TOURISME ET INVESTISSEMENT ... Pr. Noureddine BERRECHID




TOURISME ET INVESTISSEMENT …. RACONTES…. PAR SI ALLAL

Pr. NOURREDINE BERRECHID

 

L’HISTOIRE DE SI ALLAL

Il était une fois un beau pays à qui la nature avait tout donné : un soleil rayonnant, des plages au sable d’or, des forêts, des montagnes aux sommets enneigés et plein d’autres richesses naturelles. Les ancêtres de ce beau pays avaient légué  à leur descendance des trésors inestimables : des monuments prestigieux comptant entre autres des palais dignes des mille et mille nuits, des mosquées  qui rivalisent avec la Giralda, des madrasas, des médinas qui font perpétuer des traditions millénaires, une gastronomie des plus raffinée, une musique riche et variée, un artisanat entretenu par de véritables artistes, pour ne citer que ces quelque exemples  la liste des composantes de son patrimoine étant tellement longue.

Les responsables de ce beau pays décidèrent un jour de faire en sorte de  tirer meilleur profit de ce riche patrimoine. C’était tout au début des années soixante. Ils décidèrent alors de faire du tourisme une activité prioritaire. A l’époque le tourisme était embryonnaire  comptant quelques milliers de lits hôteliers et peu de professionnels du secteur toutes branches confondues. On entama alors de gros chantiers : l’aménagement de zones touristiques au niveau des destinations jugées prioritaires, la promulgation de codes pour les investissements touristiques, histoire d’inciter les promoteurs  à développer le secteur, des écoles hôtelières furent créées afin de former employés et cadres pour les différents métiers du tourisme ; et puisque le nerf de la guerre c’est l’argent un organisme financier était déjà là pour accompagner nos investisseurs. Le tout était supervisé par un Ministère du Tourisme comptant plusieurs directions et départements dédiés à l’organisation des différentes activités touristiques. Sans oublier toute une structure chargée de la promotion de nos produits plus particulièrement au niveau des principaux marchés émetteurs.

Depuis lors l’activité touristique ne cessa d’évoluer, de se professionnaliser. Il est difficile de souligner tous les aspects de cette évolution, aussi nous allons nous limiter à quelques exemples  que nous estimons significatifs : La capacité d’hébergement touristique homologuée  a connu une croissance continue, proposant une offre variée qui répond au mieux à l’attente des clients, de nouvelles zones touristiques ont vu le jour répondant à une meilleures segmentation de la clientèle, les métiers du tourisme se sont organisés en associations et fédérations, chaque profession essayant de présenter sa vision sans négliger la défense de ses intérêts propres, le transport aérien a connu une évolution plus ou moins proportionnelle à l’évolution de l’activité touristique, les codes des investissements ont été actualisés, les recettes  touristiques en devises ont connu une augmentation substantielle dépassant parfois les devises qui nous viennent d’ailleurs.

Je ne tiens pas à vous embêter, en encombrant mon récit par les chiffres et les termes techniques. J’essaierai de faire dans le simple. Après cette introduction qui ressemblerait bien à un tableau élogieux je vous propose plutôt de parler des entraves, mettre la lumières sur certains aspects qui expliqueraient peut être en partie les problèmes dont a souffert  le secteur touristique de ce beau pays. Ceci sans prétention de ma part de détenir la vérité par les deux bouts, et sans parti pris. Une observation de taille me semble nécessaire de prime abord : il s’agit d’évoquer des situations et non des personnes. Ainsi est-il nécessaire de souligner la fameuse citation : toute personne se reconnaissant dans mon récit devrait se dire qu’il d’agit d’une simple coïncidence. Le personnage que vous allez découvrir n’a jamais existé. Il s’agit d’un personnage imaginaire comme on en trouve dans nos contes populaires

Je me propose de  vous raconter l’histoire de Si Allal, un promoteur pas comme les autres. C’est quelqu’un qui a du flair. Il sait saisir les opportunités qui se présentent et qui ne sort pratiquement jamais bredouille des «  affaires » quel que soit le niveau de son implication. Il a entendu parler du tourisme, de son attractivité ; et l’intérêt qui lui est porté par « Dawla ». Si Allal est une touche à tout. Il a été dans l’immobilier, l’agriculture, les lotissements etc…Le tourisme ? Il n’a jamais eu l’occasion d’approcher ce secteur. Non parce que cette activité aurait un côté « hram » comme se plaisait à lui répéter son  ami Hmidou, une personne très spéciale qui est impliqué dans de nombreuses affaires louches, mais qui ne rate jamais ses cinq prières et surtout pas celle du Vendredi. Non non ce n’est pas une question de « hlal » ou « hram », c’est seulement que  l’occasion ne s’était pas encore présentée. Depuis des années Il voit se construire des hôtels un peu partout , s’ouvrir des restaurants, des agences de voyages qui s’installent à chaque coin de rue et des boutiques d’artisanat qui poussent comme des champignons dans plusieurs villes du pays. Il se dit que tout ce monde ça ne peut signifier qu’une seule chose : il y a certainement beaucoup d’argent à gagner dans ce secteur. De l’argent, beaucoup d’argent même et pour une bonne partie en devises ! Et Si Allal commence à rêver de cette fortune à portée de main. Il faut dire que l’argent c’est son dada. Et puis quand on est dans  tourisme on baigne dans un monde class, on rencontre des gens intéressants, on côtoie des personnalités de haut rang et ceci ne peut être que bénéfique pour les affaires. Le problème c’est que Si Allal n’est  pas de la profession. Il se dit qu’il pourrait toujours trouver une solution. Je pourrais  par exemple m’associer avec un professionnel confia-t-il à son ami Hmidou. Ce dernier se résigna à accompagner son ami mais en tant que « conseiller » seulement, n’ayant pas encore abandonné ses « convictions religieuses ». Si Allal a une grande expérience dans le domaine des sociétés. Généralement quand il lui arrive de s’associer il fait en sorte d’apporter ses idées et s’arrange pour que son associé apporte l’argent. Quand il y a problème il s’arrange plutôt à  empocher l’argent et laisser les idées à son associé ! Si cette option ne s’avère pas possible il pourrait trouver un professionnel en tant que gérant mais pour longtemps. Juste le temps de maitriser les rouages de la profession. Mais tout ça c’est encore prématuré. Chaque chose en son temps. Il faut tout d’abord commencer par s’informer

1/ Si Allal s’informe

Si Allal sait de par sa longue expérience que la première chose à se procurer c’est l’information. Il la cherche souvent auprès des personnes qui pourraient la lui fournir,  mais surtout lui expliquer à qui s’adresser, comment avoir la bonne information le plus vite possible et au moindre coût. Si Allal est une personne joviale, au contact facile et qui en plus se croit avoir la « baraka », lui fils et petit-fils d’un « Chrif ». D’ailleurs  il ne met jamais les pieds dans une ville sans aller se recueillir au préalable sur le tombeau du Wali, pas le Wali de nos provinces mais plutôt le saint de la région, vénéré par la population locale et dont le mausolée est un sanctuaire sacré. Il s’adresse aux administrations, aux professionnels, mais aussi aux différents intermédiaires dont certains lui promettent monts et merveilles. Si Allal a  lui aussi la promesse facile, une générosité du verbe extraordinaire. Il veille toujours à donner bonne impression, je dirai même à impressionner son interlocuteur. Il parle de son expérience, de ses réussites tout en prenant garde que son exagération ne soit pas flagrante. Quand il est question de ressources financières c’est en milliards de centimes qu’il présente sa surface financière. En somme l’argent ne semble jamais lui poser problème. L’argent des autres. C’est ce qu’il laisse entendre. Il arrive en fin de parcours à recueillir des informations, beaucoup d’informations, dont la fiabilité n’est pas toujours la première caractéristique. Il se rend compte que l’affaire est loin d’être aisée, mais ce n’est pourtant pour le décourager. Il sait maintenant qu’un dossier est nécessaire avec ses volets technique, juridique et financier, des agréments, des autorisations, etc…. Mais pour lui le plus important c’est d’amorcer le processus. Toute son énergie est orientée vers son premier objectif : rencontrer les personnes appropriées au moment de ses premières démarches. Des personnes « bien placées » qu’il pourrait convaincre de l’importance de son projet. Pour ça il est prêt à utiliser tous les moyens y compris ceux que lui a conseillés son ami Hmidou. Il arrive à la fin de décrocher quelques promesses, certaines moins sérieuses que d’autres. Si Allal commence alors à « tracer » son plan .Sa feuille de route. Sa première préoccupation est certes le montage financier de son programme d’investissement. Pour cet aspect il ne manque pas d’idées. Chaque chose à son temps se plait il à répéter. Réglons tout d’abord la question importante du terrain et son lieu d’implantation.

Si Allal entame son étude du marché à sa manière. Il se renseigne sur  le coût d’investissement. Mais il n’est pas toujours  convaincu par les chiffres qu’on lui communique. Il pense réaliser son hôtel avec une enveloppe moins importante que celle qui lui a été communiquée. Il faut dire que lui il a ses méthodes et ses secrets. Ce qui lui importe le plus c’est le plan de financement du projet car il ne compte certainement pas se ruiner. Il se fixe un seuil maximum tout en se disant qu’il pourrait dépenser moins que ce seuil envisagé. Si Allal sait bien travailler avec l’argent des autres. C’est moins risqué ! Côté paramètres d’exploitation il ne va pas de main morte, surestimant ses recettes prévisionnelles et minimisant les structures des dépenses d’exploitation. Il se plait à se comparer aux autres. Il faut dire que la concurrence ne l’impressionne guère. Si les autres l’ont fait pourquoi pas lui. C’est ce qu’il ne cesse de répéter à qui veut l’entendre. La gestion d’un hôtel ne doit pas être plus compliquée que n’importe quel autre commerce en fin de compte ! C’est ce que Si Allal explique à son ami Hmidou quand ce dernier lui pose la question. Il fait ses propres calculs, projetant toujours des chiffres qui affichent un niveau de rentabilité des plus satisfaisants, ce qui le rassure d’avantage. Quand on lui suggère de se rapprocher d’un professionnel pour élaborer une étude de faisabilité, il ne trouve pas l’idée intéressante. C’est une perte d’argent et de temps. Pour lui les chiffres sont clairs. Les siens. Il se consacre plutôt à dresser une liste des entrepreneurs susceptibles de réaliser son projet. Il retient les noms de ceux qu’il estime être les moins chers, mais surtout ceux qui ne sont pas pressées pour être payées. Il n’oublie pas aussi de dresser une liste des administrations qui supervisent ce secteur. Devant chaque administration il note les noms des responsables qu’il connait personnellement,  et ceux qui seraient connus par ses amis, ou même les amis de ses propres amis. Si Allal n’aime pas mettre les pieds dans une administration sans préparer le terrain au préalable, c’est du moins ce qu’il ne cesse de dire.

Estimant que l’essentiel des informations sont actuellement en sa possession, il se dit qu’il est grand temps de prendre sa décision. Il ne choisira pas les destinations très prisées, là  où l’offre est abondante et les grandes signatures ont  déjà élu domicile. Il leur préfère plutôt une région dont l’activité touristique est à ses débuts. Une région désignée comme une zone  à promouvoir. C’est ce que lui dicte son instinct de commerçant qui est toujours à la recherche des « occasions », des opportunités et autres «  coups de fusil ». Il se dit que dans ces régions les problèmes sont moindres, les facilités plus nombreuses, les incitations plus intéressantes ; et surtout le financement est plus accessible. Il  lui reste maintenant de choisir parmi les régions favorisées. . Après avoir passé en revue les points forts et points faibles de chaque région il finit par faire son choix. Il ira là où il pourrait disposer d’un terrain, bien situé, d’une superficie respectable, rapidement et avec des conditions  qui ne soient nullement contraignantes.


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