Nadir Yata, 25 ans déjà par Mohamed Khalil









Nadir Yata, 25 ans déjà

Il y a 25 ans, presque jour pour jour, Nadir Yata nous quittait, quatre années après l’horrible accident qui allait causer la maladie cruelle qui l’emporta un certain 14 avril 1996.

Nadir Yata avait frappé ses interlocuteurs, jeune étudiant à Paris et grand militant de l’Union nationale des étudiants du Maroc (UNEM) du temps où le Conseil fédéral de l’Europe  occidentale était plus prestigieux que le parlement marocain de l’époque notamment par les analyses politiques et économiques… Sans parler de l’AEMNAF (Association des étudiants musulmans nord africains en France) qui regroupait les trois segments étudiants du Maghreb  (Maroc, Algérie et Tunisie) où il a joué un grand rôle dans la solidarité maghrébine.

Il s’était distingué, aux côtés des militants du PLS puis du PPS, comme un inlassable défenseur des valeurs patriotiques et démocratiques et des aspirations populaires. Il donnait la perception, à ses interlocuteurs, d’être un homme politique au futur prometteur, d’un visionnaire comme le mouvement estudiantin en donnait de temps en temps. C’est là qu’il a côtoyé de nombreux cadres étudiants qui ont connu, eux aussi, une ascension politique à leur retour au pays.

Rentré au pays, en 1978, il alla enseigner à la faculté de droit de Casablanca, où il jouira d’une grande estime auprès de ses collègues et étudiants, par sa didactique, sa disponibilité et son sens de l’aide et du partage.

Parallèlement, il est engagé, en tant que bénévole, au sein de la Rédaction d’Al Bayane, par feu son père Si Ali.

C’est ici que Nadir Yata se fera connaitre, malgré les difficultés du journal. Ainsi, après une période d’adaptation, il donna un véritable coup de fouet au journal porte parole du Parti du progrès et du socialisme.

Sa grande disponibilité, son dévouement à la cause de la classe ouvrière, à la paysannerie pauvre et aux intellectuels révolutionnaires feront de lui un militant à la  plume corvéable à merci.

Une grande ouverture d’esprit

Le PPS et Al Bayane en tireront nettement profit. Le journal, connu, à l’époque, surtout pour être celui des intellectuels grâce notamment à l’apport de feu Aziz Belal, connaîtra, durant les quinze années sous la rédaction  en chef de Nadir Yata, une forte impulsion et deviendra de «petit canard» le journal francophone le plus lu au Maroc, sachant que seul Le Matin de feu Moulay Ahmed Alaoui dépassait Al Bayane dans les ventes grâce au grand nombre d’administrations abonnées.

 Nadir Yata fera preuve d’une grande ouverture et d’un esprit rénovateur. Il était précurseur à la « perestoïka » de Gorbatchev… et laissera des stigmates indélébiles  au niveau de son journal et de son Parti.

 En plus des éditoriaux, signés « AL Bayane,  qu’il rédigeait souvent, sur orientation du directeur, il assurera, y compris après l’accident cruel et la maladie, sa chronique «Mais dit l’autre», à côté aussi d’une petite rubrique satirique «Les mauvaises Langues», dont il était, régulièrement, l’auteur et qu’il avait ouverte et fait partager avec quelques membres de la rédaction du journal.

Et même quand la maladie était là, il tenait à être présent et à écrire. De son lit à l’Hôpital militaire de Rabat, de la Salpêtrière de Paris ou d’un hôpital américain (grâce à la générosité et la Haute sollicitude de feu Sa Majesté Hassan II, qui appréciait grandement le rôle et l’apport de Nadir) comme dans sa chaise roulante, il a continué à produire et à combattre la maladie.

Une résonance internationale

Le défunt va marquer aussi la scène médiatique marocaine et régionale. Il émergea comme le plus célèbre des journalistes marocains, arabes et africains, voire du Tiers Monde. Avec une Première. Il recevra, à Amman, le Prix des Nations Unies pour les populations, attribué par le FNUAP, qui récompense, depuis 1981,  «un individu et/ou une institution ayant contribué de façon remarquable à sensibiliser la communauté internationale aux questions relatives à la population ainsi qu’à leurs solutions».

Il fera entendre la voix de la presse marocaine et d’Al Bayane à l’intérieur des Etats Unis d’Amérique, quand il sera reçu par le président Bush père, Georges,  et lui accorda la première interview d’un locataire de la Maison Blanche à un média arabe et africain. Encore une Première…

Aussi, avec son passage dans une émission de 2M, durant lequel il avait démontré ses capacités intrinsèques de grand homme politique, il avait ravi l’audience au point qu’Al Bayane était le journal le plus présent dans les navettes «Aouita» de l’ONCF…

C’est cette contribution typique et hautement visionnaire, qui le propulsa au sommet de la célébrité. Sa rubrique quotidienne, écrite aussi dans un fauteuil roulant, aura, chaque jour plus, des lecteurs et des admirateurs du style et du courage politique dont Nadir Yata a fait preuve.

Politiquent, depuis son jeune âge, il a été éduqué dans un environnement familial favorable, ses parents et grands parents  étant communistes. Son ADN et ses acquis feront de lui, très vite, un dirigeant politique de premier plan.

 Il est élu au Comité central lors du deuxième congrès national du PPS, en 1979, et en 1989 au sein du Bureau politique du Parti.

Un rénovateur de l’action politique

Il a ainsi chamboulé certains us et coutumes au sein du PPS, en ratissant large et en faisant des adeptes de sa nouvelle démarche, basée toujours sur la fidélité aux idées du socialisme scientifique et aux intérêts de la classe ouvrière, sans aucun reniement de ses idéaux.

Nadir Yata n’est pas étranger à la grande mutation politique opérée, du vivant comme après le décès du leader Ali Yata. Il avait défendu, avec moult conviction, l’indispensable rajeunissement de la direction du Parti. Avec «les jeunes loups», il a permis au PPS de prendre un virage sans précédant, en intégrant, dans son Bureau politique, une nouvelle génération, y compris dans le domaine du genre, de militants qui ont fait leurs preuves.

Le PPS et le journal lui sont tributaires de cette vision aujourd’hui développée dans le combat de tous les jours.

Cette renommée acquise par le fruit du labeur sérieux et désintéressé  lui apportera énormément d’amitiés et de sympathies.

Les funérailles nationales que feu Sa Majesté Hassan II lui avait organisées  et la présence de tout le microcosme politique, syndical, culturel et médiatique traduisent la grande valeur de l’homme.

Qu’il repose en paix.

Mohamed Khalil


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