Les déterminants de la performance des NE technologiques. Dali Abdelkader




 Les déterminants de la performance des nouvelles entreprises technologiques : une analyse exploratoire

 Dali Abdelkader, Université de Sfax, ISAAS, Tunisie

Assistant permanent

UR : LARTIGE

Adresse électronique : abdelkader.dali@yahoo.fr

Téléphone : +21698204424

 Les déterminants de la performance des nouvelles entreprises technologiques : une analyse exploratoire

 Résumé :

Dans le cadre de notre recherche et au travers le cas tunisien, nous avons examiné, à travers une étude qualitative, l’impact de l’accompagnement entrepreneurial combiné avec les caractéristiques de l’équipe fondatrice sur la performance des Nouvelles Entreprises Technologiques (NET). Il ressort de nos résultats que le succès des NET est lié d’une part aux actions de soutien (service de réseautage, accès au financement et services de conseil et de formation) mobilisées par les structures d’accompagnement et d’autre part aux caractéristiques de l’équipe fondatrice de ces startups technologiques, à savoir la taille de l’équipe et l’hétérogénéité ou la complémentarité entre ses membres.

L’analyse théorique soutenue par les résultats de l’étude qualitative ont contribué  à affiner les variables explicatives de la performance des NET, la formulation de nos hypothèses de recherche et à concevoir notre modèle conceptuel.

Mots clés : Performance des nouvelles entreprises technologiques ; Accompagnement entrepreneurial ; Equipe fondatrice.

 Classification JEL : M13 ; L26 

Les déterminants de la performance des nouvelles entreprises technologiques : une analyse exploratoire

Abstract :

As part of our research and through the Tunisian case, we examined, through a qualitative study, the impact of entrepreneurial support combined with the characteristics of the founding team on the performance of new technology Based firms (NTBFs). Our results show that the success of NTBFs is linked on the one hand to support actions (networking service,

access to funding and advice and training services) mobilized by support

structures and on the other hand to the characteristics of the founding team of these technological startups, namely the size of the team and the heterogeneity or complementarity between its members.

The theoretical analysis supported by the results of the qualitative study helped to refine the explanatory variables for the performance of NTBFs, ​​the formulation of our research hypotheses and to design our conceptual model.

Keywords : Performance of New Technology Based Firms ; Entrepreneurial support ; Founding team.

ملخص           :

في سياق بحثنا ومن خلال الحالة التونسية، درسنا، من خلال دراسة نوعية، تأثير الدعم الريادي إلى جانب خصائص الفريق المؤسس على أداء الشركات التكنولوجية الجديدة. تظهر نتائجنا أن نجاح هذه الشركات مرتبط ، من جهة ، بإجراءات الدعم (خدمة الشبكات ، الوصول إلى التمويل والخدمات الاستشارية والتدريب) التي يتم تعبئتها بواسطة هياكل الدعم ، ومن ناحية أخرى خصائص الفريق المؤسس لهذه الشركات الناشئة التكنولوجية ، وهي حجم الفريق و التكامل بين أعضائه.

ساعد التحليل النظري المدعوم بنتائج الدراسة النوعية على صقل المتغيرات التفسيرية لأداء شركات التكنولوجيا الجديدة ، وصياغة فرضيات البحث وتصميم نموذجنا المفاهيمي.

الكلمات المفتاح : أداء الشركات التكنولوجية الجديدة ; دعم ريادة الأعمال ; الفريق المؤسس.

Classification JEL: M13 ; L26 

 Introduction

A l’instar de la révolution industrielle du XIXème siècle, une nouvelle économie est en train de naître, cette nouvelle économie, au sein de laquelle les services liés aux technologies de l’information et de la communication ainsi que les services aux personnes jouent un rôle majeur, serait porteuse d’un développement accéléré de P.M.E. innovantes : les « startups » ou les nouvelles entreprises technologiques, (Venlard et Renault, 2001).

D’après Venlard et Renault (2001), ce concept est importé des Etats-Unis et il désigne une jeune entreprise à caractère innovant et au fort potentiel de développement. Ces entreprises sont créées pour être leaders sur un marché, elles y produisent souvent une rupture. Ainsi, elles naissent généralement sur des niches principalement dans un milieu technologique.

Les partenaires économiques et politiques s’intéressent particulièrement à ce type d’entreprises et essaient de favoriser leur développement.

La complexité de la création d’entreprises en général, et celle des entreprises technologiques en particulier, a conduit les chercheurs et les praticiens à s’intéresser aux facteurs de succès, et d’échec, ainsi qu’à la représentation ou à la modélisation du phénomène.

Une  approche qualifiée de contingente, compte parmi celles qui permettent de comprendre la création des entreprises, elle  permet de regrouper les travaux dont la finalité est l’identification et la description des facteurs qui expliquent les causes de succès et d’échec, ou encore les facteurs favorables au développement et à la croissance. Compte tenu de la richesse de ce courant, nous nous contenterons de rappeler les déterminants du développement les plus admis en les classant en trois catégories : 1) les caractéristiques spécifiques à la firme telles que l’âge, la taille, la structure financière, les liens avec d’autres firmes, la maîtrise de la technologie, le degré d’innovation, le recours à la planification stratégique, etc. ; 2) les caractéristiques des fondateurs, telles que leur expérience, leur nombre, leur complémentarité, etc. ; 3) les caractéristiques externes, telles que l’environnement local et ses ressources, les conditions économiques ou encore l’état de l’industrie.

Dans cette perspective, la présente recherche s’intéresse  à identifier et évaluer les déterminants de la performance des nouvelles entreprises technologiques et contribuer à améliorer la compréhension des mécanismes pouvant conduire une nouvelle entreprise à caractère innovant au succès.

Toute la question est de savoir :

Quels sont les déterminants explicatifs de la performance des startups technologiques ?

Pour répondre à cette problématique, nous avons mobilisé un cadre théorique qui présente une revue de la littérature dans le domaine de l’entrepreneuriat pour repérer les tendances d’évolution des activités de recherche et identifier des concepts et des éléments de connaissance structurants.

La méthodologie adoptée pour l’analyse empirique est qualitative.

1-    Revue de la littérature

Avant d’aborder les soubassements théoriques des recherches consacrées à l’étude  des déterminants de la performance des Nouvelles Entreprises Technologiques (NET), nous essayerons d’abord de présenter une clarification conceptuelle de la performance de ces dernières.

1-1 La performance des nouvelles entreprises technologiques

La performance de la jeune entreprise en général, et de la jeune entreprise technologique innovante en particulier, a fait l’objet d’un large débat portant sur la manière dont le concept même de performance est appréhendé et sur la prise en compte par les recherches antérieures d’un nombre limité de dimensions et de mesures, (Khiari, et MahmoudSmida, 2015).

Song et al. (2008), soulignent que l’étude de la performance de la jeune entreprise technologique implique l’utilisation de multiples indicateurs de nature à rendre compte du caractère hétérogène du phénomène étudié. La nature multidimensionnelle de la performance milite donc en faveur d’une opérationnalisation du concept en fonction de différentes dimensions.

Face à l’hétérogénéité des concepts utilisés dans les recherches qui ont comme thème la performance des entreprises nouvellement créées, ce terme est utilisé d’une manière interchangeable avec les concepts pérennité et succès.

Il existe une variété de critères d’évaluation de la performance portant sur la survie et la croissance de l’entreprise et sur la rentabilité. Aucun de ces critères n’est meilleur que d’autres pour expliquer le succès, mais les applications varient en fonction de l’objectif et du contexte de la recherche.

Ainsi les critères de performance évaluant la survie, la croissance (vente, part de marché, emplois) et la rentabilité (profit, retour sur investissement) sont largement utilisés dans les recherches portant sur les nouvelles entreprises technologiques,    (Chamanski et Waago, 2001).

Pour pouvoir comprendre le phénomène complexe de la performance des nouvelles entreprises innovantes et technologiques, cette analyse s’étend aussi bien aux déterminants internes (les caractéristiques de l’équipe fondatrice) qu’aux facteurs externes (l’accompagnement entrepreneurial, ses spécificités, et ses ressources).

1-2 L’influence de l’accompagnement entrepreneurial sur la performance des NET

A partir du constat indiquant que la création d’entreprises innovantes et technologiques impliquant un risque lié à l’incertitude technique, commerciale et financière quant aux réelles possibilités de l’innovation, il ne semble pas possible d’entreprendre sans accompagnement. En valorisant l’importance des conditions d’émergence et de croissance des nouvelles entreprises innovantes et technologiques et en évaluant l’incidence des variables structurelles et conjoncturelles sur le succès des N.E.T,  Julien (2003), annonce que le dispositif d’aide à la création développé par les structures d’accompagnement comme les technopôles et les pépinières d’entreprises innovantes et technologiques, semble être le mieux placé pour répondre aux besoins spécifiques de ces entreprises.

Les systèmes d’appui à la création et au développement des entreprises apparaissent ainsi comme des médiateurs sophistiqués qui confortent et renforcent l’énergie créatrice des entrepreneurs. C’est à travers l’action des pouvoirs publics pour soutenir la création et le développement d’entreprises innovantes et technologiques qui favorise l’émergence d’activités économiques à haute valeur ajoutée susceptibles de générer la performance, (Ben Salah et al., 2009).

D’après Ferreira et Pierret (2000), l’accompagnement est un dispositif harmonieux favorisant l’accueil, l’information et le soutien des créateurs à concrétiser leurs projets. Ce dispositif permet, aussi, de former les porteurs de projet, les insérer dans les réseaux de la création, maintenir des relations régulières jusqu'à ce que la nouvelle entreprise puisse démarrer et se développer. L’accompagnement intègre des actions de sensibilisation, d’accueil, d’information, de formation, de conseil, de financement, de soutien logistique, d’implantation et de suivi.

Teurlai (2004), indique que l’accès au financement peut être un déterminant de la survie et de la croissance. Un financement suffisant pour démarrer son affaire fournit à l’entrepreneur plus de flexibilité et de protection contre l’imprévu. En effet, les chances de survie augmentent fortement avec l’ampleur des moyens consacrés au lancement de l’affaire.  Les entreprises qui démarrent sans recours à un financement extérieur montrent qu’elles sont fondées sur des projets hasardeux entraînant une forte probabilité d’échec.

Dans leur étude, Arlotto et al. (2012), ont validés les hypothèses d’autres travaux. Ils confirment le résultat selon lequel les ressources et conseils fournis par l’incubateur influencent positivement la performance des entreprises incubées. De même ; ils affirment que le relationnel de l’équipe d’accompagnement s’avère déterminant dans la réussite des projets afin d’améliorer leur relation avec l’environnement et d’éviter l’isolement des entrepreneurs et en particulier, le réseau de l’incubateur vise à leur faciliter l’accès aux sources de financement.

Rice et Matthews (1995), soulignent que les structures d’accompagnement organisent régulièrement des cycles de formations destinés aux porteurs de projets et aux entreprises créées pour assurer un apprentissage continu portant sur les thèmes relatifs au processus de la création, de gestion et de développement des entreprises puisqu’elles éprouvent généralement le besoin d’assistance en management, en comptabilité, en fiance et en marketing.

1-3 L’influence de l’équipe  fondatrice sur la performance des NET

À la suite d'arguments théoriques tirés de l’approche basée sur les ressources, il a été suggéré que l'un des facteurs à l'origine de la croissance et du succès des nouvelles entreprises était la qualité de l’équipe fondatrice ou entrepreneuriale, (Mustar et al., 2006). Les entreprises technologiques sont fréquemment exploitées et gérées par des équipes d’entrepreneurs bien plus que des entrepreneurs uniques.

Roure et Keeley (1990), se sont interrogés sur l’évaluation du succès d’une nouvelle entreprise. Il s’est avéré que la variable « équipe entrepreneuriale » a un impact sur la performance de l’entreprise et plus particulièrement la complémentarité des compétences des membres de l’équipe, l’existence d’une expérience pertinente, l’interaction entre les membres de l’équipe et la taille ont un impact sur la performance de l’entreprise.

Certains travaux empiriques mettent l’accent sur l’importance de la taille de l’équipe fondatrice comme facteur influençant la performance des startups, comme la taille des équipes entrepreneuriales croît, la diversité des opinions, des valeurs et des intérêts augmente. Par conséquent, les équipes de grande taille ont plus de ressources cognitives à leur disposition, ce qui peut contribuer à la connaissance du groupe améliorée, la créativité et performance, (Colombo et al., 2005).

Vesper (1990), affirme que la taille d’une équipe entrepreneuriale favorise une quantité de travail plus importante, ainsi qu’une plus grande variété et un plus grand équilibre d’aptitudes et de ressources susceptibles de déboucher sur des synergies. Chaque membre de l’équipe apportera sa propre expertise. Cela permet également de partager les risques. De plus, il souligne que, dans ce cas, l’entreprise peut se permettre de croître de manière plus importante qu’une entreprise dirigée par une seule personne avant de devoir faire appel à des managers extérieurs.

Talaia et Mascherpa (2011), prévoient que la composition des équipes entrepreneuriales constitue un facteur influençant la performance des nouvelles entreprises.

En sciences humaines et sociales, la composition de l’équipe fait référence au problème d’homogénéité-hétérogénéité des membres de l’équipe. Moreau (2006, p. 58), indique que L’hétérogénéité de l’équipe peut être appréciée à partir de différentes composantes comme les origines ethniques des créateurs, les sexes, les âges, ou encore leurs habilités (la nature et la durée de leurs éducations, expériences, c’est-à-dire de leurs compétences et de leurs savoirs).

Roure et Maidique (1986), en étudiant un échantillon d’entreprises de haute technologie, expliquent que les membres de l’équipe qui ont des expériences de nature et de durée diverses opèrent des choix stratégiques qui favorisent la performance.

D’après Murray (1989), plus les compétences (hétérogénéité éducationnelle) et les expériences des membres sont hétérogènes et plus la performance organisationnelle sur le long-terme est bonne. L’auteur se sert d’indicateurs comme le niveau et la nature du diplôme, des postes et des expériences professionnelles antérieures. Les résultats affichent que 25% de la variation de la performance à court terme et 50% de la variation à long terme sont explicables par ces facteurs.

Bayad et al., (2007), soulignent quel la diversité est un stimulus pour l’innovation et la création d’idées nouvelles. La collaboration entre les membres permet l’émergence d’un processus de création de connaissance et d’apprentissage.

 

Pour évaluer les déterminants de la performance des NET et concevoir le modèle conceptuel, la méthodologie adoptée, dans un premier niveau d’analyse, est qualitative ayant le caractère exploratoire.

2-     Etude empirique

Notre étude du terrain a pour objectif d’avancer vers une première étape permettant d’évaluer la pertinence des déterminants de succès des NET au sein de l’environnement tunisien.

2-1 Méthode d’investigation de l’étude exploratoire

Pour saisir les conditions d’émergence et affiner davantage les variables explicatives de la performance des nouvelles entreprises technologiques (N.E.T) l’approche méthodologique retenue est l’étude de cas inspirée de l’analyse inter-sites (également appelée « étude de cas multiples ») dont l’un des principes consiste à choisir certaines unités d’observation selon des critères définis auparavant et de les comparer entre elles. Cette méthode est particulièrement riche pour découvrir des relations entre des variables et expliquer des phénomènes, (Amboise et Tessier, 2001).

 La méthodologie d’étude de cas a été retenue pour plusieurs raisons :

- l’importance du contexte : l’étude de cas est une approche flexible et ouverte, permettant d’explorer le phénomène en profondeur ;

- l’étude de cas a été considérée comme exploratoire puisqu’elle est basée sur un cadre conceptuel préliminaire qui est testé et raffiné dans le contexte du cas ;

- l’étude vise à établir des résultats pratiques sur le domaine et développer une nouvelle connaissance.

La recherche d’informations est réalisée au moyen d’entretiens semi directifs avec guide  regroupant les thèmes issus de la littérature auprès des dirigeants fondateurs des startups et d’observations directes (visites de l’entreprise, assistance a quelques réunions). Quatre entretiens d’une durée moyenne de deux heures ont été menés et ont permis de proposer les premiers résultats. Ce guide a permis de recueillir de nombreuses informations sur les conditions de création et les déterminants de performance de ces dernières. Les thèmes retenus concernent le profil et les caractéristiques des membres de l’équipe fondatrice des startups et les traits du milieu qui les abritent permettant l’identification des actions d’aide et d’assistance (accompagnement), sollicitées par les créateurs, contribuant au succès des NET. Quant à l’exploitation des données recueillies, elle a été effectuée grâce à une analyse de contenu à partir des thèmes retenus. Par ailleurs, la démarche exploratoire permet de mettre en relief les indicateurs de la littérature et d’accroître la pertinence des résultats proposés.

En ce qui concerne le secteur et pour neutraliser certaines variables environnementales susceptibles à l’origine de certains biais, les entreprises de haute technologie appartenant au secteur informatique et télécommunication ont été ciblées. Les cas étudiés ont été séparés en deux groupes de deux entreprises, l’un performant (premier groupe) et l’autre moins performant (deuxième groupe). Les entreprises performantes présentent un chiffre d’affaires et des parts de marché qui étaient en croissance depuis trois ans. Ces entreprises généraient toutes des profits. Les entreprises moins performantes ne réunissaient pas l’ensemble de ces conditions. Le premier groupe de startups regroupe les entreprises X et Y alors que le deuxième groupe est composé par les entreprises Z et W.

Tableau 1 : Présentation générale des cas étudiés

Cas

Année de création

Activité

 

Cas X

 

2015

 

Conception et fabrication d’équipements et   de produits de télécommunication de haute technologie

 

 

Cas Y

 

2016

Développement de logiciels de gestion électronique de documents, de suivi de décision.

 

Cas Z

 

2016

 

Création de sites Web

 

Cas W

 

2016

Développement de logiciels de gestion de production pour

des entreprises industrielles

Source : élaboration de l’auteur

 2-2           Analyse des résultats de l’étude qualitative

L’analyse des résultats met en évidence la répartition des quatre cas étudiés en deux groupes homogènes d’entreprises

L’intérêt de la présente étude consiste à analyser les conditions d’émergence des startups en analysant la spécificité locale du milieu dans lequel sont installées et d’identifier et évaluer les facteurs explicatifs de la performance de ces dernières.

2-2-1     Evaluation de l’influence des ressources de l’environnement entrepreneurial abritant les NET

L’évaluation de l’environnement par les entrepreneurs étudiés se base sur un ensemble de critères qui peuvent avoir une influence sur leurs choix et leurs décisions lors de la création de l’entreprise.

Le rôle de l’environnement dans la mise en relation avec différents types de ressources a été plus ou moins important selon les cas étudiés.

2-2-1-1         Réseaux relationnels au sein de l’environnement local

Le réseau relationnel cultivé à travers l’entourage familial, les amis, le tissu associatif et la région a un effet significatif en termes d’incitations à la création d’entreprises. Il est considéré à la fois comme un catalyseur et un facilitateur pour obtenir des informations, pour régler des problèmes et accéder à certaines ressources.

Une première constatation dégagée, est le rôle proactif des entrepreneurs des startups supposées à succès dans la constitution et la gestion des réseaux. En effet les entrepreneurs des cas d’entreprises performantes, lors de la constitution de leurs entreprises, sollicitent toutes les compétences qu’ils peuvent trouver dans leur entourage proche (familles, amis relations professionnelles,…). Ils multiplient les contacts pour collecter des informations pratiques en matière de création d’entreprises auprès d’organismes comme l’API, les Chambres de Commerce et de l’Industrie, l’Institut Nationale de la Propriété Industrielle,…

En évoquant fréquemment les filières amicales et/ou familiales qui étaient à l’origine de leur projet, les entrepreneurs jugent qu’ils avaient les conditions propices pour devenir entrepreneurs. Ce constat souligne l’impact des réseaux de connaissances et de relations amicales dans les premiers investissements. Ce qui nous pousse à nous interroger sur le rôle joué par les organismes concernés pour l’initiation et la création des opportunités d’investissements.

Pour appréhender les spécificités des réseaux mobilisés par les acteurs de l’environnement au service des entrepreneurs, la démarche exploratoire repose sur une analyse du rôle de ces acteurs (API, CCI, Pôle technologique,…) dans la création des opportunités d’investissement et la constitution des réseaux utiles aux entrepreneurs.

L’évaluation du rôle des acteurs de l’environnement local, notamment le pôle technologique et les autres organismes et institutions ayant pour mission la promotion de l’entrepreneuriat, montre l’avantage des startups  (cas X et Y) en matière de réseaux mobilisés à leur disposition par ces acteurs. En effet les témoignages des entrepreneurs montrent pour le cas X, dont la création date depuis l’année 2015, une contribution positive du technopôle dans la mobilisation d’un réseau au service des entrepreneurs et la mise à disposition des locaux aménagés et des services administratifs. En effet les fondateurs du cas X affirment « Les ressources qui sont mises à notre disposition grâce aux services de réseautage du technopôle nous ont permis un diagnostic de notre modèle d’affaires et un audit de notre plan de développement, mais également de nous ménager des accès aux partenaires, aux financements, aux fournitures, à la formation, au marché de l’emploi, et aux brevets et marques ».

Ils ajoutent « Nous avons pu accéder, via notre technopôle, à des réseaux professionnels qui nous ont donné l’opportunité de rentrer en relation avec des réseaux complémentaires de nos réseaux personnels et nous ont offert l’avantage d’ouvrir de nouvelles occasions commerciales, des contacts favorables et des informations difficilement accessibles pour une entreprise solitaire ».

Le créateur du cas Z qui n’est pas abrité par une structure d’accompagnement n’a pu donner d’informations sur un éventuel réseau de partenaires d’accueil : « je ne sais pas si  les organismes de la région avaient un réseau de partenaires. »

Pour le cas Y les créateurs ont aussi apprécié la contribution du rôle du technopôle dans leur processus de création, ils se sentent épaulés et représentés vis-à-vis des interlocuteurs externes. Ils valorisent les actions du technopôle qui met à leur disposition son carnet d’adresse et facilite les démarches du porteur du projet en l’introduisant auprès des instances compétentes. Le technopôle met spontanément en relation quelques acteurs avec les créateurs. « Ces contacts ont été noués de façon informelle, mais sur proposition du pôle. En fait, il nous disait qu’il est possible d’avoir des relations d’affaires ou de synergie. »

En cherchant à améliorer leur performance et à adapter leurs services aux besoins réels des startups, le technopôle et d’autres organismes se sont donc progressivement insérés dans des réseaux externes.

2-2-1-2         Financement

L’accès à un financement adapté en nature et en montant aux besoins identifiés est une des conditions de réussite du projet.

D’après les entrepreneurs étudiés les capitaux initiaux sont souvent des apports familiaux, qui sont complétés éventuellement par des prêts bancaires (cas Y et Z) et une participation du capital risque (cas X).

Selon les fondateurs du cas X « Ce qui différencient les entreprises technologiques qui réussissent de celles qui ont plus de difficultés, c’est la disponibilité et l’accès au financement adéquat pour permettre au projet de se développer en tenant compte des efforts de R-D importants et d’orientations stratégiques de prospection ».

Ces propos sont confirmés à travers l’observation des cas étudiés qui montre en effet que les entreprises qui ont connu un succès intéressant (cas X et Y) disposaient au départ d’un capital jugé important et ont reçu des subventions importantes, soit pour la R-D, soit pour la commercialisation.

Néanmoins quelques entrepreneurs (cas W) affirment qu’ils se trouvent souvent en face d’un cercle vicieux du financement : absence de garanties réelles, une attitude sceptique de la part des banquiers, une sélection très rigoureuse au niveau des SICARs, etc.

Qualifié d’inerte, le système bancaire tunisien est l’objet de critique par plusieurs promoteurs. Les principales critiques adressées au système bancaire tunisien sont :

-        les garanties demandées,

-        le manque de culture de risque de certaines banques ; les créateurs ont la conviction que le système bancaire est dépourvu de la culture de risque et cherche souvent une rentabilité certaine et c’est pour cette raison qu’il exige des garanties excessives,

-        le manque d’assistance et de conseil. Les créateurs pensent que les banques peuvent soutenir et aider les nouveaux promoteurs pour qu’ils réussissent dans leur démarche, vu leur expérience financière et en gestion,

-        La tendance des SICAR à s’écarter des projets de création et des projets novateurs vers le financement de transactions importantes de capital développement de sociétés en phase de croissance qui présentent moins de risque et qui nécessitent moins de coûts d’études.

2-2-1-3         L’assistance des créateurs via les conseils el la formation

Le recours au soutien externe paraît  indispensable dès lors que les moyens internes à disposition ne permettent pas de se maintenir au sein d’un environnement. Dans ces conditions, la participation active de divers acteurs de l’environnement est nécessaire à la survie de la jeune entreprise. La littérature entrepreneuriale sur la faisabilité de l’acte fait référence aux ressources disponibles pour le créateur et des conditions externes qui facilitent le développement des affaires. En effet Selon Doutarieux (1992), l’environnement propice à l’émergence des start-up peut intégrer certains facteurs qui sont considérés comme des systèmes d’appui pour le fondateur.

Avec l’essor du secteur des TIC, la Tunisie pays en voie de développement a pris conscience des mutations qui se dessinent et des opportunités qui s’offrent à lui et a mobilisé certaines actions afin d’impulser une dynamique entrepreneuriale et favoriser la création des PME dans des secteurs à fort contenu technologique. 

Dans l’industrie de l’accompagnement, la valeur ajoutée correspond à la manière selon laquelle les programmes d’assistance et d’apprentissage contribuent à pérenniser les entreprises et améliorent leur taux de survie et de croissance comme démontré par la déclaration suivante des fondateurs du cas X :

« L’assistance en marketing fournie par notre structure d’accompagnement est particulièrement importante, dans le sens où elle nous permet de mieux mettre en valeur nos produits afin de pouvoir les commercialiser ».

De même ils affirment « L’assistance fournie par les formateurs permet de répondre à notre besoin particulier d’acquisition, de développement et d’amélioration des compétences utiles à la croissance de l’activité ».

Malgré l’appréciation de l’importance de l’assistance pour la réalisation du plan d’affaires et la résolution des problèmes d’ordre administratif, juridique et de gestion liés à la création et au démarrage des nouvelles activités innovantes par les créateurs assistés du cas Y, l’analyse de l’environnement entrepreneurial à travers les témoignages des créateurs des entreprises Z et W a permis de noter l’insuffisance du dispositif d’accompagnement qui se caractérise par des appuis ponctuels limités dans le temps. Cette constatation est déduite des déclarations annoncées respectivement par les fondateurs des cas Z et W :

« Les formations proposées  par notre incubateur ne sont pas en adéquation avec nos besoins, de même certains coach et formateurs manquent de compétences dans des aspects techniques » ;

« Les prestations fournies sont ponctuels et limitées ».

Ces résultats prouvent que les créateurs des NET non performantes souffrent d’un manque de soutien continu tout au long de la création et du démarrage des activités.

2-2-2       Les caractéristiques de l’équipe fondatrice

 Conformément aux résultats des études analysés antérieurement, les observations confirment que la création des startups est un processus collectif, qui engage au moins deux individus ou plus, dont les compétences peuvent être hétérogènes.

Dans la mesure où il s’agit d’un processus collectif, il est nécessaire de s’intéresser au pool de compétences global de l’équipe fondatrice qui résulte des parcours différents. En effet les témoignages des membres des deux cas X et Y montrent que tous les créateurs avaient une sensibilité  industrielle en plus de leurs compétences scientifiques avant la création. Cette sensibilité est perceptible  à travers leur formation ou leur expérience.

Ainsi, si tous les créateurs sont titulaires d’un diplôme universitaire, certain d’entre eux ont une formation initiale d’ingénieur ou ont acquis une formation complémentaire soit professionnalisée, soit en management au cours de leur cursus. Ce type de formation atteste une sensibilité aux problèmes industriels préalablement à la création de leur entreprise. Concernant l’expérience des créateurs dans le domaine industriel, les résultats indiquent que dans les équipes des entreprises performantes (X et Y) figurent des créateurs qui ont bénéficié  d’une expérience industrielle de durée variable avant la création. En effet les données recueillies montrent une disparité en termes de croissance entre les entreprises technologiques  créées et dirigées par des entrepreneurs qui connaissent parfaitement le secteur industriel à l'intérieur de laquelle ils évoluent (cas Y) et ceux dont la connaissance est plus limitée (cas Z) : les entreprises qui connaissent les taux de croissance les plus élevés sont celles dont les dirigeants possèdent une profonde connaissance de l'industrie.

L’équipe fondatrice des deux cas X et Y sont composé en moyenne de quatre entrepreneurs expérimentés et complémentaires quant à leurs compétences et à leur connaissance du secteur d’activité et du marché dans lequel ils fondaient leurs entreprises.

Dans les deux cas Z et W, l’équipe des fondateurs est composé de deux entrepreneurs seulement ayant un nombre d’année d’expérience relativement modeste et homogène dans les domaines connexes à celui dans lequel ils ont décidé de créer leur entreprise.

A travers les récits des créateurs nous avons déduits des éléments discriminant les entreprises performantes des autres moins performantes, il s’agit du pool de compétences globales de l’équipe fondatrice et de l’expérience des créateurs. En effet, la majorité des membres des équipes des startups performantes bénéficient d'une expérience industrielle qui a duré entre cinq et dix ans avant la création.

Nous pouvons déduire donc que la taille de l’équipe fondatrice ainsi que son hétérogénéité  constituent des facteurs distinctifs de la performance des cas étudiés. 

Le rapprochement de la revue de la revue de la littérature à la réalité empirique permet de concevoir notre modèle conceptuel, d’affiner les variables expliquant la performance des NET et de présenter les hypothèses de recherche qui peuvent être testées dans une étude quantitative ultérieurement.

La figure ci-dessous présente le modèle de recherche identifiant les facteurs qui peuvent expliquer la performance des NET.

 

Figure 1 : Modèle conceptuel  de la recherche


 

 

 

 


                                               Source : élaboration de l’auteur

Le tableau ci-dessous présente les hypothèses dévoilées grâce au rapprochement entre l’analyse théorique et l’exploitation des résultats de l’étude qualitative.

Tableau 2 : Synthèse des hypothèses de la recherche

 

 

H1

L’accompagnement entrepreneurial fourni par les structures d’appui (disponibilité et accès aux actions d’aide et d’assistance) influence positivement la performance des NET.

H1.1

L’accès aux réseaux mobilisés par les structures d’accompagnement a un effet positif sur la performance des nouvelles entreprises technologiques.

H1.2

L’accès au financement influence positivement la performance des startups technologiques.

H1.3

Les services d’assistance fournis par les structures d’accompagnement influencent positivement la performance des startups technologiques.

 

 

H2

Les caractéristiques des équipes fondatrices (hétérogénéité, et taille) affectent positivement la performance des nouvelles entreprises technologiques.

H2.1

La taille de l’équipe fondatrice affiche un impact positif sur la performance des nouvelles entreprises technologiques.

H2.2

La diversité des compétences (hétérogénéité éducationnelle) des membres de l’équipe fondatrice a un impact positif sur la performance des nouvelles entreprises technologiques.

H2.3

L’hétérogénéité des expériences sectorielles antérieures des membres de l’équipe fondatrice a un impact positif sur la performance des nouvelles entreprises technologiques.

Source : élaboration de l’auteur

 

Conclusion

Le cadre d’analyse de notre recherche apporte un éclairage, dans le contexte tunisien, sur les facteurs déterminant associés à la performance des NET en examinant le rôle des structures d’appui combiné avec les caractéristiques des équipes de fondateurs de ces startups technologiques..

Concernant le milieu abritant les nouvelles entreprises technologiques, il apparait que les entreprises connaissant le succès ont profité des actions d’aide et d’assistance à la création d’entreprise ainsi que des encouragements et des avantages des structures d’accompagnement en matière  d’accès au financement, d’assistance des entrepreneurs et de réseaux mobilisés via ces structures. Ces actions d’appui sont reconnues comme étant les services générant le plus de valeur ajoutée pour les entrepreneurs des startups les plus performantes.

Il ressort aussi de nos résultats que les entreprises technologiques performantes sont portées et gérées par des hommes et des équipes aux compétences multiples disposant de connaissances riches concernant les secteurs industriels dans lesquels elles sont opérationnelles.

L’étude théorique soutenue par les résultats de l’étude qualitative nous ont contribué  à affiner les variables explicatives de la performance des NET, la formulation de nos hypothèses de recherche et à concevoir notre modèle conceptuel.

 

Bibliographie

 

Amboise, G. et Tessier, S. 2001. « Facteurs de succès des P ME en nouvelles économie ». Faculté des sciences de l’administration. Université de Laval. p.2.

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