Les énergies renouvelables ou le RDV raté... Dr. Said GUEMRA








LES ENERGIES RENOUVELABLES OU LE RENDEZ-VOUS RATE

Par Dr Said GUEMRA


Avec la raréfaction des ressources fossiles, et leur impact négatif sur le climat, l’humanité s’est retrouvée dans l’obligation de changer son mode de vie, et a pris des engagements très fermes en matière de réduction des Gaz à Effet de Serre : GES dans le cadre des derniers accords de Paris. Le Maroc a été partie prenante, et a pris des engagements plus qu’honorables dans le cadre du CPDN : Contribution Prévue Déterminée au niveau National. 

Cette contribution touche à une multitude de secteurs, dont l’énergie qui représente 50% de l’effort d’atténuation.  L’objectif du Maroc était de réduire ses émissions de GES en 2030 de 32% par rapport aux émissions projetées pour la même année, soit une réduction de 401 Millions de Tonnes équivalents CO2.  Pour atteindre cette ambition, l’investissement global serait de l’ordre de 45 Milliards de dollars américains, dont 35 milliards sont conditionnés par un appui international.  Dans le domaine de l’énergie, l’offre marocaine était basée sur :

-          Une puissance installée de 42% en énergies renouvelables ;

-          La réalisation d’une économie d’énergie de 12% à 2020 ;

-          La réalisation d’une économie d’énergie de 15% entre 2020 et 2030.

Bien avant l’offre marocaine en matière de climat, le plan de transition énergétique marocain instauré par Sa Majesté le Roi en 2009, définissait l’Efficacité Energétique comme priorité nationale, et les énergies renouvelables économiquement viables, dont le coût serait voisin de notre socle de production à l’époque : le charbon et l’éolien, au voisinage d’un coût de production de 0.6 Dh/kWh. 

Le kWh éolien avait atteint la parité réseau.  Sur un autre plan, les grandes études montraient que 60% des GES peuvent être atténués par l’Efficacité Energétique, et non les renouvelables.  L’humanité doit réduire sa consommation de manière prioritaire, avant de songer à la mise en place des renouvelables : c’était le fond du plan de transition marocain !

Avec l’offre marocaine en matière de climat, et le plan de transition basé sur l’efficacité énergétique de manière prioritaire, on ne peut pas dire que le Maroc n’avait aucune vision en 2009/2010, bien au contraire, les objectifs étaient très réalistes et réalisables.

Pourquoi avons-nous trébuché ?

·         Sur les dix années passée, entre 2010 et 2020, aucun programme d’efficacité énergétique, qui est pourtant la priorité nationale, avec effet de baisse de la facture (et non des audits et des estimations) n’a été mené dans l’industrie et le bâtiment.  L’agence chargée de l’efficacité énergétique AMEE a malheureusement un bilan nul dans ce domaine prioritaire.

 

·         Le choix des grands projets solaires difficilement finançables même par l’Etat, et avec de grandes difficultés sur le plan technique : Miroirs paraboliques, Tour.. avec de très faibles rendements par rapport aux autres technologies, à un coût de 2 à 3 fois plus que le coût de production national, a fait que cinq ans plus tard, on s’aperçoit sans surprise, de l’énorme déficit de Masen: plus de 800 MDh/an de déficit, et une dette structurelle de 20 MMDh, selon le CESE.  Même avec cet énorme déficit, on tient toujours à mettre du solaire à concentration pour le projet de Midelt.  Il faut noter que l’objectif du plan solaire pour 2020 était de 2 000 MW, nous sommes à peine à 827 MW en 2020, soit 41%, un productible solaire de 1 520 GWh, ou 3.9%, et un taux global de 17.8% des énergies renouvelables par rapport au total produit.

 

·         Le blocage des projets privés par la loi 13/09, et de l’autoproduction par la nouvelle loi en discussion au gouvernement. La loi 13/09 autorisait les grands projets renouvelables uniquement pour les clients ONEE en Haute et Très Haute Tension. Les industriels en moyenne tension et les ménages, n’ont aucun droit à cette énergie, protégeant ainsi les distributeurs électriques.  La loi 58/15 est venue corriger la faille juridique de la 13/09, autorisant les clients en moyenne et basse tension à se connecter au réseau national, à ce jour en 2021, les décrets d’application de cette loi ne sont pas sortis.  Des décrets avec 6 ans de retard, traduisent la volonté manifeste de ne pas ouvrir ce marché.  La nouvelle loi sur l’autoproduction a introduit tellement de contraintes techniques et administratives, voire un risque pénal, au point où personne n’oserait s’aventurer dans l’autoproduction.  La clause fatale revient à instaurer un pourcentage d’échange avec le réseau de 10%, quand un grand nombre de pays permettent l’injection de 100% de l’énergie.

 

Ce sont les trois grandes erreurs stratégiques qui ont été commises : négligence de l’Efficacité énergétique, et adoption de projets pharaoniques, que nous ne voyons nulle part dans les pays voisins, interdire sans le dire, l’accès du privé au renouvelables.

L’autoproduction domestique et industrielle, qui va être enterrée par la nouvelle loi, aurait pu être un excellent levier de promotion des énergies renouvelables dans le bâtiment et l’industrie, et permettre d’atteindre les objectifs nationaux, mais malheureusement les décideurs en ont décidé autrement sous l’influence du lobby des distributeurs.  La distribution électrique est une rente qui peut apporter 10 fois plus de gains que la production.  En Tunisie, il n’existe pas d’intermédiaire (distributeur) entre le producteur STEG, et le consommateur. L’Etat tunisien subventionne à hauteur de 30% les énergies renouvelables dans l’industrie, les immeubles.  La banque Marocaine Attijari est devenue un grand spécialiste du financement des Energies Renouvelables en autoconsommation en Tunisie.  Le Maroc doit faire le choix entre les intérêts des distributeurs (preuve : 6 ans de retard volontaire des décrets d’application) et les intérêts de la nation !

 

Quelles solutions ?

Le Maroc doit recadrer toute sa politique énergétique :

·         En revenant à la feuille de route royale de 2009, comme point de départ de la transition énergétique du Maroc ;

·         Elaboration du Plan de Transition Energétique PTE avec ses deux composantes Efficacité Energétique et Energies Renouvelables ;

·         Elaboration du Plan Directeur de l’Energie : PDE, tenant compte du nouveau vecteur d’énergie : l’hydrogène ;

·         Reformulation des objectifs de l’Efficacité Energétique qui est la priorité nationale, restructuration de l’Agence de Maitrise de l’Efficacité Energétique : AMEE. Avec un objectif mesurable de réduction de la facture nationale de 15%, comme convenu dans nos engagements internationaux en matière de climat ;

·         Encourager le secteur privé pour la réalisation de projets renouvelables 50 à 100 MW, pouvant être financés par nos banques, en lieu et place des grands projets difficilement finançables et difficilement réalisables.  Il faut noter que pour atteindre l’objectif de 52% et plus, il faut construire d’ici à 2030, une puissance de 700 MW par an ;

·         Instaurer de nouvelles lois qui doivent permettre l’éclosion des énergies renouvelables, tout niveau de tension confondu.  On doit se fixer un objectif de 200 à 300 MW par an.  Auquel cas, la feuille de route marocaine serait de 700 MW en haute tension, et 300 MW en moyenne et basse tension, soit 1 000 MW/an, ou une moyenne d’investissement de 10 MMDh/an, finançables entièrement par le secteur privé, qui doit disposer de nouvelles lois, et de visibilité pour s’engager ;

·         Désengagement de l’état des énergies renouvelables. ONEE seul doit rester le bras armé en la matière, et qui doit se repositionner très fortement sur l’échiquier énergétique de la nation ;

·         Qu’on le veuille ou non, les intérêts des distributeurs -vendre plus-, sont en opposition avec les intérêts de la nation : consommer moins !  ONEE avec son déficit astronomique de plus de 57 MMDh, doit avoir un nouveau statut de transporteur et de distributeur unique, par absorption des régies et des concessions privées, sur les 5 prochaines années.  Plus aucun intermédiaire entre ONEE et le consommateur.  ONEE pourra retrouver sa santé financière en l’espace de 5 à 7 ans, grâce aux nouvelles marges de distribution.

·         Le ministère de l’Intérieur doit se recentrer sur ses métiers de base, et céder la distribution à ONEE.  La création des 12 Sociétés de Développement Locale chargées de la distribution électrique, avec désengagement de ONEE sur certaines régions, serait un grand gâchis, qui va priver ONEE d’importantes marges de distribution, ces marges vont se transformer en rentes dans le cadre des SDL. 

 

 

 


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