leur plan de domination.

 

 

Quelques signes précurseurs d’une certaine fin ?

En 2000, Israël quitte le Sud du Liban, après 18 ans d’occupation, avec armes et bagages, et surtout sans réussir à obtenir un accord avec Hezbollah !!

En 2006, Israël ne parvient pas à écraser le parti libanais pendant 33 jours de bombardement aveugle avec des dégâts considérables, marqué par un silence assourdissant de ce qu’on appelle abusivement la communauté internationale ; un mouvement de résistance qui n’est pas vaincu peut-être considéré comme victorieux dans cette guerre !

Depuis un rapport de force entre les belligérants s’est installé et Israël n’a pas osé s’aventurer dans une nouvelle guerre coûteuse et risquée.

Imaginez que chaque fois que les israéliens tuent un combattant de Hezbollah même en Syrie et même par erreur, l’armée israélienne disparait sur une bande 10 à 15 Km de la frontière libanaise en attendant la riposte de ce dernier !

 

Ce rapport de force intervenu suite au printemps arabe, à la guerre civile en Syrie, au renforcement des mouvements de résistance libanais et palestiniens et de la confirmation de la puissance iranienne.

 

Imaginez que malgré trois guerres meurtrières (20O8/09, 2012 et 2014) Israël n’a pas réussi à "en finir" avec les mouvements islamistes (Hamas et Jihad Islamique ) à Gaza . 

 

 

 

Est-ce suffisant pour se permettre de soutenir qu’Israël vit le début de la fin ?

La droite extrémiste et l’Etat profond israéliens rêvent, au moins depuis quinze ans, de mettre au pas le régime théocratique de Téhéran et de provoquer une guerre contre cette puissance émergente sans succès.

 

Face à cette impasse militaire, les gouvernants israéliens, avec le soutien américain, s’emploient à se donner les moyens de dominer le monde arabe et limiter la capacité de nuisance du front de résistance par le soft power, conjugués avec des pressions comme les sanctions et l’embargo.

 

En effet, l’insuccès de la stratégie occidentale[1] traduite par la guerre américaine en Irak en 2003 , l’impasse d’Israël en 2006, le chaos provoqué par le printemps arabe et la guerre civile en Syrie  dont le but était le dépeçage  du Moyen-Orient et l’installation de guerres permanentes  à base  ethnique et religieuse , conduisent les stratèges israéliens , américains et européens à pénétrer ce monde considéré comme compliqué (De Gaule )  par l’économique , le politique, le culturel voire le psychologique.

 

D’où la nouvelle politique du soft power de plus en plus généralisée adoptée par le bloc otanien (avec la Turquie) et pétrolier.

L’objectif étant d’isoler l’Iran avec ses alliés en constituant une sorte de "Sainte Alliance" .

La politique de normalisation s’inscrit dans ce cadre précis ; on va investir plutôt on va désinvestir et par le culturel et l’échange et on va banaliser le fait israélien.

 

Un processus ancien !

 

Ce processus a commencé au lendemain des accords d’Oslo de 1993 entre Israéliens et Palestiniens, suivis par les conférences sur le Moyen-Orient et le Maghreb (Casablanca : 30 octobre 1994/ 1 novembre 1994 et Amman : 28-31 octobre 1995) [2], une diplomatie discrète entre Israël et certains pays arabes avec la création de comités de liaison - une sorte d’antenne consulaire-  entre ce dernier d’une part et   la Tunisie, le Maroc et la Jordanie d’autre part. 

 

Ce processus de paix a été interrompu par une série d’attentats suicides perpétrés par Hamas en Israël entre 1993 et 1995, la mort Yitzhak Rabin (4 novembre 1995), l’échec des négociations de paix entre Arafat et Ehud Barak sous le patronage de Bill Clinton en 2000 et le déclenchement de l’Intifada II suite à la visite provocatrice d’Ariel Sharon de l’esplanade d’Al Aqsa en septembre de la même année.

 

Il importe aussi de rappeler que les dirigeants palestiniens, inscrits dans la dynamique des accords d’Oslo, ont poussé de nombreux Etats en Asie, en Afrique et en Amérique latine qui n’avaient pas de relations diplomatiques ou qui les avaient coupées, à les nouer ou les rétablir.

 

L’expérience égyptienne (1979) et jordanienne (1994) a montré, si besoin est, les limites de cette politique.  Les officiels peuvent normaliser, mais les peuples résistent malgré les dictatures. 

 

Au-delà du politique, de l’économique et du culturel, la présence des Israéliens au Golfe a aussi et surtout comme finalité de leur permettre d’encercler l’Iran et de contenir son expansion.

L’impasse militaire israélienne   explique en partie cette projection vers le Golfe et éventuellement au Maghreb.

 

Mais d’où vient l’idée du début de la fin d’Israël et de fin apocalyptique alors que ce dernier, grâce à Trump , ne cesse de" ramasser" les victoires diplomatiques voire stratégiques au Moyen-Orient ?

En effet le président sortant a tout donné à l’entité israélienne, alors que Netanyahou n’a pas attendu longtemps pour féliciter le nouveau président sachant que la contestation des résultats était encore chaude.

Voilà le type de comportement auquel un pays "normalisateur", sans autonomie au niveau de la décision politique, peut s’attendre !!

 

 

L’APOCALYPSE, C’EST POUR QUAND ?

Je me permets de poser une question à tout chacun avant de donner quelques éléments de réponse ?

En effet, pourquoi ladite communauté internationale ne s’est jamais permise de lever le petit doigt, 70 ans durant, pour condamner l’occupation permanente, les massacres répétés, les humiliations diverses et variées que subit le peuple palestinien ?

Presque Jamais !! Ou dans un langage feutré, insipide, incolore et inodore.

Jamais une résolution du conseil de sécurité de l’ONU n’a été adoptée pour condamner Israël et surtout, dans le cas où ce dernier lui arrive de le faire, d’adopter les mesures concrètes pour sa mise en œuvre.  

Les destructions de maisons, les emprisonnements systématiques mêmes des enfants, le traitement inhumain des prisonniers palestiniens   n’ont jamais secouer la conscience universelle.

Enivré par la victoire

Ce déni de justice incompréhensible, cette arrogance insupportable et cette surdité constante   ont-ils une explication ?

La victoire facile de 1967 est un élément d’explication.

Le rôle incommensurable du   lobby juif dans le monde a empêché, des décennies durant, les peuples de voir une réalité qui choque. 

La faillite des élites dans le monde arabe (nationaliste, panarabe, communiste), a conforté l’entité israélienne dans son statut de puissance dominante.

Qu’en est-il aujourd’hui ?

Comment peut-on oser parler du début de la fin de cette entité alors que le monde arabe est dans un piteux état ?

Les guerres civiles, l’absence de réveil des peuples et le sentiment d’abattement et de résignation qui les domine, l’impasse politique qui y prévaut et l’absence d’horizons vers l’émancipation ne peuvent inciter à l’optimisme.

Et pourtant, l’espoir est permis !

 

 

 

LES FAIBLESSES D’UNE ENTITE USURPATRICE

·        D’abord il s’agit d’un pays qui exerce une occupation depuis 70 ans ; donc aucune légitimité sauf celle du plus fort ; 

·        C’est un pays qui ne bénéficie d’aucune cohésion eu égard à la mosaïque de sa population sur le plan ethnique et religieux ;

·           C’est un pays qui connait une impasse politique (quatre élections en moins de deux ans), situation marquée par un premier ministre qui s’accroche au pouvoir pour se soustraire de la justice !! 

·        Il s’agit d’une entité qui connait une impasse militaire depuis au moins une quinzaine d’années ;

·        C’est un pays qui se trouve dans une région où, malgré la déliquescence du monde arabe, il y a des forces de résistance autour de l’Iran qui   s’affirment de plus en plus ;

·        Enfin il s’agit d’un pays dont le parrain, en l’occurrence les Etats Unis, n’est pas dans une meilleure posture dans un monde en pleine mutation et dont la principale caractéristique est l’émergence de nouvelles puissances ; 

Face à ces faiblesses et ces impasses une politique de fuite en avant n’est pas exclu.

C’est par rapport à ce contexte que certains propos de personnalités, d’horizon divers, méritent d’être rappelés ; c’est ces propos-là qui m’ont mis la puce à l’oreille quant à la surdité de la communauté internationale face à au drame palestinien que nous vivons, depuis Al Nakba , tous les jours dans l’indifférence coupable quasi-totale.  2/3

 

 

 

 



[1] Le journaliste anglais Robert fisk, un grand connaisseur de la région du Moyen- Orient, parle de guerre de civilisation.

[2]  Abdelmoughit Benmessaoud  Tredano , "De  Casablanca à Aman , L’économique au service de la paix"  , Annuaire de la Méditerranée , 1996 , pp 23 -28

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