2021





IL FAUT REVOIR LES BASES DE L’ETAT SOCIAL ET STRATEGE

Entretien avec Yasser Tamsamani

     (Tel Quel 25 janvier 2021)

 

 

Tel Quel : Quelle prévision de croissance vous paraît raisonnable pour le Maroc en 2021 ?

Yasser Tamsamani : Elaborer des prévisions économiques n’est pas simple. C’est un art qui relève certes de l’expertise du conjoncturiste et de sa compréhension des mécanismes sous-jacents au fonctionnement de l’économie, mais cet art est également régi par des outils techniques adaptés. Les grandes institutions nationales ont supposé en disposer et sont de ce fait plus aptes à établir des prévisions avec une probabilité moindre de se tromper. Sauf que ce qui compte ce n’est pas uniquement le chiffre de la croissance prévue mais surtout sa justification en se rapportant à l’analyse de l’évolution des comportements des agents économiques. Hélas, sur ce plan, force est de constater qu’il y a encore du chemin à parcourir et l’état des prévisions au Maroc est souvent loin de réciter systématiquement une histoire cohérence sur le futur.

Maintenant, si l’on regarde les prévisions du taux de croissance des différentes institutions, elles tournent autour de 4% et 5%. Des chiffres à mon avis raisonnables mais bien regrettables.

Raisonnables d’abord, si on les apprécie eu égard à l’effet rebond de l’activité, assez mécanique, à partir du creux causé par la crise. Regrettables car à ce rythme il faut environ 2 ans pour que la production atteigne son niveau d’avant la crise et beaucoup plus d’années pour compenser le manque à gagner accumulé pendant la crise, ce qui laissera des traces durables sur les inégalités, sur la qualité d’insertion sur le marché du travail et sur les projets d’investissement des entreprises.

Regrettables également vu la marge de main œuvre dont dispose le pouvoir public pour mener une politique budgétaire expansionniste au lieu de se lancer dans une stratégie faillible de réduction de déficit via la stabilisation des recettes et la réduction des dépenses d’investissements en point de PIB. Ce tournant est encore plus pénalisant pour l’économie nationale étant donné que la politique monétaire conventionnelle est inefficace en ce moment quand l’économie est piégée dans une phase de trappe à liquidité. In fine, ce choix aura pour effet une croissance atone qui relèvera plus de l’effet rebond.

Quelles sont les politiques à mener pour faire face à la situation de la crise que nous traversons ?

Il y a deux types de réaction à avoir dans telle situation : éteindre l’incendie et commencer la reconstruction. D’abord, l’Etat a un devoir contractuel et moral au sens de la justice sociale de soutenir les ménages et les entreprises les plus touchés par la crise. Ensuite, il y a la politique de relance qui devrait se faire sur la base d’une optimisation des deniers publics avec un ciblage réfléchi des acteurs à accompagner et d’une vision claire de la trajectoire sur laquelle sera mise l’économie nationale.

Nous avons mis en ligne en aout dernier sur le site de la revue Réflexions Economiques un rapport qui permet d’identifier les secteurs les plus entrainants de l’économie marocaine selon plusieurs critères (degré d’intégration en amont et en aval de la chaine de valeur, degré d’intensité en facteur travail, niveau de compétitifs, etc.). Il revient désormais au politique d’arbitrer et de faire ses choix, mais il ne faut surtout pas qu’il mélange les deux politiques (d’amortissement du choc et de relance) comme dans le rapport économique et financier 2021, car chacune de ces politiques a sa temporalité et son champ d’action spécifique.

A moyen terme, il y a également d’autres chantiers mis à nu par la crise que le politique devrait affronter s’il veut assurer une sortie par le haut de la crise actuelle mais également la crise liée au déficit du développement. Il s’agit de revoir les bases de l’Etat social et stratège…

Comment atténuer le taux de chômage que connaît le Maroc ?

C’est une question complexe et il n’y a pas de recette magique pour réduire le chômage car une partie de réponse à ce phénomène réside dans la croissance qui reste, elle-même, un mystère. Dans une réflexion sur le « nouveau » modèle de développement que vous pouvez consulter sur le site de la même revue citée plus haut, nous avons pris le contre pieds de la théorie dominante pour argumenter le fait que les inégalités de revenus et des richesses (au même titre que les inégalités catégorielles) limitent la croissance potentielle et ce via plusieurs canaux : récurrence des tensions sociales, captation de la rente, dépendance aux produits importés et baisse de la productivité.

L’idée centrale qui y a été développée pour libérer le potentiel de croissance est de s’attaquer aux inégalités à la racine, là où elles naissent sur le marché du travail. Cela passe par une panoplie de politiques publiques en mesure de rééquilibrer dans la durée le partage de la richesse créée entre les travailleurs et les capitalistes au profit des premiers mais dans l’intérêt des deux. Car à la base les relations du travail sont des liens de coopération et de complémentarité qui font que le jeu n’est pas, en dynamique, à somme nulle. La correction du partage de la valeur ajoutée devrait profiter à terme aux deux parties prenantes.       

Une autre réponse au chômage (du côté de l’offre du travail), qui n’est pas indépendante de la première, tient à la qualité de l’enseignement. La politique quantitativiste de droit au diplôme suivie jusqu’là, sans que ce dernier ne reflète ni des compétences réelles ni connaissances solides accumulées, donne lieu en fin de processus à une génération de chômeurs dépourvue d’outils cognitifs nécessaire pour se prendre en charge et met le pays au pieds de mur. En effet, aujourd’hui les dépenses d’éducation ont atteint un niveau relativement élevé, qui avec des rendements limités en termes d’amélioration de la productivité, il sera difficile d’imaginer de les augmenter davantage. C’est un autre cercle vicieux auquel il faudrait faire face pour libérer la croissance potentielle et espérer absorber à terme le stock du chômage.

 

 







 

1979 : L’ANNEE QUI A FAIT LE MONDE

Les BONNES FEUILLES

Extrait de : Corona, mondialisation et dérèglement du monde :

Entre extinction et survie de l’humain

Pr. Abdeloumoughit Benmessaoud TREDANO

Professeur de science politique et de géopolitique

Université Mohamed V. Rabat

 

« Il y a des années creuses, sans évènement majeur ; le monde s’est mis entre parenthèse. Il est aussi des années fastes, charnière … Le XXème en est prodigue, marqué par les conflits mondiaux 1914- 1918, 1939-1945.On ajoutera 1968 évidemment 1989. A ce tableau il manque cependant une année tout aussi décisive, qui nous concerne au premier chef : 1979 »[1].

" …Ce qui m’a amené à évoquer, une fois encore, ce que j’ai  appelé  « l’année du grand retournement » -1979.L’observateur désespérément rationnel que je suis n’accorde à ce nombre aucune vertu cachée ; s’il vient souvent sous ma plume ,c’est que des évènements significatifs ont eu lieu cette année-là, ou à ses alentours , qui ont marqué un tournant , et parfois une rupture , dans le cours de l’Histoire " dit Amin Maalouf  dans son livre sur le naufrage des civilisation .[2]

"L’incroyable année 1979, renchérit un autre, a vu se succéder des évènements qui ont changé le cours de notre histoire : la révolution iranienne, les  accords de Camp David, la prise d’otages à la Mecque et de l’ambassade américaine à Téhéran et enfin l’invasion soviétique de l’Afghanistan .En quelques mois , le Moyen-Orient a basculé et le monde entier avec lui .."[3]

Ces différents propos montrent, si besoin est, l’importance de cette année dans la chronologie des évènements mondiaux et surtout une certaine prise de conscience tardive du rôle qu’elle a joué et continue à le faire dans l’évolution du monde.

En effet, personne n’accordait une importance démesurée à cette date …

Preuves en est : peu d’écrits. On s’est rappelé cette date seulement en 2019[4] ; quarante après.

A notre connaissance,  dans la littérature française du moins , on a relevé  à peines six textes , un documentaire et deux livres[5] qui ont traité de l’importance de cette année.[6]

Les titres de ces articles sont à eux seuls largement significatifs :

"1979,l’année où tout a commencé "  [7] ,  " L’année où le monde a changé "[8] ,

  "   Notre époque s’est dessinée en 1979 " [9] ; ces textes sont, en effet ,  unanimes à souligner , avec quarante  ans  de recul, l’importance révélée de l’année 1979.

« L’année 1979 est définitivement une année-charnière, comme la fin d’un cycle. Elle scelle le sort des dernières utopies. Le monde prend une pelle et enterre à la hâte les cadavres encore fumants de nos illusions perdues. Après 1979, rien ne sera plus vraiment comme avant » [10], c’est  ce qu’on  relève dans l’accroche  d’une interview accordée  par  l’académicien Amin Maalouf à un magazine.

Le géopoliticien Gérard Chaliand , quant à lui , parle de l'année 1979 comme année structurante .[11]

A l’époque personne n’imaginait que l’année 1979 allait structurer l’évolution du monde et elle continuera à le faire d’une manière tragique !

Cette importance, certes reconnue tardivement, est due au fait que des évènements multiples et surtout de nature différente l’ont marqué ; ils sont d’ordre politique, géopolitique, militaire, religieux et culturel.

Personne ne soupçonnait que le lien de cause à effet allait se construire au fil des ans.

Les évènements de l’année 1979

Première observation que l’on peut   faire c’est justement l’absence apparente de liens de cause à effet entre l’ensemble de ces évènements.

 En fait, les évènements ayant marqué cette année ne sont pas cloisonnés, ils ont interagi pour générer   les effets de boule de neige qu’ils ont provoqués.

Au fait de quoi s’agit-il ?

On peut citer parmi les évènements [12] ayant  marqué cette année ceux qui, d’une manière ou d’une autre, ont influé fortement  sur le cours de l’évolution de l’ordre international depuis 40 ans. 

*     En janvier 1979, la rencontre entre quatre puissances (les USA, la France, la Grande Bretagne et l’Allemagne) à Guadeloupe : objet la préparation du G7 ; dommage collatéral : elles ont validé la proposition du président français, V. Giscard d’Estaing, relative à   l’exil du Shah.

*L’avènement de la révolution iranienne et l’arrivé de Khomeiny à Téhéran après quelques mois d’exil en France

*2ème choc pétrolier. Le nucléaire retrouve sa nécessité et sa légitimité.

* Référendum, organisé le 31 mars 1979, pour l’installation d’une république islamique.

*       En janvier 1979, Deng Xiaoping se rend aux Etats-Unis ; c’est le   début d’un changement de jeu d’alliance. Nixon était déjà en Chine pendant que les Etats Unis pataugeant dans  le bourbier vietnamien moins de 10 ans après, les deux pays rétablissent leurs relations diplomatiques et la coopération est telle qu’elle a atteint l’installation   de base d’écoutes en Chine   pour espionner les soviétiques[13]

   A deux reprises les présidents Reagan et Bush voulaient remettre en cause cette coopération, ils se sont ravisés sachant l’intérêt qu’ils pouvaient en tirer.

 

*       En janvier 1979 , durant le   voyage du pape Jean Paul II pour le Mexique,  Il pensait déjà à sa croisade contre le communisme en programmant sa visite en Pologne en juin 1979[14].   

*     Mars 1979 :   l’accord de paix entre l’Egypte et Israël ; il s’agit des accords de Camp David conclus en 1978 et signés en mars 1979.

Le secrétaire américain, Henri Kissinger, aurait dit, la guerre sans l’Egypte n’est pas possible et la paix sans la Syrie l’est pas aussi ; ce qui explique en partie l’absence de perspectives de paix surtout avec l’entêtement de la droite et l’extrême droite israéliennes depuis vingt ans. 

Le retrait du champ de bataille de l’Egypte , traduit par son affaiblissement et l’émergence de deux puissances régionales concurrentes en l’occurrence l’Iran chiite et l’Arabie Saoudite sunnite ; la guerre des religions a pris racine   dans ce contexte encouragé en cela par les différentes interventions occidentales dans la région du Moyen-Orient ; l’agression américaine en Irak ( 2003)  et l’intervention de l’ensemble du bloc occidental en Syrie depuis 2011 ,  avec la complicité et  l’implication des pays du Golfe ( Arabie , EAU, et  Qatar ) et la Turquie,   en sont  la plus importante et la plus  déterminante dans le chaos que connait la région . 

Thatchérisme et Reaganisme : un autre conservatisme

*     En mai, Margaret Thatcher arrive au pouvoir avec une nouvelle vision de l’économie et du monde. Quelques mois après, en novembre 1980, Ronald Reagan   est lui aussi est élu à la présidence américaine. Tous deux vont mener une croisade contre le communisme et contribué à propager une idéologie ultralibérale dans leurs pays respectifs et dans le monde.

*     16 juillet 1979 Saddam Hussein accède à la présidence en Irak.

*     Défaite des Khmers rouges au Cambodge avec l’entrée des Vietnamiens dans le pays. 

*       En Juillet 1979 : 44 scientifiques –après les préconisations du club de Rome et des interpellations de René Dumont -   ont remis à Jimmy Carter un rapport sur l’environnement : leur diagnostic disait, la même chose ; si ça continue c’est la catastrophe assurée !!

*     La prise des 52 otages américains à Téhéran pendant 444 jours. Fait qui explique, en partie, l’antagonisme persistant entre l’Iran et les Etats Unis.

*       20 novembre -4 décembre :  la prise d’otages dans de la Grande mosquée de la Mecque par des islamiste saoudiens extrémistes .Pour éviter d’être dépassé par cet extrémisme religieux , Riad  a  enfourché   le cheval   de la doctrine wahhabite avec plus d’application et de méthode .[15]

Début de la guerre contre l’URSS de la part des USA et leurs alliés

*     Décembre 1979, l’invasion de l’Afghanistan par les soviétiques ; c’est leur Vietnam à eux comme le souhaitait et le voulait le duo anglo-américain (Margaret Thatcher et Ronald Reagan).

Tout a été mobilisé pour les y enfoncer.

On peut citer, entre autres, les actions américaines suivantes :

*En Afghanistan : armement américain (missile Stinger ) , financement des pays pétroliers, et mobilisation des Moudjahidines dans tous les pays arabo-musulmans.

*Dans les ex-colonies portugaises : une politique de containment effectuée par Les USA contre la présence sovièto –cubaine

*La guerre des Etoiles : obliger les soviétiques à suivre une course à l’armement que leur économie ne pouvait pas supporter.

*La guerre pétrolière :  le 1er contre-choc pétrolier au milieu des années 80, les Américains ont poussé l’Arabie saoudite à noyer le marché pétrolier par une offre importante   . Résultats :  un baril à 10$ …Avec des conséquences néfastes sur l’économie l’URSS, dépendant de l’exportation de cette énergie. Tout cela est le fait du président américain Ronald Reagan et le président G. Bush père pendant les trois mandats républicains (1980 /1992).

Deux conservatismes

Après les avoir cité, on serait enclin de se poser la légitime question sur le lien existant entre des évènements aussi divers et d’inégale importance.

Pour mieux les appréhender et voir l’impact qu’ils ont eu sur l’évolution du monde, il importe de les classer ; on peut le faire de la manière suivante :

Ils sont d’ordre religieux : on peut y mettre la révolution iranienne, la prise d’otages à la Mecque, le rôle du Pape jean Paul II en Pologne.

Ces faits conjugués, avec l’invasion de l’Afghanistan, ont fait le lit au conservatisme religieux et par ricochet ont contribué, du moins dans le monde arabo-musulman, à la naissance de l’islam politique et donc de l’apparition d’un "terrorisme" lié à l’Islam.

Autre phénomène, d’ordre économique, non moins important, c’est l’émergence d’une idéologie ultralibérale   au niveau du mode de conception, de production et de distribution dans le système capitaliste. ; les deux chantres et les porte-voix de cette idéologie ne sont autres que les dirigeants anglais et américains en l’occurrence   Margaret Thatcher et Ronald Reagan. Quarante durant, ce système de pensée, de production a dominé le monde avec tous les dégâts et le désordre mondial actuel que l’on observe et qui ont font le lit de tous les extrémismes de tout ordre !!

L’écrivain Amin Maalouf a parlé de deux conservatismes[16] : l’un religieux préconisé par l’Iran  et l’Arabie saoudite  et l’autre d’ordre  économique conçu et diffusé par les anglo-américains.  

Il reste un évènement d’ordre politique et géopolitique qui est à l’origine d’un grand chambardement au Moyen-Orient.

Les accords de Camp David   négociés en 1978 et signés en 1979.

Ces accords, avec l’effacement de l’Egypte, ont changé les rapports de force dans le conflit entre Israël et le monde arabe en faveur du premier et ont permis à ‘l’Iran et l’Arabie saoudite de s’imposer dans la région moyen-orientale.

Depuis, le conflit qui opposait les Palestiniens à une entité occupante en l’espèce Israël s’est progressivement effacé au profit d’une guerre de religion et de la diffusion d’un terrorisme nourri par les frustrations  nées, entre autres ,  des défaites arabes répétées  , de la faillite des  élites dans ce monde ,  de l’agression permanente occidentale contre ce dernier .[17] 

          Pour conclure ce développement sur l’année 1979, on peut soutenir Il n’y a pas eu de concertation et /ou de plan préétabli par les acteurs de l’ensemble de ces évènements. Il n’y a pas eu, non plus de complot contre l’humanité qui serait le fruit d’un "cabinet noir".

Ce n’est que l’évolution normale des évènements qui par un effet d’osmose et d’interactions a fait que l’année 1979 s’est révélée, après coup, comme fortement structurante de l’ordre international. 

Nous continuerons à vivre les soubresauts et les effets sismiques provoqués par ces faits épars qui sont à l’origine de profondes mutations dont la suite demeure impénétrable et imprévisible. 

L’année 1989   qui est à la fois l’enfant naturel des évènements relevés et révélés en 1979 mais aussi le déclencheur d’un nouveau processus. 

 

 

 

 

 

 



[1] François Guillaume Lorrain, https://www.lepoint.fr/editos-du-point/sebastien-le-fol/1979-l-annee-ou-tout-a-commence-15-07-2019-2324537_1913.php

 

[2] Op. cit. p. 218.

[3] Yvonnick Denoël, " 1979, guerres secrètes au Moyen-Orient, Ed. Chronos, 2019,255 p.

[4] Sauf une interview donnée par le géopoliticien Gérard Chaliand où il montrait en 2013 déjà l’importance de cette année. 

[5] Il s’agit du livre de Yvonnick Denoël et d’Amin Maalouf.  Encore qu’ils ne traitent pas cette année d’une manière directe.

[6] C’est cette insuffisance d’intérêt à cette année qui nous a incité à penser à préparer un ouvrage traitant d’une manière plus approfondie son rôle déterminant sur l’évolution du monde.

[11] https://www.letemps.ch/monde/epoque-sest-dessinee-1979

[13] 13 Voir le documentaire, 1979, l’année qui a changé le monde, au niveau d’une heure 20 minutes

://www.youtube.com/watch?v=JpEq8cn6lRY.

 

[14] L’année qui a changé le monde, https://www.youtube.com/watch ? v=JpEq8cn6lRY

 

https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1172305/pape-jean-paul-pologne-histoire-archives

[15] Sur cet aspect-là voir l’excellent ouvrage de Pierre Conesa, Dr. Saoud et Mr. Djihad. La diplomatie religieuse de l’Arabie saoudite, Robert Laffont, 2016, 307 pages. 

[16] Voir son essai sur le naufrage des civilisations, op. cit.

[17] Robert Fisk le grand reporter britannique et spécialiste du Moyen-Orient    -qui vient de mourir-  parlait de la grande guerre pour la civilisation. Op. cit.

 







HOMMAGE A…

 

La Revue Marocaine des Sciences Politiques et Sociales entend programmer sur son site une nouvelle Rubrique appelée HOMMAGE A …

L’objectif de cette Rubrique c’est surtout de rendre hommage à nos citoyens, dans des domaines divers, qui ont apporté beaucoup à notre pays …

Citoyens ordinaires, écrivains, historiens, hommes politiques … reconnus par leur compétence, leur expertise, leur savoir et leur éthique mais pas suffisamment connus par leu grand public qui seraient privilégiés

A ceux-là, mais pas seulement, que la priorité sera donnée.

Nous initions, aujourd’hui, cette rubrique par rendre un hommage tout particulier à un homme de lettre, journaliste/ chroniqueur en l’occurrence le défunt Mohamed Ferhat. Cet hommage est commis par notre ami Mohamed Khalil. Deux textes écrits par ses soins à l’occasion de sa mort et du 40ème jour  de sa disparition.

                                                                                                                   25 janvier 2021

La revue

 








 

HOMMAGE A

MOHAMED FERHAT, UN PATRIOTE REVOLUTIONNAIRE

Mohamed  Khalil

 Le grand patriote et militant Mohamed Ferhat est décédé, vendredi 11 novembre 2011 à Rabat, après une vie politique, culturelle et médiatique, pleine d’apport au Maroc. Natif d’Essaouira le 21 juillet 1921, son patriotisme et sa conscience de classe l’avaient conduit, à la fleur de l’âge, à adhérer au Parti communiste marocain (PCM), dont il deviendra membre du Comité central en 1949, avant de siéger, juste après, au sein de son Bureau politique.

Il avait accepté, à l’époque, de quitter son métier d’enseignant pour devenir membre permanent du Parti, à côté d’Ali Yata et Abdeslam Bourquia, puis, un peu plus tard, d’Abdellah Layachi.

Avec feus Abdelkrim Benabdallah et Fkih Kouakji  (Haj Oubella), venu de Marrakech à Casablanca, et d’autres dirigeants de l’époque, il se contentera du SMIG salarial (20 francs par mois) versé par le Parti à ses permanents, pour se consacrer à à cette mission militante.

Il représentait, au niveau de la direction du PCM, la nouvelle vague de Marocains qui ont remplacé les communistes français et espagnols, après le départ des camarades Léon Sultan et Michel Mazzella, les deux figures de proue du Parti communiste français au Maghreb. Parmi la nouvelle génération, figurait Benomar Lahrach, qui deviendra en 1954 général au Vietnam et adjoint de Giap, toux deux héros de la fameuse bataille de Dien Ben Phu.

Mohamed Ferhat rencontrera et nouera amitié avec de nombreux dirigeants du PCM et des résistants de renom, dont Abdelkrim Benabdallah, premier géologue maghrébin et responsable politique du Croissant Noir (Al Hilal Al Aswad), organisation de la résistance armée où le Parti communiste marocain a joué un rôle prépondérant et dont le chef était feu Abdallah Haddaoui.

Mohamed Ferhat, à l’instar de nombreux patriotes, paiera de sa vie et de sa liberté son engagement contre le colonialisme et l’impérialisme qui ne renonçaient pas à leur mainmise sur le Maroc, ses richesses et à l’exploitation de son peuple.

Avec Ali Yata, il connaîtra le chemin de l’exil, en Algérie puis en France. Tous les deux ne rentreront d’ailleurs au pays qu’après l’indépendance du Maroc.

En Algérie, Mohamed Ferhat était «le compagnon d’Ali Yata » et ils furent refoulés à plusieurs reprises, souvent du train Oujda-Casablanca, vers Alger, la tentation de regagner la Patrie étant très présente.

Comme tous les nationalistes de l’époque, Si Mohamed Ferhat  s’était adapté au combat clandestin qui était l’arme la plus efficace, face à la tyrannie coloniale.

Durant ces années sombres de l’Histoire du Maroc, il a fait preuve d’une abnégation militante sans égal, sacrifiant tout ce qu’il avait de plus cher pour mener la lutte contre le colonialisme et faisait prévaloir la libération du pays du joug colonial et l’affranchissement de son peuple sur toute autre considération.
Il était de cette trempe qui avait tout abandonné pour l’amour de la Patrie et du peuple et a cru, comme tous ces nationalistes hors pair, que ni l’arbitraire, ni la répression ni  l’emprisonnement ou la torture ne pouvaient fragiliser le sentiment national et le recouvrement de l’indépendance du Maroc.

Comme la plupart de ses camarades du PCM et du Mouvement national, il paiera son tribut. Il sera emprisonné, durant l’année 195O, en même temps qu’Ali Yata, condamnés tous les deux à deux années de prison. Il les purgera à la prison Laâlou, à quelques mètres où le destin a voulu qu’il repose, aujourd’hui, au cimetière Laâlou.

Il sera ensuite exilé en Algérie où il continuera le combat pour l’indépendance du Maroc et des deux autres pays du Maghreb, l’Algérie et la Tunisie.

A Alger, il fera connaissance avec de nombreux résistants algériens, notamment des responsables du Front de libération nationale (FLN) et, bien sûr, avec ses camarades communistes du Parti de l’avant garde socialiste (PAGS).  Son expérience dans la presse du PCM lui permettra de participer à la confection d’Alger Républicain », l’organe central du PAGS, où il côtoiera de grands journalistes, politiques et hommes de Lettres, à l’instar de Katib Yacine, Albert Camus, Henri Alleg, Abderrahmane Benzina et d’autres encore.

 Après son retour d’exil, il a continué à animer et à contribuer aux journaux du Parti, par des articles politiques et culturels, y compris quand il était chargé par le PCM, à la fin des années cinquante et début de la décennie soixante, de missions auprès de partis frères en Albanie et en Tchécoslovaquie.

A Tirana, il a été chargé par le président Enver Hodja de chapeauter la radio arabophone albanaise, pour contribuer à la lutte contre l’impérialisme.

Ensuite à Prague, il avait occupé, pendant un certain temps, il animait Radio-Prague et entretenait des liens avec La Nouvelle revue internationale, éditée à l’époque par les partis communistes et ouvriers à travers le monde.

C’est ici qu’il rencontrera plusieurs personnalités du monde communiste et ouvrier, tout particulièrement celles de France (Duclos, Aragon, Rochet, Garaudy…).

De retour au Maroc, Mohamed Ferhat retournera à son métier de base, celui d’enseignant et poursuivra ses écrits culturels dans les journaux du Parti, souvent interdits.

Il a pu ainsi former toute une génération de cadres, qui ont été portés à de hautes responsabilités durant la décennie soixante-dix et quatre vingt.

Il avait exercé, en tant qu’enseignant puis directeur d’école et fut l’un des tout premiers Marocains à avoir enseigné dans les écoles françaises de l’époque, notamment à Tamanart.

A la retraite, il se consacrera totalement au journalisme, dans la presse du Parti, notamment à Al Bayane, marqué par sa présence quotidienne, dès les années  80, et son engagement dans la sphère culturelle.

Il a été précurseur en matière de divulgation de la langue amazigh, en confectionnant une page hebdomadaire à la condition amazighe.

Parallèlement, il n’a pas oublié Essaouira natal et a particulièrement été sensible à la défense de l’arganier.

Il était un chroniqueur régulier avec ses nombreuses rubriques «A chaque jour suffit sa peine», «Le quotidien, cet enfer», « Le plaisir de lire… », … à côté de plusieurs reportages sur le Maroc et l’étranger.

Signalons, enfin, que le défunt avait publié un recueil, en 1997, en collaboration avec Abdelkrim Belguendouz, intitulé «Ali Yata ou le chemin de l’honneur et de la dignité», édité par Dar Boukili, Kénitra.

***************************************************

MOHAMED FERHAT

UN HOMME PROFONDEMENT HUMBLE ET FRATERNEL

On m’a demandé de parler de Si Mohamed Ferhat.

Si Mohamed Ferhat, je l’ai rencontré pour la première fois, un jour de l’été 1974, à l’imprimerie de nos journaux. Abou Mounia venait remettre sa chronique à la Rédaction d’Al Bayane, chapeautée à l’époque par Si Khalid Naciri et Si Mohamed Bennis.

Je ne l’ai plus revu jusqu’en 1981, quand j’avais intégré AL Bayane.

Et c’est feu Si Mohamed Kouakji L’fkih qui me facilitera de me rapprocher du défunt.

Mais c’est particulièrement quand il est devenu membre permanent de la rédaction, au milieu des années 80, que nos liens ont commencé à se tisser et à se consolider.

Depuis, une profonde amitié nous a liés.

Si Mohammed Ferhat avait de nombreuses qualités et vertus dont certaines ont été relevées par mes amis Abdelkader Jamali et Moha Mokhliss.

Pour ma part, je retiendrais quelques traits qui m’ont frappé chez le regretté défunt.

Il avait une culture qui dépassait largement son savoir politique.

Il disposait également d’une réserve courtoise dans l’expression de ses connaissances et de sa pensée, et d’une faiblesse face à l’amitié et à la confiance.

C’est le fond de son personnage.

Il m’a raconté souvent la vie militante de ses compagnons de lutte, Ali Yata, Abdeslam Bourquia, Abdallah Layachi, Hadi Messouak, Aziz Belal, Simon Levy et d’autres, et a jeté des faisceaux de lumières sur bien des aspects de l’histoire du pays et du parti.

Son talent de conteur et sa fraternité exprimaient ce que doit être le militant d’aujourd’hui.

J’ai aimé cet homme, tel un père, tel un grand-frère.

Il a continué son combat politique autrement. En se consacrant totalement à l’écriture et à la culture.

Il est utile de relire ses écrits en ce moment où un vent de liberté, nouveau, souffle sur le monde arabe, pour se donner l’ampleur de la force de ce qu’il a pu léguer en tant qu’artiste des mots et professeur.

Je n’oublierai jamais ces moments partagés, dans le travail et lors de nos rencontres amicales. Il était brillant dans son œuvre, tout en restant si discret, si humble.

Doté d’une énergie calme, il était un fin organisateur du travail.

Il était le plus âgé de l’équipe de la Rédaction, mais il était le premier à venir au boulot, bien matinal.

A l’arrivée des autres journalistes, il avait déjà fait l’essentiel du travail. Les deux rouleaux de la MAP et de l’AFP ont été dispatchés et mis dans des chemises improvisées, en fonction des rubriques du journal.

Les dépêches qu’il jugeait importantes sont triées à part. Un véritable travail de préparation de l’édition du jour.

Si Mohamed Ferhat était un grand homme connu aussi pour ses gestes de générosité, toujours prêt à aider, dans l’élégance, l’humilité et la discrétion.

Une belle leçon de la vie qu’il nous a donnée, sur le plan humain et professionnel.

Outre sa profonde connaissance de la Révolution française et celle des Bolchevicks, il a accumulé un fin savoir encyclopédiste et des hommes des Lumières.

En homme de lettres, il avait une prédilection pour certains écrivains du mouvement surréaliste, notamment Philippes Soupault, André  Breton,  Aragon et d’autres.

Mohamed Ferhat avait beaucoup d’admirateurs, de fans et de lecteurs qu’il a émerveillés par son talent et le contenu de ses écrits, tant il était exigeant envers lui-même dans le travail des mots, des lignes et des phrases, et, je dirais, de leur musique.

Il était un excellent porteur des douleurs et des espoirs des Marocains.

Nous pouvons dire, sans exagération aucune, que le Maroc, le Parti et le journal ont perdu en Si Mohamed Ferhat un porte-voix, un créateur de qualité et un artiste du verbe et du langage. Une humilité authentique qui valorise l’autre sans fausse autodépréciation ou fausse modestie.

C’est le signe d’une grandeur de l’âme, de la vie, d’une disposition au bonheur de découvrir, au plaisir de la bonté humaine, à la rage de la grandeur de la vie. Mais peu importe si cela allait à contre-courant du nouveau monde où la loyauté et la confiance n’ont plus cours dans les relations, face à la perdition de l’idéal commun, même si cela ne cadrait plus avec les exigences de l’époque et n’était pas au goût du jour.

Il s’exprimait sur un ton mineur. Et n’eussent été l’admiration et le respect dont il jouissait auprès de ses camarades et amis, on l’aurait à peine remarqué. Car il écoutait attentivement ses interlocuteurs et utilisait très peu le « je » et le « moi ». Et pour le faire parvenir à parler de lui, c’est tout un parcours de combattant.

Sur le plan des écrits, il possédait la capacité de donner sens et vie aux mots simples, aux gestes et actes les plus ordinaires.

Il s’avait traduire, par les mots, les maux de pans entiers de citoyens, des damnés de la terre, pour semer l’espoir de lendemains meilleurs.

En témoignent ses nombreux reportages sur la condition inhumaine, les faits de société, les drames sociaux, les massacres environnementaux, le combat de la femme.

Son combat pour le gente féminin est connu. Il est resté fidèle au muguet du Premier Mai, offert régulièrement aux collègues femmes de l’Administration du journal.

Et meilleure illustration de cet engagement, sa compagne de toujours Lalla Rkia, qu’il a connue grâce à feu Germain Ayache. Il l’a aidée à apprendre à lire et à écrire. Autodidacte, elle a fini sa carrière comme haut cadre commercial dans une entreprise privée…

A la fin de ses jours, le défunt a vécu une solitude profonde, endémique, quand les yeux l’ont trahi et quand ses amis et camarades l’avaient perdu de vue, abandonné.

 J’avoue, pour ma part, avoir failli au devoir d’amitié, de fraternité.

 Réparer les manquements consiste aujourd’hui à compiler puis à éditer ses écrits pour que leur mémoire se prolonge longtemps avec ses textes littéraires et poétiques.

                                                                                                              Mohamed Khalil

Cress Revue

{picture#http://store4.up-00.com/2017-07/149982714684611.jpg} Revue marocaine des sciences politiques et sociales, Dossier "Economie politique du Maroc", volume XIV, Hors série. Les auteurs du volume n'ont pas hésité ... {facebook#http://facebook.com} {twitter#http://twitter.com} {google#http://google.com} {pinterest#http://pinterest.com} {youtube#http://youtube.com} {instagram#http://instagram.com}

Formulaire de contact

Nom

Adresse e-mail *

Message *

Fourni par Blogger.