L’HUMANISME À L’OCCIDENTALE MALADE DE SES NOUVELLES VALEURS. Dr. Jamal BELLAKHDAR








 Lundi 17 mai 2021
L’HUMANISME À L’OCCIDENTALE MALADE DE SES NOUVELLES VALEURS
Dr. Jamal BELLAKHDAR
C’est un fait qui ne fait plus débat, depuis quelques décennies, de dérive en dérive, le modèle de société que l’Occident s’est donné au lendemain de la 2ème guerre mondiale en réaction à la barbarie fasciste, ce modèle s’est petit à petit abâtardi et a perdu, aux yeux des peuples du monde, l’attrait qu’il a pu exercer sur eux durant la période immédiatement post-coloniale.
Édifiée au départ essentiellement autour de la déclaration des droits de l’homme et de quelques valeurs de base, cette société, en perte d’influence face à la montée des économies émergentes, tente aujourd’hui de reprendre la main en s’appuyant sur la seule suprématie qu’elle possède encore : la puissance des armes. Pour ce faire, sans que cela soit clairement énoncé, les grands principes de liberté, d’égalité et de justice qui furent l’essence même de ce modèle, et qui inspiraient jusque-là aussi bien les codes de cohabitation des citoyens au sein des nations que la coexistence internationale, ont été petit à petit dévoyés et revus à la baisse pour devenir compatibles avec une ancienne doctrine de gouvernance, remise au goût du jour, la loi du plus fort.
Des exemples illustrant cette lente dérive vers un régime léonin, liberticide et discriminatoire, on peut en donner des tonnes. Avant-hier, samedi 15 mai, nous en avons eu encore une démonstration flagrante avec l’interdiction par le gouvernement français de la manifestation de soutien au peuple palestinien prévue à Paris, au prétexte que la France ne peut tolérer sur son territoire des "manifestations haineuses et antisémites". Personnellement, en entendant le ministre français de l’intérieur formuler cette grossièreté, je me suis demandé si c’était bien au pays de Voltaire que cette nouvelle équation [« solidarité avec le peuple palestinien = antisémitisme »] avait été posée. Et puis, la première réaction de colère passée, je me suis souvenu que quelques mois auparavant le parlement français avait, par un vote majoritaire de ses membres, validé l’équivalence [« antisionisme = antisémitisme »], canonisant ainsi en vérité absolue une contre-vérité scandaleuse. Vous avez bien entendu : c’est bien le Parlement français et non l’Académie française qui a été sollicité pour se prononcer sur cette question et trancher entre le vrai et le faux. Ce vote, qui, en passant, criminalise toute dénonciation d’Israël et de l’idéologie sioniste, est une fetwa, rien de plus, un oukase de la pire espèce, et qu’on ne vienne pas nous dire qu’il est inspiré par le souci de défendre la communauté des Israélites français de tout dérapage antijuif ! Ainsi, un juif antisioniste — et il y en a — serait, par le seul fait qu’il rejette cette idéologie, antisémite ! Ainsi, Mohammed V, qui a refusé de livrer les Juifs marocains à la France pétainiste en 1941 mais qui dénonça en son temps l’agression israélienne de 1956 contre l’Egypte, était antisémite !
Mais revenons un instant sur les implications de l’interdiction de la manifestation parisienne du 15 avril, décision confirmée par un tribunal de la capitale et immédiatement avalisée – sans réfléchir au précédent que cela pouvait créer – par d’autres pays européens. Quelle fut la raison invoquée ? 《 La France n’autorise pas les manifestations antisémites 》a déclaré le ministre. Sidérant ! Mais de quel droit se réclame t-on ? Celui qui instaure le délit de faciès ? Celui qui substitue la présomption de culpabilité à la présomption d’innocence ? Ou celui qui pratique la punition collective ? À ma connaissance, le droit français, en toute logique, s’appuie pour la constitution d’un délit sur la notion de preuve matérielle, c’est-à-dire sur le passage à l’acte, ou, à la limite, sur les préparatifs qui précédent l’acte criminel quand des éléments matériels tangibles le démontrent. Désormais c’est un simple soupçon, c’est l’intention supposée qui tient lieu de preuve. Un juge peut donc vous condamner juste parce qu’il estime qu’en votre for intérieur vous avez ourdi un projet de crime. On est là clairement dans le procès d’intention ce qui ne met plus aucun citoyen honnête à l’abri de poursuites puisque nous sommes tous à la merci du pouvoir discrétionnaire d’un juge, autrement dit du fait du prince. Le droit français est revenu 3 siècles en arrière.
Ce cas de figure, très symptomatique de la régression de la pensée politique occidentale et de son code de valeurs, n’est malheureusement pas le seul. Beaucoup d’autres exemples allant dans le même sens peuvent être cités.
Ainsi, en France, et dans plusieurs autres pays européens, le droit au blasphème est défendu bec et ongles, au nom de la liberté d’expression --même si cette liberté n’apporte rien et s'est avérée totalement contreproductive -- mais la dénonciation des crimes d’Israël est interdite par la loi, car cette dénonciation, pourtant autorisée quand il s’agit d’autres nations, est présumée être, quand elle vise Israël, un appel à la haine et non l’expression d’une opinion.
Autre exemple : en France, la laïcité est toujours un principe de base invoqué comme l’un des fondements de la république mais cette notion a évolué : elle doit désormais tenir compte de l’histoire et de la culture judéo-chrétienne de la population majoritaire. On veut bien, en effet, que les communautés musulmanes construisent quelques mosquées pour y pratiquer leur culte mais uniquement dans les banlieues et si possible sans minarets, officiellement pour des raisons de "conformité architecturale". Les Musulmans pourront aussi continuer à ne pas manger du porc et de la viande non saignée s’ils le souhaitent, mais dans les cantines scolaires le menu ne tiendra plus compte de ces tabous alimentaires.
Même règles inégalitaires dans la gestion des affaires internationales. En Occident, on se donne le droit d’affamer des populations en décrétant des embargos sur les approvisionnements de certains pays (Iran, Cuba, Ghazzah, Vénézuéla, Soudan jusqu’à l’an dernier, Corée du Nord) mais le boycott des produits fabriquées par des entreprises qui soutiennent activement la politique militariste et annexionniste d’Israël, lui, est interdit. En Occident, on se plait à condamner les violations des droits de l’homme quand celles-ci se produisent dans des pays à régime autoritaire mais on vend quand même de l’armement lourd à ces régimes pour qu’ils continuent de réprimer leurs oppositions locales, en invoquant la séparation entre diplomatie des affaires et diplomatie des droits de l’homme. En Occident toujours, on dénonce les assassinats politiques organisés par les services spéciaux de la Russie, de la Corée du Nord, de l’Arabie séoudite et de bien d’autres pays – ce par rapport à quoi il n’y a rien à redire – mais, à côté de ça, on se donne le droit de procéder à des exécutions extra-judiciaires d’individus fichés comme agents du mal, par drone, par poison, par inoculation de germes létaux ou par tout autre moyen, y compris sur les territoires de pays tiers, et ce au nom de la lutte préventive contre le terrorisme. Prévenir, agir par anticipation, frapper le premier : voilà une autre nouveauté en pratique internationale, désormais revendiquée et non plus secrète, qui rejoint la notion de délit par intention dans la zone grise du non-droit.
Et il en va ainsi sur beaucoup d’autres sujets. En France, on exigera, par exemple, de la Turquie qu'elle fasse repentance par rapport aux massacres dont furent victimes les Arméniens entre 1915 et 1916, mais on refusera de le faire dès qu’il s’agit de ses propres crimes (l’esclavage, les guerres coloniales, le Rwanda, les essais atomiques, les bavures militaires sur différents champs de guerre, etc.). Avec la même inconséquence, on essayera par tous les moyens d’empêcher l’Iran d’accéder aux technologies de l’atome, mais on se gardera bien de dénoncer la menace que représente pour ses voisins la possession par Israël de l’arme atomique.
Cette liste peut s’allonger à l’infini : droit d’ingérence ou obligation de non-ingérence dans les affaires intérieures des Etats, selon les intérêts qu’y trouveront les puissances occidentales ; acceptation des jugements de la Cour Pénale internationale, ou refus d’être déferré devant ses instances, selon le cas et le pays concerné, etc.
Il est clair que les normes, les principes, les valeurs en fonction desquels l’actualité et les événements politiques reçoivent aujourd’hui un traitement dans le Monde occidental, sont, de plus en plus, des catégories à géométrie variable pour lesquelles le bien et le mal n’entrent en compte que par rapport à des intérêts particuliers. Eh bien, cette nouvelle pensée politique, ce nouveau mode de fonctionnement de la société des pays nantis, ont perdu le pouvoir de séduction que l’humanisme du siècle des lumières, dont le monde occidental se dit l’héritier, a autrefois exercé sur les peuples en quête d’une voie de développement social et économique.
Ce nouvel humanisme asservi aux intérêts des pays occidentaux, n’ayant plus rien de transcendant, ne trompe plus et ne fait plus recette car en perdant ce qui constituait, aux yeux des peuples du monde, son essence et sa philosophie, c’est-à-dire ses valeurs de liberté, d’égalité, de justice et de fraternité, il a perdu, du même coup, ce qui faisait son universalité.
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