février 2022












Les fossoyeurs de l’économie

Pr. Mohamed CHIGUER

Pourquoi les économistes se trompent toujours ? La question se pose avec acuité eu égard à la fréquence des crises et à la pharmacopée économique dont l’efficacité est souvent contrebalancée par ses effets secondaires. Sont-ils incompétents ? dissimulent-ils la vérité pour une raison ou une autre ? Jouent-ils aux apprentis sorciers ? En clair, à quoi sert l’économiste ?

Pour répondre à cette question, il faut préciser que globalement et pour faire simple, la pensée économique se divise en deux blocs : le premier conçoit l’économie en tant que science sociale voire morale. En revanche, le second la traite en tant que physique sociale qui n’a rien à envier à la physique ou à toute autre science exacte. Des deux blocs, le premier est marginalisé, sa voix est inaudible et ses idées sont taxées d’hérésie.

Quant au second, sa pensée s’est imposée en tant qu’orthodoxie et ce depuis l’avènement de la révolution technologique et l’émergence de la nouvelle forme de mondialisation. La théorie la plus représentative de ce bloc, en l’occurrence la théorie libérale d’obédience néo-classique souvent associée à l’économie du marché, est devenue dominante en s’imposant en tant que pensée unique et inique.

L’essoufflement de la pensée keynésienne qui a coïncidé avec la fin des trente glorieuses, les déboires du soviétisme qui s’est révélé une alternative caduque avant de disparaitre, et l’absence d’une force portant le nouveau projet de la société du savoir, ont ouvert la voie au capital financier pour mettre sur orbite l’économie dite du marché en connivence avec le« consensus de Washington » qui s’est établi entre les institutions financières internationales et le département du Trésor américain avec comme toile de fond à son apparition, la reaganomics et le thatchérisme.

Ce trinôme a mobilisé des relais, des amplificateurs et des vulgarisateurs pour infiltrer les cultures et les imprégner de la logique du marché dans le but de façonner les mentalités et d’assurer une immunité collective contre toute autre pensée alternative.

De ces relais, on peut citer en particulier les sachants relevant du ministère des finances dans les différents pays membres de FMI ayant reçu le plus souvent une formation dispensée par les experts de cette institution ou qui ont travaillé ou passé un stage dans ses locaux. Des vulgarisateurs, on retient plus particulièrement les économistes. Si le sachant est un fonctionnaire soumis à une hiérarchie et tenu à accomplir convenablement son travail tout en respectant le droit à la réserve, l’économiste quant à lui, il agit souvent par calcul ou par lâcheté et rarement par conviction.

Il se prend généralement pour un expert alors qu’il est en fait une sorte de sapiteur dans la mesure où l’expertise est du domaine du donneur d’ordre. S’agissant des amplificateurs, ils relèvent du paysage politique en s’accrochant au politiquement correcte et en s’inscrivant dans une posture de légitimation et de reproduction de la pensée dominante.

Par ailleurs, l’économie du marché n’a cessé de se servir de la science pour consolider son statut de cadre de référence et de modèle à suivre décrétant ainsi, la « fin de l’histoire économique » sans se soumettre à ses exigences qui font qu’une théorie scientifique est, par définition, réfutable que dire d’une théorie économique qui est en fait, une construction historique. Elle a préféré s’adonner à un exercice qui consiste à la rendre irréfutable et s’est servie de l’économiste sapiteur pour justement présenter cet exercice sous un angle scientifique.

Toutes ses hypothèses de base ont été démenties par les faits et se sont révélées irréalistes. La concurrence pure et parfaite s’est révélée dans la pratique imparfaite, la rationalité absolue a été supplantée par la rationalité limitée, l’homoeconomecus s’est avéré une machine détractée, l’égoïsme s’est montré contreproductif face à la crise sanitaire et la main invisible a été confinée pendant la pandémie.

Concernant le pacte de stabilité, fixant le déficit budgétaire à 3% du PIB et la dette à 60%, dont le but est de sauvegarder les équilibres macroéconomiques, il a été purement et simplement balayé d’un revers de main par la COVID 19. Ce que l’« économie du marché » présente comme poison qui tue, s’est révélé un poison qui guérit. Autrement dit, le déficit et la dette sont comme le cholestérol :il y a le bon et le mauvais. Bref, toutes ces notions qui n’ont de scientifique que le nom, sont un écran de fumée créé à dessein par le Capital financiers et ses acolytes et entretenu par les relais, les vulgarisateurs et les amplificateurs.

De surcroît, des péripéties ont contrariées la pensée dominante, des crises à répétition l’ont fragilisé au point où on a cru que la pandémie allait porter l’estocade. Rien de tout cela ne s’est produit et pour cause. Le Trinôme a su tirer son épingle du jeu et s’est montré d’une flexibilité qui force le respect. Il a adopté la même démarche que celle qu’il a appliqué lors de la crise des supbrimes en renonçant provisoirement à ses principes : en 2008, les Etats-Unis ont adopté sous la présidence de l’ultralibéral, Georges Bush G., le plan Paulson. En consacrant 700 milliards de dollars pour racheter les actifs « toxiques » des banques, l’Etat fédéral a procédé à une sorte de nationalisation temporaire en prenant part dans le capital social des banques bénéficiaires.

Au cours de la pandémie, les gardiens du temple ont desserré l’étau permettant aux Etats de mettre à contribution le déficit et l’endettement pour appréhender, autant que faire se peut, l’impact de la crise sanitaire. A titre d’illustration, l’Union européenne a gelé le pacte de stabilité. De même, le FMI s’est montré laxiste à l’égard de ses membres qui ont laissé le déficit filer et n’ont pas hésité à obérer leurs finances publiques.

Néanmoins, depuis qu’on a commencé à apercevoir le bout du tunnel, la COVID 19, à l’instar de la crise des supbrimes, ne semble pas servir à grand-chose, du moins à court terme. En ce sens, que les leçons de la pandémie porteraient beaucoup plus sur la forme que sur le fond. L’Union européenne a, semble-t-il, entamé le débat concernant le pacte de stabilité pour y introduire des ajustements sans le déconstruire.

Au mieux, on prendrait compte de la nécessité de renforcer l’infrastructure sanitaire, d’améliorer l’offre médico-sociale et d’œuvrer pour assurer une autosuffisance dans certains domaines que la pandémie a consacré comme stratégiques. Il s’agit là d’une question de réallocation des ressources que le marché prendrait, d’une manière ou d’une autre, en charge. La concentration du capital, les inégalités sociales et spatiale, la dégradation de l’environnement …etc., tous ces maux de l’économie du marché vont continuer à être traités à la marge.

En fait, tant que le Trinôme ne se sent pas menacé, l’« économie du marché » est suffisamment rodée pour reprendre du poil de la bête. Elle se servirait de la dynamique de rattrapage, portée par des plans de relance, pour se dédouaner et ferait de la reprise une preuve de plus de sa capacité de résilience. Parallèlement, il est fort probable qu’elle continuerait à enfanter des hypothèses ad hoc ou des théories de diversion, comme ça été le cas après la crise de 2008 avec la théorie du ruissellement, l’hélicoptère monétaire ou le easy quantitative, pour éviter qu’elle ne soit falsifiée.

Cependant, elle est dans l’incapacité totale de prévenir les crises ou d’agir sur leur fréquence qu’elle explique par le fait que les forces sociales occultes sont contrariées dans leur action. Il va sans dire que son entêtement à ignorer la réalité n’a d’égale que l’arrogance du Trinôme.

Force est de constater que, comme à l’accoutumée, son come-back s’accompagne d’un réengagement du trio composé des relais, des vulgarisateurs et des amplificateurs pour la servir. Dans ce cadre, elle lui laisse le soin de récupérer les enseignements de la COVID 19 et d’user des théories de diversion pour revigorer le discours dominant et remettre en selle l’orthodoxie. Là où le bât blesse, c’est que l’économiste sapiteur, plus que le sachant et le politicien, fait preuve d’une aliénation déconcertante et d’une perversion intellectuelle inquiétante. Le politicien est un opportuniste qui cherche à séduire en s’inscrivant dans l’ère du temps. Son auditoire est le plus souvent constitué par ceux qui sont acquis à sa cause.

Le sachant, faisant partie de la technostructure, est tenu à respecter ses engagements contractuels dans la discrétion. En revanche, l’économiste sapiteur se veut l’apôtre prêchant la bonne parole. De par son statut de scientifique (universitaire), il s’adresse à tous les publics sans distinction (étudiants, décideurs… citoyen lambda) dont les plus avertis lui accordent le bénéfice du doute, pour entretenir l’écran de fumée et reproduire le discours dominant.

De ce fait, l’économiste sapiteur est un empêcheur de tourner en rond en s’opposant au changement et à une prise de conscience de la nécessité de déconstruire l’« économie du marché ». Il se trouve dans la même situation que les prisonniers de la caverne de Platon. En ce sens, qu’il n’arrive pas à faire le geste qui sauve et qui lui fait découvrir la réalité.

Le comble est que cette situation, l’amène à induire en erreur les initiateurs des politiques économiques en les amenant d’une part, à s’appuyer sur des notions qui gagneraient à être revisitées à l’instar de la compétitivité, la productivité, le déficit budgétaire et la dette et d’autre part, à prendre pour argent comptant des idées stéréotypées telles que « l’Etat ne doit pas vivre au -dessus de ses moyens »en l’assimilant à un ménage, « ce sont les générations futures qui paient la dette », « c’est l’entreprise et non l’Etat qui a vocation à créer l’emploi » .

En guise de conclusion, il faut se rendre compte que l’économie n’est pas une science exacte. C’est une science sociale où s’entremêlent le scientifique et l’idéologique ; le positif et le normatif. Aussi, est-il difficile de séparer l’ivraie du bon grain. C’est pourquoi, il faut apprendre l’économie pour ne pas être tromper par les économistes.

*Economiste et écrivain

article publié sur HESPRESS en date du 13 février 2022









 

Par Mohamed Khalil

 Inhumation de Simon Levy, dimanche à Casablanca : Des obsèques dignes de la valeur de l'homme


Simon Lévy, décédé vendredi, a eu droit, dimanche, à des obsèques dignes de la grande valeur de l'homme qu'il était. Un grand dirigeant de la première heure, un démocrate humble et un personnage de grande conviction. Plus d'un millier de personnes, dont de nombreuses personnalités nationales de divers horizons, ont accompagné le regretté défunt à sa dernière demeure.

Le cimetière israélite de Casablanca, où il repose, a retenu en mémoire une foule considérable venue faire son adieu à un fils du Maroc qui a marqué son passage, ici-bas, par une action consciencieuse et consciente, en faveur des idéaux de justice et de paix.

Plusieurs personnalités politiques, syndicales, culturelles et associatives ont tenu à s'associer au deuil qui a frappé le Parti du progrès et du socialisme et à témoigner du rang et de la valeur du disparu.

Aux côtés d'une forte délégation de la direction du PPS, représentée par plusieurs membres du Bureau politique, du Conseil de la présidence et du Comité central, ainsi que de nombreux militants venus de certaines régions, nous avons notamment remarqué la présence des conseillers de SM le Roi André Azoulay et Omar Azziman, de l'ancien Premier ministre Abderrahmane Youssoufi, du nouveau chef du gouvernement Abdelilah Benkirane, du ministre d'Etat et dirigeant de l'USFP,Mohamed El Yazghi, Mohamed Sabbar, Secrétaire général du Conseil national des droits de l'homme, ainsi que d'autres personnalités du monde politique, syndical, culturel, médiatique et associatif.
Autour des membres de la famille du défunt, les obsèques se sont déroulées dans une ambiance sereine, marquée par les oraisons funèbres prononcées, tour à tour, par Ismaïl Alaoui, président du Conseil de la présidence du PPS, André Azoulay, Conseiller de SM le Roi Mohammed VI, Nabil Benabdallah, Secrétaire général du PPS, qui était également porteur d'un message de Laila Shahid, déléguée générale de Palestine auprès de l'UE, et Sion Assidon.

Ismaïl Alaoui a loué les qualités intrinsèques de Simon Lévy, depuis son adhésion à l'action politique au sein du Parti communiste, et son combat continu et inlassable, politique et syndical, aux côtés des démunis, pour leurs droits. Il a retracé le parcours militant du défunt, tant au sein du Parti et du mouvement syndical qu'au niveau de la communauté juive du Maroc. « Un militant infatigable pour l'égalité des droits entre toutes les composantes du peuple marocain, quelles que soient leurs convictions religieuses », a-t-il notamment affirmé. (Lire en bas l'oraison prononcée par Ismaïl Alaoui).

De son côté, André Azoulay a relu l'itinéraire de ce « grand visionnaire, en avance par rapport aux intellectuels de son époque » qui « m'a fait comprendre, jeune étudiant, les valeurs de l'appartenance à mon pays le Maroc… » et la cohabitation entre les Marocains et leurs religions. Le conseiller de SM le Roi, a souligné «la dimension pionnière et visionnaire de cet acteur gardien et protecteur de toutes les traditions, de l'histoire et du patrimoine de la communauté juive marocaine. Il a été à la fois le guide, l'acteur engagé et intransigeant qui a su, mieux que tout autre, exprimer la profondeur et la richesse de la diversité culturelle du pays dont il a été l'un des représentants les plus valeureux».

Le Conseiller du Souverain a également relevé le rôle académique et scientifique joué par le défunt et l'intérêt accordé à la diversité culturelle et à la présence juive dans l'histoire, ancienne et contemporaine du Maroc, appelant à la préservation du patrimoine légué par Simon Lévy et à poursuivre son action.
Nabil Benabdallah a, à son tour, parlé de l'homme, du militant et du dirigeant que fut le camarade Simon Lévy. Dans une consistante oraison funèbre, il a revu la vie de ce militant d'une race rare, du dirigeant engagé, de l'éducateur académicien et du professionnel de la linguistique. A la fin de son intervention, il a donné lecture au message adressé par Laila Shahid (voir en P3), en hommage du défunt.

Signalons, par ailleurs, que le Secrétaire général du Parti de la Justice et du Développement , Abdelilah Benkirane, que le Roi a nommé chef de gouvernement a créé la surprise, en assistant aux funérailles du défunt Simon Lévy, accompagné d'une forte délégation de la direction du PJD. Dans une déclaration à la presse, Abdelilah Benkirane a salué «l'homme authentique» qu'a été le regretté rappelé par la volonté divine imparable. «Toutes les personnes présentes dans ces funérailles sont venues rendre un hommage à une grande personne».

Dans notre édition de demain, nous donnerons, in extenso, l'intégralité des interventions d'André Azoulay, de Nabil Benabdallah et de Sion Assidon, ainsi que d'autres témoignages.

         
         Un Homme de réflexion et d’action et un militant infatigable

En hommage à notre camarade Simon Lévy, disparu il y a 10 ans

Simon Lévy, tel que je l’ai connu

Par Abdeslam Seddiki

Il y a dix ans, le 2 décembre 2011, notre camarade Simon Levy, figure historique du Parti de Progrès et du Socialisme (PPS) et secrétaire général de la Fondation du patrimoine culturel judéo-marocain, nous quittait. Il s’était éteint à l’âge de 77 ans, après une vie intense et généreuse en militantisme et combats. Il laisse le souvenir de cet intellectuel organique qui a épousé, pour la vie et la mort, les idées du socialisme scientifique, et ce depuis sa tendre jeunesse. Nous reproduisons l’hommage que notre camarade Abdeslam Seddiki a rendu au regretté défunt.

Il est difficile d’écrire sur un Homme de la trempe du regretté Simon Lévy, dont on célèbre cette semaine le 10ème anniversaire de sa disparition, après qu’il une hospitalisation de plusieurs jours grâce à la sollicitude de SM le Roi.

Doit-on évoquer l’homme, ses qualités, son accueil, sa disposition ? Doit-on évoquer le savant et l’intellectuel qu’il était avec ses innombrables travaux dans le domaine de l’histoire, du judaïsme, de la culture dont il a fait son cheval de bataille au cours des dernières années ? Doit-on évoquer l’enseignant pédagogue qui a contribué à la formation de milliers de jeunes à la faculté de lettre de Rabat dont il était l’un des professeurs distingués ? Doit-on parler du syndicaliste chevronné qui était présent sur tous les fronts de lutte syndicale tant au sein de l’UMT que du SNESUP ? Ou doit-on parler du militant politique engagé depuis son jeune âge dans les rangs du Parti Communiste Marocain, devenu successivement PLS et PPS, pour se hisser au podium du Bureau Politique et devenir l’un de ses grands dirigeants à côté des regrettés Ali Yata, Abdellah Layachi, Abdeslam Bourquia, Aziz Belal et d’autres ?

C’est dire que notre regretté Simon a eu une vie chargée et intense en activités. Il trouvait du goût à mener le combat sur tous ces fronts. Il était présent à tous les rendez vous importants qui ont jalonné l’histoire récente de notre pays : actif dans la lutte pour l’indépendance, ardent défenseur de la cause palestinienne, participant à la marche verte, présent dans les luttes démocratiques en se portant candidat dès les premières élections locales de 1976 et en arrachant haut la main son mandat pour siéger au conseil municipal de Ain Diab qui fut une expérience de gestion locale exemplaire, actif dans les forums de débat intellectuel où les thèses qu’il défendait jouissaient du respect de ses amis comme de ses adversaires, courageux pour exprimer ses convictions jusqu’au bout …

C’est tout cela, et d’autres aspects qui m’ont échappé certainement, qui font de Simon l’homme qu’il fut.

Sans aborder l’ensemble de ces dimensions, qu’il me soit permis, en guise de modeste hommage d’apporter un témoignage sur son apport à la réflexion politique. Ayant eu la chance, à l’instar d’autres militants, de côtoyer notre camarade défunt, dans des réunions politiques et de suivre les leçons de formation idéologique qu’il dispensait généreusement aux jeunes militants du parti, j’ai pu mesurer toute sa pédagogie et la profondeur de son savoir. Il avait l’art d’exprimer en des termes simples des problématiques d’une grande complexité. Tel fut le cas, autant que je me souvienne, de ses conférences sur la tactique et la stratégie, les alliances de classe, la gauche au Maroc, parti et syndicat. Ces thèmes et d’autres, relevaient en quelque sorte des fondamentaux pour notre parti. Et chaque militant se doit de les maîtriser pour être en parfaite symbiose avec la ligne du parti.

Il tenait et croyait à l’union de la gauche au point d’en faire une religion. Je me rappelle d’une série d’articles qu’il avait publiés sur le sujet en réponse à certains comportements politiques qui allaient à l’encontre de cette union et qu’i avait intitulés « unitaires pour deux ».

Il tenait et croyait à la lutte organisée de masse. Et le lieu indiqué est bel et bien le syndicalisme dont il défendait l’unité car convaincu que la classe ouvrière est une et indivisible. Il incitait tous les membres du parti à adhérer aux organisations de masse pour faire du militant « ce poisson dans l’eau » formule chère à Mao Tsé Toung.

Pour lui, à l’instar d’Amilcar Cabral, pas de « pratique révolutionnaire, sans théorie révolutionnaire ». Il puisait ses sources dans tous les apports des différentes civilisations. De confession juive, et fier de l’être, il a su intégrer avec intelligence et créativité les apports des autres religions et civilisations au point d’être un précurseur du dialogue de civilisations. Avec Simon et grâce à lui, des générations entières ont appris que la contradiction fondamentale n’est pas celle qui oppose les religions et les cultures, thèse des fondamentalistes de tous bords, mais celle qui met en jeu des conflits d’intérêts politiques et économiques. C’est grâce entre autres à son apport et à celui d’autres militants de confession juive comme Edmond Amran ElMaleh, Serfaty et de centaines d’autres que notre pays est considéré comme exemplaire dans le domaine de la coexistence des religions.

Homme de culture et de mémoire, il s’est engagé dans la préservation de la mémoire et de la culture judéo-marocaines en dirigeant le Musée du Judaïsme Marocain dont il était le Secrétaire général.

Homme de principe et de conviction. Il est resté fidèle à ses engagements en dépit des vicissitudes et des « tremblements idéologiques » provoqués par la chute du Mur de Berlin, l’effondrement de l’URS S et la victoire de la pensée unique avec le consensus de Washington. Pour faire valoir ses convictions, il n’a pas eu recours à la voie de la facilité, mais il a préféré créer un courant à l’intérieur du PPS baptisé «la zilna aala attarik» qui signifie : «nous sommes toujours sur la voie».

Oui Simon, tu avais raison, nous sommes toujours sur la voie : celle du militantisme, celle de la lutte pour la justice sociale, de la dignité, de la libération des hommes et des femmes, de la solidarité et de l’amitié entre les peuples.

Reposes en paix, tu t’es acquitté comme il se doit de tes devoirs de citoyen. Le pays entier, tes camarades, tes amis, tes anciens étudiants et tous ceux qui t’ont connu et approché te rendent un vibrant hommage …

(Version actualisée de l’article paru dans Al Bayane du 3 déc 2011)

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Les archives de Feu Simon Levy confiées aux Archives du Maroc

Les archives de feu Simon Levy ont été confiées aux Archives du Maroc, à la faveur d’un don de la famille Levy. Selon un communiqué des Archives du Maroc, la famille Levy «contribue à l’enrichissement de la mémoire nationale» en confiant à cette institution un «fonds important» d’archives de feu Simon Levy qui fut un «éminent professeur-chercheur» et une «grande figure du judaïsme marocain», décédé le 2 décembre 2011. MM. Jean et Jacques Levy, fils de feu Simon Levy, et Jamaâ Baida, directeur des Archives du Maroc, avaient procédé le 28 septembre 2016 à la signature de la convention de don, avait annoncé les Archives du Maroc dans un communiqué. Tout en saluant ce «geste généreux», le directeur des Archives du Maroc avait exprimé sa profonde gratitude à la famille Levy pour cette «initiative citoyenne fidèle aux idéaux de feu Simon Levy», la qualifiant de «bon exemple à suivre pour que le patrimoine juif récupère la place qui lui revient au sein du patrimoine archivistique national». Archives du Maroc assure garantir la préservation et la valorisation de ces archives afin de les transmettre aux générations futures, sous l’appellation de «Fonds Simon Levy». Simon Levy était notamment professeur-chercheur à l’Université Mohamed V de Rabat et un grand militant du Parti du progrès et du socialisme (PPS). Grande figure du judaïsme marocain, il fut le premier directeur du Musée du judaïsme marocain à Casablanca.





           Un Homme de réflexion et d’action et un militant infatigable

En hommage à notre camarade Simon Lévy, disparu il y a 10 ans

Simon Lévy, tel que je l’ai connu

Par Abdeslam Seddiki

Il y a dix ans, le 2 décembre 2011, notre camarade Simon Levy, figure historique du Parti de Progrès et du Socialisme (PPS) et secrétaire général de la Fondation du patrimoine culturel judéo-marocain, nous quittait. Il s’était éteint à l’âge de 77 ans, après une vie intense et généreuse en militantisme et combats. Il laisse le souvenir de cet intellectuel organique qui a épousé, pour la vie et la mort, les idées du socialisme scientifique, et ce depuis sa tendre jeunesse. Nous reproduisons l’hommage que notre camarade Abdeslam Seddiki a rendu au regretté défunt.

Il est difficile d’écrire sur un Homme de la trempe du regretté Simon Lévy, dont on célèbre cette semaine le 10ème anniversaire de sa disparition, après qu’il une hospitalisation de plusieurs jours grâce à la sollicitude de SM le Roi.

Doit-on évoquer l’homme, ses qualités, son accueil, sa disposition ? Doit-on évoquer le savant et l’intellectuel qu’il était avec ses innombrables travaux dans le domaine de l’histoire, du judaïsme, de la culture dont il a fait son cheval de bataille au cours des dernières années ? Doit-on évoquer l’enseignant pédagogue qui a contribué à la formation de milliers de jeunes à la faculté de lettre de Rabat dont il était l’un des professeurs distingués ? Doit-on parler du syndicaliste chevronné qui était présent sur tous les fronts de lutte syndicale tant au sein de l’UMT que du SNESUP ? Ou doit-on parler du militant politique engagé depuis son jeune âge dans les rangs du Parti Communiste Marocain, devenu successivement PLS et PPS, pour se hisser au podium du Bureau Politique et devenir l’un de ses grands dirigeants à côté des regrettés Ali Yata, Abdellah Layachi, Abdeslam Bourquia, Aziz Belal et d’autres ?

C’est dire que notre regretté Simon a eu une vie chargée et intense en activités. Il trouvait du goût à mener le combat sur tous ces fronts. Il était présent à tous les rendez vous importants qui ont jalonné l’histoire récente de notre pays : actif dans la lutte pour l’indépendance, ardent défenseur de la cause palestinienne, participant à la marche verte, présent dans les luttes démocratiques en se portant candidat dès les premières élections locales de 1976 et en arrachant haut la main son mandat pour siéger au conseil municipal de Ain Diab qui fut une expérience de gestion locale exemplaire, actif dans les forums de débat intellectuel où les thèses qu’il défendait jouissaient du respect de ses amis comme de ses adversaires, courageux pour exprimer ses convictions jusqu’au bout …

C’est tout cela, et d’autres aspects qui m’ont échappé certainement, qui font de Simon l’homme qu’il fut.

Sans aborder l’ensemble de ces dimensions, qu’il me soit permis, en guise de modeste hommage d’apporter un témoignage sur son apport à la réflexion politique. Ayant eu la chance, à l’instar d’autres militants, de côtoyer notre camarade défunt, dans des réunions politiques et de suivre les leçons de formation idéologique qu’il dispensait généreusement aux jeunes militants du parti, j’ai pu mesurer toute sa pédagogie et la profondeur de son savoir. Il avait l’art d’exprimer en des termes simples des problématiques d’une grande complexité. Tel fut le cas, autant que je me souvienne, de ses conférences sur la tactique et la stratégie, les alliances de classe, la gauche au Maroc, parti et syndicat. Ces thèmes et d’autres, relevaient en quelque sorte des fondamentaux pour notre parti. Et chaque militant se doit de les maîtriser pour être en parfaite symbiose avec la ligne du parti.

Il tenait et croyait à l’union de la gauche au point d’en faire une religion. Je me rappelle d’une série d’articles qu’il avait publiés sur le sujet en réponse à certains comportements politiques qui allaient à l’encontre de cette union et qu’i avait intitulés « unitaires pour deux ».

Il tenait et croyait à la lutte organisée de masse. Et le lieu indiqué est bel et bien le syndicalisme dont il défendait l’unité car convaincu que la classe ouvrière est une et indivisible. Il incitait tous les membres du parti à adhérer aux organisations de masse pour faire du militant « ce poisson dans l’eau » formule chère à Mao Tsé Toung.

Pour lui, à l’instar d’Amilcar Cabral, pas de « pratique révolutionnaire, sans théorie révolutionnaire ». Il puisait ses sources dans tous les apports des différentes civilisations. De confession juive, et fier de l’être, il a su intégrer avec intelligence et créativité les apports des autres religions et civilisations au point d’être un précurseur du dialogue de civilisations. Avec Simon et grâce à lui, des générations entières ont appris que la contradiction fondamentale n’est pas celle qui oppose les religions et les cultures, thèse des fondamentalistes de tous bords, mais celle qui met en jeu des conflits d’intérêts politiques et économiques. C’est grâce entre autres à son apport et à celui d’autres militants de confession juive comme Edmond Amran ElMaleh, Serfaty et de centaines d’autres que notre pays est considéré comme exemplaire dans le domaine de la coexistence des religions.

Homme de culture et de mémoire, il s’est engagé dans la préservation de la mémoire et de la culture judéo-marocaines en dirigeant le Musée du Judaïsme Marocain dont il était le Secrétaire général.

Homme de principe et de conviction. Il est resté fidèle à ses engagements en dépit des vicissitudes et des « tremblements idéologiques » provoqués par la chute du Mur de Berlin, l’effondrement de l’URS S et la victoire de la pensée unique avec le consensus de Washington. Pour faire valoir ses convictions, il n’a pas eu recours à la voie de la facilité, mais il a préféré créer un courant à l’intérieur du PPS baptisé «la zilna aala attarik» qui signifie : «nous sommes toujours sur la voie».

Oui Simon, tu avais raison, nous sommes toujours sur la voie : celle du militantisme, celle de la lutte pour la justice sociale, de la dignité, de la libération des hommes et des femmes, de la solidarité et de l’amitié entre les peuples.

Reposes en paix, tu t’es acquitté comme il se doit de tes devoirs de citoyen. Le pays entier, tes camarades, tes amis, tes anciens étudiants et tous ceux qui t’ont connu et approché te rendent un vibrant hommage …

(Version actualisée de l’article paru dans Al Bayane du 3 déc 2011)

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Les archives de Feu Simon Levy confiées aux Archives du Maroc

Les archives de feu Simon Levy ont été confiées aux Archives du Maroc, à la faveur d’un don de la famille Levy. Selon un communiqué des Archives du Maroc, la famille Levy «contribue à l’enrichissement de la mémoire nationale» en confiant à cette institution un «fonds important» d’archives de feu Simon Levy qui fut un «éminent professeur-chercheur» et une «grande figure du judaïsme marocain», décédé le 2 décembre 2011. MM. Jean et Jacques Levy, fils de feu Simon Levy, et Jamaâ Baida, directeur des Archives du Maroc, avaient procédé le 28 septembre 2016 à la signature de la convention de don, avait annoncé les Archives du Maroc dans un communiqué. Tout en saluant ce «geste généreux», le directeur des Archives du Maroc avait exprimé sa profonde gratitude à la famille Levy pour cette «initiative citoyenne fidèle aux idéaux de feu Simon Levy», la qualifiant de «bon exemple à suivre pour que le patrimoine juif récupère la place qui lui revient au sein du patrimoine archivistique national». Archives du Maroc assure garantir la préservation et la valorisation de ces archives afin de les transmettre aux générations futures, sous l’appellation de «Fonds Simon Levy». Simon Levy était notamment professeur-chercheur à l’Université Mohamed V de Rabat et un grand militant du Parti du progrès et du socialisme (PPS). Grande figure du judaïsme marocain, il fut le premier directeur du Musée du judaïsme marocain à Casablanca.

 

Par Mohamed Khalil

 Inhumation de Simon Levy, dimanche à Casablanca : Des obsèques dignes de la valeur de l'homme


Simon Lévy, décédé vendredi, a eu droit, dimanche, à des obsèques dignes de la grande valeur de l'homme qu'il était. Un grand dirigeant de la première heure, un démocrate humble et un personnage de grande conviction. Plus d'un millier de personnes, dont de nombreuses personnalités nationales de divers horizons, ont accompagné le regretté défunt à sa dernière demeure.

Le cimetière israélite de Casablanca, où il repose, a retenu en mémoire une foule considérable venue faire son adieu à un fils du Maroc qui a marqué son passage, ici-bas, par une action consciencieuse et consciente, en faveur des idéaux de justice et de paix.

Plusieurs personnalités politiques, syndicales, culturelles et associatives ont tenu à s'associer au deuil qui a frappé le Parti du progrès et du socialisme et à témoigner du rang et de la valeur du disparu.

Aux côtés d'une forte délégation de la direction du PPS, représentée par plusieurs membres du Bureau politique, du Conseil de la présidence et du Comité central, ainsi que de nombreux militants venus de certaines régions, nous avons notamment remarqué la présence des conseillers de SM le Roi André Azoulay et Omar Azziman, de l'ancien Premier ministre Abderrahmane Youssoufi, du nouveau chef du gouvernement Abdelilah Benkirane, du ministre d'Etat et dirigeant de l'USFP,Mohamed El Yazghi, Mohamed Sabbar, Secrétaire général du Conseil national des droits de l'homme, ainsi que d'autres personnalités du monde politique, syndical, culturel, médiatique et associatif.
Autour des membres de la famille du défunt, les obsèques se sont déroulées dans une ambiance sereine, marquée par les oraisons funèbres prononcées, tour à tour, par Ismaïl Alaoui, président du Conseil de la présidence du PPS, André Azoulay, Conseiller de SM le Roi Mohammed VI, Nabil Benabdallah, Secrétaire général du PPS, qui était également porteur d'un message de Laila Shahid, déléguée générale de Palestine auprès de l'UE, et Sion Assidon.

Ismaïl Alaoui a loué les qualités intrinsèques de Simon Lévy, depuis son adhésion à l'action politique au sein du Parti communiste, et son combat continu et inlassable, politique et syndical, aux côtés des démunis, pour leurs droits. Il a retracé le parcours militant du défunt, tant au sein du Parti et du mouvement syndical qu'au niveau de la communauté juive du Maroc. « Un militant infatigable pour l'égalité des droits entre toutes les composantes du peuple marocain, quelles que soient leurs convictions religieuses », a-t-il notamment affirmé. (Lire en bas l'oraison prononcée par Ismaïl Alaoui).

De son côté, André Azoulay a relu l'itinéraire de ce « grand visionnaire, en avance par rapport aux intellectuels de son époque » qui « m'a fait comprendre, jeune étudiant, les valeurs de l'appartenance à mon pays le Maroc… » et la cohabitation entre les Marocains et leurs religions. Le conseiller de SM le Roi, a souligné «la dimension pionnière et visionnaire de cet acteur gardien et protecteur de toutes les traditions, de l'histoire et du patrimoine de la communauté juive marocaine. Il a été à la fois le guide, l'acteur engagé et intransigeant qui a su, mieux que tout autre, exprimer la profondeur et la richesse de la diversité culturelle du pays dont il a été l'un des représentants les plus valeureux».

Le Conseiller du Souverain a également relevé le rôle académique et scientifique joué par le défunt et l'intérêt accordé à la diversité culturelle et à la présence juive dans l'histoire, ancienne et contemporaine du Maroc, appelant à la préservation du patrimoine légué par Simon Lévy et à poursuivre son action.
Nabil Benabdallah a, à son tour, parlé de l'homme, du militant et du dirigeant que fut le camarade Simon Lévy. Dans une consistante oraison funèbre, il a revu la vie de ce militant d'une race rare, du dirigeant engagé, de l'éducateur académicien et du professionnel de la linguistique. A la fin de son intervention, il a donné lecture au message adressé par Laila Shahid (voir en P3), en hommage du défunt.

Signalons, par ailleurs, que le Secrétaire général du Parti de la Justice et du Développement , Abdelilah Benkirane, que le Roi a nommé chef de gouvernement a créé la surprise, en assistant aux funérailles du défunt Simon Lévy, accompagné d'une forte délégation de la direction du PJD. Dans une déclaration à la presse, Abdelilah Benkirane a salué «l'homme authentique» qu'a été le regretté rappelé par la volonté divine imparable. «Toutes les personnes présentes dans ces funérailles sont venues rendre un hommage à une grande personne».

Dans notre édition de demain, nous donnerons, in extenso, l'intégralité des interventions d'André Azoulay, de Nabil Benabdallah et de Sion Assidon, ainsi que d'autres témoignages.











 

PRESENTATION

HOMMAGE A DRISS BENALI

 

Par Abdelmoughit Benmessaoud Tredano

Directeur de la Revue Marocaine des Sciences Politiques et Sociales

 

Le 3 février 2013 notre ami et collègue Pr. Driss BENALI nous a quitté. Nous présentons aujourd'hui deux textes commis par ses amis les Pr. Abdekader Berrada et Abdelmoughit benmessaoud trédano. Le premier a constitué la préface aux MELANGES préparés pour l'occasion de l'hommage qui lui a été consacré une année après sa disparition. Le second a préfacé son fameux ouvrage sur l'Etat précapitaliste au Maroc. En attendant de lui consacrer tout un dossier à son hommage

Notre propos dans cette présentation n’est pas tant de présenter l’ouvrage du regretté Driss BENALI, Le Maroc Précapitaliste, qui reste une œuvre majeure dans la compréhension de l’état précapitaliste au Maroc, mais beaucoup plus d’expliquer le pourquoi de cet hommage et comment le comité d’organisation de notre revue s’est évertué à l’organiser et à préparer son contenu.

 

Au lendemain de la mort de notre regretté [1], l’engagement a été déjà pris pour programmer un hommage à la hauteur de sa stature et de sa personnalité… hors pair.

 

Cet engagement a été dicté par plusieurs considérations :

 

La première est strictement personnelle dans la mesure où plus de 30 ans d’amitié ne pouvait laisser l’auteur de ces lignes indifférent à un personnage de cette envergure ; engagement politique commun, en France et au Maroc, et associatif… dans le cadre de l’Association Alternatives, entre autres, a constitué la trame de notre parcours commun.

 

La seconde est un acte de reconnaissance d’un collectif d’amis, d’auteurs, et d’universitaires pour l’homme et son œuvre.

 

Rendre hommage à Driss Benali, c’est lui rendre justice dans la mesure où de son vivant, aucune reconnaissance ne lui a été témoignée.

 

Rendre Hommage à Driss Benali, c’est témoigner de la qualité de l’homme, de l’intellectuel militant qu’était cet homme, toute sa vie durant…

 

Comment le faire ?

 

La Revue, qu’il accompagnait de son vivant en sa qualité de membre de son comité scientifique, a saisi l’avènement du premier anniversaire de sa disparition pour lui rendre un hommage à la hauteur de la qualité de l’homme. En lui préparant des mélanges, en rééditant son livre majeur et la préparation d’une étude élaborée par l’auteur de ces lignes portant sur « la paix et le dialogue entre les nations, le cas du Maghreb et du Moyen-Orient » telles sont les publications qui vont marquer cet hommage.

 

Les Mélanges, c’est un acte de reconnaissance d’une vingtaine d’intellectuels et d’universitaires à un ami, à un collègue pour lequel ils avaient, tous, du respect, de l’admiration et de l’amitié…

 

La réédition de son livre est dictée par une seule raison : le rendre accessible aux étudiants, aux chercheurs et aux universitaires dans la mesure où il a disparu des librairies.

 

Le livre sur le dialogue et la paix, répond à une actualité brulante où la guerre devient la règle, où l’islamisme se confond avec le terrorisme et où l’extrémisme rivalise avec la barbarie. La situation actuelle du monde arabo-musulman en est l’illustration la plus édifiante.

 

Un deuxième volet qui marquera cette manifestation, c’est l’organisation d’un débat autour du thème : « le rôle de l’intellectuel dans la cité » ; le choix d’une telle thématique n’est ni fortuit ni arbitraire .Il répond en premier lieu au profil de notre regretté.

 

L’intellectuel militant

« … en toute société, l’artiste, l’écrivain, demeure un étranger : celle qui prétend le plus impérieusement l’intégrer nous paraissait être pour lui la plus défavorable… Dans une société qui veut des artistes « bien propres », « intégrés », « cohérents » et « peu remuants », il n’est peut-être pas inutile qu’elle (cette banalité) soit de nouveau écrite et répétée… » [2]

 L’engagement politique de Driss Benali, en tant qu’intellectuel, a été marqué par la cohérence, la continuité, l’audace voire parfois la provocation. C’est le propre de l’intellectuel engagé et rebelle.

 

Cette posture est dans la droite ligne des intellectuels, des philosophes dont le rôle est d’être des défricheurs, des agitateurs d’idées, des empêcheurs de tourner en rond.

 

Son discours politique à la fois profond, direct, clair et, comme dirait jean- Luc Mélenchon : cru et dru, tranche avec celui codé, ambigu, insipide et politiquement correct de nombreux hommes politiques, situation devenue quasi- normale. Mais, cas plus grave encore, une telle pratique est désormais adoptée par un grand nombre d’intellectuels.

 

Sa vision du politique en tant que culture et pratique se distingue foncièrement de la politique politicienne ; en effet face à la déliquescence ambiante et à la médiocrité régnante dans le champ politique, …, il s’est employé à réhabiliter la parole publique, politique et rendre au politique sa superbe.

 

Ainsi, pour éviter que le politique ne produise que des monstres [3], pour que le politique ne se réduise pas à « l’art de se servir des gens … » [4], pour faire en sorte que la bêtise ne commence pas à penser [5], il fallait et il faut réinventer d’autres formes d’engagement et surtout allier l’éthique à la politique, adopter la pédagogie de l’exemple, conditions seules à même de  pouvoir faire revenir le citoyen au champ politique et ce en rétablissant la confiance. Seules les sociétés de confiance réussissent [6].

 

Driss BENALI était de ce genre d’intellectuels qui cherchaient à donner au politique une nouvelle vision, perception et pratique sans lesquelles rien de valable, de viable et de durable ne peut être construit dans une société qui aspire au changement et au bien-être.

 

Mais comme une hirondelle seule ne fait pas le printemps, l’intellectuel solitaire ne peut influer d’une manière déterminante sur l’évolution d’une société.

 

Le changement ne peut se réaliser que si le nombre d’intellectuels, autonomes par rapport à tous les centres du pouvoir, atteint une masse critique.

 

Ils doivent, en plus, avoir en commun une sorte de convergence d’idées, deux conditions qui, seules, avec les débats et l’agitation d’idées, peuvent produire les mutations sociales et sociétales nécessaires pour un Maroc nouveau, développé et épanoui.

 

 « La politique est l’art du possible » disait l’homme politique français Léon Gambetta ; Driss BENALI cherchait à faire reculer le possible jusqu’au dernier retranchement ; entre le consensus paralysant et le compromis engageant et productif, le choix est vite fait.

 

« Soyons réalistes, exigeons l’impossible » disait le commandant Che.

 

Notes

[1] Au moment où ce numéro (N° 4, volume VI, février 2013) était  sous presse, notre ami et collègue est  décédé le 3 février  2013.Nous lui

rendons hommage - dans les pages intérieures de notre revue dont il était un des fondateurs-en tant qu’ami, intellectuel hors pair et citoyen/militant exemplaire ,en attendant d’organiser une grande manifestation  digne de son rang…  

[2] Simone De Beauvoir, autobiographie, Ed. 1993, compte rendu de cette publication in Le Monde 13 aout 1993

[3] Saint juste disait : « Tous les arts ont produit des merveilles, seul l’art de gouverner n’a produit que des monstres ».

[4]  « La politique est l’art de se servir des hommes en leur faisant croire qu’on les sert.  »

 Disait l’écrivain et dramaturge Louis Dumur.

[5] Jean Cocteau disait : « Le drame de notre temps, c'est que la bêtise se soit mise à penser ».

[6] Alain Peyrefitte, « La société de confiance », Ed. Odile Jacob, 1995.


PRESENTATION

 Par Abdelkader Berrada

Professeur universitaire

Membre du Conseil scientifique de la Revue Marocaine des Sciences Politiques et Sociales

Le 3 février 2013 notre ami et collègue Pr. Driss BENALI nous a quitté. Nous présentons aujourd'hui deux textes commis par ses amis les Pr. Abdekader Berrada et Abdelmoughit benmessaoud trédano. Le premier a constitué la préface aux MELANGES préparés pour l'occasion de l'hommage qui lui a été consacré une année après sa disparition. Le second a préfacé son fameux ouvrage sur l'Etat précapitaliste au Maroc. En attendant de lui consacrer tout un dossier à son hommage 

Le présent ouvrage réunit un ensemble de contributions en hommage au professeur Driss Benali, que Dieu l’ait en sa sainte miséricorde. Ses étudiants, collègues et amis tiennent ainsi à lui témoigner leur profonde reconnaissance. A ceux qui l’avaient bien connu, il laissait l’impression d’un homme cultivé, foncièrement bon et d’une civilité admirable.

 Driss Benali est un économiste marocain de tout premier plan, un intellectuel critique.

 Driss Benali, l’universitaire, est resté attaché à la grande tradition d’une économie classique définie en ces termes par Alfred Marshall: «il nous faut reconnaître que les fondateurs de l’économie moderne furent à peu près tous des hommes pleins de bonté et de sympathie, animés d’un profond amour pour l’humanité. Pour eux-mêmes, ils se souciaient peu de la richesse, mais ils étaient soucieux qu’elle puisse se répandre parmi les masses populaires….Ils demeurèrent fidèles sans exception à cette idée que l’objectif final de toute politique et de tous les efforts privés devait être le bien-être du peuple». Le regard que F. Perroux portait sur les économistes permet de préciser encore plus clairement ce qui distingue Driss Benali. Les économistes peuvent être classés en trois catégories. Les uns, les experts, sont pressés de procurer des recettes pratiques pour résoudre des problèmes qu’ils ne reformulent pas. Les autres, les conformistes, développent plus ou moins consciemment un discours qui légitime le système existant. Le tout petit nombre restant se dévoue à l’économie d’intention scientifique qui organise des savoirs en tentant de les purifier, de les maîtriser et de les contrôler par les sciences. Force cependant est de reconnaître que l’organisation de la recherche et le style d’enseignement en matière économique sont peu propices à encourager cet effort méritoire.

 Driss Benali faisait partie de ce tout petit nombre. C’était un académicien qui se gardait bien de mélanger allégrement science et idéologie, un économiste qui n’était pas du genre «ainsi va l’Economique clopin-clopant, un pied dans les hypothèses non vérifiés et l’autre dans des slogans invérifiables» tant décrié par J. Robinson.

 Il était constamment habité par le désir ardent de contribuer en tant que professeur à la formation de ses étudiants en leur disant ce qu’il croyait vrai, en réfléchissant devant eux, avec eux, sur les questions vitales, les seules qui importent vraiment. Driss Benali s’employait à transformer l’université en un espace de lutte contre le sous-développement à la fois sur le plan de la formulation des objectifs mais aussi de la mobilisation des moyens. Il lui tenait particulièrement à cœur de faire progresser la connaissance en vue d’une meilleure prise de conscience des problèmes dans lesquels se débat le Maroc et des solutions à y apporter. Beaucoup de problèmes se posent effectivement dans le cadre de la nation et ne peuvent être résolus qu’en fonction de l’intérêt national. C’est donc en toute logique qu’il fallait prendre pour objet de la science économique des questions qui touchent le plus directement à la politique. Le point de vue de la sociologie économique et politique compte beaucoup dans cette optique. Il faut reconnaître à Driss Benali le mérite d’avoir mené une réflexion sur la capacité de l’Etat, communément appelé Makhzen au Maroc, à renouveler sa base sociale et les relais nécessaires à l’encadrement et à la subordination de la société. Il s’acharna à prouver que «dès l’indépendance, la logique économique fut soumise aux exigences du bloc au pouvoir qui, pour élargir sa base sociale, s’assure le contrôle de la reproduction sociale». La machinerie des appareils et des circuits du pouvoir qu’incarne le Makhzen est à l’origine de politiques qui servent mal le développement du Maroc. Pour relever les défis du développement durable, le Makhzen n’est pas la solution, c’est le problème. Ainsi se résume la thèse centrale de cet acteur d’une pensée économique libre de toute allégeance, comme de tout conformisme.

 Conscient de l’importance capitale du savoir en tant que source de progrès, Driss Benali ne s’est pas privé de porter un regard critique sur la littérature économique au Maroc. Selon lui, deux observations s’imposent en ce sens. D’abord, la production scientifique en la matière n’est pas suffisamment abondante malgré les efforts louables mais isolés déployés par certains universitaires. Ensuite, le fait même que la plupart des gens soient persuadés que la science économique est réduite à des « élucubrations journalistiques» est en soi significatif de l’état de pauvreté dans lequel se trouve cette discipline de base.

 Partant de ce constat, Driss Benali aboutit à la conclusion que la science économique au Maroc a encore besoin pour se développer d’écrits qui seraient à la fois accessibles au grand public et de bonne tenue intellectuelle. G. Myrdal ne disait-il pas que les économistes qui désirent influencer les choix politiques doivent s’efforcer de convaincre, non pas seulement leurs confrères et les spécialistes des sciences sociales, mais aussi l’homme de la rue.

 

La création en 2002 de la revue Pôle de compétences en économie devait répondre à cette attente. Cependant, faute d’un soutien régulier et conséquent de l’Etat à la recherche scientifique, cette initiative pleine de promesses n’a pas tardé à tourner court. En pareil cas, on est amené tout naturellement à penser que «plus l’espérance est grande, plus la déception est violente». Surtout que, dans l’esprit de Driss Benali, le lancement d’une nouvelle revue scientifique s’imposait comme une nécessité impérieuse. On imagine bien qu’il ne pouvait rester indifférent à la condamnation à une mort lente de revues scientifiques et non des moindres comme le Bulletin économique et social du Maroc, la Revue juridique, politique et économique du Maroc, les Annales marocaines d’économie et la revue Economie et socialisme.

 Même si ses activités civiques et citoyennes ne lui laissaient pas suffisamment de temps pour se consacrer à la recherche, et il s’agit d’une précision qui a toute son importance, Driss Benali compte à son actif des travaux scientifiques de grande qualité. En plus d’un ouvrage de référence: Le Maroc précapitaliste, formation économique et sociale (1983), il est l’auteur de nombreux articles publiés notamment dans trois revues marquantes, à savoir la Revue juridique, politique et économique du Maroc, la revue Economie et socialisme et l’Annuaire de l’Afrique du Nord, la plupart des textes portant sur la période postcoloniale (1985-1995). Bien évidemment, dans la mesure où les analyses éclairantes de Driss Benali se situent dans une perspective historique et critique, elles exigent du lecteur un effort d’attention et de participation pour pouvoir être appréciées à leur juste valeur. Leur traduction dans les langues nationales que maîtrisent mieux les nouvelles générations pourrait certainement faciliter une bonne compréhension des obstacles structurels, de nature institutionnelle en particulier, qui se dressent devant le développement du Maroc. C’est un vrai défi qu’il va falloir relever pour honorer la mémoire de Driss Benali, l’homme de science, l’homme de la cité.

 

Cress Revue

{picture#http://store4.up-00.com/2017-07/149982714684611.jpg} Revue marocaine des sciences politiques et sociales, Dossier "Economie politique du Maroc", volume XIV, Hors série. Les auteurs du volume n'ont pas hésité ... {facebook#http://facebook.com} {twitter#http://twitter.com} {google#http://google.com} {pinterest#http://pinterest.com} {youtube#http://youtube.com} {instagram#http://instagram.com}

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