La journée de la terre en Palestine La coexistence est possible Pr.A.B.TREDANO










La journée de la terre en Palestine 

La coexistence est possible [1]


Pr. Abdeloumoughit Benmessaoud TREDANO

Professeur de science politique et de géopolitique

Université Mohamed V. Rabat

             Cet article a été écrit (Le 30 mars 1989) en réplique à l'article de M. Michel Darmon intitulé : "Le monde malade du "palestinisme", publié dans le Monde du 24 Février 1989 et à l'occasion de la "Journée de la Terre" en Palestine.

         "... Le coût humain est déjà grand en terme de vies, de blessures et de destructions matérielles.. mais le coût moral pour une société fondée sur des idéaux humanitaires et démocratiques sera peut-être tout aussi grand... De plus en plus de gens en Israël et d'ailleurs dans le monde parmi ceux qui soutiennent Israël, deviennent péniblement conscients des erreurs commises dans les territoires occupés..".

         Ces propos ne sont pas ceux d'un "extrémiste arabe", ni d'un tiers-mondiste, ou de partisans fervents de la cause palestinienne, mais ceux d'un britannique, en l'occurrence Sir Crispin Tickell représentant de la Grande-Bretagne auprès des Nations-Unies.

         Il y a quelques temps encore, les amis d'Israël se cachaient la vérité et ne voulaient voir dans la cause palestinienne qu'une question de réfugiés, et cela quatre décades durant.

         Cette "maladie", le "Palestinisme" dont parle M. Darmon est donc nouvelle en Occident. Mais peut-on l'accabler, outre mesure, parce qu'il s'est associé à une quasi convergence universelle autour de la nécessité de trouver une solution juste et durable au Moyen-Orient ?

         Pour avoir compris cette nécessité, les gouvernements occidentaux sont qualifiés "d'inciviques"... Et la diplomatie française est taxée  "d’ impuissante en actes et malfaisante en paroles...". Pis, la France est considérée comme un pays ayant perdu son âme dans cette affaire. Le Vatican n'est pas non plus épargné.

         M. Darmon se trompe peut-être d'époque. Le temps des croisades est révolu. Les guerres de religion n'ont plus de place dans un monde aspirant à faire de l'esprit de tolérance et de la convivialité des différences une réalité tangible...

         Si aujourd'hui on observe une résolution nette chez un certain nombre d'Etat occidentaux sur cette question, ce n'est surtout pas par volonté de nuire à Israël, c'est plutôt pour l'aider à prendre conscience du changement intervenu du côté palestinien et l'inciter ainsi à saisir cette opportunité.

         M. Darmon, et avec lui la majorité de la classe politique israélienne, feint de ne pas comprendre en continuant à entretenir les mythes et les illusions. C'est l'expression d'un désarroi non maîtrisé.

         Ce qui les dérange, c'est que ce problème a changé d'ingrédients.

         Ce qui fait peur, c'est bien la nouvelle stratégie palestinienne, une stratégie de paix. Tant qu'il était question de jeter les juifs à la mer, tant que la charte de l'OLP constituait la seule référence, tant que quelques brebis galeuses palestiniennes semaient la terreur ici et là..., les Israéliens faisaient de ces errements l'essentiel de leur argumentation contre les droits nationaux palestiniens.

         Aujourd'hui, l'Intifada a bouleversé les données; elle a le mérite d'avoir dévoilé les erreurs des uns et des autres mais aussi, et surtout, d'avoir administré la preuve de la nécessité d'approcher la question palestinienne autrement que ce qui a prévalu jusqu'à maintenant.

         Malheureusement, malgré les bonnes mentions et la disponibilité palestiniennes, les Israéliens persistent et se réfugient dans un refus aussi suicidaire que dangereux pour la paix.

         Au nom de quelle loi, de quelle éthique, ceux-ci refusent-ils à la nation palestinienne ce qu'ils revendiquaient au peuple juif?!

         La résolution 181 du Conseil de sécurité (20 novembre 1947) qui a donné naissance à Israël est celle-là même qui prévoit la création d'un Etat palestinien dans ce territoire contesté et disputé. En considérant qu'elle est à l'origine d'une usurpation historique.

         Les palestiniens l'ont refusée et l'ont combattue depuis 1947. Ils estimaient que la décolonisation de la Palestine a été dévoyée parce que ce territoire devait revenir au peuple qui l'occupait au moment où le mandat a été confié au Royaume Uni par la SDN. Ce n'est pas cette formule, pourtant respectée dans la quasi-totalité des cas de décolonisation, qui prévalut dans le plan de partage de l'ONU et des puissances responsables de la création de l'Etat hébreu.

         Malgré cet impair juridico politico historique, les palestiniens, après quatre décennies d'errances, d'errements et le tâtonnement, ont franchi le Rubicon en reconnaissant l'entité israélienne.

         Par ailleurs, c'est commettre une usurpation aussi grave que la première en affirmant que le nationalisme palestinien a été fabriqué, à partir de rien, par les diplomaties soviétique, européenne et vaticane.

         Nous n'apprenons rien, à personne en rappelant qu'à la faveur des deux conflits mondiaux, de nombreux peuples ont, grâce à une résistance nationale et à un soutien décisif des alliés d'alors, émergé dans la société internationale. C'est également dans leur lutte de libération nationale que d'autres nationalismes, en Asie et en Afrique, sont nés en relation avec la décolonisation enclenchée au lendemain de la création de l'ONU comme ceux-là, le rationalisme palestinien a connu le même cheminement dans sa lutte pour son identité nationale.

         Le nationalisme palestinien n'est pas d'hier comme le nationalisme marocain n'est pas né en 1944 ou 1947 comme le nationalisme algérien n'a pas vu le jour en 1954...

         Le nationalisme palestinien est enraciné dans la terre de Palestine grâce à une occupation continue et prolongée.

         Mais à l'instar des autres nationalismes, il s'est amplifié et s'est cristallisé autour de grands faits d'armes et de sacrifices. Il s'est forgé en effet, au fer rouge des massacres de Deir yacine et KafrKacem, il s'est nourri de la misère, des malheurs... dans  les camps de Jordanie, de la Syrie, du Liban, de Gaza et d'ailleurs, il a été entretenu par le martyr des Hamchari et autres, il s'est développé dans les meurtrissures à Sabra et Chatila, dans Beyrouth... et Tripoli assiégées et bombardées...

         Enfin, et non le moindre, estimer que la nouvelle option arrêtée par les Palestiniens au dernier C.N.P. d'Alger n'est qu'une étape dans leur plan de destruction d'Israël, c'est renforcer l'establishment, israélien dans sa mentalité de peuple assiégé, c'est continuer à ériger le "complexe de Massada" en diplomatie dans la politique de Tel Aviv.

         Israël réclame des frontières sures et reconnues. Mais des frontières fondées sur les armes ne peuvent tenir tant que les Palestiniens ne sont pas rétablis dans l'intégralité de leurs droits nationaux. Ceci est d'autant plus vrai que toute frontière est vulnérable si elle ne s'appuie pas sur un sentiment de confiance mutuelle et la conviction en la possibilité de convivialité et de coexistence intelligente entre Israéliens et palestiniens.

         Il y a deux ans, le leader travailliste Shimon Pérès disait: "Il n'y a aucune chance pour qu'une proposition israélienne, qu'elle quelle soit, soit acceptée par les Arabes pour la simple raison qu'elle vient d'Israël; il n'y a aucune chance pour qu'une proposition arabe puisse être acceptée par Israël pour la simple raison qu'elle est arabe".

         Nous oserons espérer que cela n'est pas le sentiment profond de la majorité du peuple israélien à l'égard de la stratégie de paix proposée actuellement par l'OLP.

         La convergence mondiale au tour de la nécessité d'une solution dans la région moyen-orientale n'est pas non plus dictée par lassitude. C'est plutôt une lucidité. C'est aussi une nécessité, l'Europe l'a compris tard mais l'a compris. Les diplomaties les plus proches d'Israël (Américains, Britanniques et Néerlandais) l'ont également compris. Les partisans de la paix, en Israël elle-même, oeuvrent dans ce sens. Il faut du temps pour que les Etats-majors politiques, une fois libérés de schémas réducteurs et dépassés, suivent. Nous osons y croire.

 



[1] Cet article a été écrit en réplique à l'article de M. Michel Darmon intitulé : "Le monde malade du "palestinisme", publié dans le Monde du 24 Février 1989 et à l'occasion de la "Journée de la Terre" en Palestine. - Le 30 - 03 - 1989

 


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