LE " SOMMET DEMOCRATIQUE " : BIS REPETITA Pr. A.B.TREDANO









LE " SOMMET DEMOCRATIQUE " : BIS REPETITA
Pr. Abdelmoughit BENMESSAOUD TREDANO
Directeur de la Revue Marocaine des Sciences Politiques et Sociales
Le président américain Joe Biden a réuni en distanciel les représentants de plus d'une centaine de pays.
Objet : conduire une politique de promotion de la démocratie dans le monde.
En fait, il s’agit de créer un nouveau clivage entre pays dits démocratiques et pays considérés comme autoritaires et dictatoriaux.
Le cheval de Troie revient au galop !!
Ainsi, les pays non-démocratiques vont passer pour des parias aux yeux de l'opinion publique internationale.
Et la question démocratique deviendrait comme instrument de domination.
Des questions préalables s'imposent :
1. Qu'est-ce que la démocratie ?
2. Qui est habilité à juger le pays qui est démocratique et celui qui ne l'est pas ?
3. Au nom de qui et de quoi une puissance peut s'arroger le droit de classer les pays ?
Déjà au niveau de la conférence, une liste est établie auparavant.
Sur la liste des invités, des choix arbitraires ont été effectués !
Un pays comme la Turquie n'a pas reçu la bénédiction de L'Oncle Sam et un pays comme l'Irak est érigé en un pays démocratique.
Va comprendre !!
Là n'est pas le véritable problème.
En réalité, cette option adoptée par l'empire américain est, en effet, une nouvelle version des moyens de domination.
Du hard power au soft power.
Parfois, selon les pays et les situations, l’Oncle Sam mixe les deux pour pratiquer ce qu'on appelle le smart power.
Ce que les Américains pratiquent depuis octobre 2019 au Liban et en Irak et au Venezuela depuis 20 ans en est une illustration édifiante.
Aujourd’hui, Biden n'innove pas. Ses prédécesseurs ont déjà eu recours à cette diplomatie dite « démocratique ».
En effet, Bush père s'est illustré au début des années 90 par une véritable croisade en matière de diffusion de l'idée démocratique.
Contexte :
À la faveur de première guerre contre Saddam en 1991, le président républicain, G.Bush avait préconisé la mise en place d'un Nouvel Ordre international (NOI).
Objectif déclaré : la fin de deux poids deux mesures, faisant allusion à la nécessité d'une solution de la question palestinienne, d'où la conférence de Madrid tenue durant l'automne 1991.
On connaît la suite.
Et pour éviter que les pays de l'Europe centrale et orientale ne tombent à nouveau sous le joug soviétique, on a pensé créer une Banque Européenne pour la Reconstruction et le Développement (BERD)
Et ce pour leur assurer une transition vers un système libéral.
Ça rappelle, dans une certaine mesure, le plan Marshall proposé aux Européens au lendemain du second conflit mondial (1948), pour justement éviter un retour des Soviétiques !
L'idée est que pour permettre la circulation des biens et des capitaux- surtout pas les personnes- il fallait démanteler les frontières et les barrières douanières.
Mais, il faut le dire, la démocratie n'était pas "prescrite" pour les beaux yeux des peuples mais pour le bien du capitalisme qui avait besoin d'un système économique international ouvert.
Le contexte géopolitique global s'y prêtait…
Ainsi, au lendemain de l'effondrement du mur de Berlin, de l'empire soviétique et de l'URSS entre 1989 et 1991, Georges Bush père s'est donné comme objectif l'installation d'un Nouvel Ordre international (NOI) et la question démocratique comme instrument d'expansion de la culture libérale politique et économique.
Pour mémoire, Margaret Thatcher et Ronald Reagan étaient déjà là depuis une décennie et l'idéologie ultra-libérale faisait déjà des dégâts !
Donc, pour appliquer ce système global, il fallait une puissance dominante qui ordonne, une philosophie pour justifier la stratégie, un principe pour légitimer et un instrument pour la mise en œuvre !
La puissance dominante n'était autre que l'Amérique.
Elle était plus. Une « Hyperpuissance » comme dirait Hubert Védrine.
La philosophie était toute prête : celle de la démocratie et des droits de l'Homme.
Avec une sélectivité bien appliquée !
Pour punir les pays récalcitrants, il fallait créer un principe ; le « droit ou devoir d’ingérence », en violation flagrante d'un principe cardinal du droit international, à savoir « la souveraineté des États ».
Pour l'atténuer, on a transformé ce principe en « une responsabilité à protéger » (2005).
Enfin, pour la mise en œuvre, l'ONU était l'instrument idéal.
Bonjour les dégâts !
L'Amérique qui choisit, une philosophie et des principes contestés et contestables et une organisation peu respectable qui décrète le coupable du déni démocratique !!
Demain, ce scénario, avec quelques nuances, sera vendu, propagande aidant, à l'opinion publique internationale !!
Hier, c'était possible car l'Amérique était seule dans l'arène mondiale.
Aujourd'hui, la Russie est revenue, la Chine aspire à la première place et des puissances régionales qui revendiquent un statut à la mesure de leurs moyens et leurs capacités en matière d'édification et de développement de leurs pays.
Cette bataille dite « démocratique » risque de structurer désormais les rapports mondiaux, entre une puissance en déclin et ses affidés et des puissances internationales qui aspirent à une nouvelle configuration du monde.
Ça promet !
14 décembre 2021.










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