présentation de l’ouvrage de Najib AKESBI « L’économie marocaine sous plafond de verre Des origines à la crise Covid-19 » Rami Mohammed










 

Note de présentation de l’ouvrage de Najib AKESBI

« L’économie marocaine sous plafond de verre

Des origines à la crise Covid-19 »

 Rami Mohammed

 

Le nouvel ouvrage du professeur Najib AKESBI intitulé « « L’économie marocaine sous plafond de verre. Des origines à la crise Covid-19 » comporte 188 pages et cinq chapitres avec une introduction et une conclusion générale.

L’idée maîtresse de l’ouvrage est que l’économie marocaine souffre d’une série de freins structurels de dimensions multiples qui l’empêchent d’emprunter le sentier de l’émergence. Outre la nature des choix stratégiques fondant le modèle de développement adopté depuis l’indépendance du pays, l’obstacle prépondérant réside dans le système politique dominé par le Makhzen. D’où la méthodologie dialectique adoptée par l’auteur liant l’économique au politique qui souligne que la dimension économique de l’expérience marocaine ne pourrait être pleinement saisie en dehors du système politique. p.7

A notre avis, cette méthodologie s’inscrit dans la lignée analytique du matérialisme historique selon laquelle l’analyse de toute structure passe par celle des rapports entre structure et superstructure en vue d’une appréhension scientifique du rapport entre les forces opérant dans l'histoire d'une période déterminée. En situant son étude dans une perspective historique, l’auteur se donne pour objectif de saisir la réalité en mettant l’accent sur les mouvements organiques permanents qui sont les choix fondateurs et les politiques publiques y afférentes tout en montrant que les mouvements de conjoncture en l’occurrence la crise sanitaire du Covid-19 demeurent tributaires de ces mouvements organiques, seuls aptes à faire l’objet d’une critique historico-sociale, qui, elle, s'adresse aux vastes groupements, en l’occurrence l’Etat-Makhzen, la classe bourgeoise et les institutions financières internationales notamment le FMI et la Banque Mondiale.

Selon l’auteur, les blocages structurels déjà soulignés par le rapport du cinquantenaire publié en 2006 persistent et demeurent inébranlables. Il s’agit de la faiblesse de la croissance et sa volatilité, la prépondérance du secteur agricole largement tributaire des caprices climatiques et la léthargie de secteurs hors- agriculture. D’où l’intitulé de l’ouvrage « L’économie marocaine sous plafond de verre ». 

Outre son caractère dialectique, le processus de raisonnement de l’auteur suit une logique démonstrative scientifique étayée à l’aide de statistiques officielles, d’illustrations graphiques et de divers documents et études d’experts.

1.La crise du Covid-19 est un moment révélateur d’une crise structurelle causée par les choix fondateurs (chapitre 1)

Le cheminement de l’analyse commence par démontrer que la crise Covid-19 ne fait que révéler l’échec du modèle de développement adopté par le Maroc depuis l’indépendance en ce sens que ladite crise est « un moment de vérité »  

En effet, cette crise revêt un caractère généralisé et ne se limite pas au secteur sanitaire. Outre le fait qu’elle s’avère à la fois une crise de l’offre par l’insuffisance de la production des biens et des services, et de la demande du fait de la faiblesse et des inégalités des revenus, elle met à nu les carences manifestes relatives aux services publics dans tous les domaines et sur l’ensemble du territoire national en ce sens qu’elle est à la fois « une crise économique, multidimensionnelle et singulière ». p.37

L’échec du modèle de développement dont cette crise est révélatrice puise son origine dans les choix fondateurs et les politiques publiques y afférentes datant du milieu des années 1960.

Dans le chapitre 2, l’auteur s’attèle à mettre en évidence les choix fondateurs et les politiques publiques menées durant le règne de Hassan II avant de consacrer le chapitre 3 à l’analyse de la période correspondant au règne de Mohammed VI. Les chapitres 4 et 5 porteront sur l’étude respectivement des résultats opérationnels et des résultats fonctionnels matérialisant l’échec dudit modèle. 

2.Les choix fondateurs fixés de concert avec les institutions financières internationales et les politiques publiques y afférentes (chapitre 2)

2.1- Les choix fondateurs

Ces choix qui portent les stigmates du Fonds monétaire international et de la Banque Mondiale visent à instituer la primauté du marché et de l’initiative privée, et, l’insertion de l’économie nationale au marché mondial. Ce qui va déterminer la trajectoire des priorités sectorielles en ce sens que dans l’agriculture dominera le « modèle agro-exportateur » et que dans l’industrie légère celui privilégiant « les segments de sous-traitance internationale ».    

Ces choix sont faits dans le cadre d’alliances de classe du pouvoir avec les « notables ruraux » bénéficiant de facilités fiscales et foncières, et, avec la bourgeoisie traditionnelle disposant de forts privilèges de diverse nature.       

Les politiques publiques sont arbitraires du fait du caractère autoritaire du régime politique et reposent sur un phénomène pivot, celui de la rente multiforme.

2.2-Les politiques publiques mises en œuvre sur la base des choix fondateurs

Celles-ci s’articulent autour de quatre axes :

- Le premier axe : la « marocanisation » des entreprises étrangères, la privatisation des entreprises publiques et la concession en gestion déléguée de services publics :

Concernant la marocanisation des terres agricoles, elle a emprunté des voies légales ou illégales. Sur 1 017 000 d’hectares récupérés auprès des colons, 289 000 hectares ont été redistribués. Concernant les 728 000 hectares restants, seuls 300 000 ha ont pu être récupérés et furent confiés en gestion en 1973 aux deux sociétés publiques, la SODEA et la SOGETA, avant d’être donnés en concession au capital privé entre 2005 et 2012, et dont seuls 100 000 ha ont été distribués en bonne et due forme, les 200 000 ha restants demeurent entachés d’opacité prenant forme de passe-droit et de prébende et profitant à une partie de l’élite bureaucratique. « En somme, une corruption érigée en système de gouvernement ». p.47

Dans le domaine de l’industrie et des services, le bilan global de la marocanisation, souligne l’auteur, « n’en demeure pas moins décevant » du fait qu’il s’est soldé par l’échec de création d’une classe moyenne d’entrepreneurs marocains au profit du pouvoir central marocain qui en fut le principal "marocanisateur" et des grandes familles.

- Concernant la privatisation des entreprises publiques, les résultats se sont avérés très modestes du fait   que le « capitalisme de connivence » régnant fait que cette opération a fini par consolider le pouvoir des oligarques notamment de l’ONA devenue Al Mada, de Ynna Holding, FinanceCom, les groupes Fahim, Saham, Holmarcom, etc.  

- Concernant le partenariat public-privé (PPP) revêtant le plus fréquemment la forme de la « gestion déléguée » au Maroc, il s’est opéré via des concessions dont les plus importantes comme celles relatives à la Lydec à Casablanca, à Redal à Rabat-Salé, et à Amendis à Tanger-Tétouan ont « fait l’objet de transactions purement politiques, au mépris des principes les plus élémentaires de transparence » donnant lieu à des pratiques irrationnelles (  surévaluation des investissements réalisés et des coûts de production enregistrés, fraude et évasion fiscales, prix des services excessifs …).    

- Le deuxième axe : Les infrastructures publiques destinées à rentabiliser les investissements privés

Tout au long des années 1960 et 70, l’État a consacré en moyenne la moitié de ses investissements aux infrastructures. Les investissements dans les infrastructures d’irrigation ainsi que les aides publiques destinés à promouvoir essentiellement le modèle agro-exportateur ont débouché sur la constitution de considérables fortunes privées en faveur d’anciens et nouveaux « notables » via des transactions foncières douteuses.   

- Le troisième axe : Les politiques macro-économiques (fiscales, budgétaires, monétaires…) ont servi de pompe qui aspire les ressources des classes pauvres et moyennes pour les refouler vers les classes possédantes sous forme de marchés publics, de subventions et de dépenses fiscales jouant le rôle de redoutables leviers d’accentuation des inégalités sociales et territoriales.

En usant d’une politique fiscale injuste et régressive fondée sur la minimisation de l’impôt sur les entreprises moyennant de forts privilèges pour le secteur privé, et, sur l’augmentation des taux d’imposition indirecte, l’Etat a provoqué une crise de la dette mettant le pays sous la tutelle des institutions financières internationales à partir de 1983 en lui imposant d’adopter la politique d’ajustement structurel dans le cadre de l’idéologie néolibérale.

La réforme fiscale adoptée en 1984 n’a pas ébranlé les fondements du système fiscal qui pour l’essentiel « est resté complexe, incohérent, inefficace et très injuste », dominé par les impôts indirects à raison de 60% alors que les impôts directs demeurent inégalement répartis au seul profit du capital. 

Les faveurs fiscales au profit de ce dernier ont entrainé un manque à gagner conséquent pour l’Etat qui en 2021 est estimé à 29,5 milliards de dirhams, soit près de 2,6% du PIB et 11% de l’ensemble des recettes fiscales.  

Suite à la libéralisation des échanges, le système fiscal devient inapte à assurer un financement suffisant des dépenses du budget général de l’État, d’où l’effondrement à 60% du taux de couverture de ces dernières par les recettes fiscales.  

- Rentes et marchés publics

En outre, les dépenses de l’État souffrent d’une affectation inappropriée du fait que les principaux « blocs » de dépenses sont problématiques :

-Une masse salariale incompressible et très inégalement répartie 

-Importance disproportionnée des « dépenses diverses » sous forme de subventions octroyées aux établissements publics en difficultés financières ;   

-Caractère ruineux, inéquitable et inefficace des « charges communes » prédominées par les subventions de la Caisse de compensation en plus d’énormes opérations de détournement de fonds publics, à travers des pratiques qui vont de l’exercice de la rente « classique » aux manœuvres délictueuses, et en passant par les trafics d’influence, la corruption ou le népotisme ;

-Poids du service de la dette atteignant 90 milliards de dirhams en 2022 (dont 29,1 milliards d’intérêts et commissions), soit de 8% du PIB du pays et sera en grande partie versée à des institutions financières et des banques du secteur privé ;

-Enfin les dépenses d’investissement ainsi qu’une partie des dépenses de matériel et divers profitent essentiellement aux groupes influents du secteur privé (du moins non financières) sous forme de « commandes de l’État » et des marchés publics.  

Ainsi, souligne l’auteur, la pompe aspirante et refoulante fonctionne donc bel et bien à rebours, et marque fortement la volonté de mettre les finances publiques au service des finances privées.

La dégradation de la situation économique et financière va amener le pays à engager des politiques « d’ajustement structurel ».

2.3- Les politiques d’ajustement structurel

Elles s’articulent autour de deux volets, la réduction de la demande globale en vue de rétablir les équilibres internes et externes (prix, budget, balance des paiements…), et l’accroissement de l'offre à travers des restructurations de l'économie.  

- Désengagement, déréglementation, dérégulation…

Outre les privatisations, le désengagement de l’État s’est concrétisé sous diverses formes telles que la réduction des transferts de l'État aux entreprises publiques, la privatisation par « entente directe » du capital, la cession au secteur privé de participations de l'État dans certaines grandes entreprises notamment agro-industrielles, la gestion confiée au secteur privé de certaines entreprises publiques opérant dans le transport en commun urbain, les activités de pêche, l’hôtellerie. En même temps fut engagé un programme à moyen terme de restructuration du secteur public financé par la Banque Mondiale et ce, dans un double objectif de rationalisation de la gestion des entreprises, d’une part, et de désengagement de l’État de la propriété du capital, d’autre part. De même, le désengagement de l’Etat a pris la forme de dérèglementation, de dérégulation des marchés de biens et de services notamment financiers et de la libéralisation des prix.   

La mobilisation de l'épargne devait se faire via la réforme fiscale mais aussi via la réforme du secteur financier axée sur la déréglementation monétaire (désencadrement du crédit et libéralisation des taux d’intérêt), la déspécialisation de l'intermédiation financière en optant pour la « banque universelle » et la désintermédiation du financement.   

- Libéralisation des échanges et intégration à l’économie mondiale

La libéralisation des échanges extérieurs s’inscrivait dans le vaste projet de l’ouverture de l’économie nationale se traduisant par un démantèlement des protections tarifaires et non tarifaires de l’industrie, la promotion des exportations dès 1984 et adhésion du Maroc au GATT en 1987.    

2.4- Post-ajustement, ou la continuation de l'ajustement sans les programmes d'ajustement

Dès le début de la décennie 1990, il s’est avéré que le coût social de la politique d’ajustement structurel était très lourd (entre 1980 et 1988 37% de la population marocaine vivant en dessous du seuil de pauvreté, cette proportion est de 47% en milieu rural). 

La décennie 1990 restera marquée par l’échec de la politique des barrages qui n’a pas pu libérer l’activité agricole des aléas climatiques

Les tentatives de faire aboutir quelques projets audacieux (« loi d’orientation agricole », la stratégie du « Maroc compétitif ») n’ont pas abouti exceptés quelques programmes d’infrastructures à savoir le Programme d’électrification rurale globale (PERG), le Programme d’approvisionnement groupé en eau potable des populations rurales (PAGER), le Programme National de Routes Rurales (PNRR).

 

3- Le règne de Mohamed VI : Continuité et inflexions (Chapitre 3)

La première idée que l’auteur développe dans ce chapitre est que le « pays change de monarque mais non de régime ». p.70 Dans ce sens, l’auteur fait ressortir que le libéralisme économique au Maroc subit de plein fouet le poids des décisions monarchiques

La période d’ouverture politique dont a fait preuve le nouveau roi au tout début de son règne fut très éphémère. La nouvelle Constitution, adoptée précisément dans le sillage du « printemps marocain » en juillet 2011, consolide le « verrouillage institutionnel » au profit de la « monarchie exécutive ». Les principaux axes d’action stratégiques structurant de l’économie depuis le début des années 2000 s’inscrivent également dans une parfaite continuité par leur affirmation de l’économie de marché et la promotion des exportations.   

 3.1. Les plans sectoriels : partiels et superficiels

L’adoption des plans sectoriels au début des années 2000 rompt avec la planification nationale.  

- Une myriade de « plans-commandes », sans vision ni cohérence

La démarche des plans sectoriels prive le décideur d’une vision d’ensemble. Outre leur incohérence temporelle, fait remarquer l’auteur, ces plans sont élaborés le plus souvent par des organismes étrangers et ne font l’objet d’aucun débat national. Ils se caractérisent par des objectifs illusoires et des résultats dérisoires.  

L’auteur illustre ses propos par quelques exemples. « Ainsi, on peut rappeler que la Vision 2020 projetait d’atteindre 20 millions de touristes en 2020, alors qu’en 2019 (et pour ne pas retenir 2020, année exceptionnelle), on en était encore à 12,9 de « visiteurs » dont près de 6 millions sont des marocains résidents à l’étranger. Le Plan Maroc Vert pour sa part avait promis en 2008 la création de 1,5 million d’emplois, alors qu’entre 2000 et 2007, l’agriculture créait en moyenne 26 000 emplois, entre 2008 et 2019, elle a perdu globalement 277 100 emplois nets, soit 23 092 emplois nets chaque année… ». p.75

Quant au Plan « industriel », il projetait dans sa première version de 2005 de créer 200 000 emplois, chiffre qui sera augmenté à 220 000 emplois dans la deuxième version de 2009. Or, les statistiques officielles montrent qu’entre 2008 et 2014 précisément, le secteur perdait en moyenne 20 000 emplois par an, soit près de 100 000 emplois en 5 ans... Quant à la part de l’industrie de transformation dans le PIB, avec 171,7 milliards de dirhams en 2019 (sur un PIB de 1151,2 milliards), celle-ci atteint à peine 14.9%.  

3.2. Les « grands chantiers » : Investissements massifs et hasardeux

L’auteur souligne que la politique des « grands chantiers » s’inscrit dans la continuité de la politique engagée dès les années 60 tout en prenant plus d’ampleur avec un taux d’investissement de 30% depuis 2007 au lieu de 25% auparavant qu’en termes de diversité et de grandes réalisations se traduisant par une évolution manifeste de la configuration du pays.

L’analyse de l’auteur à ce niveau se limite aux deux composantes les plus importantes des « grands chantiers » à savoir le transport et les énergies renouvelables.

Excepté le port de Tanger Med qui constitue une réussite exceptionnelle, les autres chantiers (aéroports, autoroutes, transport ferroviaire, les énergies renouvelables) se distinguent par leurs déboires patentes. Concernant l’élargissement du réseau aéroportuaire, leurs revers résident dans la faiblesse du taux d’utilisation, leur surdimensionnement ou leur sous-dimensionnement, leur non-intégration de la dimension environnementale, etc. Quant au réseau autoroutier, l’auteur se demande « s’il est pertinent de s’engager dans un programme aussi coûteux et aussi « sélectif », voire élitiste, alors que le réseau routier national « ordinaire » reste insuffisant et souvent en bien mauvais état sachant que « sur les 1.800 km d’autoroutes, 1.000 km ne sont pas rentables ». Concernant le transport ferroviaire, l’auteur montre le caractère irrationnel de la « Ligne à Grande Vitesse », reliant Casablanca et Tanger sur 350 km en 2h10 mn. Ayant coûté plus de 20 milliards de dirhams (financés aux trois quarts par l’endettement), ce projet est impertinent dans le contexte d’un pays où le PIB par tête se situe encore autour de 3000 dollars, et où le réseau ferroviaire hérité de la colonisation n’a quasiment pas évolué en six décennies d’autant plus que ce projet s’est révélé non rentable dans la mesure où les Autorités ont fait le choix de « remplir la grande vitesse » avec des « petits prix », et transférer les déficits inéluctables de l’Office National des Chemins de Fer au budget de l’Etat faisant payer le contribuable à la place de l’usager.  

Concernant l’opération des énergies renouvelables, elle fut entachée à son tour de graves dysfonctionnements :

-Au regard des objectifs arrêtés pour 2020 déjà, la part des énergies renouvelables par rapport au total produit ne dépasse guère 17,8% ;

-Des erreurs stratégiques soulignées selon l’auteur par Saïd GUEMRA, expert dans le domaine, à savoir la négligence de l’efficacité énergétique qui aurait pu se traduire par l’atténuation de 60% des GES (gaz à effet de serre), l’adoption de choix technologiques économiquement désastreux (la technologie CSP trop couteux par rapport à ceux de la technologie photovoltaïque) donnant lieu à des déficits de l’Agence chargée du secteur (MASEN) et à son endettement, l’interdiction de fait de l’accès de l’immense majorité du secteur privé à la production des énergies renouvelables, sous la pression des lobbies de l’ONEE et plus encore des grands groupes français bénéficiaires des contrats de gestion déléguée dans les grandes villes du pays et qui nourrissent leurs rentes. De tels « choix arbitraires et malencontreux plus ou moins déterminés par des intérêts et des conflits d’intérêts avérés, des bailleurs de fonds complices et prédateurs, des marchés verrouillés par les ententes et la rente, un gouffre financier dont la facture est en dernier lieu payée par le contribuable -une autre charge pour la « Caisse de compensation bis » qu’on est en train de mettre en place ». p.86

3.3. Les Accords de libre-échange en contradiction avec l’intérêt du pays

Ces accords de libre-échange (ALE) sont l’apanage exclusif d’un cercle très restreint domicilié ou relié au Palais royal. Les distorsions de tels accords ont engendré une détérioration de la balance commerciale au point qu’en « 2019, le déficit commercial atteint un total de117,3 milliards de dirhams avec les principaux partenaires, l’équivalent de près de 11% du PIB pour la même année.  

 3.4. Initiative Nationale pour le Développement Humain : dérives et maigres résultats

Lancée en 2005, l’INDH qualifiée de « chantier du règne » a pour objectif de lutter contre la pauvreté, la précarité et l’exclusion sociale.  

Les deux premières phases de cette opération ont donné lieu à de multiples dérives tels que le phénomène d’instrumentalisation des associations « domestiquées » devenant « un instrument de cooptation et de dépolitisation de la société civile », l’extraordinaire concentration des projets sur l’agglomération Rabat-Salé au détriment des régions défavorisées, les programmes ayant plus bénéficié aux ménages de la classe moyenne qu’à ceux parmi les plus pauvres, etc.

La troisième phase lancée en 2019 n’a pas pu remédier à un tel échec du fait que d’après l’enquête effectuée en 2019 par le Haut- Commissariat au Plan, seuls 37% des interrogés connaissent l’INDH, très peu de personnes bénéficient de cette opération à cause du « clientélisme » entre autres. 

 

 

– Les résultats obtenus : Une économie sous plafond de verre (chapitre 4)

Dans ce chapitre, l’évaluation des résultats opérationnels vise à « mesurer à quel point et comment l’économie marocaine est une économie sous « plafond de verre ». Cette mesure s’opère à travers quatre axes à savoir la production, la répartition, l’extraversion et le financement.  

4.1. Production : Niveau, évolution, structure

Deux-tiers de siècle après l’indépendance du pays, l’économie marocaine présente toujours les traits d’une économie non-émergente. Avec un PIB de moins de 120 milliards de dollars en 2019, et 112 milliards en 2020, le Maroc se situe à plus de quatre fois moins que le PIB de la Thaïlande, et 14 fois moins que celui de la Corée du Sud, deux pays dont le PIB était pourtant très proche de celui de notre pays, en 1960… Par tête d’habitant, le PIB du Maroc atteint en 2019-2020 un niveau proche de 3 200 dollars, ce qui place le Maroc au 144ème rang (sur 211 classés), dans la catégorie des pays « à revenu intermédiaire, tranche inférieure ». p.p. 101-102

-Une croissance faible, qui s’affaiblit, et reste volatile

Au cours des 21èmes premières années du 21ème siècle, le taux de croissance moyen s’est élevé à peine à 3,6%. Compte tenu de la croissance démographique, celle du PIB par tête tombe à près de 2% seulement. En outre cette croissance est volatile du fait qu’elle est sujette aux variations du PIB agricole, lui-même encore fortement tributaire des aléas climatiques.  

-Des structures stagnantes et un déficit de productivité

Cette croissance faible et volatile génère des structures de l’économie stagnantes.

Au niveau de l’agriculture, alors que la valeur ajoutée agricole tourne autour de 15% du PIB depuis un quart de siècle au moins, la part de la population rurale dans la population totale demeure élevée se situant à près de 37%, et à 40% par rapport à la population active, d’où le déficit flagrant du taux de productivité.  

Les industries de transformation ont perdu 4 à 5 points de PIB au cours des 20 dernières années, se situant en 2019 à moins de 17% du PIB.  

L’importance prise par le secteur tertiaire, soit plus de 56% du PIB ne témoigne en fait que d’une « tertiarisation prématurée » résultant de l’hypertrophie de la production non marchande des Administrations publiques et de l’excroissance d’activités hétéroclites, plus ou moins informelles. 

4.2. Répartition : Inégalités sociales et spatiales

 - Niveau des revenus et ampleur des inégalités

« Le revenu total des ménages marocains est estimé en 2019 à 767 milliards de dirhams, ce qui représente près de 67% du PIB de la même année répartis à raison de 74% pour le milieu urbain contre à peine 26% pour le monde rural. Le revenu annuel moyen par individu est de 21 515 DH au niveau national, ce qui correspond à 1 793 DH par mois, soit 2 083 DH en milieu urbain, et 1 297 DH en milieu rural ». p. 107. Il est à préciser que les 10% de la population les plus aisés en milieu urbain disposent d’un revenu annuel moyen par tête supérieur à 48 440 DH, soit 72,4% de plus que celui des 10% des ménages ruraux les plus riches.

Ces inégalités se répercutent profondément sur l’état désastreux de l’IDH au Maroc. 

- Indicateur du développement humain (IDH) : Un rang peu enviable

L’édition 2020 du rapport sur le développement humain du PNUD nous apprend que l’DH du Maroc en 2019 a atteint 0.686, ce qui le situe au 121ème rang sur 189 pays évalués et classés, et partant parmi les pays dits « à développement humain moyen » sachant que le pays classé premier (la Norvège) présente un IDH de 0.957, et la plupart des pays dits émergents (Chili, Turquie, Malaisie…) ont des IDH compris entre 0.800 et 0.850. Ce sont principalement les progrès clairement insuffisants en matière d’éducation et de revenu qui expliquent ce classement déplorable. 

- Inégalités régionales : Concentration spatiale

Outre leur caractère social, les inégalités sont également d’ordre territorial. Ainsi, en 2019 la répartition du PIB estimé à près de 1153 milliards de DH fait apparaitre que la seule région de Casablanca-Settat s’accapare près de 32% du PIB global, et si on ajoute à celle-ci la région de Rabat-Salé-Kenitra, on atteint presque la moitié (47,1%). Autrement dit, sur 12 régions, deux s’accaparent presque la moitié, et un tiers des régions s’octroie les deux tiers du PIB.  

3. Extraversion : Déficits et dépendance

 L’ouverture de l’économie marocaine s’est considérablement amplifiée durant les quarante dernières années étant donné que son taux d’ouverture exprimé par le rapport du commerce extérieur (Importations + Exportations des biens et services) au PIB a atteint en fin de période près de 87% se traduisant par des déficits énormes de la balance commerciale. En effet, rapporté au PIB, le déficit commercial, qui se situait entre 7 et 9% au cours des décennies 1980 et 90, a grimpé à près de 15% au cours de la première décennie du XXIème siècle, et même à une moyenne de 19% au cours de la deuxième décennie. Le taux de couverture des importations par les exportations s’est à son tour fortement dégradé et tourne autour de 54% durant la dernière décennie.

- Structure : Diversification, concentration et dépendance  

Au niveau des importations, on peut constater l’accroissement marquant de la part des biens de consommation qui se situe à 23% depuis 2015. Les biens finis d’équipement représentent près de 25% au cours de la dernière période. Les demi-produits ont également vu leur part augmenter atteignant 22% environ en phase avec des choix industriels soit de valorisation locale (engrais, matières plastiques, papiers et cartons, ammoniac…), soit de sous-traitance internationale (fils en métaux, câbles électriques, composants électroniques…). Les produits bruts, essentiellement d’origine végétale (huile de soja, bois…) et minérale (soufres bruts…) ont enregistré une baisse passant à moins de 5%. La part de l’énergie et des lubrifiants a également fortement baissé en passant à près de 16%.

Concernant les exportations, elles connaissent une diversification de « sous-traitance »

En ce qui concerne les exportations, là aussi, le fait marquant apparaît au niveau des biens de consommation dont la part est passée de 38%, grâce essentiellement au développement des exportations des produits de textile et de cuir (vêtements confectionnés, bonneterie, chaussures…) à moins de 15% suite à la crise de ce secteur depuis le milieu des années 2000. Ce recul sera cette fois largement compensé par l’essor des exportations de « l’écosystème Automobile » composé par l’usine Renault à Tanger et celle de PSA à Kenitra. Les performances à l’exportation de ce secteur, ainsi que, dans une moindre mesure, celles de l’aéronautique et de l’électronique expliquent les progrès enregistrés au niveau des « biens d’équipement » et des demi-produits (moteurs à pistons, fils et câbles, circuits électriques, parties d’avions, composants électroniques…).  Il n’en demeure pas moins que cette diversification des exportations, à travers l’essor de « biens manufacturés », reste contenue dans les limites de la « sous-traitance » et bornée par la logique des chaines de valeurs internationales dans lesquelles elle s’insère.

Toutefois, pour ce qui est des demi-produits, ils concernent pour les trois quarts plutôt les dérivés des phosphates, précisément les engrais naturels et chimiques d’une part, et l’acide phosphorique d’autre part. Quant aux phosphates « bruts », ils représentent l’essentiel des « Produits bruts d’origine minérale », avec une part qui ne dépasse guère 3.9% de l’ensemble des exportations au cours de la période 2015-2019. Il est d’ailleurs intéressant de noter que si l’ensemble des « phosphates et dérivés » représentent 19% des exportations totales, témoignant d’un réel progrès dans le processus de valorisation de la première richesse minière du pays.

Enfin, les exportations agricoles et agroalimentaires ont au fil des années vu leur part légèrement baisser, même si celle-ci semble s’être quelque peu redressée au cours de la dernière période, pour se situer à près de 20%, perdant ainsi 5 points de pourcentage par rapport au niveau atteint quatre décennies plus tôt.  

En somme, le commerce extérieur s’est développé plus par ses importations que par ses exportations du fait que l’économie du pays est restée fortement dépendante d’importations « basiques » (Alimentation, énergie, demi-produits …) ou liées aux équipements nécessaires aux investissements réalisés, et d’autre part, le « modèle » de sous-traitance adopté a certes généré un fort accroissement des exportations manufacturées, mais à partir d’une valeur ajoutée locale qui reste encore insuffisante.   

4. Financement : Carence fiscale et piège de la dette

Si l’économie marocaine est peu à peu devenue une économie d’importation, il nous appartient à présent de montrer qu’elle est aussi une économie d’endettement. Au niveau macro-économique d’abord, on peut constater que depuis au moins une quinzaine d’années, précisément depuis que le taux d’investissement a été fortement relevé (nous y reviendrons au chapitre 5), le taux d’épargne nationale n’ayant guère suivi le mouvement ascendant en conséquence, il en a résulté un déficit de financement global moyen de 5,2 points de PIB au cours de la période 2008-2020.  

L’auteur concentre à ce niveau son analyse sur le financement public qui devient problématique du fait d’une « articulation funeste entre l’incapacité de l’État à mobiliser des ressources « propres » et sa propension à l’endettement ».

- Dégradation de l’autosuffisance fiscale : celle-ci résulte d’une forte érosion de l’assiette fiscale consécutive aux innombrables « niches fiscales » et à la baisse des recettes des droits de douane résultant du démantèlement des protections tarifaires liés aux accords de libre-échange. D’où les déficits budgétaires et un taux d’endettement élevé devenus chroniques.

- Hausse des déficits budgétaires et de l’endettement

En effet, en dépit des politiques d’austérité récurrentes, ce sont les déficits qui ont prévalu se situant en moyenne autour de 2.5% du PIB au cours des décennies 1990 et 2000, puis ont presque doublé au cours de la dernière décennie. 

Depuis la crise de 2008, l’endettement du pays a repris son ascension jusqu’à franchir le seuil de 80% à partir de 2016, puis celui de 90% en 2020. En réalité, cette évolution « quantitative » s’est également accompagnée d’une mutation « qualitative » notable. D’une part, le désendettement des années 1990 et 2000 a d’abord été celui de la dette extérieure qui s’est effectivement effondrée de 65% en début de période à moins de 19% en 2008. D’autre part, la dette intérieure avait commencé à prendre de l’ampleur, dépassant à partir de 2001 –par un effet de ciseau- la dette d’origine externe et ce, suite à la nouvelle politique étatique privilégiant le recours au marché monétaire et à l’émission des bons du Trésor. Finalement, selon le HCP et Bank Al Maghrib, à fin 2020, la dette publique globale atteint 92,5% du PIB, soit 1007 milliards de dirhams. La dette du Trésor pour sa part atteint 76,4% du PIB et un montant de 832 milliards de dirhams. Quant à la dette publique extérieure, elle s’élève à 374 milliards de dirhams et 34,4% du PIB (dont 16 points reviennent aux Établissements publics et relèvent de la dette garantie). Au demeurant, le recours assez massif à l’endettement extérieur au cours de l’année 2020 a sensiblement modifié le rapport entre dette intérieure et dette extérieure : Alors que la première s’accaparait tout au long de la dernière décennie près des quatre cinquièmes de la dette globale, elle n’en représente plus que moins des deux tiers (63%).  

Si l’on sait par ailleurs que le niveau actuel d’endettement du pays représente plus de 4 années de recettes fiscales, et que depuis plusieurs années déjà, les nouveaux emprunts programmés pour compléter les recettes du budget annuel servent à peine à couvrir le service de la dette inscrit, côté dépenses, dans le même budget, on prend la mesure du « piège de la dette » et, au-delà, de l’impasse dans laquelle se trouvent les finances publiques, aujourd’hui, et peut-être plus encore demain.

 - Les résultats obtenus, témoins des paris perdus (chapitre 5)       

Dans ce chapitre, l’auteur évalue les résultats fonctionnels, ce qui revient à mettre en évidence les écarts entre les objectifs poursuivis et les résultats effectifs. Il en découle que c’est la rente qui prédomine sur le marché, le public sur le privé et l’import sur l’export.  

5.1. Nous voulions le marché, nous avons la rente !

Au lieu d’une économie de marché, les secteurs clés sont dominés par « des oligopoles, voire des monopoles, bénéficiaires de privilèges et de passe-droits d’un autre âge » et où prévalent la rente et l’entente.   

- La rente, encore florissante

L’auteur précise que la rente prévalant au Maroc en citant A. KRICHEN « est le revenu tiré de la possession d’une ressource rare : la proximité avec le pouvoir politique ».  

Cette rente provient de l’agrément pour l’exploitation des services ou des ressources naturelles et qui est octroyé sur la base de critères multiples et variés (clientélisme politique, népotisme « tribal », corruption pure et simple, gratification de stars du sport ou de la chanson, services rendus à la nation pour les anciens combattants…). 

- Le PPP, un « partenariat » par entente directe portant sur des concessions en gestion déléguée de services publics communaux déjà examinés auparavant. 

-Le foncier, source de rente et d’économie « de la rapine » : L’État au Maroc a toujours usé du « foncier » comme un moyen de favoriser ses dignitaires et sa clientèle politique en leur octroyant des centaines de milliers d’hectares dans les deux milieux, rural et urbain.  

- L’entente : elle est corollaire du phénomène de concentration dans les divers secteurs de l’économie. 

5.2. Nous voulions le privé, nous avons le public !

La mollesse du secteur privé fait que « le principal investisseur dans le pays aujourd’hui encore n’est pas le secteur privé mais l’État et son imposant secteur public ».  

- Prépondérance des investissements publics…

A partir de 2004-2005, l’investissement public s’est mis à augmenter fortement avec un taux global à plus de 30% voire 35% durant certaines années alors que celui du secteur privé tourne autour de 12 points. Il en découle que l’effort d’accumulation du pays est à mettre à l’actif du secteur public à raison des deux tiers, le secteur privé se contentant d’un tiers. Compte tenu de la part de l’investissement direct étranger (autour de 3 points de PIB, ou 9 à 10 points de la FBCF), la part du « privé marocain » tombe à un niveau proche du quart.

Au-delà de cette première « anomalie », la problématique s’étend à la nature même des investissements en question qui sont à la fois non-pertinents et faiblement générateurs de croissance et d’emploi.   

La relation mise en exergue par la théorie économique la plus conventionnelle, celle liant taux d’investissement et taux de croissance (Harrod-Domar, Solow, Rostow…), fonctionne à rebours dans le cas de l’expérience marocaine. Dans ce sens, le HCP a pu montrer que de manière générale les investissements réalisés au Maroc ont des rendements marginaux faibles et décroissants. Ainsi, le coefficient marginal du capital –appelé aussi ICOR- qui exprime le rapport entre le taux d’investissement et le taux de croissance (plus ce ratio est élevé et plus l’impact du premier sur le second est faible, et inversement…), s’élève au Maroc à 7,2 sur les dix dernières années contre 2,9 pour la Corée du Sud par exemple. Ce qui implique par exemple qu’au moment où un taux d’investissement de 32% génère au Maroc un taux de croissance d’à peine un peu plus de 4%, en Corée du Sud, le même taux d’investissement générerait un taux de croissance de 11%.  

Quant à l’impact sur l’emploi, une étude approfondie de la DEPF du Ministère des Finances portant sur la période 2000-2017 a pu établir « une baisse significative de l’élasticité croissance/emploi » : Pour chaque point de pourcentage de croissance du PIB entre 2008 et 2017, l’emploi global n’a progressé que de 0,12% en moyenne contre 0,33% entre 2000 et 2007. Avec une élasticité croissance/emploi se situant à 0,16 sur la période 2006-2017, le Maroc affiche la performance la plus faible par rapport à celles enregistrées par les autres pays de l’Europe et de la région MENA. L’explication réside dans le fait que l’investissement au Maroc se concentre dans les secteurs à faible valeur ajoutée et peu créateurs d’emplois notamment celui du « bâtiment et travaux publics » c’est-à-dire celui des « grands chantiers » ayant plus de la moitié des investissements bruts réalisés, alors qu’il ne représente que moins d’un dixième de la valeur ajoutée et 7 à 8% de l’emploi.  

Cette situation pose la question de la dimension financière. En effet, au vu de l’immense effort d’investissement et de sa faible rentabilité, et compte tenu de la chute du taux d’épargne et du rendement fiscal, l’État a recours à l’endettement, notamment extérieur, d’où le risque d’une crise éventuelle de la dette.

5.3. Nous voulions le « tout-export », nous avons le « tout-import » !

L’auteur souligne le fait que l’ampleur prise par le « taux d’ouverture » atteignant actuellement près de 87%, a produit déficits et dépendance. Outre le fait que l’on soit restés dépendants d’importations « basiques », l’autre explication d’un tel état de fait est liée au modèle de sous-traitance adopté, lequel promeut les exportations de produits industriels, mais à partir d’importations conséquentes et donc d’une valeur ajoutée locale relativement faible.  

 - Quand le commerce extérieur plombe la croissance et l’emploi

En effet, l’impact de l’ouverture la croissance serait même plus souvent négatif que positif : Sur une vingtaine d’années, la « demande extérieure » (solde du commerce extérieur) a impacté 9 fois négativement la croissance, et lorsque celle-ci a agi positivement, l’impact a été très faible (8 fois compris entre 0 et 0,5), en tout cas nettement inférieur à celui de la demande intérieure (consommation et investissement).  

L’impact sur l’emploi n’est guère moins décevant, puisque l’expérience a montré que, contrairement à ce qui était attendu, le « contenu en emplois » des exportations est resté modeste et fort insuffisant pour compenser celui des importations. Ainsi, selon une étude de la DEPF, portant sur la période 1999-2015, si le contenu en emplois des exportations est monté à 2,5 millions de postes de travail au cours de la deuxième sous-période (2008-2015), le contenu en emplois des importations pour sa part a grimpé à 3,2 millions de postes, de sorte que le solde reste négatif, à raison de près de 700 mille emplois.  

- Tourisme, IDE, RME : Des résultats bien en-deçà des attentes

Les recettes du tourisme, rapportées au PIB, apparaissent en hausse sensible au cours de la décennie 1996-2006, passant de près de 4% à plus de 8% entre le début et la fin de cette période, mais depuis, la tendance semble s’être inversée brutalement en 2008 et 2009 pour que tout au long de la dernière décennie, jusqu’en 2019 (avant l’effondrement de 2020), les recettes du tourisme apparaissent cantonnées dans une fourchette comprise entre 6 et 7% du PIB.  

Les flux des IDE également, rapportés au PIB, s’ils apparaissent en progression notable par rapport aux années 1980, leur évolution est fortement fluctuante au cours des années 1990 et 2000, et même en baisse tendancielle depuis 2008, date marquant la fin des opérations de privatisation cantonnant les flux d’IDE au sein d’une « bande » comprise entre 3 et 4% du PIB, ce qui d’ailleurs correspond à un flux annuel moyen de 2,7 milliards de dollars pour la période 2010-2019.  

Les transferts des RME apparaissent par contre constituer des ressources relativement importantes et parmi les plus stables. Pendant une trentaine d’années, elles ont le plus souvent fluctué au sein d’une fourchette comprise entre 7 et 8% du PIB avant de stabiliser en-dessous de 7% depuis 2011, voire 6% en 2018 et 2019. Cette stabilité relative, fait remarquer l’auteur, « est en soi le témoignage « vivant » de l’échec du « modèle » adopté qui n’a « guère réussi à donner du travail et des conditions de vie décentes à un très grand nombre de citoyens, que ceux-ci ont fini par quitter le pays… ». 

Si la responsabilité de l’échec de l’expérience marocaine est à mettre à l’actif de l’Etat et des orientations de la Banque Mondiale et du FMI, note l’auteur, il n’empêche que « la responsabilité propre au secteur privé est lourde ». En atteste le faible taux des exportateurs marocains réguliers qui   d’après les données du HCP (2019) atteint à peine 3,5%. En outre, ces exportations demeurent fortement concentrées sur l’Union européenne et sur quelques produits, plus « primaires » que manufacturés. 

L’inexploitation du potentiel existant s’explique par le peu de dynamisme des opérateurs locaux et que l’auteur a tenté d’illustrer « à travers le cas des exportations des produits agricoles ». A ce propos, relève l’auteur, le « démantèlement de l’ancien office des exportations et la création de nombreux groupes privés n’ont pas permis -à quelques exceptions près- de générer de nouvelles stratégies de diversification de leurs produits et leurs marchés. Par leur comportement de se faire concurrence sur le même marché, notamment en cassant les prix, ou en se partageant certains marchés et limiter les quantités globales offertes, les exportateurs marocains ont affaibli leur pouvoir de négociation « sur des marchés largement déterminés par les « tailles critiques », les coalitions et les synergies qui en découlent ».

La faiblesse de l’esprit d’entreprise a fait qu’en général « les meilleures performances à l’exportation sont ceux qui sont contrôlés soit par des firmes multinationales (Automobile, aéronautique, électronique), soit par une entité publique (phosphates, engrais, acide phosphorique) ».  

La conclusion générale de cette étude fort intéressante est que le mode de gouvernance au Maroc constitue une véritable barrière à son émergence. Il en découle que « le préalable à toute réforme économique n’est autre que politique » et « que tout projet de développement crédible n’aura de chance d’évoluer favorablement que si, à tout le moins, il s’inscrit dans le cadre d’un système politique qui conjugue légitimité des choix, plein exercice des responsabilités et reddition des comptes ». p.183    

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