Le "NON" dans l’histoire Pr. A.B.Trédano








Le "NON" dans l’histoire

Pr. Abdelmoughit Benmessaoud Trédano

Directeur de la revue marocaine des sciences politiques et sociales

Dans un discours portant sur la résistance dans la Haute-Savoie d’André Malraux, ce grand ministre de la culture du Général De Gaulle, on relevait, en effet, une signification toute particulière du " NON " :

« Le mot " Non", fermement opposé à la force, possède une puissance mystérieuse qui vient du fond des siècles. Toutes les plus hautes figures spirituelles de l’humanité ont dit Non à César. Prométhée règne sur la tragédie et sur notre mémoire pour avoir dit Non aux Dieux. La Résistance n’échappait à l’éparpillement qu’en gravitant autour du Non du 18 juin » [1].

Sans revenir à Spartacus, symbole de la révolte des esclaves, qui avait défié Rome, on se contentera du 20ème siècle ; le Non exprimé par les différents leaders avait le même sens : celui du combat pour la liberté, l’égalité des Etats et des peuples et la justice dans les rapports entre les nations.

Mohamed Abdelkrim Khattabi,précurseur de la guérilla..

La résistance conduite par Mohamed Abdelkrim Khattabi au Rif marocain s’inscrivait dans cette quête de liberté et d’indépendance ; la bataille d’Anoual en était le Symbole.

Sayyid Mohammed Abdullah Hassan, le combattant somalien

Quelques années plus tôt, le combattant somalien Sayyid Mohammed Abdullah Hassan, appelé par les Britanniques « Mad Mullah», avait conduit une résistance farouche, marquée par plusieurs victoires dans plusieurs batailles, contre l’armée britannique et éthiopienne [2].

Son slogan : la libération des territoires peuplés par les Somalis.

En s’adressant aux Britanniques, il disait :

« Je n’ai ni fort, ni maison, ni pays. Je n’ai pas de champ cultivé, ni d’argent ni d'or à prendre – tout ce que vous pouvez avoir de moi, c'est la guerre, et rien d'autre. J'ai rencontré vos hommes sur le champ de bataille et les ai tués – et nous y avons pris beaucoup de plaisir. Les nôtres qui sont tombés au combat ont gagné le Paradis. Nous combattons sur l'ordre d'Allâh. Si vous souhaitez la guerre, j'en suis heureux – si vous souhaitez la paix, j'en suis également content. Mais si vous voulez la paix, sortez de mon pays et retournez dans le vôtre » [3].

le Général De Gaulle : L’homme de l’appel du 18 juin 1940,

L’homme de l’appel du 18 juin 1940, le Général De Gaulle- un illustre inconnu au niveau international au moment de son discours- est une illustration de la résistance d’un solitaire et de la victoire du droit, de la justice et de l’Espérance.

« Moi, général De Gaulle, actuellement à Londres, j'invite les officiers et les soldats français, qui se trouvent en territoire britannique ou qui viendraient à s'y trouver, avec leurs armes ou sans leurs armes, j'invite les ingénieurs et les ouvriers spécialistes des industries d'armement qui se trouvent en territoire britannique ou qui viendraient à s'y trouver, à se mettre en rapport avec moi.

Quoi qu'il arrive, la flamme de la résistance française ne doit pas s'éteindre et ne s'éteindra pas » [4].

C’est contre Tchang Kaï-chek, le leader nationaliste chinois et puis par ricochet contre la présence américaine en Asie (au Japon et en Corée), le grand timonier Mao Tsé-toung a conduit sa lutte de libération couronnée par une victoire éclatante en octobre 1949.

C’est l’initiateur de la grande marche, du grand bond en avant et de la révolution culturelle, marqués par un nombre impressionnant de victimes, qui disait que l’impérialisme américain était un titre en papier. Autrement dit, l’apparence de la puissance ne doit pas intimider les peuples qui défendent leur liberté et leur droit.

Maximilien Robespierre disait : « les peuples n’aiment pas les missionnaires armés ».

Le NON de Nasser

Dans une autre contrée, mais avec la même ferveur révolutionnaire, le président égyptien Jamal Abdel Nasser avait procédé à la nationalisation du canal de Suez.

Une agression tripartite s’ensuivit : la grande Bretagne, la France et Israël avaient des raisons différentes d’intervenir mais elles avaient un objectif commun, à savoir l’élimination du Rais.

C’est le canal de Suez qui devait financer le grand projet du Barrage d’Assouan, clamait l’initiateur, en juillet 1952, avec d’autres, de la révolution des Officiers Libres.

Plus loin du Moyen-Orient, dans les Caraïbes, deux leaders charismatiques, Fidel Castro et Ernesto Che Guevara grâce à leur révolution, en 1959, ils ont pratiquement constitué une base de lutte en Amérique latine et ailleurs et une source d’inspiration de tous les mouvements de libération nationale à travers le monde.

Le débarquement de la Baie des Cochons, fomenté en avril 1961 par les exilés cubains et la CIA, et d’autres tentatives de coups d’Etat et de contre- révolutions, de politique d’embargo, le plus long au monde, n’ont pas eu raison de la résistance cubaine .

Dans un autre registre, Frantz Fanon, auteur du fameux livre « Les Damnés de la terre », publié en 1961, releva « le traumatisme du colonisé dans le cadre du système colonial» et proposa « son projet utopique d'un tiers monde révolutionnaire porteur d'un « homme neuf » [5] qui avait séduit tous les partisans du Tiers-Monde, soumis aux contraintes et aux chaines du colonialisme.

Douze ans plus tôt, son mentor intellectuel et son compatriote le martiniquais Aimé Césaire, avec son "Discours sur le colonialisme", avait déjà posé les jalons de la lutte contre le colonialisme.

Hô Chi Minh et le Général Giap, et la bataille de Dien Bien Phu

Dans un autre continent, la résistance conduite, par deux dirigeants vietnamiens charismatiques Hô Chi Minh et le Géneral Giáp, contre les Français d’abord et puis contre les Américains constituait une voie particulière de la lutte d’un peuple contre la présence coloniale et impérialiste.

Leur victoire, lors de la bataille de Diên Biêen Phu, contre les Français et le départ en catastrophe des Américains, en avril 1975, de Saigon constituent l’expression éclatante que la lutte paie et que la justice et le droit finissent par s’imposer.

Dans le continent noir, la situation n’est pas différente ; en effet, à la veille des indépendances, des résistances s’organisent et des complots s’ourdissent.

Patrice Lumumba, autre symbole de la lutte contre le colonialisme et le néocolonialisme, Premier ministre du Congo indépendant a été éliminé suite à un complot orchestré par une triple complicité belge, américaine et locale (Moïse Tshombé et Mobutu Sese Seko).

La raison est toujours la même ; tous ceux qui remettent en cause les intérêts des puissances coloniales et / ou impériales sont évincés sans état d’âme.

Le président Salvador Allende, mort les armes à la main

En 1973, la fin tragique du président chilien Salvador Allende, en résistant les armes à la main, dans son palais présidentiel de la Moneda contre un coup d’Etat sanglant, orchestré par la CIA et l’armée chilienne (Pinochet ), a montré, si besoin est, que la résistance peut aller jusqu’au sacrifice de soi.

Le président Allende, élu trois ans plus tôt, avait nationalisé des intérêts américains dont les sociétés de cuivre.

Pendant trois ans, la CIA, en finançant un mouvement de grève des camionneurs, la droite chilienne et une partie de l’armée ont tout fait pour abattre Allende et faire avorter cette expérience originale. Et ce pour qu’elle ne constitue pas un précédent en Amérique latine.

Dans la même année, un autre héros de la résistance africaine, Amilcar Cabral (Guinée Bissau) a été assassiné par les Portugais, voire avec, semble-t-il, la complicité de Sékou Touré.

Son profil et son esprit d’émancipation ne sont étrangers à cet acte ignoble.

Dans une autre contrée, et avec une autre atmosphère et une autre philosophie, la révolution iranienne- intervenue en février 1979- a chamboulé la donne au Moyen-Orient.

L’acharnement américain d’aujourd’hui contre l’Iran ne date pas d’hier ; il trouve ses origines dans le début de cette révolution.

Trois actes majeurs l’ont marqué : la prise des otages à l’ambassade américaine à Téhéran ; l’octroi de l’ambassade d’Israël à l’OLP et l’institution d’une journée internationale pour Al Qods ; trois positions lourdes de significations. On observe, aujourd’hui, leur impact sur les relations entre les deux pays.

Dans la même aire géographique, la résistance libanaise, initiée par le Hesbollah depuis 1982, a été couronnée par des victoires significatives en 2000 et 2006.

La résistance palestinienne à Gaza, depuis 2007 (2008/09, 2012, 2014, 2021 : celle de mai 2021 est la plus significative), repose la question palestinienne dans les agendas internationaux dans des termes nouveaux et un clivage nouveau.

Autre continent et autres résistances, c’est celle de Thomas Sankara et de Mandela.

"Madiba"contre Bill Clinton

Thomas Sankara, initiateur du Pays libre, a fait face aux intérêts des puissances ; son assassinat par son camarade Blaise Compaoré a fait le reste.

Nelson Mandela a dit Non à John Vorster et Pik Botha durant la période d’apartheid, et a exprimé après l’indépendance son opposition à Bill Clinton ; en effet ce dernier voulait interdire au président « Madiba » de se rendre chez Kadhafi et Castro ou de les recevoir [6].

Comme la Libye était soumise à des sanctions,déjà,le président a dû se rendre chez Kadhafi en train à partir de la Tunisie..!!!

Le plus ancien prisonnier du monde tenait à voir ces deux leaders parce qu’ils l’avaient soutenu dans sa lutte contre l ‘apartheid .

La visite de Bill Clinton en Afrique du Sud en mars /avril 1998 a révélé les divergences entre les deux présidents.

N. Mandela est seul dans le monde à s’opposer aux Américains et oser leur en parler de vive voix.

Les autres Etats (Libye, Cuba, Iran et Corée du Nord), considérés comme des Etats voyous et /ou constituant l’axe du Mal, ont été pendant longtemps dans le collimateur de la puissance américaine et doivent être combattus, voire détruits ; le cas de l’Irak est édifiant à plus d’un titre[7].

Il est vrai que les dirigeants qui ont mené ces luttes ont connu heurs et malheurs et leur pays des destins différents ; il n’empêche qu’ils ont allumé la flame de la libération et elle n’est pas prête à s’étreindre.

NOTES

[1] https://malraux.org/d1973-09-02-glieres/....

Ce discours a eu lieu le 2 septembre 1973 pour l’inauguration du monument commémoratif de Gilioli dans le plateau des Glières.

[2] http://www.institut-strategie.fr/?p=5327

[3] https://fr.wikipedia.org/wiki/Mohammed_Abdullah_Hassan

[4] https://fr.wikipedia.org/wiki/Appel_du_18_Juin

[5] https://www.editionsladecouverte.fr/les_damnes_de_la...

[6] https://www.universalis.fr/.../23-mars-2-avril-1998.../

7] http://www.sciencepo.ma/.../irak-destruction-dune-nation...

 


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